MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

dimanche 6 octobre 2013

P. 267 "93, la belle rebelle", film de J-P Thorn


Synopsis :

- "Une épopée - du rock au slam en passant par le punk & le hip hop - incarnant un demi-siècle de résistance musicale flamboyante et se faisant porte-voix d'une jeunesse et de territoires en perte d'identité, sous les coups des mutations industrielles, des désillusions politiques et de l'agression constante des pouvoirs successifs les stigmatisant comme «voyous», «sauvageons» ou «racailles».
Ou comment, par strates successives, s'est fabriquée une contre-culture «underground» réinventant - par-delà le délitement des valeurs traditionnelles de la «banlieue rouge» - d'autres codes, d'autres mots, d'autres sons, d'autres façon de bouger, de colorer les espaces, d'écrire et de penser le monde… qui permettent à toute une jeunesse, se vivant comme exclue, de trouver ses repères et sa place dans la cité.
La banlieue - à contrario des clichés - se révèle un espace incroyablement riche de métissages engendrant une créativité époustouflante."


Arte et autres soutiens :

- "Ce documentaire existe grâce à l’action menée conjointement par deux associations culturelles de Seine-Saint-Denis :
- Zebrock
et
- Périphérie.
Active depuis vingt ans, Zebrock développe de nombreux projets éducatifs et s’attache à faire vivre la création indépendante.
De son côté, Périphérie a accueilli le film de Jean-Pierre Thorn dans le cadre de Cinéastes en résidence, un dispositif d’aide à la création qui a pour particularité d’intervenir au moment du montage image. 
Le film a été diffusé sur Arte le 25 novembre 2010 dans une version de 52 minutes, une sortie dans « quelques » salles de cinéma a suivi le 26 janvier 2011 dans un format plus long.
Enfin, la version DVD est disponible depuis début décembre 2010."

En novembre 2010, le blog Mo(t)saïques avait été sabordé depuis quelques mois déjà pour cause d'épidémie à bord. En conséquence, impossible de saluer la programmation sur Arte de ce docu refusant de mentir et de se taire...

Puis janvier 2011. La sortie - dans quatre premières salles - du film de Jean-Pierre Thorn coïncidait avec les débuts cahin-caha de cette seconde tentative de proposer sur un blog le sel de mes mots, de mers pas encore mortes et de terres à rides... Mais Le Monde, Libération et Positif, pour se limiter à ces trois références, mettaient leur poids dans la balance des infos et des critiques pour soutenir la belle pellicule rebelle de mon vieux pote JP. Que pesait le mini-David Mo(t)saïques 2 avec ses quelques commentaires, aussi somptueux soient-ils ?
Avec le temps, les regrets deviennent remords. 
Et donc cette page pour au moins rappeler qu'un DVD empêche 93, la belle rebelle de finir au cimetière des films perdus... 
De plus, un site pose dans toute la France les cailloux de projections-débats sans pellicule commercialement complaisante ni langue de bois.  

Jean-Pierre Thorn, vous vous souvenez, en 1980 déjà... (DR).

Jean-Pierre Thorn, cinéaste :

- "Je ne cesse de chercher - d'un film à l'autre – un cinéma épique : trouver une forme éclatée, hybride, une écriture faite de collages, cette fameuse « unité des contraires »: les contrepoints image/son, les cadrages en conflit avec les couleurs, les cadrages serrés avec l'immensité des plans d’ensemble, l'intimité des êtres en conflit avec l'universalité de la fable qui les traverse. Un cinéma musical qui pulse le spectateur."

Jean-Pierre Thorn, le 93 :

- "J'aime l'immensité des espaces de la banlieue : cet enchevêtrement d’architectures en perpétuel mouvement : construit, rasé, remodelé, reconstruit… Et dans ce «no mans land» fascinant – intervalle de la ville en jachère – l'incroyable surgissement de la nature qui ne cesse de repousser et recouvrir les ruines des industries passées. J'aime les friches, la poésie des squats, la beauté des canaux et voies RER qui transpercent la ville et ouvrent des brèches dans l'imaginaire vers d'autres destins possibles. J'espère, par mes images, rendre compte de cette beauté sauvage, de ces vibrations de couleurs pastel, de ce murmure de la ville quand on la contemple depuis les tours."

