MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz
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mercredi 11 septembre 2013

P. 265. Poème (?) avec accès handicapé(e)s...


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Mer épistolière, baie du Mont Saint-Michel (Ph. JEA/DR).


A François Suchold



Une chaise roule
par démons
et par vaux

aucune ombre
pour doubler
ni dédoubler
cette chaise
en roue libre
sur les épines
édulcorées
des collines
et dans les fosses
des mers
épistolières

ni brouette
pour les choux
de Montaigne
ni fauteuil
pour les culs
confis d’orgueil
ni carrosse
pour les fées
d’hiver
ni roulotte
pour les foires
d’été
seule une chaise
et ses chahuts

nulle tristesse
aucune soumission
pas de tapage
dans ces images
entre chiens
et loups
entre nous
et entrevues…


Montgolfière entre chiens et loups (Ph. JEA/DR).



Ce texte est le dernier poème de Jean-Emile qui vient de s'en aller sur la pointe des pieds au petit matin de ce 11 septembre 2013...

Un dernier adieu aura lieu au crématorium de Gilly, ce vendredi 13 septembre à 14h00.
Adresse: crématorium de Gilly (Charleroi - Belgique), rue des Nutons.

Si vous voulez laisser un message : www.massaux.be. 

Pour infos : s33c@skynet.be et francois_andreux@yahoo.fr



Nous vous remercions de l'amitié que vous lui avez manifestée tout au long des pages de ce blog
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lundi 2 septembre 2013

P. 262. Le 2 septembre 1910, la mort renverse le chevalet du Douanier Rousseau...


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Henri, Julien, Félix Rousseau (21 mai 1844 - 2 septembre 1910)
Moi-Même, autoportrait (1890), huile sur toile, H 146 cm, L 113 cm.
détail en couverture de :
Gilles Plazy,
Le Douanier Rousseau, un naïf dans la jungle,
Gallimard, Coll. Découvertes, 1992, 144 p.

Guillaume Apollinaire :

- "Nous sommes réunis pour célébrer ta gloire,
Ces vins qu'en ton honneur nous verse Picasso,
Buvons-les donc, puisque c'est l'heure de les boire
En criant tous en chœur : " Vive ! vive Rousseau ! "

(Inscription pour le tombeau du peintre Henri Rousseau douanier).

Musée d’Orsay

- "Petit employé de l'octroi de Paris (1), d'où le surnom de "douanier", Henri Rousseau échappe à sa modeste condition sociale par la peinture, qu'il pratique en parfait autodidacte.
N'ayant jamais quitté la France, c'est dans l'imagerie populaire et les récits de l'époque qu'il puise son inspiration pour réaliser les grandes "Jungles" qui en font le pionnier d'un nouvel exotisme et assurent sa célébrité (…).
Parmi ses plus fervents admirateurs, on trouve Alfred Jarry, André Breton, Guillaume Apollinaire, Robert Delaunay (2) ou encore Pablo Picasso."
(Exposition au Musée, 2006).

Le mONDE dES ARTS

- "C'est un monde hors de l'ordinaire qui au fond, intéresse Rousseau, un monde hors de la réalité de sa vie misérable, hors de ses drames familiaux, de des déboires affectifs, et de ses échecs comme artiste peintre. Il se dit peintre réaliste, et ne veut peindre dit-il que la nature.
Il a été bercé par les contes traditionnels que lui racontait, enfant, une vieille tante durant son enfance à Laval. Impressionné quelques années plus tard par la lecture de Robinson Crusoe et de Paul et Virginie, Rousseau restera imprégné de la lecture qu'il fera de Jean-Jacques Rousseau et du concept de l'homme naturel et du bon sauvage."
(H. Rousseau, galerie 1).

Musée de l’Orangerie


- "Cet autodidacte ne commença sa carrière de peintre que tardivement vers l’âge de 40 ans.
L’œuvre inclassable du Douanier Rousseau est particulièrement bien représentée (neuf tableaux) au musée de l’Orangerie. La Collection Jean Walter et Paul Guillaume expose l’ensemble le plus important de peintures de cet artiste en France.
Paul Guillaume fût l’un des principaux collectionneurs de tableaux de Rousseau, et ce dès 1915, époque où Rousseau, admiré uniquement par les cercles d’avant-garde, est encore ignoré du grand public."
(Catalogue).


1897 : La gitane endormie, huile sur toile, H 129,5 cm, L 200,7 cm (DR).

Alain Galoin

- "Henri Rousseau est une personnalité artistique originale et inclassable. Né à Laval en 1844, dans un milieu très modeste, il exerce la fonction de gabelou à l’octroi de Paris de 1871 à 1893, d’où son surnom de « Douanier ». Son entrée dans la vie artistique est relativement tardive : en 1871, il commence à peindre en amateur passionné, sans culture ni métier. Il produit des paysages qui illustrent souvent les progrès techniques de son temps, des portraits, des sujets patriotiques et militaires, des scènes de la vie populaire et des vues d’un Paris qu’il ne quittera jamais, mais sa notoriété est avant tout liée aux tableaux à sujets exotiques dont l’inspiration est nourrie par ses visites au Jardin des Plantes, au Museum d’Histoire naturelle, ou d’images empruntées aux dictionnaires, aux catalogues, aux livres de botanique ou aux chromos (…).
Objet des sarcasmes et du dédain des critiques, son œuvre est unanimement appréciée des peintres symbolistes comme Paul Gauguin et Odilon Redon, ou des artistes d’avant-garde comme Pablo Picasso, Robert Delaunay, Marie Laurencin, Fernand Léger, Camille Pissarro ou le peintre américain Max Weber (3) qui lui consacrera une exposition à New York en 1910. Le Douanier Rousseau se sent néanmoins très éloigné des Impressionnistes et des Modernes. Admirateur d’Ingres et de peintres académiques comme Bouguereau ou Gérôme, il ne relève cependant ni de la tradition, ni de l’avant-garde. Sa peinture constitue une expérience originale qui continue à susciter bien des interrogations."
(L’Histoire par l’image, « explore l’Histoire de France à travers les collections des musées et les documents d'archives »).

Fondation Beyeler

- "Méconnu de son vivant et bien après comme un représentant de la peinture naïve, il ne s’est imposé qu’à titre posthume comme un précurseur majeur de l’art moderne."
(2013).

Félix Vallotton

- "Monsieur Rousseau devient plus stupéfiant d'année en année... C'est l'alpha et l'oméga de la peinture... Tout le monde ne rit pas, du reste, et certains qui en auraient envie s'arrêtent bientôt ; il est toujours beau de voir une croyance, quelle qu'elle soit, si impitoyablement exprimée" (4).

Le Douanier Rousseau et Picasso

- "Nous sommes les deux plus grands peintres de ce siècle, Picasso dans le style égyptien, et moi dans le style réaliste" (5).


1909 : La muse (Marie Laurencin) inspirant le poète (Guillaume Apollinaire), huile sur toile, H 146 cm, L 97 cm (DR).

