MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 5 janvier 2012

P. 105. Venue d'ailleurs : Isabelle C.

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(Ph. JEA / DR).

Nos océans rouillent toujours plus intensément avec toutes ces épaves encerclées par les meutes hurlantes de vagues bravaches aux crocs bavants.
Les phares finissent par douter d'eux-mêmes et referment les bouquins évoquant encore le siècle des lumières.
Le sel avive cruellement les plaies des poissons voletants ne sachant plus à quelle branche des étoiles s'accrocher.
Les derniers arbres des derniers archipels ont été jetés dans des fosses communes après leur exécution par des armées de tempêtes spadassines et fières de leurs crimes contre l'humanité. Tempêtes qui sont provisoirement reparties après avoir muré la sortie des artistes.

Face à face, nos passés et leurs futurs ne parlent pas la même langue.

En ce début 2012 rubicond, surnage un îlot. Celui de la poésie. Nous sauvant et sauvant les nuages de naufrages systématiques. Dans l'unique boîte aux lettres de ce mouchoir-îlot, fut déposé un coquillage sans timbre mais pas sans voix et donc murmurant ceci :
- "J'ai écrit un petit texte, l'ai enregistré, ai aimé le dire, vous le confie dans sa version sonore et écrite..."
Signé : "Isabelle C."

Isabelle C. ? Elle possède le rare pouvoir de collecter, de comprendre et même d'apprivoiser les "Tremblements de taire".
Si vous divaguez par Paris, il vous suffira de scruter les noms à l'entrée des porches, des parcs, des passages, des cours, des jardinets, des ruelles, des venelles. Vous finirez bien par lire :
- "Isabelle C... mi se taire des mots ... mystère ... creux de ce qui reste du dire ...",
et vous serez arrivé(e)s chez elle. Là où le ciel est plus haut, les illusions en liberté non surveillée, les miroirs capables de prendre dans leurs glaces des fleuves entiers, les murs esquissés par des livres empilés, les éclairages fragiles et fantasques. 

En sollicitant le parlophone, vous entendrez les noires et les blanches d'un piano magique puis sa voix que vous reconnaîtrez pour avoir ouvert cette page.


(Ph. Isabelle C./DR).

Isabelle C. : Cette si petite surface du globe


- Il me racontait cet homme

A moi dans les yeux tout près

Son souvenir si loin si puissant

D’avoir couvert sous ses pieds

Du haut de ses cinq ans

Cette si petite surface du globe

Sur l’asphalte d’un quai

Encore crissant du train

Qui l’avait arraché de la main

A sa mère, à son sein

Il entendait encore virginal

L’accent des passants

Etranges baisers sur ses plaies

Etranges bouées sur le vague

Des mémoires à larges failles

C’est là qu’il fît racine

C’est là qu’il me parlait.




Son et lumières : Isabelle C.


Autres venu(e)s d'ailleurs ayant répondu à l'invitation de ce globe-blog :

- "Imaginez un pays", la Belgique de Jean-Charles Verlinden, P. 18

- "Haïkus du bord de mer" et de Danièle Duteil, P. 26
- "Li Bia Bouquet" de Christian Delwiche, P. 40
- "Julos Beaucarne" sur l'île aux trésors de Colo, P. 90



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lundi 2 janvier 2012

P. 104. "Ici Londres", 1er janvier 1944 : les voeux de Pierre Dac

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Pierre Dac,
Drôle de guerre, de Radio Londres à L'Os libre,
omnibus, 2008, 1169 p.

4 de couverture :

- "Ici Londres, les Français parlent aux Français..." Le 30 octobre 1943, une voix familière fait son apparition sur les ondes de la BBC : Pierre Dac, après bien des vicissitudes, venait enfin de rallier l'Angleterre et la France libre. Au micro de "Radio Londres" et dans les pages de l'hebdomadaire France, il allait fustiger, en textes et en chansons, l'occupant nazi et les collaborateurs.
Une fois la paix revenue, il ressuscite L'Os à Moelle sous le titre de L'Os libre, qui comptera 102 numéros jusqu'en octobre 1947. Dans un pays en reconstruction miné par l'instabilité politique et les pénuries, Pierre Dac et ses complices s'en donnent à coeur joie et portent sur les événements leur regard de loufoques.
Cette anthologie regroupe les textes de Londres et les meilleurs articles de L'Os libre situés dans leur contexte historique.
Choix et présentation de Jacques Pessis."