Jean-Pierre Thorn, son film :

- "Le film épouse le mouvement allant du rock pour fuir l'usine (dans les années 60) jusqu'au slam aujourd'hui pour recréer de l'activité et du lien social dans un monde d'où le travail s'en est allé. C'est cette mutation intense, que je cherche à cerner, derrière le déplacement des musiques et des personnages. (...) À travers le raccourci du film, prendre conscience de l'incapacité chronique de tous les pouvoirs (de droite comme de gauche) à répondre aux utopies de la jeunesse autrement que par l'expulsion et la violence."

Marc Perrone et son accordéon diatonique. A Saint-Ouen, avant une soirée centrée sur le cinéma de Jean-Pierre Thorn et avant que le public ne vienne bruisser et frémir, Marc Perrone nous offrit un "Temps des cerises" qui reste le plus merveilleusement mélancolique des souvenirs (DR).

Yann Tobin :

- "Rebelle, la "belle", comme après une revanche. Loin des clichés médiatiques et du côté boy-scout bien-pensant, la banlieue chante sa révolte, et c'est revigorant."
(Positif).

Xavier Leherpeur :

- "Il y a le rock de complaisance, pour amis du président réfugiés en Suisse. Et celui de résistance, pour populations indésirables, entassées à la périphérie parisienne. C’est à celui-ci que s’intéresse ce documentaire, revenant aux origines de cette musique de banlieue et fière de l’être, prolétarienne, identitaire et rageuse. Pulsation de ces lendemains qui déchantent mais refusent d’abdiquer qui, depuis près de cinquante ans, avec le hip-hop ou le slam, ne cesse de se régénérer."
(Le Nouvel Obs).

Le Parisien :

- "Depuis les années 1960, c'est dans le 93 que ça se passe. La naissance du yé-yé, puis du hip-hop, avec NTM et le DJ Dee Nasty, la chanson engagée de Marc Perrone, le rock alternatif, avec Bérurier Noir et le fameux squat de Montreuil, évacué par la police en 1986, et plus récemment le slam, de Grand Corps Malade à D'de Kabal. Autant de parcours militants entre bidonvilles et cités ouvrières qui permettent de mieux cerner cette banlieue à fleur de peau."
(26 janvier 2011).

Serge Teyssot-Gay (DR).

Carole Melleliri :

- "Loin du prosélytisme aveugle, Jean-Pierre Thorn construit une parole éminemment structurée et richement documentée sur des banlieues, dont il a suivi l’évolution de manière privilégiée et constitué une vision précieuse au fil de ses travaux documentaires depuis la fin des années soixante. Dans On n’est pas des marques de vélos (2003), il avait choisi l’univers de la danse hip-hop pour se pencher sur un sujet politique : celui de la double peine. Dans 93 La belle rebelle, histoires sociale et musicale sont imbriquées pour montrer la splendeur d’un territoire souvent décrié, où la création artistique relèverait toujours d’une forme d’engagement.
(…) En retraçant l’histoire culturelle de la Seine-Saint-Denis, 93 La belle rebelle montre comment des courants musicaux ont émergé successivement en réaction avec le contexte politique et social, de telle sorte que chaque nouvelle tendance apparaît comme la conséquence ou le prolongement du précédent. La succession des numéros musicaux (archives ou performances) et des témoignages intimistes font du rock, du punk, du hip-hop et du slam les maillons d’une même chaîne, concourant à libérer la voix révoltée de populations tantôt négligées, tantôt stigmatisées."
(Critikat.com, 25 janvier 2011).

Isabelle Regnier :

- "A la rencontre des musiciens du 93 qui ont écrit, depuis les années 1960, les pages françaises de l'histoire du rock, du slam en passant par le jazz, le hip-hop ou le punk, Jean-Pierre Thorn montre comment la musique fut une planche de salut pour des générations de jeunes, confrontées, les unes après les autres, aux maux de la banlieue.
(…)
On croise ainsi la route de Daniel Baudon, qui commença sa carrière de batteur dans un groupe de rock'n'roll au début des années 1960, de Lauran, guitariste des Béruriers Noirs, de Dee Nasty, ou encore Joey Star et Kool Shen de NTM. Ces derniers n'apparaissent que dans des images d'archives mais pas des moindres : des captations de leurs concerts mythiques, mais aussi une confrontation édifiante, sur le plateau d'une émission de télévision animées par Paul Amar, avec Eric Raoult qui était alors ministre délégué auprès du ministre de l'aménagement du territoire, de la ville et de l'intégration.
La musique est forte, et la parole qui circule tendre, émouvante, sans concession. Porté par une foi dans l'art, dans le bouillonnement d'énergie de la jeunesse, le film n'en est pas moins sous-tendu par la perspective très noire d'une évolution constante de la situation de la banlieue en général, et du 93 en particulier."
(Le Monde, 25 janvier 2011).