Guillaume Apollinaire à propos du Douanier Rousseau

- "Peu d'artistes ont été plus moqués durant leur vie que le Douanier, et peu d'hommes un front plus calme aux railleries, aux grossièretés dont on l'abreuvait. Ce vieillard courtois conservera toujours la même tranquillité d'humeur et, par un tour heureux de son caractère, il voulait voir dans les moqueries mêmes l'intérêt que les plus malveillants à son égard étaient en quelque sorte obligés de témoigner à son oeuvre. Cette sérénité n'était que de l'orgueil bien entendu. Le Douanier avait conscience de sa force. Il lui échappa, une ou deux fois, de dire qu'il était le plus fort peintre de son temps. Et il est possible que sur bien des points il ne se trompât point de beaucoup. C'est que s'il lui a manqué dans sa jeunesse une éducation artistique, il semble que, sur le tard, lorsqu'il voulut peindre, il ait regardé les maîtres avec passion et que presque seul d'entre les modernes, il ait deviné leurs secrets.
Ses défauts consistent seulement parfois dans un excès de sentiment, presque toujours dans une bonhomie populaire au-dessus de laquelle il n'aurait pu s'élever et qui contrastait un peu fort avec ses entreprises artistiques et avec l'attitude qu'il avait pu prendre dans l'art contemporain.
Le Douanier allait jusqu'au bout de ses tableaux, chose bien rare aujourd'hui. On n'y trouve aucun maniérisme, aucun procédé, aucun système. De là vient la variété de son oeuvre. Il ne se défiait pas plus de son imagination que de sa main. De là viennent la grâce et la richesse de des compositions décoratives.[...]
Il en est résulté que ce Breton, vieil habitant des faubourgs parisiens, est sans aucun doute le plus étrange, le plus audacieux et le plus charmant des peintres de l'exotisme. La Charmeuse de serpents le montre assez. Mais Rousseau ne fut pas seulement un décorateur, ce n'était pas non plus un imagier, c'était un peintre. Et c'est cela qui rend la compréhension de ses oeuvres si difficile à quelques personnes. Il avait de l'ordre, et cela se remarque non seulement dans ses tableaux, mais encore dans ses dessins ordonnés comme des miniatures persanes. Son art avait de la pureté, il comporte dans les figures féminines, dans la construction des arbres, dans le chant harmonieux des différents tons d'une même couleur, un style qui n'appartient qu'aux peintres français, et qui signale les tableaux français où qu'ils se trouvent. Je parle, bien entendu, des tableaux de maîtres."
(Les soirées de Paris, 15 janvier 1914).


1907 : La Charmeuse de serpents, huile sur toile, H 169 cm, L 181, 5 cm (DR).

NOTES :


(1) Octroi : avant de laisser pénétrer marchandises et denrées dans Paris, la commune prélevait un droit d'entrée appelé « l'octroi ». Cette barrière douanière se concrétisait sous forme d’une soixantaine de points de contrôles, élevés autour de Paris en 1785 par l'architecte Claude Nicolas Ledoux et reliés par une enceinte de plus de 20 kilomètres. Pour les promeneurs : des vestiges des bâtiments de l’octroi les attendent au parc Monceau et place Denfert-Rochereau (un bâtiment mène discrètement aux catacombes, l'autre abrite l’Inspection générale des carrières de Paris).

(2) Robert Delaunay (1885-1941). Présentation par Guillaume Apollinaire :
- "Il y a dans la peinture moderne de nouvelles tendances ; les plus importantes me semblent être, d'une part le cubisme de Picasso, d'autre part, l'orphisme de Delaunay. L'orphisme jaillit de Matisse et du mouvement des fauves, en particulier de leurs tendances lumineuses et anti-académiques. Delaunay croyait que si vraiment une couleur simple conditionne sa couleur complémentaire, elle ne la détermine pas en brisant la lumière, mais en suscitant à la fois toutes les couleurs du prisme. Cette tendance, on peut l'appeler l'orphisme." (Die Moderne Malerei [La peinture moderne] dans Der Sturm, février 1913).

(3) Max Weber (1881-1961). Dictionnaire de la Peinture Larousse :
- "Il fut le premier, aux États-Unis, à assimiler la leçon du Cubisme et à le transformer en un style personnel. Il arriva aux États-Unis à l'âge de dix ans (...) mais, en 1905, il s'embarqua pour la France et travailla à Paris à l'académie Julian (…) et fréquenta les ateliers de peintres modernes. Weber se lia d'amitié avec Matisse, le Douanier Rousseau et connut aussi Picasso et Delaunay. À son retour à New York, en 1909, il peignait toujours des figures d'un lyrisme simplificateur plus proche de Matisse que de Picasso. Il se rallia au Cubisme dans les années suivantes et l'aspect dynamique de son style lui permit de traduire la réalité urbaine de New York et témoigne de l'influence du Futurisme et de l'Expressionnisme."

(4) Félix Vallotton (1865-1925, suisse naturalisé français en 1900). La Fondation à son nom :
- "Farouchement indépendant, il élabore en quelques années un style singulier, nourri des trouvailles de ses xylographies, de la leçon des maîtres japonais et de l’exemple de prédécesseurs illustres tels que Poussin, Rembrandt ou Ingres. Son art ne rompt pas avec la tradition mais la bouleverse par de puissants effets décoratifs, par une palette où des tons sourds alternent avec les couleurs les plus éclatantes, souvent dissonantes, parfois irréelles. L’ampleur de son oeuvre peint est d’autant plus considérable que Vallotton l’a réalisé en quatre décennies."

(5) A lire : Le Douanier Rousseau, Oeuvres écrites, Préface de Tristan Tzara, Présentation de Yann le Pichon, CNRS Editions, 2011, 285 p. 4e de couverture :
- "Sait-on que le Douanier Rousseau fut aussi un dramaturge et un poète ? Henri Rousseau (1844-1910), dont l'oeuvre peint est la fierté des plus grands musées du monde, ne cesse de nous ébahir et de nous émouvoir par l'originalité de son imagination créatrice et par son génie poétique qui ont marqué l'art moderne. Son oeuvre écrite est beaucoup moins connue ; la voici enfin réunie en sa totalité. En 1947, Tristan Tzara, le pape du mouvement dadaïste, avait édité deux de ses pièces de théâtre : un vaudeville écrit en 1890, Une Visite à l'Exposition de 1889 et un drame terminé en janvier 1899, La Vengeance d'une orpheline russe. Une troisième comédie restait inédite : L'Etudiant en goguette, écrite en 1908. Légataire universel du Douanier Rousseau, dont il est l'expert international, l'historien de l'art Yann le Pichon présente et commente clairement toute l'oeuvre dramatique du célèbre Naïf, ainsi que la très intéressante préface de Tzara. II y rassemble aussi, en les analysant précisément, toutes ses poésies, les titres et les légendes de ses tableaux, ainsi que sa brève autobiographie. Cet ouvrage exhaustif est, au sens propre du mot, une ouverture remarquable sur le génie virginal et protéiforme du Douanier Rousseau qui se voulait " artiste total ".
et
Yann le Pichon, Le monde du Douanier Rousseau, CNRS Editions, 2010, 320 p.


Les deux ouvrages aux Editions du CNRS (Mont. JEA/DR).

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lundi 19 août 2013

P. 258. je, tu, il, nous, vous, elles...


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(Ph. JEA/DR).