Le Nouvel Observateur :

- "En 1943, la France après avoir été coupée en deux n'avait pas de quoi être pliée en quatre. Pourtant ceux qui entendirent la BBC le 30 octobre 1943 se souviennent d'une voix. Le Français qui parlait aux Français était le roi des loufoques. Après bien des péripéties, des nuits de prison, des angoisses terribles et des peurs indicibles, Pierre Dac venait mettre son rire au service de la Résistance. Il était alors un homme et surtout une voix reconnue. Lorsqu'on l'arrêta le 26 mars 1942 au poste frontière de Céret alors qu'il tentait déjà de rejoindre Londres, via l'Espagne puis le Portugal, le chansonnier fît cette déclaration au commissaire qui l'interrogeait: «En France, il y avait deux hommes célèbres, le maréchal Pétain et moi. La nation ayant choisi le Maréchal, je n'avais plus qu'à partir.» D'autant plus que Pierre Dac était juif (…).
Durant neuf mois, à coups de parodies, de bulletins délirants et de joutes verbales avec Radio-Paris, Dac aura préparé la libération des esprits par le rire."
(4 décembre 2008). 

Pierre Dac :

- "Le 13 mai 1938, création de L'Os à Moelle. Le 30 mai 1940, fin de sa parution et de mes occupations pour cause d'occupation par les autorités d'occupation. Alors, n'est-ce pas, la Résistance, les prisons tant en France qu'en Espagne, et réciprocellulairement, puis Londres, où 9 mois dupont - pardon - 9 mois durant, veux-je dire, je participai à l'émission " Les Français parlent aux Français". (1)

Un 33T Philips des années 60 et vendu aujourd'hui à des prix foldingues (DR).

Pierre Dac :
message du premier janvier 1944

- "Je ne peux m'empêcher, en ce premier jour de l'an 1944, d'évoquer l'atmosphère des premiers de l'an d'avant-guerre et ce qu'ils pouvaient voir, à certains égards, de conventionnel. Naturellement, pour ceux qu'on aimait vraiment, l'échange de souhaits était sincère ; mais il y avait tous les autres, et je me souviens qu'en fin de journée, après avoir encaissé et rendu une quantité industrielle de voeux, lorsque je rencontrais, d'aventure, encore un quidam, avant même que celui-ci n'ouvre la bouche, je lui disais, ou plutôt lui hurlais : "Merci, je vous souhaite la même, et à l'envers." Et les lettres, les cartes de visite, les cadeaux, les fleurs, les bonbons avec toujours l'arrière-pensée d'oublier quelqu'un ; bref, ça tournait souvent à la corvée. Corvée qu'on blaguait, dont on riait, en raison de son côté traditionnel un peu suranné et, cependant, à tout prendre charmant.
Depuis trois ans, le rire a disparu ; les bonbons, les cadeaux aussi, et les fleurs qui restent, on les apporte sur les tombes anonymes de nos camarades que la Gestapo a suppliciés parce qu'ils voulaient demeurer des hommes fiers et libres. Les souhaits qu'on échange presque à voix basse sont graves. D'ailleurs, on n'a pas besoin de se dire grand chose : on se regarde droit dans les yeux, on se serre la main, bien fort, et ça suffit : on se comprend.
C'est parce que j'ai trop en mémoire le souvenir de ces premiers janviers écoulés que les voeux que je forme en ce premier de l'an, mes amis de la résistance, je vous les adresse d'une voix plus claire et plus assurée. J'ai vécu au milieu de vous, bien des jours mauvais et durs ; j'ai connu, en prison ou traqué, les heures troubles où l'on n'a pas trop de toute sa volonté pour conserver son calme et son courage. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, du fond de mon exil, de toute mon âme, de toutes mes forces, je vous dis : "Bonne année, parce que je sais que ce sera la bonne, la grande année. Pour vous toutes et tous, pour les petits surtout, bonne santé, malgré les privations."
Et puisque la tradition veut qu'au seuil de l'an nouveau, on donne l'accolade, laissez-moi vous embrasser tous, car je crois que l'immense espoir que je porte en moi me donne un coeur assez grand pour pouvoir le faire.
Bonne année, mes chers copains, bonne victoire, et à bientôt." (2)

Pour retrouver la voix de Pierre Dac depuis Londres :



- "Les fils de Pétain :

Philippe Pétain de son balcon
regardait la honteuse rangée de faux-jetons
la brochette de sacrés cochons
de Paul Marion à de Brinon (3 et 4)
Darnand, Doriot (5 et 6)
Laval, Henriot (7 et 8)
d'un air éteint
il s'écria soudain :
"Y a-t-il des salauds parmi nous ?"
"TOUS, TOUS, TOUS !!!"
Traîne tes pieds par terre
la francisque à la main, c'est la fin
il n'en restera guère
de tous ces fils de Pétain."