Utopia :

- "Jean- Pierre Thorn, cinéaste des luttes depuis les années 70, aurait pu raconter son neuf trois, département objet de tous les fantasmes et de tous les clichés sous le prisme de l’analyse historique et politique. Jean-Pierre Thorn, cinéaste militant, est embauché comme ouvrier établi (l’établi désigne ces intellectuels qui faisaient le choix de s’immerger comme ouvriers dans la vie dune usine) à l’usine Alsthom de Saint Ouen et il sait donc très bien que la vie sociale et politique de ce département est foisonnante et mérite d’être racontée. Un département créé en 1968 par le pouvoir gaulliste pour contenir le rôle du parti communiste qui domine la vie politique sur tout l’Est parisien. Ainsi, grâce à De Gaulle, le ghetto rouge était né.
Jean-Pierre Thorn aurait pu raconter les bouleversements géographiques et architecturaux d’un département qui a vu les grands ensembles fleurir et remplacer les taudis et avec eux de nouvelles populations apparaître. Dans les années 60, les classes populaires françaises ont vu apparaitre les immigrés venus des pays du Sud. Puis les premiers taudis ont disparu et aujourd’hui réapparaissent, construits par les nouveaux immigrants venus de l’Est.
Mais Jean-Pierre Thorn a préféré aborder son département sous un angle bien particulier : celui de la musique et plus spécialement de la contre-culture musicale qui y a toujours sévi. Car en parlant de la musique, on parle de tous les bouleversements sociaux. Et Thorn convoque les témoins sur les lieux de leur crime : Daniel Baudon évoque l’apparition du rock à la sortie des usines dans les années 60 ; l’accordéoniste Marc Perronne raconte les luttes sociales des années 70 ; Loran de Bérurier Noir nous parle des premiers grands squats musicaux et de l’émergence du punk et du rock alternatif au début des années 80. Presque au même moment, Dee Nasty occupe un terrain vague pour y faire naitre le terreau du hip hop français, dont le plus célèbre représentant sera NTM. Aujourd’hui, alors que le rock incitait à oublier son usine, le slam retisse un peu du lien social largement ébranlé dans le 93."
(Avignon, 17 juillet 2011).

Loïc Ballarini :

- "C’est de l’attention à la complexité et à la profondeur que l’on tire les histoires les plus réussies. L’Histoire de la musique en banlieue que propose Jean-Pierre Thorn l’est assurément : parce qu’elle conte une histoire particulière, celle de la musique, dans ses soubresauts et ses continuités, traitant à la fois de l’apparition de nouveaux styles et des points communs avec les précédents ; et parce que cette « petite » histoire n’est jamais loin de la « grande », la musique jamais coupée des autres dimensions de la vie en et au-delà de la Seine-Saint-Denis."
(Lectures, 15 février 2011).

Isabelle Hanne :

- "93, la belle rebelle est une visite sensorielle dans l’espace et le temps, une succession d’images et de sons qui transmettent l’énergie vorace qui anime ces artistes. Insoumis, politisés, fiers, avec leur refus des codes et leur envie de gueuler : le réalisateur établit une parenté entre tous, une filiation. La culture de la Seine-Saint-Denis en héritage."
(Libération, 25 novembre 2010).

D’ de Kabal, rapeur :

- "Si je me sens pluriel, c’est parce que j’ai grandi ici, et qu’ici, les gens sont assez proches les uns des autres, les murs sont pas très épais…
(…) Même si on fait partie des gens qui ont écrit des textes assez virulents sur ce type d’environnement, sur l’oppression quotidienne qu’on peut ressentir à vivre dans ce genre de cadre, on fait partie aussi des gens qui avancent l’idée selon laquelle il se passe des belles choses."