Aucun besoin de réveil
avidement chagrin
ni de sirène hurlant
sa migraine
pour que chaque matin
je salue la lumière
par un gargantuesque
pied de nez destiné
à ce destin requin
qui amputerait volontiers
mes lendemains de leurs
deux mains…

tu m’écris rarement
mais invariablement
des lettres invisibles
et introuvables
partout ailleurs
avec des mots de vanille
et de sureau
nés de tes seins cristallins
ces encriers
qui inspirent
la rondeur des océans
et attirent la transhumance
des terres

il n’a pas du tout neigé
ce mois d’août
alors pourquoi
s’il vous plaît
toutes ces étoiles
ayant perdu le nord
jusqu’au bord d’un silence
éphémère
et qui se laissent tomber
avec des yeux
de moins en moins
méconnaissables ?

quand elles se maquillent
maladroitement
et s’accoutrent
en courtisanes
pour une croisière
aux couleurs catastrophiques
les douleurs ne comprennent pas
pourquoi et comment
au lieu de trimer
dans leurs galères
et de nous laisser pendre
à leur misaine de misère
nous ne trahissons aucune
de nos tragi-comédies
surtout les plus rebelles
celles qui font le mur
et l’affiche rouge

à vous voir cloués
handicapés chaplinesques
au centre d’une étroite
et seule clairière
clairsemée de chardons
et de tristes intentions
les braconniers vous supposent
à tort mais non sans raisons
nés de la dernière pluie noire
incapables de dépasser
la première de vos ombres
même la plus oncogène
et de lui retirer son masque
glaçant les sangs
les plus grimaçants
pour lui offrir un aller
décalé pour Venise
et un retour aux sources

leurs lèvres
comme des livres
leurs douceurs à fleur de peau
elles architecturent leurs blogs
où se blottissent
comme sur des îles
illimitées
tous les oiseaux
ces violoncellistes de blues
ou ces choeurs baroques
ni troupeaux, ni appeaux
ni colonies
ni coquilles vides
juste des notes impalpables
et imprévisibles
en bas de page
en haut vol...




(Ph. JEA/DR).


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jeudi 15 août 2013

P. 257. Toponymie : le pays de François, le facteur de Tati...

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Sur la Place de "Follainville" : départ de votre balade à la découverte de la toponymie autour de Sainte-Sévère sur Indre (DR).

Du Champ des Alouettes au Tournebride :
c'est "Jour de fête"...


Champ des Alouettes
Chaume aux Bœufs, Pâture des Bœufs

Lac à la Cane
Chez Chapon
Fontaine au Chat, Pont à la Chatte
les Chevaux Blancs, Etrangle-Chèvre
Les Eperviers, la Grive, le Héron
Creux de la Lionne
Champ du Loup, Chemin aux Loups, Creux du Loup, Fosse au Loup, Jappeloup, le Gros Loup, Loge du Loup, Petloup, Pièce du Loup
Bon Merle, Chante-Merle, la Goutte au Merle, Ruisseau de Beau Merle
Moulin des Mouches
Côte Perdrix, la Gâne du Poux
Le Peu le Rat
Le Chêne du Renard, les Renardières
Le Pied de Vache, Pâtureau des Vaches

L’Arbre des Landes

Bois les Acacias
Champ des Châtaigniers, le Châtaignier Carabin
Breuil du Chêne, Côte aux Chênes, le Chêne des Pendus, le Chêne Rond, le Chêne Soul, les Trois Chênes 

Pièce du Frêne
Croix de l’Orme Rateau, Orme Guérin
Le Poirier du Loup, Moulin des Poiriers
Le Grand Pommier, le Petit Pommier
Brande des Sapins, Sapins de Villealaire

Beaufoin, Beaumont des Putais
Belle Etoile, Bellombre

Bois de la Brosse, de la Cousette, de la Curat, de la Fille, de la Pierre,
de l’Age, de Lélut, de Villemarteau, des Clous, des Souches, du Buisson, du Fusibet, du Rouget
Boulet, Croisé, Cury, Désert, Javel, Marteau, Pataud, Remord, Rondier


Jour de fête a inspiré bien des affiches poétiques (voir P. 256). Par contre, à droite, un inattendu Tati en facteur-Frankenstein ?!? (Mont.JEA/DR).

Borde Boucheroux, Bordessoule

Bramefaim, Bramefont

Brande de Bussières, de Corbillon, de Feuilly, de Grospaud, de Montservet, de Recueil, de St-Rémy, de Tournesac, de Vaudouan, de Verneiges
de la Couture, de la Ville aux Moines
des Boueix, des Chagnerras
du Bois Chevreau, du Bois du Mas, du Coursier, du Pré Plat, du Puy Bardin

Chambijou, Champbeaudon
Champs de Cornau, de Font, de la Treu, des Fils, Mous, Pérots, Pointu, Ralé, Renaud, Renet

Chassepain, Pain Perdu

Château de Barbe Bleue, de Font Bouillant, de Palières, de Puybarbeau
de la Commanderie, de la Forêt Grailly, de la Pérelle, du Virolan, Pointu

Chaume Blanche, Chaussade Blanche, Ferme Blanche, Fourneau Blanc, le Cheval Blanc, Pâturail Blanc, Ris-Blanc

Pierre Brune
Bruyères Jaunes
Bruyère Noire, Chambre Noire, Côte Noire, Goutte Noire, Terres Noires
Champs Rouges, Croix Rouge, Maison Rouge, Terre Rouge
Bois Vert, Croix Verte, Fonds du Vert, Pont Vert

Chez Aubernard, Bottier, Brigat, Combes, Génie, Jabier, Léger, Merlin, Nermond, Pendu, Piot, Rebillon

Les Trois Brocards, les Trois Fonds, les Trois Taillants, les Quatre Vents, Sept Fonds, les Neuf Chênes

Cluzeau de Rongères

Coupe Toussaint

Croix de l’Epinat, de Lèvres, de l’Orme à la Roue, de Rejet
des Jaux, des Ternes
du Chiez, du Marais, du Peuplé
Gamaire, Homo, Jolie

Fontaine Barillet, des Chiez, des Jarouges, du Vignot, Rouilleuse

Fossés Sarrazins

Goutasson

Goutte au Chat, aux Chênes, Berthet, Bidon, du Jeune, du Rieu, Molmond, Piraudon, Rétats

Groslards

Lavaubonneuil

La Grande Cosse, le Grand Beau, le Grand Genétou, le Grand Sou, le Grand Vengeux, les Grandes Prugnes
La Petite Betoulle, le Petit Bougnat, le Petit Mignot, le Petit Paris, le Petit Puy Maigre, les Petites Bergères, les Petites Mercuses


Venant du Purgé et, puisque toutes les routes mènent à Rome, sur celle du Vatican... (DR).