Les voeux de Pierre Dac pour 1944 se réaliseront. Débarquement de Normandie. Débarquement de Provence. Libération de Paris (y compris le cam de Drancy, événement souvent passé sous silence) . Mais l'attente se prolongera jusqu'en mai 1945 pour la fin du conflit. Avec l'appel de combien de morts sur tous les fronts et dans les rangs des résistants, de combien de prisonniers politiques ou de persécutés raciaux jamais revenus des camps ?

Remerciements de De Gaulle à Pierre Dac (Graph. JEA/DR).

Charles de Gaulle :

- "Répondant à l'appel de la France en péril
de mort, vous avez rallié les Forces Françaises Libres.
Vous avez été de l'équipe volontaire des
bons compagnons qui ont maintenu notre 
pays dans la guerre, et dans l'honneur.
Vous avez été de ceux qui, au premier rang,
lui ont permis de remporter la Victoire !
Au moment où le but est atteint, je
tiens à vous remercier amicalement,
simplement, au nom de la France !
1er Septembre        C. de Gaulle.
1945."

(Graph. JEA/DR). 

NOTES : 

(1) Pour (re)lire la P. 8 de ce blog, "10 février 1941, les Français parlent aux Français", cliquer : ICI
A propos de la guerre des ondes, la P. 44, "Henri Béraud : haïssez de Gaulle... Crachez au visage des gaullards et des traîtrophiles", cliquer : ICI.
Enfin, la P. 177 de l'ancien blog Mo(t)saïques : "Août 1945. Pierre Dac face à Leni Riefenstahl", cliquer : ICI.

(2) Pierre Dac, Drôle de guerre..., op. cit., pp 76-77. 

(3) Paul Marion (1899-1954). Secrétaire général à l'information et à la propagande sous le régime de Vichy. Condamné à une peine dix ans de prison en 1948. Grâcié pour raisons de santé en 1953.
Pour la P. 54 : "Quand Mauriac évoquait... P. Marion", cliquer : ICI.

(4) Fernand de Brinon (1885-1947). Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, soit ambassadeur de la France de Vichy à... Paris. Condamné à mort et exécuté en 1947.
Pour la P. 54 : "Quand Mauriac évoquait... F. de Brinon", cliquer : ICI.

(5) Joseph Darnand (1897-1945). Commandant national du Service d'ordre légionnaire de Vichy. Puis, à partir de 1943, de la sinistre Milice française. Mérita aux yeux des occupants, le grade de lieutenant SS. Nommé en 1944 secrétaire d'Etat au maintien de l'ordre puis Secrétaire d'Etat à l'intérieur. Condamné à mort et fusillé en 1945.

(6) Jacques Doriot (1898-1945). En 1936, fondateur du Parti populaire français qui deviendra l'un des principaux partis de la collaboration. Créa aussi la Ligue des volontaires contre le bolchevisme et porta l'uniforme de lieutenant sur le front russe. En 1944, s'enfuit en Allemagne pour y créer un Comité de libération.. de la France. Mort le 22 février 1945 lors d'un mitraillage de son véhicule par un avion.
Un exemple de l'antisémitisme de Doriot sur la P. 97, cliquer : ICI.

(7) Pierre Laval (1883-1945). Si Pétain reçut les pleins pouvoirs en juillet 1940, c'est d'abord grâce à Laval qui fut récompensé par la vice-présidence du conseil du premier gouvernement de Vichy. Tombé en disgrâce en décembre 1940. En profita pour intensifier ses liens avec les occupants qui n'eurent de cesse de le voir revenir au pouvoir. Chef du gouvernement de Vichy d'avril 1942 à août 1944. S'enfuit d'abord en Allemagne puis en Espagne. Franco le livre en 1945. Condamné à mort et exécuté en octobre 1945.

(8) Philippe Henriot (1889-1944). Collabore plus qu'activement en écrivant dans Gringoire ainsi que dans Je suis partout. Surtout célèbre pour son surnom de "Goebbels français" décroché sur les ondes de Radio Paris. Insulta notamment Pierre Dac et la mémoire des siens pour leurs origines juives. De plus, milicien de Darnant. En janvier 1944, nommé secrétaire d'Etat chargé de l'information et de la propagande de Vichy. Abattu par des résistants le 28 juin 1944.


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dimanche 1 janvier 2012

P. 103. Bons vents pour 2012...

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Paul Austin-Grenier :

- "Travestir le temps qui passe et qui nous reste hostile, pour soi-même demeurer et, par la minuscule faille dans l'écorce des jours, dérober un brin de folie pour enfin respirer un air de liberté, voilà bien le seul programme digne de tenir l'affiche une vie durant, non ?"


(Ph. JEA/DR).


