MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz
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dimanche 6 octobre 2013

P. 267 "93, la belle rebelle", film de J-P Thorn


Synopsis :

- "Une épopée - du rock au slam en passant par le punk & le hip hop - incarnant un demi-siècle de résistance musicale flamboyante et se faisant porte-voix d'une jeunesse et de territoires en perte d'identité, sous les coups des mutations industrielles, des désillusions politiques et de l'agression constante des pouvoirs successifs les stigmatisant comme «voyous», «sauvageons» ou «racailles».
Ou comment, par strates successives, s'est fabriquée une contre-culture «underground» réinventant - par-delà le délitement des valeurs traditionnelles de la «banlieue rouge» - d'autres codes, d'autres mots, d'autres sons, d'autres façon de bouger, de colorer les espaces, d'écrire et de penser le monde… qui permettent à toute une jeunesse, se vivant comme exclue, de trouver ses repères et sa place dans la cité.
La banlieue - à contrario des clichés - se révèle un espace incroyablement riche de métissages engendrant une créativité époustouflante."


Arte et autres soutiens :

- "Ce documentaire existe grâce à l’action menée conjointement par deux associations culturelles de Seine-Saint-Denis :
- Zebrock
et
- Périphérie.
Active depuis vingt ans, Zebrock développe de nombreux projets éducatifs et s’attache à faire vivre la création indépendante.
De son côté, Périphérie a accueilli le film de Jean-Pierre Thorn dans le cadre de Cinéastes en résidence, un dispositif d’aide à la création qui a pour particularité d’intervenir au moment du montage image. 
Le film a été diffusé sur Arte le 25 novembre 2010 dans une version de 52 minutes, une sortie dans « quelques » salles de cinéma a suivi le 26 janvier 2011 dans un format plus long.
Enfin, la version DVD est disponible depuis début décembre 2010."

En novembre 2010, le blog Mo(t)saïques avait été sabordé depuis quelques mois déjà pour cause d'épidémie à bord. En conséquence, impossible de saluer la programmation sur Arte de ce docu refusant de mentir et de se taire...

Puis janvier 2011. La sortie - dans quatre premières salles - du film de Jean-Pierre Thorn coïncidait avec les débuts cahin-caha de cette seconde tentative de proposer sur un blog le sel de mes mots, de mers pas encore mortes et de terres à rides... Mais Le Monde, Libération et Positif, pour se limiter à ces trois références, mettaient leur poids dans la balance des infos et des critiques pour soutenir la belle pellicule rebelle de mon vieux pote JP. Que pesait le mini-David Mo(t)saïques 2 avec ses quelques commentaires, aussi somptueux soient-ils ?
Avec le temps, les regrets deviennent remords. 
Et donc cette page pour au moins rappeler qu'un DVD empêche 93, la belle rebelle de finir au cimetière des films perdus... 
De plus, un site pose dans toute la France les cailloux de projections-débats sans pellicule commercialement complaisante ni langue de bois.  

Jean-Pierre Thorn, vous vous souvenez, en 1980 déjà... (DR).

Jean-Pierre Thorn, cinéaste :

- "Je ne cesse de chercher - d'un film à l'autre – un cinéma épique : trouver une forme éclatée, hybride, une écriture faite de collages, cette fameuse « unité des contraires »: les contrepoints image/son, les cadrages en conflit avec les couleurs, les cadrages serrés avec l'immensité des plans d’ensemble, l'intimité des êtres en conflit avec l'universalité de la fable qui les traverse. Un cinéma musical qui pulse le spectateur."

Jean-Pierre Thorn, le 93 :

- "J'aime l'immensité des espaces de la banlieue : cet enchevêtrement d’architectures en perpétuel mouvement : construit, rasé, remodelé, reconstruit… Et dans ce «no mans land» fascinant – intervalle de la ville en jachère – l'incroyable surgissement de la nature qui ne cesse de repousser et recouvrir les ruines des industries passées. J'aime les friches, la poésie des squats, la beauté des canaux et voies RER qui transpercent la ville et ouvrent des brèches dans l'imaginaire vers d'autres destins possibles. J'espère, par mes images, rendre compte de cette beauté sauvage, de ces vibrations de couleurs pastel, de ce murmure de la ville quand on la contemple depuis les tours."

Jean-Pierre Thorn, son film :

- "Le film épouse le mouvement allant du rock pour fuir l'usine (dans les années 60) jusqu'au slam aujourd'hui pour recréer de l'activité et du lien social dans un monde d'où le travail s'en est allé. C'est cette mutation intense, que je cherche à cerner, derrière le déplacement des musiques et des personnages. (...) À travers le raccourci du film, prendre conscience de l'incapacité chronique de tous les pouvoirs (de droite comme de gauche) à répondre aux utopies de la jeunesse autrement que par l'expulsion et la violence."

Marc Perrone et son accordéon diatonique. A Saint-Ouen, avant une soirée centrée sur le cinéma de Jean-Pierre Thorn et avant que le public ne vienne bruisser et frémir, Marc Perrone nous offrit un "Temps des cerises" qui reste le plus merveilleusement mélancolique des souvenirs (DR).

Yann Tobin :

- "Rebelle, la "belle", comme après une revanche. Loin des clichés médiatiques et du côté boy-scout bien-pensant, la banlieue chante sa révolte, et c'est revigorant."
(Positif).

Xavier Leherpeur :

- "Il y a le rock de complaisance, pour amis du président réfugiés en Suisse. Et celui de résistance, pour populations indésirables, entassées à la périphérie parisienne. C’est à celui-ci que s’intéresse ce documentaire, revenant aux origines de cette musique de banlieue et fière de l’être, prolétarienne, identitaire et rageuse. Pulsation de ces lendemains qui déchantent mais refusent d’abdiquer qui, depuis près de cinquante ans, avec le hip-hop ou le slam, ne cesse de se régénérer."
(Le Nouvel Obs).

Le Parisien :

- "Depuis les années 1960, c'est dans le 93 que ça se passe. La naissance du yé-yé, puis du hip-hop, avec NTM et le DJ Dee Nasty, la chanson engagée de Marc Perrone, le rock alternatif, avec Bérurier Noir et le fameux squat de Montreuil, évacué par la police en 1986, et plus récemment le slam, de Grand Corps Malade à D'de Kabal. Autant de parcours militants entre bidonvilles et cités ouvrières qui permettent de mieux cerner cette banlieue à fleur de peau."
(26 janvier 2011).

Serge Teyssot-Gay (DR).

Carole Melleliri :

- "Loin du prosélytisme aveugle, Jean-Pierre Thorn construit une parole éminemment structurée et richement documentée sur des banlieues, dont il a suivi l’évolution de manière privilégiée et constitué une vision précieuse au fil de ses travaux documentaires depuis la fin des années soixante. Dans On n’est pas des marques de vélos (2003), il avait choisi l’univers de la danse hip-hop pour se pencher sur un sujet politique : celui de la double peine. Dans 93 La belle rebelle, histoires sociale et musicale sont imbriquées pour montrer la splendeur d’un territoire souvent décrié, où la création artistique relèverait toujours d’une forme d’engagement.
(…) En retraçant l’histoire culturelle de la Seine-Saint-Denis, 93 La belle rebelle montre comment des courants musicaux ont émergé successivement en réaction avec le contexte politique et social, de telle sorte que chaque nouvelle tendance apparaît comme la conséquence ou le prolongement du précédent. La succession des numéros musicaux (archives ou performances) et des témoignages intimistes font du rock, du punk, du hip-hop et du slam les maillons d’une même chaîne, concourant à libérer la voix révoltée de populations tantôt négligées, tantôt stigmatisées."
(Critikat.com, 25 janvier 2011).

Isabelle Regnier :

- "A la rencontre des musiciens du 93 qui ont écrit, depuis les années 1960, les pages françaises de l'histoire du rock, du slam en passant par le jazz, le hip-hop ou le punk, Jean-Pierre Thorn montre comment la musique fut une planche de salut pour des générations de jeunes, confrontées, les unes après les autres, aux maux de la banlieue.
(…)
On croise ainsi la route de Daniel Baudon, qui commença sa carrière de batteur dans un groupe de rock'n'roll au début des années 1960, de Lauran, guitariste des Béruriers Noirs, de Dee Nasty, ou encore Joey Star et Kool Shen de NTM. Ces derniers n'apparaissent que dans des images d'archives mais pas des moindres : des captations de leurs concerts mythiques, mais aussi une confrontation édifiante, sur le plateau d'une émission de télévision animées par Paul Amar, avec Eric Raoult qui était alors ministre délégué auprès du ministre de l'aménagement du territoire, de la ville et de l'intégration.
La musique est forte, et la parole qui circule tendre, émouvante, sans concession. Porté par une foi dans l'art, dans le bouillonnement d'énergie de la jeunesse, le film n'en est pas moins sous-tendu par la perspective très noire d'une évolution constante de la situation de la banlieue en général, et du 93 en particulier."
(Le Monde, 25 janvier 2011).