Le Purgé

Le Vatican

Les Gravedoux

Loge à Tous Vents, Brûlée, de la Boirée, de la Filaine, de la Forgette, de Pun, de Sioudray, des Aiguilles, des Gros Bois

Mas de Rose

Montaregret

Moulin à Draps, d’Herculat, de l'Ecorce
de Barre, de Béjon, de Bordesoulle, de Crachepot, de Crépon, de Fontpisse, de Pérassay, de Pondron, de Pouzoult, de Retord, de Richemont, de Verrines, de Villebertaud
de la Cellette, de la Chineau, de la Loube, de la Toinette, de la Tourette
des Fougères, des Ores
du Clou, du Râteau
Ferrat, Gras, Saulnier, Trumeau

Pas des Maîtres Sonneurs

Pâturail des Mineurs
Patural du Seignat, Jeannot
Pâtureau au Pic, de la Cocatière, des Cosses, Vieux

Peu de Brillat, de Montmort, de Praha, de Sault, de Villaine
de la Chaux, de la Croix, de la Crou, de l’Eau, de la Souche
des Moles, des Signats
du Bois,
Chevrier, Martin, Safut

Plantes à Lemme

Poirond

Pont de Noce, des Gâtines, Tracat

Poumeroux de la Garde

Pré de Chenevière, de la Foire, du Garoux, Fouilloux, la Bouchère, Préjolais, Prétabouret, Prévert, Taupin

Quéroir de la Vie

Ruisseau de la Gâne du Cluzeau, de Saint-Palais, la Couarde

Siaudits

Taille de la Fleur

Terrier Bardin, de Peirelottes, de Sugères, Jayard, Mouron, Randoin

Tournebride.


Statue de François, le facteur de Sainte-Sévère sur Indre (Graph. JEA/DR).


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lundi 12 août 2013

P. 256. "Jour de fête" dans sa version originale et restaurée...


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La version restaurée d'un film phénix...

La guerre était repartie sans avoir trop pesé sur un village comme celui-là. Mais cette France rescapée, celle que chantait avec tendresse Charles Trenet, était attendue au tournant suivant de l'histoire. Elle en sortit totalement dissoute, juste bonne à alimenter des collections de cartes postales et à susciter l'ouverture de musées nostalgiques. Heureusement, un cinéma en garda des traces, des éclats, des preuves...

Tati n'avait pas d'argent mais croyait au 7e art. Par sa grâce, des villageois comptèrent parmi les meilleurs des acteurs d'un monde en voie de disparition, au centre même de la France. Sur 365 jours, l'un au moins devint celui de la Fête. Une Fête de 1947 qui dure toujours, dont le temps n'est point parvenu à éteindre les feux malgré les rouleaux-compresseurs de l'américanisation puis de la mondialisation. Des générations se succèdent qui, avec ravissement, se passent au moins ce témoin : Jour de fête !!!

Jacques Tati

- "J’offre au spectateur un univers connu de tous et son plaisir est, je crois, de se reconnaître, de reconnaître tous les personnages de mes films..."

Synopsis

- "Dans un petit village du centre de la France, c’est jour de fête : les forains s’installent sur la place avec leurs roulottes, leur manège et leur cinéma ambulant. Les villageois découvrent alors un documentaire sur les prouesses de la poste en Amérique. François le facteur, impressionné par ce film, décide de se lancer à son tour dans une tournée "à l’américaine"…

france inter

- "C'est à Sainte-Sévère-sur-Indre que Jacques Tati a posé ses caméras en 1947 pour le tournage de Jour de fête. Un choix qui ne doit rien au hasard, puisque c'est dans une ferme des environ qu'il s'était réfugié en 1943.
Le film raconte les tribulations de François le facteur, un personnage que Tati avait créé quelques mois plus tôt pour le court métrage L'école des facteurs."

Jérôme Deschamps, neveu de Tati

- "Le rêve de Tati, avec ce film, était de faire que le village dont il parle soit un peu triste au début, et donc en noir et blanc, puis que la fête foraine amène progressivement la couleur. Il a tenté de le réaliser mais n’a pas pu le faire. Il a filmé avec deux caméras, une noir et blanc et une couleur, mais le rendu couleur était trois fois moins bien que le noir et blanc. Tati n’a pas lâché totalement son rêve, puisqu’en 1964, il s’est saisi du négatif de cette version de 1949 et il a mis des taches de couleur ici et là. Grâce à la restauration des laboratoires italiens de la cinémathèque de Bologne, on peut revoir enfin ce chef-d’œuvre de Jacques Tati dans les conditions de 1949."
(Le Soir, 31 juillet 2013).



(Mont. JEA/DR).

Keaton : "Tati a commencé là où nous nous sommes arrêtés."

Christophe Carrière

- "A l'époque du tournage, en 1947, il n'y a guère d'argent à investir dans le cinéma, a fortiori quand il s'agit du premier film d'un artiste connu dans le music-hall mais pas du grand public. Tati, né en 1907 de parents encadreurs cossus, rejoint l'entreprise familiale, avant de se découvrir des talents de pantomime lors de troisièmes mi-temps de rugby du Racing Club de France, dont il est un joueur actif. De petites représentations en modestes spectacles, il se retrouve à un gala prestigieux où l'écrivain Colette, bluffée par son talent, écrit: "Dorénavant, on ne pourra plus se passer de cet étonnant artiste qui vient d'inventer quelque chose." Et quoi, s'il vous plaît ? "Comment en raconter le plus en en montrant le moins", explique Jérôme Deschamps. D'aucuns diront que ce postulat était l'apanage des classiques du muet, rappelons les mots de Buster Keaton lui-même après avoir vu Jour de fête : "[Tati] a commencé là où nous nous sommes arrêtés."
(L’Express, 25 juillet 2013).

Estelle Bayon

- "On se souvient que la couleur pénétrait Follainville avec l’arrivée des forains, son manège, ses chevaux de bois, ses baraques. Elle venait barioler les tons beiges de ce petit village du centre de la France le temps d’un Jour de fête. Quarante ans après la réalisation du premier long-métrage de Jacques Tati sortait une version artisanale restituant ses coloris perdus. Aujourd’hui, c’est la version originale en noir et blanc qui ressort sur nos écrans grâce à la restauration initiée par Les Films de Mon Oncle. Où l’on (re)découvre que les éclats comme la patine nostalgique sont d’abord l’œuvre du rythme aussi tendre que vivace de ce poème visuel."
(Critikat, 23 juillet 2013).



Tati donnant alors envie de prénommer son fils : "François"... (DR).

Michèle Levieux

- "La silhouette du facteur de Jacques Tati, zigzaguant à bicyclette, sur les petites routes du centre de la France, a impressionné notre inconscient collectif. François, comme plus tard Monsieur Hulot, fait - définitivement - partie de notre patrimoine. Il est donc très important qu’après de nombreux avatars – tourné en pellicule Thomsoncolor impossible à développer, puis coloré au pochoir, avant de connaître une version couleur, Jour de fête retrouve son aspect d’origine : un très beau noir et blanc et une bande-son au mixage sophistiqué."
(L’Humanité, 24 juillet 2013).

Jean-Baptiste Morain

- "A revoir Jour de fête, on mesure à quel point la France a pu changer en un peu plus de soixante ans : on y croise encore des dames en costume traditionnel dans les rues d’un village plein de poussière. C’est déjà pour Tati – qui est un artiste de music-hall, un mime, un instinctif – le sujet peut-être inconscient (peu importe) de son oeuvre à venir (Mon oncle, Playtime, Trafic) : le passage d’une civilisation à une autre.
Tous les gags, tout le récit, tournent autour du conflit qui se joue dans les êtres : comment s’adapter à un monde qu’on voit filer devant soi ? Comment le rattraper, le wagon de la modernité, quand on n’a qu’un vieux vélo qui couine ? Déplacé, bousculé, inadapté, François le facteur à moustache (puis Monsieur Hulot dans les films suivants) devient dès la sortie du film (après un étrange prix du scénario à la Mostra de Venise) un personnage populaire auprès du public, en qui chacun peut reconnaître ses propres tiraillements drolatiques."
(lesinRocKs, 23 juillet 2013).