Et pour toutes celles et ceux qui n'ont pu abandonner dans les consignes de 2011 
leurs encombrants bagages marqués d'une croix rouge
et franchir les bras légers la frontière de l'an nouveau :

- "Les Chwès d' Nameur vos sohêtet ene fwart bone aneye avu : 365 djoûs d'ene sintéye di fier, 12 moes d' bouneur, et 4 sajhons di plin solea. Fuxhoz tertos branmint pus sovint amoreus k' malades, vos n' aroz pont d' rujes, nos payrans l' médcin et co l' apoticare..."

Et pour un tour du monde des voeux, suivez les étoiles de...
- brigetoun, cliquer : ICI.
- Otli : ICI
- k.role : ICI
- Danièle Duteil : ICI
- La Feuille Charbinoise : ICI.
- Kenza : ICI.
- Sandrine 70 : ICI.
- Euterpe : ICI.
- Sophie : ICI.
- Tania : ICI.
- Lautreje : ICI.
- Dominique : ICI.
- Zoë Lucider : ICI.
- Chrys : ICI
- Coumarine : ICI.
- Maïté/ Aliénor : ICI.
- Colo : ICI.
- Dominique Hasselmann : ICI.
- jeandler : ICI.
- la Mère Castor : ICI.
- Danielle (album vénitien) : ICI.
- LH : ICI.
- bydyfy : ICI.
- Depluloin : ICI.
- Regard de Femme : ICI.



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jeudi 29 décembre 2011

P. 102. Décembre 1984 : Jules Roy et son Journal 2

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Jules Roy,
Les années cavalières, Journal 2, 1966/1985,
Albin Michel, 1998, 355 p.

4e de couverture :

- « Ce sont "Les chevaux du soleil" qui nous ont usés Tania et moi et qui m'ont tué. »
Cette remarque, Jules Roy la consigne dans son Journal en 1981. La parution des six tomes de cette saga romanesque s'est étirée en effet de 1968 à 1975, mobilisant toute l'énergie de l'écrivain, l'éloignant peu à peu des combats politiques et médiatiques qui avaient tenu, auparavant, une place importante dans sa vie.
Retiré sur la colline de Vézelay, blessé par ses infructueuses batailles pour forcer les portes de l'Académie française, il se console auprès de son âne et de ses chiens, s'immerge dans la foire aux chapons de Montrevel, tandis que, les uns après les autres, s'éteignent les amis : Maurice Clavel, Max-Paul Fouchet, Jean-Louis Bory, sans oublier Sigaux, Kanters et Doyon.
Et pourtant, à l'aube des années 80, le nouveau chef de l'Etat, François Mitterrand, s'invite volontiers chez lui, l'entraîne rencontrer Ernst Jünger afin d'écouter les deux anciens guerriers ennemis devenus écrivains confronter leurs visions du monde. Il ne tiendrait qu'à lui d'appartenir à la Cour. Seulement, pour flatté qu'il soit, Jules Roy n'est pas dupe."

Pierre Maury :

- "Le vieux lion rugit encore : Jules Roy donne le deuxième volume de son «Journal»: «Les années cavalières»
Curieux et intéressant bonhomme que ce Jules Roy (et les mots sont faibles).
Il se livre tout entier, contradictions comprises, dans «Les années cavalières» - le deuxième volume de son «Journal». Le volume couvre les années 1966 à 1985, et le montre sans cesse à se battre pour continuer à produire des livres, parce que c'est sa vie et qu'il a besoin de l'argent qu'ils peuvent lui rapporter (…).
Le cimetière de Vézelay, hanté par les fantômes de Georges Bataille ou de Max-Pol Fouchet (celui-ci davantage présent en raison d'une veuve envahissante), lui fait se demander s'il s'agit là d'un lieu pour vivre ou pour mourir... La mort, il y pense souvent, et d'autant plus que beaucoup disparaissent pendant ces vingt ans. Des proches ou de vrais amis. La forêt s'éclaircit, et Jules Roy reste debout, comme un chêne qu'on n'abat pas - pour parodier un titre de Malraux qui apparaît plusieurs fois dans le volume, portrait éclaté et brillant d'un homme dans ses dernières années.
De manière générale, Jules Roy excelle dans les portraits, qu'il trace sans esprit de système, au hasard d'une existence où les fréquentations lui donnent l'occasion de présenter quelques écrivains, avec leurs qualités et leurs défauts. Portraits privés, donc, dans lesquels la lumière se fait sur des aspects parfois inattendus."
(Le Soir, 14 avril 1999).