Utopia :

- "Jean- Pierre Thorn, cinéaste des luttes depuis les années 70, aurait pu raconter son neuf trois, département objet de tous les fantasmes et de tous les clichés sous le prisme de l’analyse historique et politique. Jean-Pierre Thorn, cinéaste militant, est embauché comme ouvrier établi (l’établi désigne ces intellectuels qui faisaient le choix de s’immerger comme ouvriers dans la vie dune usine) à l’usine Alsthom de Saint Ouen et il sait donc très bien que la vie sociale et politique de ce département est foisonnante et mérite d’être racontée. Un département créé en 1968 par le pouvoir gaulliste pour contenir le rôle du parti communiste qui domine la vie politique sur tout l’Est parisien. Ainsi, grâce à De Gaulle, le ghetto rouge était né.
Jean-Pierre Thorn aurait pu raconter les bouleversements géographiques et architecturaux d’un département qui a vu les grands ensembles fleurir et remplacer les taudis et avec eux de nouvelles populations apparaître. Dans les années 60, les classes populaires françaises ont vu apparaitre les immigrés venus des pays du Sud. Puis les premiers taudis ont disparu et aujourd’hui réapparaissent, construits par les nouveaux immigrants venus de l’Est.
Mais Jean-Pierre Thorn a préféré aborder son département sous un angle bien particulier : celui de la musique et plus spécialement de la contre-culture musicale qui y a toujours sévi. Car en parlant de la musique, on parle de tous les bouleversements sociaux. Et Thorn convoque les témoins sur les lieux de leur crime : Daniel Baudon évoque l’apparition du rock à la sortie des usines dans les années 60 ; l’accordéoniste Marc Perronne raconte les luttes sociales des années 70 ; Loran de Bérurier Noir nous parle des premiers grands squats musicaux et de l’émergence du punk et du rock alternatif au début des années 80. Presque au même moment, Dee Nasty occupe un terrain vague pour y faire naitre le terreau du hip hop français, dont le plus célèbre représentant sera NTM. Aujourd’hui, alors que le rock incitait à oublier son usine, le slam retisse un peu du lien social largement ébranlé dans le 93."
(Avignon, 17 juillet 2011).

Loïc Ballarini :

- "C’est de l’attention à la complexité et à la profondeur que l’on tire les histoires les plus réussies. L’Histoire de la musique en banlieue que propose Jean-Pierre Thorn l’est assurément : parce qu’elle conte une histoire particulière, celle de la musique, dans ses soubresauts et ses continuités, traitant à la fois de l’apparition de nouveaux styles et des points communs avec les précédents ; et parce que cette « petite » histoire n’est jamais loin de la « grande », la musique jamais coupée des autres dimensions de la vie en et au-delà de la Seine-Saint-Denis."
(Lectures, 15 février 2011).

Isabelle Hanne :

- "93, la belle rebelle est une visite sensorielle dans l’espace et le temps, une succession d’images et de sons qui transmettent l’énergie vorace qui anime ces artistes. Insoumis, politisés, fiers, avec leur refus des codes et leur envie de gueuler : le réalisateur établit une parenté entre tous, une filiation. La culture de la Seine-Saint-Denis en héritage."
(Libération, 25 novembre 2010).

D’ de Kabal, rapeur :

- "Si je me sens pluriel, c’est parce que j’ai grandi ici, et qu’ici, les gens sont assez proches les uns des autres, les murs sont pas très épais…
(…) Même si on fait partie des gens qui ont écrit des textes assez virulents sur ce type d’environnement, sur l’oppression quotidienne qu’on peut ressentir à vivre dans ce genre de cadre, on fait partie aussi des gens qui avancent l’idée selon laquelle il se passe des belles choses."





Diffusions :

Le 10 octobre 2013 : au Mans (Sarthe), festival "Crève la Dalle"
Le 11 octobre 2013 : le Mée sur Seine (77350), Espace Cordier MJC Le Chaudron, 361 Avenue du Vercors 77350 Le Mée sur Seine 
Le 17 novembre 2013 : à Toulouse, à la Médiathèque Grand M à 15h00



Plus d'informations : www.adr-production.fr


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lundi 16 septembre 2013

P. 266. Ake Edwardson : "Voile de pierre" - Bill Forsyth : "Local Hero" - Mark Knopfler : "Going Home"

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Ake Edwarson,
Voile de pierre,
10-18, 2007, 526 p.


Présentation de l’Editeur :

- "Göteborg, Suède... C'est le règne de l'été indien et le début d'une enquête casse-tête pour le commissaire Erik Winter. Notre flic suédois se retrouve contraint de filer vers l'Écosse afin d'y élucider la disparition d'un marin pêcheur au large des côtes calédoniennes. Un fait divers d'autant plus troublant que le grand-père du disparu s'est volatilisé soixante ans auparavant dans des conditions similaires. Crime ou accident ? À lui d'y voir plus clair... Au même moment, à Göteborg, l'inspecteur Aneta Djanali, originaire du Burkina Faso, se frotte à une sordide histoire de violences conjugales. Quitte à raviver les plaies béantes de son passé, le temps d'un chassé-croisé transfrontalier à la moiteur inattendue..."

Citation :

- "Une fois que tout fut terminé, Winter put revoir le film des événements. Lorsque tout fut dit, il comprit que tout avait une autre signification. Tout s'éclaira.
L'identité est quelque chose que nous empruntons, un rôle, un masque. Nous franchissons la frontière qui sépare la vérité du mensonge, et la lumière se condense en ténèbres…"

Gérard Meudal :

- "Winter est, avec le commissaire Wallander de Henning Mankell, la figure la plus réussie du polar suédois contemporain, et ce cinquième épisode de ses aventures entre Göteborg et l'Écosse en est la confirmation éclatante."
(Le Monde des livres).


Le port de Pennan (Graph. JEA/DR).

Si votre lecture a suivi Erik Winter dans le sillage de cette enquête en Ecosse, un réverbère va s'allumer pour vous à la page 362 :

- "Il voyait une petite localité au bord de la mer. Ah oui : Local Hero. D'après ses souvenirs, ce film avait été tourné en Ecosse, sur la côte, à un endroit où on regardait de travers tous les nouveaux venus."

Puis un second réverbère page 363 :

- "Le film tourné en Ecosse lui revint à l'esprit. Les maisons serrées les unes contre les autres, l'auberge et l'homme plein de ressources qui la dirigeait. Un Américain et lui étaient en négociations à propos de la vente d'un terrain près de la mer."

A peine sadique, Ake Edwarson laisse tomber ces deux réverbères. Pour n'y revenir qu'à la page 474 :

- "Ils s'étaient garés devant une maison ornée d'un dauphin et portant le nom de Dolphin Cottage Nr 10.
- Tu te souviens du film ? demanda Macdonald.
- Oui, j'y repensais il n'y a pas longtemps au fait.
- Tu reconnais le village ?
- Je crois...
- Les baraques sont toujours là. Mais le film est bâti sur l'illusion, du bluff, si on veut. Illusion parfaite du mensonge de l'image.
- Ah bon, comment ça ?
- Tu vois ce petit coin de bord de mer, poursuivit Macdonald en le désignant de la tête. Dans le film, il a des proportions bien plus impressionnantes et Burt Lancaster peut l'arpenter dans tous les sens, en toute tranquillité.
- Ah.
- En réalité, ils ont monté des vues des maisons de Pennan sur d'autres plages de Morir. C'est sur la côté ouest, au sud de Mallaig, d'où l'on prend le ferry pour Armadale, sur l'île de Skye (...). Ils ont donc tout simplement mélangé Pennan et Morir.
(...)
Winter se retourna.
- Je reconnais aussi la cabine téléphonique, dit-il en désignant le petit édifice rouge, de l'autre côté de la rue.
(...)
Une femme sortit d'une maison, à soixante-dix mètres de là. Elle vint vers eux et les salua. Elle portait un fichu mais n'était pas plus âgée qu'eux.
(...)
- Par temps clair, on voit les Orcades, avait précisé la femme.
- Et des aurores boréales ? avait demandé Winter.
- Oh, vous avez vu le film, vous..."