Nicolas Crousse

- "Pour son premier long-métrage, réalisé en 1949, Jacques Tati est touché par la grâce. Et impose d’emblée, sous les traits maladroits et élastiques du candide facteur, son génie comique, empruntant tout à la fois au sport, au cirque, au mime voire à la bande dessinée. A l’instar de Buster Keaton, de Groucho Marx ou de Charles Chaplin, Tati c’est une signature burlesque inimitable : qui passe par un corps et une grande carcasse, souple et dégingandée, qui plie, qui s’allonge, qui se cogne. Mais qui passe aussi par le verbe. Car Hulot ne parle pas, il baragouine, grogne ou murmure.
La version restaurée qui ressort, dans un noir et blanc sublime, renforce le caractère classique de ce petit film fauché qui n’a pas pris une seule ride. Et qui rappelle, avec une irrésistible humilité, que le bonheur est dans le pré, au bistrot ou à vélo. Et que rien ne sert de courir, n’en déplaise aux Américains."
(Le Soir, 31 juillet 2013).



(DR)

Thomas Baurez

- "Avec Jour de fête se dessine tout le génie comique de Tati (Mon oncle, Playtime...), véritable homme-orchestre au même titre que Chaplin, Keaton ou Max Linder. On est toujours surpris à la vision de cette comédie burlesque de la force athlétique de Tati, dont le corps est le véritable vecteur de l'action. En facteur intrépide, le cinéaste-interprète file à la vitesse de l'éclair avec sa bicyclette, flirtant constamment avec la catastrophe. Cette liberté teintée d'insouciance donne à Jour de fête un souffle dévastateur et le film est d'une drôlerie incomparable !"
(Studio Cine Live, 23 juillet 2013).

Paris Mômes

- "Jour de fête, premier film de Jacques Tati, invente une mécanique du rire dont le monde entier, Américains en tête, s’inspirera. Un juste retour des choses : François, le facteur, change sa tournée après avoir vu un film sur les postiers d’outre-Atlantique. Située en un jour, au cœur d’un village en ébullition, la comédie est sonore, avec des gags qui chatouillent autant les oreilles que les mirettes. Là où le film gagne en ampleur, c’est qu’au-delà de la rigolade et de la poésie, Tati se moque d’une modernité envahissante, vénérée par des consommateurs soumis. D’une acuité imparable."
(24 juillet 2013).

Utopia

- "Il y a des bonheurs de cinéma que l'on n'a pas le droit de garder pour soi, c'est comme ça. Il y a de ces films, pas si nombreux, qui, à condition qu'on les découvre au cinéma, dans le noir, sur grand écran, entouré de la foule frémissante, vous prennent fermement par la main et ne vous oublient plus jamais. Et c'est sans doute au nom de cette simple évidence que, périodiquement, dans une version ou une autre, une qu'on croyait perdue, une qu'on a nettoyée, une qui a l'imprimatur de tel ou tel indépassable spécialiste, une qui-serait-la-vraie-seule-vraie, inlassablement, Jour de fête revient sur les écrans. L'occasion, cette fois-ci, c'est donc la restauration, le nettoyage, le peaufinage de cette version originelle ou originale, comme on voudra, dans son splendide noir et blanc - et qui pour être numériques, n'en ont pas moins demandé de minutieuses attentions de la part de tous ces gens qui savent redonner amoureusement vie aux merveilles un tantinet fanées. L'occasion, c'est que les cinéma restent généralement ouverts l'été ; l'occasion, c'est que la grande méchante crise ne nous privera pas d'une petite douceur ; l'occasion c'est… mais au fait, a-t-on tellement besoin de justification ?
Retrouvailles, découverte, partage, donc, c'est selon. Mais à l'arrivée, immanquablement, pour tous, un pur instant de bonheur. Parents, faites partager à vos enfants ce bonheur-là. Enfants, rouvrez les yeux de vos parents sur ce trésor-là. Tati devrait être remboursé par la Sécurité Sociale. Tati, c’est ce que le cinéma comique français nous a offert de plus beau…"



Deux sites vous attendent :

La Maison de "Jour de Fête" : cliquer ICI
- "retrace l'aventure du film "Jour de Fête", la rencontre entre Jacques Tati et les habitants de Sainte-Sévère-sur-Indre."

Tativille : cliquer ICI
Site officiel de Jacques Tati, avec notamment « Les Films de mon Oncle » fondés en 2000 par Macha Makeïeff avec Sophie Tatischeff et Jérôme Dechamps
- "pour se consacrer au rayonnement de l’œuvre de Jacques Tati et à la restauration de son œuvre."


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jeudi 1 août 2013

P. 253. Demain sera un nouveau détour...


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"Comme un coquelicot..." (Ph. JEA/DR).

demain
sera un nouveau détour


il me reste un clou
pour le spectacle
et de moins en moins
de peau
pour les chagrins


au bord de routes nouvelles-nées
des vacanciers pressés
ont abandonné
leurs ombres abasourdies
et sans collier

quelque chose ne tourne
pas rond
dans la conspiration
des nuages
pour renverser l’horizon


à chaque crépuscule
avec ou sans dieu
le même chien
prend la voix de son maître
pour provoquer la lune


le ruisseau maudit
cette canicule le privant
de salive pour aller sans se cacher
cracher sur la tombe
du crabe inconnu


aujourd’hui
n'était pas un ancien testament



Volet en Beaujolais (Ph. JEA/DR).

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jeudi 4 juillet 2013

P. 245. Au panier, les crabes...



Cioran : "Lorsqu'on abuse de la tristesse, d'homme on se retrouve poète."


(Ph. JEA/DR).

Pour débuter la sixième cure
s’asseoir au bord d’un paysage vide
refuser de choisir entre midi et minuit
et ne pas confondre les sens uniques
avec des sorties de secours

se révolter
quand la plupart des pouparts
rongent la lune jusqu’à l’os
assèchent les sources solubles et
encerclent le passé avec leurs barbelés

apaiser la tristesse systématique
des prairies imprévisibles
aggraver les histoires de cœur
gravées sur des bancs publics
et par solidarité trembler avec les silences

qui regrettera le nacre du printemps ?
qui détournera les tirs sauvages
de plans sur la comète ?
qui sèmera à la folie
des herbes érudites ?

les passants perdent leur mémoire
goutte à goutte
l’horizon cherche le dernier des mots justes
les nuages ont trop de plomb dans l’aile mais
le musée des illusions recrute des guides...