Diffusions :

Le 10 octobre 2013 : au Mans (Sarthe), festival "Crève la Dalle"
Le 11 octobre 2013 : le Mée sur Seine (77350), Espace Cordier MJC Le Chaudron, 361 Avenue du Vercors 77350 Le Mée sur Seine 
Le 17 novembre 2013 : à Toulouse, à la Médiathèque Grand M à 15h00



Plus d'informations : www.adr-production.fr


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lundi 16 septembre 2013

P. 266. Ake Edwardson : "Voile de pierre" - Bill Forsyth : "Local Hero" - Mark Knopfler : "Going Home"

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Ake Edwarson,
Voile de pierre,
10-18, 2007, 526 p.


Présentation de l’Editeur :

- "Göteborg, Suède... C'est le règne de l'été indien et le début d'une enquête casse-tête pour le commissaire Erik Winter. Notre flic suédois se retrouve contraint de filer vers l'Écosse afin d'y élucider la disparition d'un marin pêcheur au large des côtes calédoniennes. Un fait divers d'autant plus troublant que le grand-père du disparu s'est volatilisé soixante ans auparavant dans des conditions similaires. Crime ou accident ? À lui d'y voir plus clair... Au même moment, à Göteborg, l'inspecteur Aneta Djanali, originaire du Burkina Faso, se frotte à une sordide histoire de violences conjugales. Quitte à raviver les plaies béantes de son passé, le temps d'un chassé-croisé transfrontalier à la moiteur inattendue..."

Citation :

- "Une fois que tout fut terminé, Winter put revoir le film des événements. Lorsque tout fut dit, il comprit que tout avait une autre signification. Tout s'éclaira.
L'identité est quelque chose que nous empruntons, un rôle, un masque. Nous franchissons la frontière qui sépare la vérité du mensonge, et la lumière se condense en ténèbres…"

Gérard Meudal :

- "Winter est, avec le commissaire Wallander de Henning Mankell, la figure la plus réussie du polar suédois contemporain, et ce cinquième épisode de ses aventures entre Göteborg et l'Écosse en est la confirmation éclatante."
(Le Monde des livres).


Le port de Pennan (Graph. JEA/DR).

Si votre lecture a suivi Erik Winter dans le sillage de cette enquête en Ecosse, un réverbère va s'allumer pour vous à la page 362 :

- "Il voyait une petite localité au bord de la mer. Ah oui : Local Hero. D'après ses souvenirs, ce film avait été tourné en Ecosse, sur la côte, à un endroit où on regardait de travers tous les nouveaux venus."

Puis un second réverbère page 363 :

- "Le film tourné en Ecosse lui revint à l'esprit. Les maisons serrées les unes contre les autres, l'auberge et l'homme plein de ressources qui la dirigeait. Un Américain et lui étaient en négociations à propos de la vente d'un terrain près de la mer."

A peine sadique, Ake Edwarson laisse tomber ces deux réverbères. Pour n'y revenir qu'à la page 474 :

- "Ils s'étaient garés devant une maison ornée d'un dauphin et portant le nom de Dolphin Cottage Nr 10.
- Tu te souviens du film ? demanda Macdonald.
- Oui, j'y repensais il n'y a pas longtemps au fait.
- Tu reconnais le village ?
- Je crois...
- Les baraques sont toujours là. Mais le film est bâti sur l'illusion, du bluff, si on veut. Illusion parfaite du mensonge de l'image.
- Ah bon, comment ça ?
- Tu vois ce petit coin de bord de mer, poursuivit Macdonald en le désignant de la tête. Dans le film, il a des proportions bien plus impressionnantes et Burt Lancaster peut l'arpenter dans tous les sens, en toute tranquillité.
- Ah.
- En réalité, ils ont monté des vues des maisons de Pennan sur d'autres plages de Morir. C'est sur la côté ouest, au sud de Mallaig, d'où l'on prend le ferry pour Armadale, sur l'île de Skye (...). Ils ont donc tout simplement mélangé Pennan et Morir.
(...)
Winter se retourna.
- Je reconnais aussi la cabine téléphonique, dit-il en désignant le petit édifice rouge, de l'autre côté de la rue.
(...)
Une femme sortit d'une maison, à soixante-dix mètres de là. Elle vint vers eux et les salua. Elle portait un fichu mais n'était pas plus âgée qu'eux.
(...)
- Par temps clair, on voit les Orcades, avait précisé la femme.
- Et des aurores boréales ? avait demandé Winter.
- Oh, vous avez vu le film, vous..."