LA cabine téléphonique de Pennan, image du film (DR).

Le dénouement déchirant cette Voile de pierre n'est plus loin. Mieux que le mot "fin", ce roman se termine sur des questions, tant pis pour les certitudes...
Alors, d'une bibliothèque, passons au cinéma.
Pour une projection de :

Local Hero

Un film de Bill Forsyth, 1983, avec Burt Lancaster, Peter Riegert, Fulton Mackay, Denis Lawson, Norman Chancer, Peter Capaldi, Rikki Fulton, Alex Norton, Jenny Seagrove, Jennifer Black...
110 minutes.

Synopsis :

- "Une multinationale décide d'implanter un complexe pétrolier dans un petit village de pêcheurs du Nord de l'Ecosse. Les tractations que mènent technocrates et villageois prennent une tournure bien surprenante."


Affiche du film en 1983 (DR).

Tad McIllwraith :

- "It is the story of a man from a Texas oil company sent to Scotland to buy up all of the property on an ocean bay for the construction of an oil refinery.
C'est l'histoire d'un homme qu'une compagnie pétrolière du Texas envoie en Ecosse pour racheter la totalité des biens sur une baie en bord de l'océan et afin d’y construire une raffinerie de pétrole.
It is presumed by the company that the task will be easy.
Il est supposé par la compagnie que cela ne posera aucun problème.
To the man's surprise, the people who live in the community on the bay are attached to their homes and to the bay on which they are located.
À la surprise de l'envoyé, les gens qui vivent dans cette communauté sont attachés à leurs foyers et à la baie au bord de laquelle ils vivent.
And, perhaps more surprising, the oil man falls in love with the place too.
Et, peut-être plus surprenant, le pétrolier tombe aussi amoureux de cet endroit.
Sorting out old loyalties to the oil company and new ones to the community by the bay further the plot of the film.
L’intrigue du film repose sur le choix entre la fidélité à la compagnie pétrolière et ce nouvel attachement à la communauté de la baie."
(Notes anthropologiques, Canada, 2 septembre 2010. trad. approximative JEA).

Danièle Heyman et Alain Lacombe :

- "Le film démarre dans les bureaux survoltés d'une multinationale pétrochimique de Houston (Texas). Le Pdg, Happer (Burt Lancaster), décrète l'installation à Ferness, port de pêche de la côte nord de l'Ecosse, d'un complexe pétrolier. Pas moins insolite qu'un martien, l'homme de la mission, Mac Intyre, débarque avec son costume trois-pièces, son attaché-case, son sens de l'efficacité dans ce village; beau comme un jeu de construction dont l'atmosphère et le mode de vie auront peu à peu raison de lui.
(...)
Réalisateur écossais, Bill Forsyth donne une personnalité cosmopolite et cependant infiniment authentique à son village, avec l'aubergiste aux multiples fonctions,le clochard de la plage pour qui le prix des choses s'évalue en grains de sable, le prêtre venu d'Afrique, et le pêcheur soviétique.
Par-dessus tout domine la tutelle de la nature. Ce sont la mer, la lande, les cieux bas et les aurores boréales qui commandent. Local Hero est un film souvent comique. Et un peu cosmique."
(L'année du Cinéma 1984, Calmann-Lévy, 1984, 253 p., p. 181).

Diki2 :


- "Vu une nouvelle fois et on ne s'en lasse pas. Décalé, sensible avec un humour toujours surprenant qui pourrait passer pour farfelu s'il n'y avait pas ce regard profondément humain posé sur des êtres improbables que tout oppose, mais qui se trouvent réunifiés par la grâce de ce film enchanteur. Un film gai, optimiste et porteur d'espoir pour ceux et celles qui ont eu le bonheur , comme moi de le découvrir. Comme si la mécanique subtile qui régit nos comportements avait été trafiquée pour nous conter cette fable à la fois branque et amoureuse des hommes. Inoubliable."



Un film montrant l'affrontement entre une multinationale et des amoureux de leur nature.
Mais encore une composition de Mark Knopfler
auquel fut confié la bande originale, tellement originale qu'elle s'est construit sa propre vie :

- "Mark Knopfler est né le 12 août 1949 à Glasgow. Ses parents sont des immigrés hongrois qui ont fui le nazisme pendant la guerre. Impossible de ne pas associer le nom de Mark Knopfler à celui de Dire Straits. En effet, il fut de 1978 à 1993 le leader du groupe anglais le plus précurseur et le plus populaire de son époque. Mis à part Dire Straits, Mark Knopfler n'a pas été en reste et sa discographie et ses nombreuses collaborations ont fait de lui une star à ses dépends.
(…)
Il faut attendre 1982 (et une accalmie dans l'agenda du groupe Dire Straits) pour que Mark Knopfler commence sérieusement à travailler en solo, il enregistre sa première bande-son : Local Hero (un superbe film de David Puttman avec comme acteur Burt Lancaster). C'est une musique très celtique et Mark a pris beaucoup de soin à enregistrer l'album (il en est de même pour toutes ses bandes-son)."
(MYGMUSIQUE, webzine musical).




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jeudi 5 septembre 2013

P. 263. Le 6 septembre 1954 : La Strada bouleverse la Mostra de Venise...


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L'un des dix films les plus éblouissants de l'histoire du cinéma ?
A noter que son titre français : "Le grand Chemin" s'est perdu dans les sables du temps, même si André Claveau en fit un titre de chanson.(DR)

Synopsis

- "Zampanò, un homme à la nature violente, s’exhibe sur les places et dans les foires de village comme cracheur de feu. A la vue d’une pauvre paysanne submergée par ses enfants, il lui achète Gelsomina pour dix mille lires, une fille ingénue et ignorante pour qu’elle devienne son bras droit dans ses spectacles. Gelsomina, qui sera forcée de devenir sa maîtresse, étant une créature sensible, tente en vain de lui échapper puisqu’il la maltraite sans cesse. Après être passés à un cirque pour y travailler, Gelsomina fait la connaissance de Matto, étrange figure d’équilibriste errant, gentil et placide qui ne rate pas une occasion pour se moquer de Zampanò et l’humilier. Ce dernier va le tuer de manière involontaire lors d’un litige. La tragédie rend Gelsomina définitivement folle car elle va être troublée nuit et jour par le souvenir de Matto. Zampanò alors la quitte pour poursuivre sa vie vagabonde car il craint d’être découvert et arrêté. Quelques années après, il découvre par hasard que Gelsomina est morte et soudainement il prend conscience de sa solitude. Puisqu’il est abandonné par tout le monde pleure sur une plage déserte."

André Bazin

- "C'est l'histoire d'un homme qui apprend à pleurer..."

Jean De Baroncelli

- "C'est un film qui console de bien des déceptions. C'est un film qui nous raffermit dans notre conviction que le cinéma est un moyen d'expression unique."
(Le Monde, 15 mars 1955).

Le Canard Enchaîné

- "C’est un des quatre ou cinq chefs d’œuvre que le cinéma nous ait donnés depuis sa naissance. Un film qui nous force à remettre en question tout ce que nous avons vu au cinéma depuis des années. Une fable humaine et lyrique d’où l’on sort enivré, après quoi le jour même n’a plus la même couleur."
(23 mars 1955).




Yvon Toussaint


- "Fellini traite ce pathétique dans un dépouillement absolu, avec une sainte horreur du pittoresque spectaculaire. Les éléments constitutifs des situations, des images, sont semblables à ceux du néo-réalisme. Mais une infime transposition, une sublimation légère fait naître une poésie douce-amère, tendre et désolée."
(Le Soir, 7 octobre 1955).

Témoignage chrétien

- "La Strada est le chef d’œuvre d’un poète, d’un peintre d’états d’âme ; le chef d’œuvre d’un homme généreux qui, par le don même de sa générosité, provoque la générosité des êtres et des choses ; le chef d’œuvre où la réalité, nourrie et sublimée par la poésie et la spiritualité, est plus réelle que le réel ; le chef d’œuvre où la réalité refuse de se réduire à des symboles tout en étant cependant débordante de signes ; le chef d’œuvre où le quotidien balance dans l’instant du présent au passé, du futur à l’éternel."
(25 mars 1955).