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mardi 2 avril 2013

P. 239. Applaudi par des corbeaux braillards...


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(Ph. JEA.DR).

applaudi par des corbeaux braillards
un corbillard véhément déchire le vent

des souffrances sans frontières
balancent futur et passé par-dessus bord

coquelicot au coeur, j'aurais aimé franchir le cap Horn
sur ce cargo dansant le tango

la récidive se prenant pour le Barbier de Séville
diffame notre dignité au banquet de la vie

depuis sa chimio, le mont chauve
ne sort que les nuits sans étoiles

des nuages nihilistes descendent
les derniers escaliers de cendres

horodateurs pour les douleurs :
l’argent méprise aussi les pudeurs

interdits de vol, les chats interloqués
se défoulent sur des pigeons indignés

la mer est morte
de soif

les chagrins retirent leurs gants
pour changer de peau

les épouvantails sont victimes
d’histoires à dormir debout

le soleil reprendrait bien un verre
d’eau de vie virtuelle

marchands de sable pour imiter
des châteaux en Espagne

minuit buvard tombé
au fond d’un puits perplexe

neige à la verticale
pièges à l’horizontale

pourquoi un fleuve livide trouverait-il banal
de devoir garder le lit ?

telle lune porte le voile
quand elle n’est pas enceinte

tombé de son panier, le crabe se regarde
en son miroir et voit une araignée

un chancre de mer tutoie le brouillard turquoise
qui en oublie de se relever

vues de loin, les forêts
dépensent leurs blessures


Jan Garbarek et
The Hilliard Ensemble :
Extrait d'Officium


un peu de sons et de lumières pendant une mise en césure de ce blog...


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lundi 25 février 2013

P. 227. Ceci n'est pas une mélodie en sous-sol...


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  Reflets sur un crayon de J-P Félix (Ph. JEA/DR).

délibérément et jusqu'à leur trentre-sixième dessous
les sous-sols sont des réserves naturelles
pour celles et ceux reconnaissables
à leurs yeux en creux
à leurs mains en vain et
à leurs chevelures victimes de bavures

des ascenseurs comme des échardes
dans la paume d'une lumière artificielle
descendent à contre courant
vers des galeries sans glaces :
à chaque niveau s'étrangle un carillon
comme s'il annonçait une heure étrange
et qui serait la dernière

la suite ressemblerait à un jeu de tarots
quand des graines de pavots
troublent l'équerre et le compas
de l'anesthésie :
le patient derviche se sent encerclé
par des uniformes verts camouflant
les ongles carminés des chaircutiers
par des blouses blanches
donnant un air innocent
aux auxiliaires des bourreaux experts en tremolos
par les habits bleus de gratte-papiers
conservant dans le formol
les infinies beautés de la bureaucratie
tout un carnaval avec ses hiboux géants
ses bouts de choux
ses (é)poux éplorés
ses cailloux écaillés
ses bijoux biodégradables
tous ces feux et ces artifices
en ces lieux privés de cieux

en haut, par ailleurs
remuent ménages et méninges
se labyrinthent allées et (a)venues
s'impassent des jardins en terrasses
se ravagent des feuilles à la pelle
et des oripeaux de chevaux remplacent
les vaches aux yeux vitreux
pour regarder passer les trains
qui sifflent trois fois la fin de la partie

...

ancien forain devenu forçat sans forces
mais pas pour autant inscrit aux abandonnés absents
il me reste encore assez d'encre indélébile
pour écrire sans machine
que je l'aime



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lundi 28 janvier 2013

P. 219. Dans le ventre de la baleine...


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givre (Ph. JEA/DR).


au début, la surprise est réelle, même pour les blasé(e)s de service :
dans le ventre de la baleine, l’éclairage est d’autant plus éblouissant
qu'au dehors, une tempête ténébreuse vient de passer à tabac l'océan
en brisant et en piétinant les astéries innocentes

murs et plafonds tournent en rond et ignorent les saisons
les fenêtres et autres soupiraux sont strictement prohibés
pas de coins de paradis pour les enfants ni de statues ridicules
de ces maîtres à dépecer la pensée dépassée

les passants polycopiés sont à peine plus nombreux que les trépassés à bouche baie
les premiers en bleu froissé ou en vert délavé, les autres en blanc cassé
les silences même en cendres pèsent le poids des absences
les horloges piquent les heures pour qu’elles ne recommencent pas à gémir

ce jeudi, le ventre de la baleine abrite le tournage d'un docu médical
silence ! moteur ! ça tourne ! clap début : « Rechute, 11ème »
les acteurs ne connaissent pas vraiment leur rôle ni leur texte
pourquoi s’impatienter ? il n’y a pas de sortie prévue pour les artistes



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mardi 15 janvier 2013

P. 215. Photos de choses et d'autres...


Ni machins, ni machines
loin des trucs et des bazars, des phénomènes et des foires
nullement (in)signes (in)dignes de richesse, de dépendance
bref, pas grand-chose

mais des choses proches de la vie
celles qui ne prennent pas de poses :
quelques photos
qui, mode de rien,
marchent sur l'eau
traversent les murs
ne se perdent pas en forêts
osent tous les exodes
parlent à l'oreille des nuages
et prennent les souvenirs par la main...

Guillevic :

- "On ne s'ennuie jamais
Tous les deux.
On a tellement de choses
A ne pas se dire,
C'est comme la mer
Et la marée."


(Ph. JEA/DR).

Françoise Proust :
- "Le passé vient trop tard (son heure est passée) et l'avenir trop tôt (il n'est pas encore temps), à moins que ce ne soit le contraire : que le passé ne vienne toujours trop tôt et le futur trop tard, mais enfin, il reste que le présent n'est jamais actuel et ne saurait venir à l'heure, soit qu'il ait un air de déjà vu, soit qu'il soit du jamais vu et donc qu'il ne soit pas reconnaissable."



(Ph. JEA/DR).

Cioran :
- "Mozart, ou la mélancolie des anges."



(Ph. JEA/DR).

Annie Ernaux :
- "Ma mémoire est dans un monde et ma vie dans un autre et ça, c'est insupportable."



(Ph. JEA/DR).

Philippe Sollers :

- "Les fleurs sont des oiseaux à l'arrêt, les oiseaux sont des fleurs qui volent."



(Ph. JEA/DR).

Mallarmé :
- "Tout au monde existe pour aboutir à un livre."



(Ph. JEA/DR).

René Char :

- "La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie."



(Ph. JEA/DR).

Milosz :
- "En chacun de nous se débat un lapin fou pendant que hurle la meute des loups, et notre seule peur, c'est que les autres ne les entendent."



(Ph. JEA/DR).

Amos Oz :
- "Cette pierre fait une petite tache de mémoire... sent l'amour de gens bien malheureux."



(Ph. JEA/DR).

Eric Orsenna :

" Certains capitaines ont pour destin de sombrer avec leur navire... D'autres, en partant, ont la générosité de nous laisser leur bateau. Comme s'ils nous appartenait désormais de continuer leur rêve."



(Ph. JEA/DR).

Tristan Tzara :

- "Minuit sonne dans les choses."