LA cabine téléphonique de Pennan, image du film (DR).

Le dénouement déchirant cette Voile de pierre n'est plus loin. Mieux que le mot "fin", ce roman se termine sur des questions, tant pis pour les certitudes...
Alors, d'une bibliothèque, passons au cinéma.
Pour une projection de :

Local Hero

Un film de Bill Forsyth, 1983, avec Burt Lancaster, Peter Riegert, Fulton Mackay, Denis Lawson, Norman Chancer, Peter Capaldi, Rikki Fulton, Alex Norton, Jenny Seagrove, Jennifer Black...
110 minutes.

Synopsis :

- "Une multinationale décide d'implanter un complexe pétrolier dans un petit village de pêcheurs du Nord de l'Ecosse. Les tractations que mènent technocrates et villageois prennent une tournure bien surprenante."


Affiche du film en 1983 (DR).

Tad McIllwraith :

- "It is the story of a man from a Texas oil company sent to Scotland to buy up all of the property on an ocean bay for the construction of an oil refinery.
C'est l'histoire d'un homme qu'une compagnie pétrolière du Texas envoie en Ecosse pour racheter la totalité des biens sur une baie en bord de l'océan et afin d’y construire une raffinerie de pétrole.
It is presumed by the company that the task will be easy.
Il est supposé par la compagnie que cela ne posera aucun problème.
To the man's surprise, the people who live in the community on the bay are attached to their homes and to the bay on which they are located.
À la surprise de l'envoyé, les gens qui vivent dans cette communauté sont attachés à leurs foyers et à la baie au bord de laquelle ils vivent.
And, perhaps more surprising, the oil man falls in love with the place too.
Et, peut-être plus surprenant, le pétrolier tombe aussi amoureux de cet endroit.
Sorting out old loyalties to the oil company and new ones to the community by the bay further the plot of the film.
L’intrigue du film repose sur le choix entre la fidélité à la compagnie pétrolière et ce nouvel attachement à la communauté de la baie."
(Notes anthropologiques, Canada, 2 septembre 2010. trad. approximative JEA).

Danièle Heyman et Alain Lacombe :

- "Le film démarre dans les bureaux survoltés d'une multinationale pétrochimique de Houston (Texas). Le Pdg, Happer (Burt Lancaster), décrète l'installation à Ferness, port de pêche de la côte nord de l'Ecosse, d'un complexe pétrolier. Pas moins insolite qu'un martien, l'homme de la mission, Mac Intyre, débarque avec son costume trois-pièces, son attaché-case, son sens de l'efficacité dans ce village; beau comme un jeu de construction dont l'atmosphère et le mode de vie auront peu à peu raison de lui.
(...)
Réalisateur écossais, Bill Forsyth donne une personnalité cosmopolite et cependant infiniment authentique à son village, avec l'aubergiste aux multiples fonctions,le clochard de la plage pour qui le prix des choses s'évalue en grains de sable, le prêtre venu d'Afrique, et le pêcheur soviétique.
Par-dessus tout domine la tutelle de la nature. Ce sont la mer, la lande, les cieux bas et les aurores boréales qui commandent. Local Hero est un film souvent comique. Et un peu cosmique."
(L'année du Cinéma 1984, Calmann-Lévy, 1984, 253 p., p. 181).

Diki2 :


- "Vu une nouvelle fois et on ne s'en lasse pas. Décalé, sensible avec un humour toujours surprenant qui pourrait passer pour farfelu s'il n'y avait pas ce regard profondément humain posé sur des êtres improbables que tout oppose, mais qui se trouvent réunifiés par la grâce de ce film enchanteur. Un film gai, optimiste et porteur d'espoir pour ceux et celles qui ont eu le bonheur , comme moi de le découvrir. Comme si la mécanique subtile qui régit nos comportements avait été trafiquée pour nous conter cette fable à la fois branque et amoureuse des hommes. Inoubliable."