Larousse


- "Les intellectuels, interloqués, ont applaudi, le public populaire, fasciné, a pleuré. Le succès s'est révélé international. Il est au départ de la gloire de Fellini. Aujourd'hui, il se trouve des voix pour prétendre que La Strada est une œuvre surestimée, racoleuse, « facile ». Ces voix s'époumonent en vain contre l'évidence de sa beauté."

Marine Landrot

- "Dépourvu de scénario écrasant, entièrement tourné en extérieur dans des conditions infernales, ce film itinérant vogue au gré de la composition époustouflante des acteurs. Brusque et hâbleur, Anthony Quinn rend caressante sa violence incontrôlée. Avec sa cape de deuil et sa « face d'artichaut », Giulietta Masina oscille entre Charlie Chaplin et Stan Laurel. Roulements de tambour et trépignements : voilà un chef-d'oeuvre."
(Télérama, 20 février 2010).


Anthony Quinn et Giulietta Masina (DR).

L’Oeil sur l’Ecran

- "Le personnage de la jeune fille emprunte visuellement beaucoup de traits à Chaplin ; Giulietta Masima, avec peu de paroles, met beaucoup d’humanité dans son personnage en jouant avec les expressions enfantines de son visage (…). La Strada est un film plein d’humanité que Fellini transmet en évitant tout misérabilisme. Il trouve ici l’équilibre parfait et le film remportera un succès qui le propulsera au devant de la scène."
(Blog écrit à quatre mains par un couple, 13 novembre 2010).


Vittorio Bonicelli


- "Zampanò est l’un des personnages les plus puissants, intenses et dramatiques du cinéma contemporain. Le style du film est parmi les plus purs et les plus lucides du néoréalisme. Il faut se rappeler de la légèreté, de l’intensité, de la chaleur instinctive des personnages et de leur définition immédiate dans la séquence de la réception nuptiale et de l’excursion de Gelsomina dans la grande maison de campagne jusqu’à la découverte de l’enfant malade."
(Il Tempo, 7 octobre 1954).

Leïla Bekhti


- "C'est un film qui m'a bouleversée quand j'étais jeune. Souvent quand on grandit on se dit qu'on n’arrivait pas à mettre de mots sur ce sentiment et des années plus tard, j'ai compris qu'il n'y avait pas beaucoup de gens qui pouvaient autant nous en dire avec leurs yeux et s'appellent de grandes comédiennes, Giulietta Masina en fait partie."
(RTL, 22 août 2013).

Dominique Aubier

- "La Strada est une œuvre qui suppose de la part de son auteur, en plus du génie d'expression, une parfaite connaissance de certains problèmes spirituels et une réflexion sur eux. Ce film traite en effet du sacré, je ne dis pas du religieux ni de la religion. Je parle de ce besoin primitif et spécifique à l'homme qui nous pousse au dépassement, à l'activité métaphysique, tant sous la forme religieuse que maintenant sous la forme artistique, besoin aussi fondamental que celui de durer. Il semble que Federico Fellini sache parfaitement que cet instinct est à la source des religions comme de l'art. Il nous le montre à l'état pur dans Gelsomina. [...] Fellini et ses trois interprètes réussissent à nous décrire tant charnellement que mentalement et par le moyen de l'image, l'histoire servant à un tout autre but, des personnages mythiques et vrais. Ces trois héros vivent d'une vie esthétique parfaite. Ils nous arrachent cette émotion grâce à laquelle un personnage de lumière ou de papier prend pour une seconde une fulgurante réalité et demeure en nous."
(Cahiers du cinéma n°49, juillet 1955).


François Chalais : interview de Giulietta Masina (Festival de Cannes, 1955).

Ermanno Contini

- "Fellini est le maître du récit et son film s’écoule en effet dans une narration légère et très mesurée qui cherche ses retournements de situation, ses rebondissements, ses enchaînements et ses résolutions dans de petits détails, des annotations délicates, des tons discrets qui s’encastrent naturellement dans la modeste trame d’une histoire apparemment vide d’événements. Pourtant, combien d’intentions et d’effervescence enrichissent une aussi grande simplicité, ils sont tous complètement exprimés mais ils ne sont pas tous ni clairement évidents, ni entièrement traduits dans une pleine éloquence humaine et poétique, mais ils sont tous suggérés avec une fine sensibilité, ils sont tous soutenus par une subtile charge émotionnelle."
(Il Secolo XIX, 8 septembre 1954).

Ciné-Club de Caen

- "Séquences célèbres : Gelsomina vendue par sa mère; les trajets sur les routes sur un lamentable triporteur roulotte ; la noce champêtre et la visite d'un enfant malade et reclus ; la rencontre de Gelsomina avec l'équilibriste, puis avec une religieuse dans un couvent ; la bataille de Zampano avec Il Matto qui regarde sa montre brisée et tombe mort ; Zampano qui apprend la mort de Gelsomina, regarde le ciel et pleure sur la plage (…).
Un film complexe. Il était d'abord une critique de la condition féminine, de la femme objet aussi passive qu'un caillou, tout juste créée pour faire l'amour et la cuisine."

Olivier De Bruyn

- "Un film qui témoigne du génie visionnaire de Fellini, mais aussi d'une période transitoire de sa carrière. A mi-chemin des premiers pas néo-réalistes - entrepris avec Rossellini (il collabore aux scripts de Rome ville ouverte et de Paisa, il joue dans l'Amore) puis en solo (les Vitelloni) - et de la fantasmagorie réflexive qui voit le jour à partir de la Dolce Vita (1959), la Strada est d'abord un témoignage d'amour hors-pair à l'actrice Giulietta Masina, madame Fellini à la ville (…).
Fellini filme sa drôle d'histoire comme un road-movie où la réalité patente du monde est doucereusement pervertie par son regard. La Strada est un film où l'on imite les arbres et où l'on avale des spaghettis sur un fil d'acrobate. Un film, aussi, où l'on crève d'aimer. Un grand film."
(Libération, 20 janvier 1995).


Federico Fellini

- "Si j’étais critique, je penserais que chaque film a droit à une façon particulière non seulement d’être vu, mais aussi d’être raconté et donc proposé au lecteur-spectateur. Quel est le but premier d’un critique de cinéma ? Celui de parler d’un film, de le faire « comprendre » (…). Le plus souvent, l’expliquer c’est le réduire sinon même le mortifier, tout comme si face à un conte, on se mettait à dire ce que signifient la forêt, le loup, le Petit Chaperon Rouge et pourquoi Pinocchio rencontre son père dans le ventre de la baleine. Grattez le vernis, vous annulez le charme."
(Il Tempo, 29 mars 1980).

Nino Rota : La Strada, suite (Orchestre symphonique Milan-RAI, dir. Enrico Collina).





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jeudi 8 août 2013

P. 255 . 10 août 1707, première de la cantate de Bach : "Actus tragicus" (BWV 106).


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Bach et son "Actus tragicus" dans La version de Ton Koopman (Mont. JEA/DR).


Musique et Mémoire

- "Les musiques écrites par les compositeurs de l'époque baroque (…) pour un service funèbre font partie des pages les plus belles et les plus poignantes de l'histoire de la musique.
(…) Johann Sebastian Bach, musicien très croyant, n'emploie pas un langage musical trop pesant dans les contextes funèbres, même si des motifs ou des symboles musicaux à la tournure dramatique peuvent être utilisés (…). Dans l'évocation musicale de la mort, le calme et la sérénité de l'espérance induisent un discours apaisé, tout au plus empreint de nostalgie."
(Festival dans les Vosges Saônoises, du 19 juillet au 4 août 2013).

Chœur Al Fin Voce

- "Cette cantate de Bach, parmi ses toutes premières, évoque encore l'héritage de la vieille Allemagne des Buxtehude, Schütz et Hammerschmidt, qu'il aimait à reconnaitre parmi ses maîtres.
Y résonne cette force tranquille et pourtant passionnée, cette flamme pieuse qu’élève la rigueur d’une musique simple et âpre, aux profondes attaches luthériennes.
La cantate BWV 106 «Actus Tragicus» est une profonde méditation sur la mort qui met en abyme nos peurs et nos doutes à travers un effectif instrumental réduit à deux flûtes à bec, deux violes de gambe et un continuo, ce qui renforce l’intimité et la méditation de versets tirés de l’Ancien Testament.
Les voix se rejoignent en chœurs et ariosos avec une intensité brûlante et humble. La prestation des solistes, émouvante, incarne avec chaleur les craintes humaines, pleines de désir et d’espoir envers l’au-delà."