Biographie :

- "Né en 1907 en Algérie, Jules Roy vivait retiré à Vézelay depuis une trentaine d'années. C'était un personnage anticonformiste, iconoclaste, il avait écrit une cinquantaine d'ouvrages.
Officier de l'armée de l'air de 1927 à 1953, il avait ensuite été grand reporter à l'Express et était l'auteur de pièces de théâtre, essais, récits autobiographiques et romans. Il avait reçu les prix Renaudot (1946) et de l'Académie française (1958).
Ses différents engagements ont largement inspiré ses écrits. Ainsi, "La Vallée heureuse", prix Renaudot 1946, est-elle née de son expérience dans la RAF (Royal Air Force) durant la Seconde Guerre mondiale, où il participa à des bombardements dans la Ruhr.
La guerre d'Indochine, qui entraîna son départ de l'armée française, a nourri nombre de ses textes. Enfin, son pays natal, l'Algérie, a inspiré une fresque, "Les Chevaux du soleil", adaptée à la télévision, et qui retrace l'histoire des Français en Algérie de 1830 à 1962."
(Le Nouvel Observateur, 15 juin 2000).

Abdelkader Djemaï :

- "Confronté au temps, à la maladie, à la vieillesse, à la mort qui l’emportera en juin 2000, l’auteur de « La Vallée heureuse » Prix Renaudot 1946, ne perdra jamais de vue l’essentiel : construire une œuvre. Lui qui a connu, entre autres, Malraux, Kessel, Saint-Exupéry et qui admirait Jules Renard, un enfant de Bourgogne, écrira, le 25 avril 1989, au milieu de ses colères, de ses indignations et de ses excès : « Un rapetasseur, voilà ce que je suis, penché sur mes outils, rognant sur des phrases écrites le mois dernier ou l’année d’avant… ». Rapetasser qui signifie, selon le Robert, raccommoder, rafistoler, rapiécer comme le ferait un artisan conscient de la difficulté de la tâche et heureux de s’y atteler."
(Revue Texture : Vézelay, clos du Couvent, 2001).

Lire : Jean Louis Roy, Jules Roy l'intranquille, L'Harmattan, 2007, 222 p.
(Graph. JEA/DR).

Jules Roy :
- "Ce que je cherche alors ? Ne pas avoir honte de moi."

Pourquoi cette page ?
Pour autant qu'il m'en souvienne, j'ai été très tôt attentif au singulier itinéraire tracé par Jules Roy (que d'aucuns confondaient assez légèrement avec Claude Roy) (1).
Car de ses bombardements sur l'Allemagne, il ne rapporta pas des images d'Epinal pour amateurs de cocoricos aveugles et de récits guerriers hormonés. Mais un témoignage sans fards. Une fois la Seconde guerre mondiale aux pertes (et non aux profits) de l'histoire, Jules Roy suivit le corps expéditionnaire français en Indochine (2). Et là, prit la résolution non seulement de quitter l'armée mais encore de dénoncer son comportement de bras armé du colonialisme. Sursaut personnel de ses idéaux. On respectait toutes les lois de tous les silences et lui refusa. Depuis, et grâce notamment à des objecteurs de conscience comme Roy, le vocabulaire a évolué. Le terme générique de "sales guerres" a laissé place aux réalités des "actes de barbarie", des "crimes contre l'humanité".
Donc, Jules Roy laissa son uniforme aux mythes. Il sera journaliste et écrivain.
Cet humaniste confirmera ses engagements en 1972 quand il publiera courageusement : "J'accuse le général Massu" (3). Après avoir perdu l'Indochine, la France remettait les couverts en Algérie (4) dans un affreux climat de nouvelle guerre coloniale à laquelle s'ajoutait une autre guerre, civile celle-là. Tortures, camps, disparitions ("corvées de bois", "crevettes" jetées des hélicos) : l'histoire bafouillait. Peu se préoccupèrent de l'honneur de la France. Jules Roy, oui.
Puis il décida de s'inscrire dans le paysage de Vézelay (5). C'est là qu'il repose. C'est là que je l'ai salué. Sans oublier la si belle figure de son ami, Max-Pol Fouchet (6) qui s'est éteint lui aussi sur la colline inspirante. Tandis que Mstislav Rostropovitch (7) y enregistrait les 6 Suites pour violoncelle de Bach.



Voici quelques extraits du second Journal de Jules Roy, les pages portent une date de décembre 1984. 

La basilique de Vézelay.

- "Pendant l'hiver jusqu'en mai, la basilique m'a toujours caché le lever du soleil. Un signe, il me semble. Le mystère pour lequel elle a été orientée m'enlève le soleil. Tout se fabrique derrière elle, tout se machine au gré de cette langue de feu qui jaillit de-ci de-là, incendie l'horizon de collines et éteint une à une les étoiles. Dans la maison des franciscains, on dort encore, sauf le père Pascal ou, quand il n'est pas là, son disciple qui allume les cierges et ouvre la demeure sacrée, ombre d'abord, puis peu à peu forêt qui sort des ténèbres, frémit à peine et s'illumine jusqu'à devenir brasier.
De l'autre côté, au bas des murs et des remparts, ma table est éclairée d'un faible halo (8)."
(7 décembre 1984).