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jeudi 10 janvier 2013

P. 214. Une chanson de Mac Orlan...


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Paroles de Pierre Marc Orlan,
musique de V. Marceau


- "Un rat est venu dans ma chambre
Il a rongé la souricière
Il a arrêté la pendule
Et renversé le pot à bière
Je l'ai pris entre mes bras blancs
Il était chaud comme un enfant
Je l'ai bercé bien tendrement
Et je lui chantais doucement :

Dors mon rat, mon flic, dors mon vieux bobby
Ne siffle pas sur les quais endormis
Quand je tiendrai la main de mon chéri

Un Chinois est sorti de l'ombre
Un Chinois a regardé Londres
Sa casquette était de marine
Ornée d'une ancre coraline
Devant la porte de Charly
A Penny Fields, j'lui ai souri,
Dans le silence de la nuit
En chuchotant je lui ai dit :

Je voudrais je voudrais je n'sais trop quoi
Je voudrais ne plus entendre ma voix
J'ai peur j'ai peur de toi j'ai peur de moi

Sur son maillot de laine bleue
On pouvait lire en lettres rondes
Le nom d'une vieille "Compagnie"
Qui, paraît-il, fait l'tour du monde
Nous sommes entrés chez Charly
A Penny Fields, loin des soucis,
Et j'ai dansé toute la nuit
Avec mon Chin'toc ébloui

Et chez Charly, il faisait jour et chaud
Tess jouait "Daisy Bell" sur son vieux piano
Un piano avec des dents de chameau

J'ai conduit l'Chinois dans ma chambre
Il a mis le rat à la porte
Il a arrêté la pendule
Et renversé le pot à bière
Je l'ai pris dans mes bras tremblants
Pour le bercer comme un enfant
ll s'est endormi sur le dos...
Alors j'lui ai pris son couteau...

C'était un couteau perfide et glacé
Un sale couteau rouge de vérité
Un sale couteau sans spécialité."






NB : Remerciements à Jean Rochefort...

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jeudi 27 décembre 2012

P. 210. On disait que Mario Ramos n'était pas mort...


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Mario Ramos (Mont. JEA/DR).

Nicolas Guégan

  -"Mario Ramos, l’une des figures de la littérature jeunesse, est mort dimanche 16 décembre à l’âge de 54 ans. «Je suis né à Bruxelles, en 1958, de mère belge et de père portugais. Mon enfance est rythmée par les séjours chez ma grand-mère à l’orée du bois, et les vacances au soleil au Portugal.» C’est ainsi que l’homme aimait se présenter sur son site officiel.
Cet auteur-dessinateur avait publié plusieurs dizaines d'albums dont les plus connus sont «Quand j’étais petit», «le Roi est occupé», «Un monde de cochons» ou encore «Le monde à l’envers». Au fil de ses publications, Mario Ramos avait gagné le coeur des enfants mais aussi celui des plus grands par la manière dont il distillait une critique affûtée du monde moderne."
(BibliObs, 19 décembre 2012).


Mario Ramos, Le monde à l'envers, Ed. L'Ecole des Loisirs, Coll. Lutin poche, 2006, 35 p.

Mario Ramos


- "Les premières histoires en images qui m’ont émerveillé sont les films de Charlot et les albums de Tintin. Très tôt, je suis fasciné par tout ce qu’on peut transmettre par un petit dessin. Études supérieures de communication graphique. Je découvre les fabuleux dessins de Tomi Ungerer et de Saul Steinberg. On s’inscrit toujours dans une continuité, c’est bon de remonter aux sources. Je commence par réaliser de nombreuses affiches, des dessins de presse, et finalement des livres pour enfants qui deviennent mon activité principale. Avec un crayon et du papier, tout est possible. C’est magique!"

Laurence Bertels

- "Lors de notre première rencontre, dans son atelier schaerbeekois, il s’était lui-même présenté comme un optimiste désespéré, un enfant doux, calme et rêveur, ennemi du ballon rond et souvent sujet aux moqueries dans la cour de récré. Graphiste formé à La Cambre, illustrateur de presse, notamment pour La Libre, il est venu à la littérature jeunesse grâce à Hergé, Tomi Ungerer et Saul Steinberg, père de tous les dessinateurs. Il ne se consacra réellement au livre pour enfants qu’à l’âge de quarante ans et publia une trentaine de livres. Il ne connaissait pas l’angoisse de la page blanche mais celle de la mise au net qui représentait pour lui “une réelle souffrance car alors, je sais que l’aventure s’achève et que je n’y ai peut-être pas mis tous ce que je voulais mais tout ce que je pouvais”, nous confiait-il également, lui qui rencontrait très souvent les enfants tant leur contact lui importait."
(La Libre Belgique, 18 décembre 2012).


Mario Ramos, Roméo & Juliette, Ed. L'Ecole des Loisirs, Coll. Lutin poche, 2004, 30 p.

Béatrice Cherry-Pellat

- "La différence (Roméo et Juliette, Un monde de cochons), la peur (Le petit soldat qui cherchait la guerre, Loup y es-tu ?, La peur du monstre), l'identité (Le loup qui voulait être un mouton), le pouvoir et la responsabilité (Nuno le petit roi, Le roi est occupé, Arrête de faire le singe) sont des thèmes récurrents dans l'œuvre de Mario Ramos. "À travers une fiction, il est possible d'aborder des thèmes difficiles pour les enfants. C'est la distance de la fiction qui apporte cette facilité". Le tout teinté d'humour.
(L’oiseau lire, 18 décembre 2012).

Mario Ramos - Citrouille n° 58

- "Je différencie mon travail d'illustrateur jeunesse de celui de l’artiste qui crée en solitaire et pour qui l'œuvre existe par elle-même, sans interaction obligée avec un public. Si les albums nécessitent des moments de solitude et de retrait, je les réalise toujours cependant en pensant à mes lecteurs, avec l’intention délibérée de les toucher. Si j’organise donc des temps de création pendant lesquels je ne fais pas d'animations, les moments de rencontres et d'échanges auquel je participe par ailleurs me nourrissent et font partie de mon travail. Il ne faut cependant pas se perdre avec des rencontres trop nombreuses qui empiéteraient trop les plages créatives. Elles doivent rester porteuses d'équilibre et d'interaction: j’aime découvrir ce que les gens perçoivent et comprennent dans mes albums, les questions qu'ils se posent après la lecture de mes livres. Comme je m’intéresse par ailleurs à tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire, en passant par l’imprimeur ou le distributeur..."
(Librairies jeunesse, 18 décembre 2012).


Mario Ramos (DR).

Philippe-Jean Catinchi

- "L'œil vif et coquin de Mario Ramos a su nettoyer celui de ses lecteurs. Et si son sourire malin qui commentait en silence le tour qu'il venait de jouer manquera à celles et ceux qui l'ont croisé, dans les ateliers qu'il animait comme dans les salons de littératures jeunesse où il faisait le show, restent ses livres, adressés à tous et résolument humains. Sans encombrement moraliste ni lourdeur didactique. Simplement justes."
(Le Monde, 21 décembre 2012).

François Place et la Charte des auteurs et des dessinateurs jeunesse

- "C’est un coup de massue, ta disparition. Celle d’un garçon, tant tu étais juvénile, l’œil rieur, l’humour toujours à fleur de peau. Concerné, aussi. Révolté plutôt qu’indigné. Généreux dans l’amitié. Et tes albums, au dessin si juste et si tendre : des histoires toute simples, à belle hauteur d’enfance, des albums pour faire peur et pour faire rire, des albums pour apprivoiser les petites misères et les grands chagrins… Des albums à tenir très fort entre ses bras, comme on voudrait tant pouvoir le faire avec toi, Mario, parce que ce chagrin-là, il ne passe pas, il nous laisse sans voix, et c’est trop tôt, trop dur pour les souvenirs. Nous pensons à Andréa, à Tania, et nous mêlons nos larmes à leurs larmes. Et aussi, nous pensons à toi, Mario, où que tu sois."