La partition de l'Actus tragicus (Mont. JEA/DR).

BVW 106, 3b, arioso et choral :
Der Tod ist mein Schlaf geworden.
La mort est devenue mon sommeil.


Christophe Chazot

- "Parce qu'il ne comporte ni récitatif ni aria et parce qu'il ne concède rien au piétisme, l'Actus tragicus occupe une place un peu à part dans les cantates de Bach. Par sa forme, cette pièce se rattache à la grande tradition vocale luthérienne qui relie Schütz à Buxtehude, tradition très attentive à rendre la parole expressive. L'Actus tragicus est conçu comme une succession relativement compacte de chœurs et de soli proches des petits concerts spirituels et des symphonies sacrées chers à la liturgie réformée allemande."
(2003).

Richard Letawe

- "Cette cantate utilise un instrumentarium très particulier (deux flûtes à bec, deux violes et le continuo), la tradition la destine au service funèbre d’un oncle par alliance de Bach. Sa structure est très inhabituelle, et elle ne comporte pas d’aria pour soliste distinct, les parties solistes se mêlant au chœur au sein d’un même numéro. La cantate commence par une Sinfonia dont la solennité est adoucie par les flûtes puis par un chœur commençant avec la simplicité d’une chorale enfantine mais qui se développe très vite en une fugue virtuose. Le troisième morceau est un long arioso en trois temps qui débute par une prière du ténor (lento), interrompue par un vigoureux commandement de la basse (vivace), rejointe ensuite par les autres solistes (andante). L’aria suivante repose sur le même principe d’opposition entre la prière du croyant et la réponse de Dieu : l’alto recommande son âme au Seigneur, qui par l’intermédiaire de la basse promet paix et joie au Paradis, puis le chœur chante la consolation qu’apporte cette parole divine. Après ces pages tourmentées et difficiles, le chœur final est un accomplissement joyeux, et célèbre la gloire du Seigneur en une fugue festive et vigoureuse."
(ResMusica, 2005).



Version : Collegium Vocale de Gent et Musica Antiqua d'Amsterdam sous la direction de Gustav Leonhardt.

Christoph Wolf


- "Sur le modèle de la "Christliche Betschule" de Johann Olearius (1668), le texte se compose de versets bibliques et de strophes de chorale. A une sonatine introductive succèdent deux parties composées de bout en bout, débouchant chacune sur un arrangement de choral. 

D'abord une partie en quatre sections : 2a, Actes des apôtres 17, 28; 2b, Psaume 90, 2; 2c, Isaïe 38, 1; 2d, Siracide 14, 17 et Apocalypse 22, 20 cette section s'achevant par la mélodie du choral "Ich hab mein Sach Gott heimgesteldt", interprétée sans paroles (par les deux violes de gambe). 
Puis une partie à deux sections : 3a, Psaume 31, 6; 3b, Luc 23, 43, la voix d'alto chantant à la fin le choral "Mit Fried und Freud ich fahr dahin" (M. Luther, 1524). 
Vient en conclusion un choeur (n 4) composé sur la strophe "Gloria patri" issue du choral "In dich hab ich gehoffet Herr" (E. Reusner, 1553)."
(Présentation du CC72201).

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lundi 29 juillet 2013

P. 252. "Le Grand' Tour" se balance des frontières entre le documentaire et la fiction...


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Site du film ? Cliquer : ICI.

Synopsis


- "Un week-end du mois d’août, une fanfare amateur emmenée par son Président s'est donné rendez-vous sur la place d’un petit village ardennais. Ils sont 10 hommes de la quarantaine, 10 amis. Ils ont décidé de se rendre au «carnaval du monde» de Stavelot qui n’a lieu qu’une fois tous les dix ans. Une belle occasion de sortir le drapeau en somme. Une marche de 4 jours à travers bois, à la boussole, sac au dos et instruments en bandoulière, en rang par trois derrière leur étendard.
Initialement, le projet de randonnée ne comportait qu'une seule étape, mais l’ivresse est trop forte et trop belle et les 10 camarades décident de la prolonger, parcourant des centaines de kilomètres et traversant toutes les fêtes, des joyeuses et des plus glauques.
Néanmoins, au fil des semaines le groupe se disloque dans cette interminable marche. Un climat différent s'installe, moins festif, plus profond. Les excès font place à l'eau et au pain sec. L'insouciance à la conscientisation.
Au début du printemps, ils ne sont plus que trois sur les routes et le président, qui semble ailleurs, n’a visiblement pas l’intention de s’arrêter…"

Le réalisateur, Jérôme le Maire


- "Quarante ans…
Ce sentiment d’avoir déjà bouclé un premier « tour de piste », d’être à un tournant, je le partage avec les gars du Grand’Tour.
Il y a trois ans, Vincent Solheid m’a proposé de le filmer, lui, et sa fanfare bidon : la « Prînten ». Fanfare d’amour et d’amitié comme le dit fièrement sa bannière. Cette bande de Valeureux voulait partir, sortir, dormir dans les bois, marcher à travers champs. Boire, chanter. Peut-être rentrer, peut-être mourir mais avant tout se sentir vivant. Alors, j’ai attrapé ma caméra et je les ai suivis sans me poser de question.
Ce long-métrage est né de cette simple invitation et de ce geste spontané pour déboucher sur un projet de vie fou, démesuré. Un road-movie intérieur, un film organique ou plus simplement un Grand'Tour...
Je ne sais toujours pas si on est plus sage à quarante ans."
(La Parti Production).

La Libre Belgique


- "Un faux docu façon "Strip Tease", comme on en voit beaucoup tournés "près de chez vous", mais inspiré et bourré de moments de grâce. Un de ces films "ovni" dont le cinéma belge a le secret, porté par une poignée de comédiens amateurs, mais vrais amis (et vrais musicos amateurs)."
(26 septembre 2012).


Halte en forêt ardennaise de la Fanfare Royale du Printemps (bannière en Wallon).

Sébastien Chapuys

- "Le Grand’Tour est un film étonnant, dont les détours inattendus entre documentaire et fiction, farce et drame, empêchent toute lecture univoque (…).
Documentaire et fiction se retrouvent inextricablement entremêlés jusqu’à ce que les auteurs eux-mêmes ne semblent plus en mesure de les distinguer l’un de l’autre. Le Grand’Tour est une sorte de jeu de rôle grandeur nature dans lequel se perdent les participants. Totalement impliqués dans le projet, ils créent l’histoire au fur et à mesure qu’elle se déroule, jusqu’à ce que leur imagination ait entièrement remodelé leur réalité.
La frontière entre le vrai et le faux s’en retrouve brouillée, incertaine, et cette ambiguïté produit des effets d’une grande richesse."
(Critikat.com, 4 juillet 2013).

Fanny Deschamps

- "Un petit tour et puis s’en vont, les quarantenaires débraillés, assoiffés de liberté, avinés de fanfare et de rires. Un petit tour et puis s’en vont les hommes, quittant ville, travail, femme et enfants, pour devenir mercenaires de l’abandon, étendards du dérisoire. Non, la fête ne s’arrêtera pas. Ils vont la boire jusqu’à la lie. Ils marcheront, résisteront. De leurs obligations, de leurs attributs, ils se délesteront. Ils avaient rendez-vous avec le carnaval du monde, et c’est avec eux-mêmes démasqués qu’ils se retrouvent. Ici, réside le grand tour illusionniste du film, glissant incidemment du documentaire potache vers la fiction dont la puissance désespérée évoque La Grande bouffe de Ferreri, l’union subversive du baroque et de la télé réalité."
(ACID).

Quentin Chirol


- "Bien amené par des interviews des différents protagonistes venant couper le récit, on suit avec attention l’effet du « Grand’Tour » sur chacun. Que ce soit une prise de conscience, un changement de vie ou alors simplement des bons souvenirs. On est alors touché par la vérité qui se dégage et on devient une partie de ce groupe de joyeux lurons. Cette liberté qui ressort du voyage et les aventures qui en découlent viennent alors s’inscrire dans nos cerveaux comme des souvenirs nous étant propres. Au final, on regarde ce film comme on regarderait un film de vacances.
Et puis, la deuxième partie arrive, avec son côté plus introspectif grâce à ce personnage de Vincent, centre du groupe, qui s’étiole petit à petit. Les gros bourrus deviennent alors plus poétiques et commencent à parler de la vie. Car, au final, c’est le sujet principal de ce film, la vie. « Le Grand’ Tour » a donc su capter l’humain autant dans ses excès que dans ses silences, sans fioritures ni artifices de quelques sortes..."
(Abus de Ciné.com, 16 juillet 2013).