Un film montrant l'affrontement entre une multinationale et des amoureux de leur nature.
Mais encore une composition de Mark Knopfler
auquel fut confié la bande originale, tellement originale qu'elle s'est construit sa propre vie :

- "Mark Knopfler est né le 12 août 1949 à Glasgow. Ses parents sont des immigrés hongrois qui ont fui le nazisme pendant la guerre. Impossible de ne pas associer le nom de Mark Knopfler à celui de Dire Straits. En effet, il fut de 1978 à 1993 le leader du groupe anglais le plus précurseur et le plus populaire de son époque. Mis à part Dire Straits, Mark Knopfler n'a pas été en reste et sa discographie et ses nombreuses collaborations ont fait de lui une star à ses dépends.
(…)
Il faut attendre 1982 (et une accalmie dans l'agenda du groupe Dire Straits) pour que Mark Knopfler commence sérieusement à travailler en solo, il enregistre sa première bande-son : Local Hero (un superbe film de David Puttman avec comme acteur Burt Lancaster). C'est une musique très celtique et Mark a pris beaucoup de soin à enregistrer l'album (il en est de même pour toutes ses bandes-son)."
(MYGMUSIQUE, webzine musical).




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mercredi 11 septembre 2013

P. 265. Poème (?) avec accès handicapé(e)s...


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Mer épistolière, baie du Mont Saint-Michel (Ph. JEA/DR).


A François Suchold



Une chaise roule
par démons
et par vaux

aucune ombre
pour doubler
ni dédoubler
cette chaise
en roue libre
sur les épines
édulcorées
des collines
et dans les fosses
des mers
épistolières

ni brouette
pour les choux
de Montaigne
ni fauteuil
pour les culs
confis d’orgueil
ni carrosse
pour les fées
d’hiver
ni roulotte
pour les foires
d’été
seule une chaise
et ses chahuts

nulle tristesse
aucune soumission
pas de tapage
dans ces images
entre chiens
et loups
entre nous
et entrevues…


Montgolfière entre chiens et loups (Ph. JEA/DR).



Ce texte est le dernier poème de Jean-Emile qui vient de s'en aller sur la pointe des pieds au petit matin de ce 11 septembre 2013...

Un dernier adieu aura lieu au crématorium de Gilly, ce vendredi 13 septembre à 14h00.
Adresse: crématorium de Gilly (Charleroi - Belgique), rue des Nutons.

Si vous voulez laisser un message : www.massaux.be. 

Pour infos : s33c@skynet.be et francois_andreux@yahoo.fr



Nous vous remercions de l'amitié que vous lui avez manifestée tout au long des pages de ce blog
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lundi 9 septembre 2013

P. 264. La dignité de Mme Taubira face à une tv dans la spirale du populisme...


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Ce jeudi 5 septembre 2013, rentrée de l'émission "Des paroles et des actes" avec la Garde des Sceaux.

Présentation par FR2 :

- "Christiane Taubira, ministre de la Justice, est l'invitée de David Pujadas. Elle vient exposer et discuter les grandes lignes de la réforme pénale qu'elle souhaite mettre en place. Face à elle, les journalistes de la rédaction de France 2 reviennent [sur ?] le parcours au Gouvernement de la ministre."

Pour un étranger comme moi, un bref rappel n'est point superflu. Cette réforme pénale française pourrait se résumer en quelques grands axes :
- individualisation de la peine, en supprimant les peines plancher mises en place sous Nicolas Sarkozy ;
- instauration d’une libération sous contrôle pour éviter les « sorties sèches » (sans préparation : aides à la famille, recherches d’un logement, d’un emploi, sans accompagnement, sans suivi, sans contrôle…) ;
- mise en place d’une « contrainte pénale », soit une peine sans incarcération, mais une peine élaborée pour éviter que de « petits délinquants » ne décrochent encore plus derrière les barreaux de prisons surpeuplées et criminogènes.

On pouvait craindre une émission certes politique mais trop technique. En réalité, les dérapages furent tout autres.

Le Figaro :

- "Un show. La garde des Sceaux est pour la première fois l'invitée, jeudi soir, de l'émission politique de France 2 Des paroles et des actes. Une apparition médiatique inhabituelle pour l'icône du mariage pour tous."
(5 septembre 2013).