Pastel Bruxelles et l’Ecole des Loisirs


- “Le petit Guili était curieux de tout et n'avait peur de rien. Il aimait faire rire ses amis.”
Mario Ramos, Le petit Guili

Mario Ramos aimait tant nous faire rire dans ses livres. Il prenait un soin et une attention passionnée à raconter des histoires aux enfants. Leur donner les moyens pour se défendre face aux plus forts, pour se construire.
Mario était curieux de tout, généreux, talentueux et très fidèle.
Ses loups, cochons, singes, crocodiles et autres petits lardons sont chargés de toutes les émotions.
Chaque rencontre lui tenait à cœur, “Faire rire et réfléchir les petits et les grands est la plus belle récompense pour un auteur.”

Mario nous a quittés dimanche 16 décembre.
Il va nous manquer énormément."


Mario Ramos (DR).

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jeudi 20 décembre 2012

P. 208. "Le voyage de Monsieur Crulic", le film


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Site du film ? Cliquer : ICI.

Synopsis

- "Ce long-métrage d’animation pour adultes (dans la veine de «Valse avec Bashir») raconte à la première personne la vraie histoire de Crulic, un Roumain de 33 ans, absurdement mort dans une prison polonaise à la suite d’une grève de la faim consécutive à une erreur judiciaire.
L’acteur roumain Vlad Ivanov («4 mois, 3 semaines, 2 jours», Palme d’or à Cannes 2007) prête sa voix au récit ironique que Crulic nous fait parvenir d’outre-tombe."

La réalisatrice, Anca Damian

- "Je suis partie de l’idée d’un docudrame dans lequel un journaliste, un personnage rencontrerait des personnes réelles, des témoins. Claudiu Crulic fournissait le prétexte à une analyse des dérapages qui se produisent au XXIe siècle dans une société soi-disant civilisée, peuplée d’individus qui ont accepté d’être les témoins passifs d’une mort lente, qui ont pu rester les bras croisés au lieu d’aider leur proche qui se mourait là, devant eux. Il y a eu quantité de ces témoins, venus des milieux les plus divers. Mais l’enfer qu’avait traversé Claudiu Crulic restait complètement inconnu, une espèce de vide autour duquel tournaient les autres, attentifs à ne pas se laisser entraîner dans le précipice…
C’est alors que j’ai eu l’idée de l’animation : elle me permettait de recréer ce vide. L’animation te donne la liberté et j’en ai profité pleinement. L’utilisation de l’animation se justifiait d’elle-même : comment quelqu’un de l’au-delà pourrait-il raconter autrement ?"
(Dossier de presse).

Stéphane Dreyfus


- "Les films d’animation qui sortent en cette fin d’année ne sont pas tous des beaux contes de Noël, loin de là. C’est le cas du Voyage de Monsieur Crulic qui raconte, avec une audace formelle étonnante, l’histoire vraie de la grève de la faim d’un homme emprisonné à tort."
(La Croix, 11 décembre 2012).


Vos papiers ! (DR).

Xavier Leherpeur

- "Un magnifique film d’animation basé sur l’histoire vraie et tragique d’un jeune homme pris dans les méandres d’une justice obtuse. Dans la continuité de « Valse avec Bachir », d’Ari Folman, un projet esthétique et protéiforme où le dessin alterne différentes écoles stylistiques pour proposer, via un kaléidoscope figuratif brillamment construit, une approche à la fois réaliste, poétique et symbolique où chaque proposition formelle cristallise l’émotion."
(CinéObs, 11 décembre 2012).

Marc Belpois

- « J'ai un nouveau passeport. Mortuaire. C'est comme ça que je passe les frontières. Je passe les frontières, vous m'entendez bien ! Sans que personne ne demande rien. Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie. Et en Mercedes ! » Alors que sa dépouille est rapatriée dans le véhicule d'une société de pompes funèbres, Crulic se raconte avec une douce ironie, un détachement presque amusé. A quoi bon fustiger ses bourreaux, les faits sont terrifiants.
Le 11 juillet 2007 à Cracovie, un juge polonais déclare le vol de son portefeuille. Le 10 septembre, le dénommé Claudiu Crulic, émigrant Roumain venu louer en Pologne ses talents de mécanicien auto, est accusé du larcin (imputation impossible puisqu'il se trouvait alors en Italie), puis incarcéré à Cracovie. Il entame immédiatement une grève de la faim et clame son innocence à longueur de lettres adressées au directeur du centre de détention, au procureur de la ville et, surtout, au consulat roumain. Personne ne daigne réagir. Les médecins de la prison ne se préoccupent pas plus de son état de santé, ou alors trop tard. Claudiu Crulic meurt un jour de février 2008, il avait tout juste 33 ans."
(Télérama.fr, 8 décembre 2012).

Isabelle Danel

- "D’outre-tombe, le Roumain Claudiu Crulic nous raconte son authentique histoire. Accusé de vol en Pologne, alors qu’il était ce jour-là en Italie, Crulic est emprisonné. Continuant de clamer son innocence, il mourra des suites d’une grève de la faim entamée en détention... Mêlant plusieurs techniques d’animation (cartons, dessins, insertions de photos), Anca Damian réalise un pur bijou. À la fois engagé et poétique, dramatique et ironique, cet objet filmique non identifié révolte par son propos et surprend par son invention."
(Première).


Geôle polonaise (DR).

Nicolas Thys

- "Directrice photo et documentariste roumaine, Crulic est le deuxième long-métrage mais le premier film d'animation d'Anca Damian. Et pour une première, c'est une réussite. Elle parvient à maîtriser plusieurs techniques et à les associer brillamment, depuis papier découpé jusqu'au dessin traditionnel en passant par l'animation par ordinateur, de la fluidité parfaite de certains plans à la fixité de certains objets sans oublier des mouvements saccadés qui apportent un rythme singulier mais précis à l'ensemble. Et cette profusion des styles ne nous perd pas mais, au contraire, nous aide à pénétrer l'univers intime du personnage, ses pensées, son environnement et son combat. On suit notre homme et son cheminement inéluctable vers la mort sans jamais se sentir largué, même sans avoir eu connaissance des événements auparavant, mais avec l'impression d'assister à un film singulier, cruel et fou mais d'une puissance plastique et formelle indéniable."
(Ecran Large).

Jacques Mandelbaum

- "Le film n'a pas l'ambition de trancher sur la culpabilité ou l'innocence de Crulic, quand bien même il suggère que le bénéfice du doute aurait dû jouer en sa faveur. Or, c'est tout le contraire qui va se passer, en une terrifiante succession de décisions où l'indifférence le dispute à la cruauté et à l'impéritie.
Bouleversé par son sort, Crulic entame une grève de la faim en prison et écrit à la terre entière pour faire valoir son innocence. Personne ne l'écoutera : ni la délégation roumaine en Pologne, ni les juges polonais, ni les médecins.
Lorsque ces derniers se rendent à leur devoir, il est trop tard. Crulic pèse cinquante kilos. Une sonde lui perfore le poumon. Il meurt quelques jours plus tard. Parmi les sombres volutes de ce beau film qui lui rend hommage, certains verront distinctement son âme."
(Le Monde, 11 décembre 2012).





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