L'Académie.

- "A l'Académie, rassemblement de momies, de vieillards à qui je ne sais quel nom donner, et d'hirondelles de cocktails grises comme le siècle. Là-dedans quelques innocences. J'avale en vitesse un whisky, cherche à saluer Druon qui reçoit déjà, en perpétuel, avec une plaque de Nissan Alaouite tunisien sur le flanc. Un journaliste de France-Soir me dit : "Il ne reste de lui que Le Chant des Partisans..." (9) Je réponds que j'aimerais bien qu'on en dise autant de moi. Quelle veine il aura eue, Maurice ! Ecrire ça, à Londres, avec Kessel !"
(14 décembre).

Des pompes funèbres surréalistes.

- "Retourné voir l'"Hôtel des grands hommes" où habitait Breton au troisième et où Maurice Clavel (10) disait qu'il avait couché par hasard au moment de la libération de Paris (11), place du Panthéon. Je voulais savoir si le magasin de pompes funèbres (...) à côté (...) existait toujours. Non. On l'a enlevé. C'est là, selon Soupault, que le surréalisme est né. "En ce temps-là, dit-il, il y avait des enterrements fastueux, on les admirait beaucoup." Ils sortaient de Saint-Etienne-du-Mont sans doute. Celui de Verlaine est passé par là."
(17 décembre).

Un tortillard volant.

- "Avant-hier, samedi, retour de Caen, j'en étais à la dernière partie du parcours dans la nuit entamée, entre Auxerre et Vézelay. Je m'étais assis tout à l'avant de la motrice, et le tortillard fonçait dans un bruit effroyable de ferraille, droit devant lui sur les rails qu'un faible falot éclairait. C'était hallucinant, cette glissée furieuse dans les ténèbres (...).
Ca me rappelait les vols de nuit. J'étais heureux, vaguement goguenard. Je revenais de Garcelles en Normandie, le château où le père de Guynemer (12) avait rencontré Mlle Julie de Saint-Quentin sa mère.
Vézelay était illuminée, je revenais des siècles en arrière. Il est vrai que j'avais traversé Paris avec mon baluchon, dans un taxi conduit par un Marocain qu'il me fallait guider. J'étais allé aussi chercher le récit de Fonck (13), Mes combats, à la librairie ancienne de la rue de la Pompe, non loin de la rue de la Tour où Guynemer est né il y a quatre-vingts ans. Dans un tintamarre du diable à travers les vallées de l'Yonne et de la Cure, je tenais le livre dans mes mains. Par moments, je me croyais redevenu bombardier dans un Halifax."
(31 décembre).

Vézelay (Ph. JEA/DR).

NOTES :


(1) Claude Roy (1915-1997). Autre écrivain au chemin personnel de droite et même d'extrême droite, puisque camelot du Roi, vers la maturité à gauche. Donc de Vichy pour entrer ensuite dans la résistance. Et finir sa vie en écrivant régulièrement dans le Nouvel Obs. Goncourt de la Poésie en 1985.

(2) Jules Roy, La bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963, 379 p.

(3) Jules Roy, J'accuse le général Massu, Seuil, 1972, 120 p.

(4) Jules Roy, La Guerre d'Algérie, Ch. Bourgois, 1994, 190 p.

(5) Jules Roy, Vézelay ou l'Amour fou, Albin Michel, 1990, 140 p.

(6) Jules Roy, Eloge de Max-Pol Fouchet, Actes Sud, 1990, 32 p.

(7) Jules Roy, Rostropovitch, Gainsbourg et Dieu, Albin Michel, 1991, 182 p.

(8) Maison Jules Roy :
- "Le public peut découvrir le site à la belle saison pour des visites guidées et des rencontres autour de la littérature. A deux pas de la basilique, le Clos du Couvent propose aux visiteurs ses vastes jardins en terrasse, ainsi que le bureau de Jules Roy laissé en l’état au premier étage. Le rez-de-chaussée accueille soirées littéraires mensuelles et expositions. Les manifestations et la visite sont libres d’accès : un lieu à découvrir pour tous et toutes.
Le Conseil Général de l'Yonne a acquis la propriété de l'écrivain Jules Roy en 1999. L'objectif est d'en faire une maison d'écrivain, un lieu de culture et de mémoire ouvert au plus grand nombre. Dans cette perspective, Jules Roy a légué au département des manuscrits, de nombreux ouvrages et ses archives personnelles.
La maison et son parc sont situés au pied de la basilique Sainte Marie-Madeleine de Vézelay. Dans cette propriété, chacun pourra s'imprégner de l'œuvre et des combats du "barbare de Vézelay".
(Site du Conseil général de l’Yonne, cliquer : ICI).