Le Grand' Tour passe par... quarante brouillards.

Bruno Icher


- "Bivouac. Road et buddy-movie alcoolisé et déjanté dans une Belgique carnavalesque.
Toute l’astuce du premier long métrage réalisé par Jérôme Le Maire repose sur une navigation dans les eaux troubles du faux documentaire et de la fiction bricolée à partir de vidéos amateur. Le prétexte de cette affaire se présente sous forme d’une dizaine de quadragénaires solidement déjantés, dont l’essentiel des loisirs consiste à se déguiser en diables rouges, avec costumes grotesques et instruments à percussions, pour participer aux innombrables carnavals et fêtes de village que compte la Belgique, leur pays natal."
(Libération, 23 juillet 2013).

Sur la route du cinéma

- "Le voyage qui ne devait durer que quatre jours s’est finalement prolongé sur plusieurs mois. L’aventure festive très singulière s’est transformée en une histoire humaine unique, d’amitié, d’amour, d’intenses et profondes réflexions sur soi et sa place dans le monde. Le délire initial se charge peu à peu de mélancolie voire de métaphysique. Commencé dans le bruit et la fureur des instruments à percussion, copieusement arrosé de bière dès le réveil, rehaussé de toutes sortes de substances qui se fument et se sniffent, la folle équipée un peu sauvage évolue vers une forme de quête du silence. Le film qui offre mille occasions de hurler de rire avance peu à peu vers une mélancolie inattendue et finit par serrer le cœur."
(31 janvier 2012).

Jacques Mandelbaum


- "Une simple partie de campagne se transforme ainsi insensiblement en Graal métaphysique, le défi étant de voir combien de temps le groupe va tenir sur cette trajectoire enfumée et funambulesque avant de craquer, de se disloquer collectivement, et de revenir tout simplement au bercail. Une sorte de Délivrance burlesque, sauce wallonne. Tout cela filmé sur le vif, mais aussi dans l'après-coup, chacun des participants de l'aventure revenant a posteriori sur son expérience. Le caractère assez primitif du programme, la narration très démembrée et lacunaire plongent le spectateur dans l'incertitude profonde de ce qui appartient ici au spontané du documentaire ou à la concertation de la fiction. Mais la question se révèle rapidement hors sujet : il est clair que le vrai sujet du film est celui de l'utopie et qu'il en offre une perspective assez actuelle."
(Le Monde, 23 juillet 2013).




Beatrice Moreno


- "Ce film est un ovni qui semble trouver son inspiration dans des œuvres telles que « Les Idiots » de Lars von Trier ou « C’est arrivé près de chez vous » de Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde… Sans doute un style qui n’a pas fini de faire des petits…
En définitive, même sans être sous l’emprise d’une substance illicite, on sort de la salle partagé entre l’envie de tenir des propos du plus grand sérieux et celle de réprimer un immense fou rire.
Mener le spectateur à l’incohérence du ressenti à ce point, le mener littéralement « en bateau » avec une telle force de persuasion, là est la prouesse. Pour parvenir à ce ressenti, le meilleur moyen reste de se laisser faire docilement par l’aspect documentaire de ce « funny trip »."
(Rue 89, 24 juillet 2013).


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lundi 22 juillet 2013

P. 250. 22 juillet 2000 : Claude Sautet ne filme plus l'air du temps ni les choses de la vie...


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Claude Sautet

Le Nouvel Observateur

- "Le réalisateur Claude Sautet est mort samedi à Paris, à l'âge de 76 ans, des suites d'un cancer du foie, a indiqué ce lundi son producteur Alain Sarde. Il était né le 23 février 1924 à Montrouge, dans la banlieue parisienne, avait rejoint en 1946 les bancs de l'Idhec (Institut des hautes études cinématographiques) après un court passage à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (…).
Claude Sautet avait découvert le cinéma "sous l'Occupation, et surtout à la Libération, avec l'arrivée des films américains : Orson Welles, le Film noir... Avant j'avais été très impressionné par Le jour se lève de Jean Carné (1939)".
Mais le réalisateur n'est pas venu au cinéma par passion, au contraire : "C'est mon manque de développement dans la pratique de la musique et de la sculpture qui m'a fait venir au cinéma". Ce qui explique l'importance croissante de la musique dans ses films, qui lui fera dire : "aujourd'hui, quand je commence un film, l'anecdote m'ennuie, je suis contraint de fournir un minimum d'explications, mais en fait, le véritable développement du film est d'ordre musical". "Plus l'univers se standardise, plus la singularité m'intéresse", poursuit-il.
Celui que l'on nommait le "cinéaste des quadras" (Le Monde du 19/10/95) (…) répondait : (…) "Je filme l'air du temps et c'est tout".
(24 juillet 2000).

Jean-Paul Rappeneau
(1)

- "Je ne sais pas si j'ai perdu un père ou un frère, en tout cas un ami. (...). Il m'a appris -à moi comme à d'autres- l'importance d'un ressort dramatique souterrain, comme une corde cachée et tendue, courant sous le récit, avec de très brefs éclats, des ruptures violentes dont, à l'écran, les colères de Michel Piccoli auront été la plus juste expression: ces éclats étaient ceux-là mêmes dont Claude était coutumier."
(Le Monde, 23 juillet 2000).

Rodolphe Marion de Procé

- "Le cinéma de Claude Sautet constitue bien un cinéma marginal. Il n’intègre aucune tendance, et possède une touche très personnelle. C’est pour cela que Claude Sautet occupe une place particulière dans le cinéma français. Claude Sautet est un homme dont la carrière a été atypique : il a été une sorte de touche à tout dans le milieu du cinéma et dans l’univers artistique en général. Il a en même temps toujours cherché à rester humble et discret, tant au cours de son activité de « ressemeleur de scénario », qu’au moment de recevoir une récompense (…).
Si le cinéma de Claude Sautet a pu être beaucoup critiqué, ses œuvres ont ému et continuent à émouvoir. Ses films n’ont certes pas tous été des succès : certains films, comme Un mauvais fils ou Garçon !, ont représenté des échecs cinglants. Au contraire, d’autres réalisations, à l’image des Choses de la vie, ont fait l’unanimité.
Il s’agit d’un cinéma problématique, ce qui explique que bon nombre de films de Sautet ont été jugés différemment par les critiques de cinéma, les cinéphiles et le public."
(il était une fois LE CINEMA).



Les Choses de la vie

D’après le roman de Paul Guimard (2).
Tournage de juin à août 1969.
Prix Louis Delluc 1969.
Première composition de musique de film pour Philippe Sarde (3).
Avec aussi Léa Massari, Jean Buisse (4).

Synopsis


- "Un grave accident de la route rassemble badauds et policiers à un croisement. On donne les premiers soins au conducteur de l'un des véhicules, Pierre, qui vient de perdre le contrôle de sa voiture. Tandis que l'ambulance l'emmène vers l'hôpital, le moribond se souvient. A 40 ans, architecte estimé, il semble avoir parfaitement réussi sa vie. En réalité, son existence l'ennuie. Il s'est séparé de sa femme, qu'il aime peut-être encore, et étouffe sous l'amour trop exclusif de sa maîtresse, Hélène. Son fils ne cesse de lui témoigner une hostilité nourrie du dépit d'avoir été abandonné. Le jour de l'accident, Pierre décide de rompre avec Hélène, et prend la route..."