(9) Interprétation d'Anna Marly, compositrice. Cliquer : ICI.

(10) Maurice Clavel (1920-1979). Encore un enfant terrible de la littérature française. Résistant mais prenant ses distances avec de Gaulle au moment de la sinistre affaire Ben Barka. Ardent acteur de Mai 68. Belle plume du Nouvel Observateur et de Combat. Créateur, avec Sartre, de l'agence de presse Libération. Il choisit de finir ses jours à Lesquins, village à l'ombre de Vézelay.

(11) (Re)Lire la page 65 de ce blog : du 16 au 26 août 1944, la libération de Paris. Cliquer : ICI.

(12) Jules Roy, Guynemer, l'ange de la mort, Albin Michel, 1986, 351 p.

(13) René Fonck (1894-1953). Aviateur aux 75 victoires homologuées au long de la guerre 1914-1918. Evoquait plutôt un total de 125. Moins glorieusement, en 1942, Live publia son nom sur la "liste noire" des "traîtres" de la France pour cause de collaboration.

Autres livres dans la bibliothèque de ce blog ? Cliquer : ICI.

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lundi 26 décembre 2011

P. 101. Le Havre, prix Louis-Delluc

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Le prix Louis-Delluc récompense le meilleur film français sorti dans l'année. Il a été décerné au long-métrage "Le Havre" d'Aki Kaurismäki, ce vendredi 16 décembre.

Synopsis :

- "Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire.
Quand au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes, son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon réfugié.
Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents."

Olivier De Bruyn :

- "Cette année, le Père Noël vient de Finlande et, assurément, il ne boit pas que de l'eau. Dans sa hotte, il y a « Le Havre », une fable poétique et politique. Son nom est Aki Kaurismäki. Le cinéaste conjugue tout à la première personne du très singulier. A son propos, on cite parfois Buster Keaton, Ozu, Bresson. A quoi bon... Kaurismäki ne ressemble qu'à lui-même."
(Zoom avant, le 21 décembre 2011).

Eric Libiot :

- "Distribuer un film le 21 décembre paraissait encore incongru ou inconscient il y a quatre ou cinq ans. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : l'inflation (trop importante) des sorties oblige à sauter sur tous les mercredis de l'année. Le Havre a, lui, une place toute trouvée vu l'ambiance de conte de Noël qui y règne. Une ambiance peu commune chez le Finlandais Aki Kaurismäki, habitué au froid et au gris. Ces couleurs pimpantes - sans trop exagérer tout de même - lui vont bien au teint. Sur un sujet pas vraiment comique - un ancien écrivain devenu cireur de chaussures héberge un jeune clandestin poursuivi par la police alors que sa femme, Arletty, tombe malade - le cinéaste joue le contre-pied. N'être jamais là où on l'attend est comme une seconde nature chez lui. Aki Kaurismäki reste d'ailleurs fidèle à son parcours : décrire le monde tel qu'il ne va pas et filmer des personnages qui luttent contre l'adversité et le fatalisme ambiant. On ne gagne pas à tous les coups. Là, si. Et ça fait plaisir."
(L’Express, le 20 décembre 2011).

Idrissa rêve de liberté, d'égalité et de fraternité tandis qu'un dénonciateur FN s'emploie à vouloir "rendre la France aux Français"...

A quand la chasse au Père Noël
cet immigré déposant dans nos sabots
un film aussi humaniste ???

Lucie Calet :

- "Dans une ville portuaire où règne la même chasse aux clandestins qu’à Calais, un cireur de chaussures décide d’héberger un jeune migrant black cherchant à rejoindre l’Angleterre. Cinéaste humaniste traquant la moindre lumière des faubourgs, Kaurismäki traite le problème des demandeurs d’asile sur un ton burlesque et nostalgique. Les apôtres de la fraternité habitent entre le quai des brumes et un quartier à poésie fanée. Serviteur duplice ?? de l’administration française, le commissaire Darroussin s’oppose au délateur FN auquel Léaud donne des traits à la Le Vigan. On croise une bonne fille prénommée Arletty. La présence de Pierre Etaix souligne que le cinéaste finlandais dénonce la barbarie des temps modernes sur un ton proche de Chaplin, Tati et Prévert."
(Le Nouvel Observateur).

Thomas Sotinel :

- "Aki Kaurismäki est de ces voyageurs qui retrouvent à chaque destination ce qu'ils ont laissé derrière eux. Au Havre, il s'est installé dans le décor d'Auguste Perret, l'architecte qui reconstruisit la ville après la seconde guerre mondiale, dans l'histoire d'un port façonné par la guerre et le commerce. Il l'a peuplé d'une humanité laborieuse, où l'on retrouve des figures familières : André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Léaud.
Comme il est question d'immigrés clandestins, de dénuement et de cancer, on redoute un instant qu'Aki Kaurismäki ne soit en proie à un accès de mélancolie, comme celui qui a donné "Les Lumières du faubourg" (2006), son dernier film en date, exemple parfait de désespoir politique et cinématographique. Mais les éclats de rire qui vous secouent bientôt rassurent sur le caractère du film. Au pessimisme ambiant, Aki Kaurismäki oppose le burlesque et la solidarité de classe."
(Le Monde, 14 avril 2011).

Jean-Baptiste Morain :

- "Le Havre est, dans sa forme même, un film antisarkozyste : non parce que, dans son récit, il dénonce, avec une humanité sans chichis, la chasse aux immigrés ordonnée par nos différents ministres de l’Intérieur depuis des années, mais parce que les personnages ne font pas des grands gestes pour affirmer qu’ils n’ont jamais été des menteurs, qu’ils font ce qu’ils disent et disent ce qu’ils font et autres balivernes qui ne trompent que les sots. On n’est pas des matamores, on ne se paie pas de mots.
L’humanité chez Aki Kaurismäki n’est pas une pose mais une attitude, mélange de dignité populaire, d’ivresse de toutes sortes (les personnages ont évidemment leurs défauts), de sobriété langagière, dans une tradition cinématographique très internationale qu’on pourrait baptiser “les grands laconiques” et qui réunirait certains personnages de Jim Jarmusch, de Raúl Ruiz, de João César Monteiro ou de João Pedro Rodrigues (le Portugais parle souvent par aphorismes)."
(Les Inrocks, 20 décembre 2011).

Face à face sur un quai du Havre : le cireur de chaussures, André Wilms, et le commissaire de police, Jean-Pierre Darroussin (DR)

Christophe Narbonne :

- "Comme Gustave Kervern et Benoît Delépine, ses amis et émules, Kaurismäki filme des hurluberlus magnifiques dont la marginalité est aussi politique que cinématographique. Le cinéma d’Aki Kaurismäki est unique. Il mêle humanisme et alcoolisme, surréalisme et quotidien, soit des choses a priori peu compatibles. Dans "Le Havre", le réalisateur finlandais brosse ainsi le portrait de petites gens qui, confrontées au cynisme du monde moderne, trouvent leur salut dans la picole et la solidarité."
(Première).

Jacques Morice :

- "La France, l'Angleterre, mais aussi l'Afrique noire, l'Amérique du Sud, le Vietnam... Le Havre, ouvert sur la mer, l'est aussi sur les musiques du monde, choisies avec le bon goût qui caractérise Kaurismäki. Elles ne sont pas plaquées, elles font partie intégrante de l'action, elles s'échappent des transistors ou des tourne-disques. Chansons d'avant-guerre, musique gitane, blues, tango : un métissage créatif qui rend dérisoire la notion même de nationalité. L'ami vietnamien de Marcel le dit autrement en confessant que Chang n'est pas son nom : ce sont ses papiers français qui l'ont privé de son nom... Alors, autant pousser l'absurde jusqu'au bout. C'est ce que fait Marcel : « Je suis l'albinos de la famille », balance-t-il un moment au directeur du centre de rétention de Calais pour justifier d'être soi-disant le frère du grand-père d'Idrissa. Etre frère, tout est là. Ce n'est pas la bonté, encore moins la compassion qui anime Marcel. Plutôt une fraternité naturelle de citoyen du monde, qui se passe d'explication. On parle d'ailleurs peu mais bien dans "Le Havre". Avec une politesse exquise. Avec une dignité qui mène à une morale simple comme bonjour : c'est en aidant les autres qu'il peut nous arriver des choses formidables."
(Télérama).

Jean-Louis Le Touzet :

- "Ce qu’il y a de beau et de profond chez Kaurismäki c’est qu’il est allé chercher au fond de la boîte de cirage de Marcel des morceaux de Marcel Aymé, de Prévert et d’Audiberti qu’il a ensuite fixé en aplats sur la toile. Un patron pêcheur emmènera finalement Idrissa au large sur son arche de Noé qui sent le poisson et le fuel. Au loin, l’amer de l’église Saint-Joseph se perd dans la brume. Kaurismäki a eu des prix, mais pas de grands prix. Du moins, jamais la palme d’or, mais il n’est pas le seul et il vient de recevoir le prix Louis-Delluc, ça compte aussi. Pour le reste, le Chaplin finlandais a du génie car il a inventé une grammaire du cinéma écrite sous un sous-bock de bière. Moralité, on quitte "Le Havre" gonflé à l’hélium, heureux et attendri comme une escalope de veau à la normande."
(Libération, 21 décembre 2011).


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