N. T. Binh (5)

- "C’est par hasard qu’un de ses amis, l’écrivain et scénariste Jean-Loup Dabadie (6), lui fait lire en 1969 un projet qui va changer sa vie. Il s’agit des Choses de la vie, d’après un roman de Paul Guimard, un drame sentimental construit en flash-back, à partir d’un accident de voiture. Pour Sautet, c’est un contre-emploi, car il n’est connu que pour des polars virils… et peu rentables. Mais il se passionne pour le projet et le film devient l’un des plus gros succès de l’année, transformant Michel Piccoli et Romy Schneider en superstars du cinéma français. Par la même occasion, Sautet devient un des metteurs en scène les plus « en vue » du moment. Pendant dix ans, il va connaître des triomphes au box-office : César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul… et les autres (1974), Une histoire simple (1978), autant de films écrits par le même Dabadie, où le public et la critique vont percevoir une chronique sociale douce-amère de la France des années 1970."
(Cinémathèque Québécoise, février-avril 2012)

Gérard Crespo

- "La mélancolie et la mort hantent ce film où l’humour et les agréments sont absents, cette noirceur étant d’autant plus manifeste que le récit est celui d’un homme qui se souvient des jalons de son existence au moment de son accident de la route... C’est d’ailleurs à cet égard que le montage des Choses de la vie est fabuleux, le crash de Paul donnant lieu à une série de flash back judicieusement agencés, avec pour leitmotiv le véhicule conduit par un malheureux bétailleur (Bobby Lapointe). Grand film romanesque porté par la sublime partition de Philippe Sarde, Les choses de la vie obtint le Prix Louis Delluc, connut un grand succès public et marqua un tournant dans la carrière de ses deux interprètes à qui Sautet fera de nouveau appel. Michel Piccoli, sobre et puissant, devint, avec Montand, l’acteur vedette de sa génération le plus important de la décennie. Après La piscine, Romy Schneider, superbement belle et émouvante, s’inscrivait définitivement dans le paysage du cinéma français dont elle sera la star jusqu’à sa mort."
(avoir-alire).


Pierre et Hélène (DR).

Festival du Film d’Amiens

- "Les Choses de la vie fait connaître Claude Sautet au grand public et ouvre une nouvelle étape de sa carrière. Quatre rencontres majeures sont à l’origine de cette renaissance : Romy Schneider, dont il marquera à jamais la carrière ; Michel Piccoli, qui devient son double à l’écran ; Jean-Loup Dabadie, à l’origine du projet, qui deviendra son principal scénariste ; Philippe Sarde qui signera toutes les musiques de ses films.
Les Choses de la vie n’est pas le marivaudage bourgeois que l’on imagine parfois, mais l’histoire d’un homme heureux de mourir. C’était le point de vue de Sautet, qui ne parlait pas avec la complaisance du pessimiste, mais avec la perspicacité du philosophe. Par ailleurs, la fameuse scène de l’accident demeure l’un des plus beaux moments de bravoure du cinéma français."

Guillemette Odicino

- «Les choses n'arrivent jamais comme on croit. C'est le sujet de tous mes films.» : Claude Sautet concluait ainsi ses Conversations avec Michel Boujut, parues chez Actes Sud. Foin de la bourgeoisie pompidolienne et des ambiances de bistrots à l'heure du coup de feu ! Claude Sautet fut surtout le cinéaste de l'angoisse et de la confusion de vivre, et cela dès Les Choses de la vie, son troisième film.
Avec Pierre (Piccoli, intériorisé), ce quadragénaire qui hésite entre deux vies, celle avec sa femme et celle avec sa maîtresse éprise d'absolu (Romy, frémissante), il entamait une longue liste d'hommes qui fuient. Son accident de voiture au début, filmé en divers ralentis (scène célèbre, composée de soixante-six plans, souvent citée par John Woo !), donne sa puissance tragique à ce banal dilemme. Pierre roule pour être seul et différer sa décision. Le moment euphorique du choix (oui, je l'aime) lui sera fatal. Dans les histoires de Sautet, il est quelquefois « trop tôt », souvent « trop tard », mais les femmes restent les plus beaux accidents qui puissent arriver aux hommes."
(Télérama, 11 août 2012).



La Chanson d'Hélène,
paroles de Jean-Loup Dabadie
et musique de Philippe Sarde

- "Ce soir nous sommes septembre
et j'ai fermé ma chambre
Le soleil n'y entrera plus
Tu ne m'aimes plus
Là-haut un oiseau passe comme une dédicace
Dans le ciel

Je t'aimais tant Hélène
Il faut se quitter
Les avions partiront sans nous
Je ne sais plus t'aimer Hélène

Avant dans la maison j'aimais quand nous vivions
Comme dans un dessin d'enfant
Tu ne m'aimes plus
Je regarde le soir tomber dans les miroirs
C'est ma vie

C'est mieux ainsi Hélène
C'était l'amour sans amitié
Il va falloir changer de mémoire
Je ne t'écrirai plus Hélène

L'histoire n'est plus à suivre
et j'ai fermé le livre
Le soleil n'y entrera plus
Tu ne m'aimes plus."


NOTES :

(1) Jean-Paul Rappeneau. Né le 3 avril 1932. Réalisateur (économe) de : La Vie de château (1966), Les Mariés de l'an II (1971), Le Sauvage (1975), Tout feu, tout flamme (1982), Cyrano de Bergerac (1990), Le Hussard sur le toit (1995) et de Bon voyage (2003).

(2) Paul Guimard (3 mars 1921-2 mai 2004). Epoux de Benoîte Groult.
Institut F. Mitterrand :
- "Paul Guimard eut tout au long de sa vie deux passions, la mer et l’écriture. Ce breton grand et massif était né le 3 mars 1921 à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Atlantique). Après des études à Nantes, Paul Guimard débute sa vie professionnelle comme journaliste en animant à la radio « La tribune de Paris » où il invitait des hommes politiques. Sa carrière littéraire commença en 1956, avec un premier roman, « Les faux frères ». Le succès fut immédiat : le livre remporte le grand prix de l’Humour. Un an plus tard, « Rue du Havre » fut couronné par le prix Interallié. Membre du jury de ce prix à partir de 1960, Paul Guimard fut également éditeur conseil chez Hachette et éditorialiste à l’hebdomadaire « L’Express », de 1971 à 1975. En 1962, il fit le tour du monde à bord du voilier La Constance et tient en direct son journal de bord pour une émission de la radiodiffusion française, « Cap à l’Ouest », qu’il poursuivit en dépit d’un grave accident qui le cloua au lit en 1963. Cette expérience lui inspira son ouvrage le plus connu, « Les choses de la vie » paru en 1967 et adapté au cinéma par Claude Sautet avec Romy Schneider et Michel Piccoli.
Vers 1965, François Mitterrand, qui appréciait ses livres, demanda à rencontrer Paul Guimard. Il participa alors à toutes les campagnes électorales et cette complicité devait amener l’écrivain peu familier des antichambres gouvernementales, à rejoindre l’Elysée en 1981."
(Hommage, 24 décembre 2004).

(3) Philippe Sarde, né le 21 juin 1948. Il est âgé de 20 printemps quand en un mois, il donne vie à sa première composition musicale pour le cinéma : Les Choses de la vie. Coup de baguette de maître ! Ensuite, son nom ne cessa de fleurir sur les affiches du 7e art. Avec une belle fidélité au long cours : 8 autres films de Sautet après Les Choses... Et pour ne citer que "quelques" exemples : 13 films réalisés par Pierre Granier-Deferre, 10 films d'André Téchiné, 6 de Bertrand Tavernier etc...
Philippe Sarde reçut le César 1977 de la meilleure musique originale pour le film Barocco d'André Téchiné (avec Isabelle Adjani, Gérard Depardieu, Marie-France Pisier et Jean-Claude Brialy).

(4) Dans la distribution, je souhaite saluer la figure de Jean Buisse, un acteur emmuré à vie professionnelle dans les seconds rôles, les mises ne valeur des grands mais toujours avec une infinie distinction, un talent tellement respectable, une humanité sans artifice.
Jean Buisse (3 juin 1929 – 6 juillet 1989), époux de l’actrice Isabelle Sadoyan (comme par hasard, sa première apparition à l'écran : Les Choses de la vie).
Jean Buisse se confirma un second rôle exceptionnel et recherché dans plus de 70 films. César 1980 du meilleur acteur de second rôle pour Coup de tête de J. J. Arnaud (avec Patrick Dewaere, France Dougnac et Michel Aumont).
Besson :
- "La disparition de Jean Buisse a été un événement affreux, affreux. Sincèrement, depuis quinze ans que je suis dans le cinéma, c'est l'être le plus adorable que j'aie rencontré. C'était un type généreux, le coeur sur la main. Le genre d'homme qui, sur un court-métrage de jeunes, prenait le chèque que les gars étaient tout fiers de pouvoir lui donner, disait merci et ne le touchait jamais... Il le déchirait en rentrant chez lui. Il avait la faculté de donner le moral à tout le monde : il arrivait quelquefois à des moments du tournage où l'on était à bout, et il racontait des histoires, il nous remontait, il insufflait la pêche à tout le plateau. Il était vraiment très positif."
(Dédicace de Nitika, dernier second rôle de Jean Buisse).

(5) N. T. Binh. Réalisateur du film : "Claude Sautet ou la magie invisible" (2003).
Co-auteur (avec Dominique Rabourdin) du livre : Sautet par Sautet, éditions de La Martinière, Paris, 2005.

(6) Jean-Loup Dabadie, né le 27 septembre 1938. Homme orchestre prolifique et inspiré : chanson, cinéma, théâtre, télévision… Pour ses rares moments de repos et faire semblant de croire à l’immortalité, il occupe le fauteuil 19 de l’Académie française depuis avril 2008.


Serge Reggiani : Le petit garçon,
paroles de Jean-Loup Dabadie,
musique de Jacques Datin.


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lundi 1 juillet 2013

P. 244. 2 juillet 1714 : naissance de Christoph Willibald Gluck


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La partition d'Iphigénie en Aulide et le regard de Gluck (Doc. et mont. JEA/DR).

Gluck sur les pas d'Euripide et de Racine...


Gluck

- "J'ai cherché à réduire la musique à sa véritable fonction, celle qui consiste à seconder la poésie afin de renforcer l'expression émotionnelle et l'impact des situations dramatiques sans interrompre l'action et sans l'affaiblir par des ornements superflus."

Opéra de Paris

- "Simplicité, vérité et naturel : tels sont, selon Gluck, les éternels attributs de la beauté."

France Musique

- "Mis à part des sonates en trio, quatre ballets et quelques œuvres de musique vocale, Gluck s'est consacré essentiellement à la composition d'opéras. Novateur passionné, admiré par Berlioz et Wagner, sa musique porte en elle tous les traits contradictoires d'un style en pleine mutation. Il crée des architectures monumentales où l'intensité expressive reste toujours subordonnée à l'action. A l'exception de Pergolèse, Gluck est le compositeur d'opéra le plus ancien dont les oeuvres ne disparaissent jamais complètement des scènes européennes."

Xavier Minnaert

- "L'opéra français (…) subit les assauts redoublés d'un courant d'italianisme soutenu par les Encyclopédistes et Rousseau à leur tête. Pour ceux-ci, la seule attitude véritablement défendable sur le plan musical réside dans la reconnaissance de la supériorité de l'opéra italien. Cette position résulte du fait (…) que la langue française ne convient pas à l'opéra. Il est piquant de rappeler à ce sujet la phrase célèbre de Jean-Jacques Rousseau : "Les Français n'ont point de musique et n'en peuvent avoir, ou que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux !" (1753).
Gluck va quant à lui se ranger au parti adverse et donner habilement à l'Opéra de Paris son Orfeo (août 1774). (…) Il compte bénéficier de l'appui de l'épouse de Louis XVI, Marie-Antoinette, fille de Marie-Thérèse d'Autriche qu'il connaît depuis son séjour à la cour viennoise. Marie-Antoinette, effectivement, ne manquera pas de soutenir son ancien professeur de musique (…).
Gluck réussit donc, après de longues démarches, à ce que son nouvel opéra, Iphigénie en Aulide soit accepté à l'Opéra de Paris. Son amitié avec la souveraine lui permettra de surmonter les tensions qui vont surgir au cours des répétitions. Le compositeur se montre en effet d'autant plus exigeant et intransigeant qu'il sait pouvoir compter sur le soutien alors indéfectible que lui accorde la cour. La présence de Marie-Antoinette à la première, qui a lieu le 19 avril 1774, va placer le parti musical adverse dans l'obligation d'assister également au spectacle : l'opéra connaît un grand succès le jour même de sa création, malgré que l'on ait craint une certaine réserve. L'ouvrage finira même par s'imposer définitivement en raison de la remarquable qualité de cette partition."
(la-musiqueclassique).

BNF

- "Gluck avait refusé le modèle italien, alors très en vogue, et avait trouvé une nouvelle inspiration dans la tragédie grecque : la musique s'accordait mieux, selon lui, avec la situation dramatique et le chœur participait davantage à l'action. Gluck défendait aussi l'idée d'une ouverture qui "[préviendrait] les spectateurs sur le caractère de l'action [...] et leur [indiquerait] le sujet" (épître dédicatoire d'Alceste à l'archiduc Léopold). Refusant les vocalises, il tenta également d'imposer une certaine discipline aux chanteurs."

Hector Berlioz

- "Il y a deux grands dieux supérieurs dans notre art : Beethoven et Gluck. L’un règne sur l’infini de la pensée, l’autre sur l’infini de la passion ; et, quoique le premier soit fort au-dessus du second comme musicien, il y a tant de l’un dans l’autre néanmoins, que ces deux Jupiters ne font qu’un seul dieu en qui doivent s’abîmer notre admiration et notre respect."
(12 janvier 1856, lettre à Théodore Ritter).

Gluck : Iphigénie en Aulide, Opéra en trois actes (1774).

Pour faire court

- "Gluck présente l'épisode dramatique qui a précédé le départ des forces grecques pour Troie. Afin que le vent leur soit favorable, Agamemnon doit sacrifier à Diane sa fille Iphigénie, promise à Achille. Celle-ci se résigne, par amour pour son père, à subir son sort. La déesse s'interpose au moment crucial…"

Hector Berlioz

- "Les partitions me firent perdre le sommeil, oublier le boire et le manger ; j'en délirais. Et le jour où, après une anxieuse attente, il me fut enfin permis d'entendre Iphigénie... je jurai, en sortant de l'Opéra, que, malgré père, mère, oncles, tantes, grands-parents et amis, je serais musicien."
(Mémoires, V).

Classique en Provence

- "Créée à Paris, à l’Académie royale de musique, le 19 avril 1774, la tragédie-opéra en trois actes et quatre tableaux Iphigénie en Aulide repose sur un livret de François-Louis Gand Le Bland du Roullet, inspiré de Racine. Compositeur et librettiste se sont rencontrés à Vienne, alors que ce dernier est attaché d’ambassade. C’est le Français qui suggère à Gluck cet opéra adapté de Racine. Grâce au soutien de Marie-Antoinette, il s’installe dans la capitale et obtient un succès considérable avec cette première Iphigénie, qui se maintiendra sur scène jusqu’en 1824. Grand admirateur de Gluck, Richard Wagner en donne une version allemande, à Dresde, en 1847."

Opéra national du Rhin

- "L’aspect central dans Iphigénie est d’aller du point A (Mycène) au point B (Troie), l’Aulide en étant l’antichambre. Pour pouvoir aller au point B, les Grecs vont devoir trouver des solutions aux conflits qui les immobilisent. Allons-nous vers un « naufrage » ? Il est vital de pouvoir traiter ici de la solitude du politique qui se retrouve devant la fatalité de devoir donner un prix à son propre sang. Quelle est la valeur d’un sacrifice ? Combien vaut une vie en échange d’une guerre ? Gloire ou oubli ? Le tapis rouge est à la fois le symbole de l’honneur, de la route d’Agamemnon interrompue et du destin qui attend Iphigénie. Ce tapis réservé aux puissants de la terre permet de cacher le sang qu’il nécessite."
(Strasbourg, 2008).

Tristan Monségur

- "Grandeur héroïque, lyrisme sobre et sincère, toujours la musique suit la volonté de clarté et d'intelligibilité. En ce sens l'ouverture est éloquente : son souffle tragique, sa démonstration furieuse indiquent ce qui attend l'auditeur par la suite. Sur le plan de l'intrigue et de l'action poétique, il n'en va pas de même car le livret de Roullet dilue la tension, dérape souvent, répète jusqu'à l'ennui les épanchements des coeurs, les langueurs des âmes douloureuses... Pourtant, sur le plan musical, l'oeuvre offre quelque grands moments dramatiques: première scène enchaînée après l'ouverture où Agamemnon terrassé par le doute et la crainte, fait front à Calchas et un choeur furieux, par exemple. Du reste, le père d'Iphigénie est parfaitement restitué : noble basse, profonde et morale. Gluck a respecté dans son personnage l'idéalisme tendu de Racine. Les scènes collectives sont les plus inspirées : Gluck semble relire avec génie l'effet des compositions grecques sur le tympan des temples antiques. Plusieurs duos, un trio palpitant, deux quatuors font du compositeur, le fondateur de l'opéra tragique et sentimental, légitimement admiré par Berlioz et donc Wagner."
(classiquenews, 8 mars 2007).


Version des Musiciens du Louvre-Grenoble, dirigés par Marc Minkowski (2011).

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