En deux courtes phrases, trois mots : "show", "apparition" et "icône" traduisaient l'état d'esprit avant l'émission ! Pour des journalistes présentant celle-ci, pas question de politique au sens noble du terme mais de "show", un spectacle dévalorisant encore mieux le sujet s'il pouvait sombrer dans le "realityshow". FR2 deviendrait Lourdes avec l'annonce spectaculaire de "l'apparition" de Mme Taubira. Celle-ci se trouvait réduite à l'état d'"icône", une image (sacrée) peinte sur du bois (avec un langage en adéquation). Et pour quel motif ? "Le mariage pour tous". Parce que la ministre de la Justice laissera, que cela plaise ou non, son nom dans l'histoire ! Pour avoir, en France terre des libertés (en retard dans ce cas précis), fait voter démocratiquement l'égalité entre les hétérosexuels et les homosexuels souhaitant le mariage...

Venons-en à l'émission. Dès les premiers mots, il se confirma que cette édition "Des paroles et des actes" manquerait de rigueur, de distance, de profondeur.

David Pujadas :

- "Elle [Mme Taubira] est devenue une figure passionnelle de la vie politique. Quand on l'aime, c'est souvent de l'idôlatrie. Quand on ne l'aime pas, c'est parfois de la détestation."
(Introduction à l'émission).

Voilà ! Pujadas prévient charitablement. Nous ne serons pas dans le registre des réflexions, des analyses, des échanges, des idées voire des idéaux. Pas de droit, ni de politique, ni de sociologie, ni de philosophie, ni même de poésie. Place au "passionnel" avec son plus pur manichéisme : "aimer" ou "détester" l'invitée, une "idôle" (cette fausse divinité).

Ce parti pris durera jusqu'en fin d'émission.

Franz-Olivier Giesbert à Mme Taubira :

- "Vous êtes une bête de télé mais il y a quelque chose de nouveau chez vous, c’est un peu de langue de bois..."
(Conclusion personnelle).

Pour Giesbert qui ne manque pas de vocabulaire, un seul mot résume cette femme originaire des anciennes "colonies", une personnalité pour le moins originale, une élue du peuple, à la tête d'un ministère clef. Madame Taubira est "une bête" !!! L'émission sert de décors à des jeux du cirque avec gladiateurs et animaux. Pujadas préside l'ouverture du show et Giesbert lève ou baisse le pouce en empereur des média.

Tout ce qui précède relève des dérives, des populismes dans lesquels se distinguent des journalistes-vampires, lesquels cherchent la célébrité à travers celle de leurs invités. L'obsession des audiences audiovisuelles, la facilité des coups médiatiques passent avant toute déontologie. Un service public est parasité pour mieux attirer vers le bas ce public...

Rien de bien nouveau sinon que l'émission "Des paroles et des actes" a franchi un pas supplémentaire : enfermer la Ministre dans une impasse. Pour ce faire, les responsables n'ont pas évoqué son projet de réforme. Ils instrumentalisèrent un seul cas particulier ne relevant aucunement de ce projet. Par le biais anonyme de la mère d'une victime. Avec une telle charge émotionnelle que l'atmosphère en devint irrespirable. En sachant que face à ce cas exceptionnel, la Ministre ne pourrait répondre. Faute de remettre en cause une chose jugée, d'évoquer un dossier judiciaire en public et qui plus est, en méconnaissance de ce dossier, bref faute de métamorphoser un plateau de tv en tribunal populiste. Comme pour se justifier, David Pujadas affirma faire oeuvre de "pédagogie" ? Il avait trouvé la rime avec démagogie.


Mme Taubira (Capt. d'écran).

Cette émission est promise aux écoles de journalisme. Et pas seulement. Elle soulève de vraies questions sur le fond et sur la forme.
Je suis navré du peu d'échos et d'interrogations qui s'en suivirent dans la presse française au premier rang de laquelle Le Monde et Libération brillèrent par leur silence de plomb (quand ces lignes sont écrites).

Voici néanmoins quelques extraits de presse :

Flore Thomasset : "la justice ne se prononce pas sur les plateaux de tv"

- "L’intervention de la mère de la victime de Colombes, violemment agressée par un condamné en semi-liberté, jette un froid sur le plateau. La ministre refuse de réagir : « Face aux victimes, je fais silence. La justice ne se prononce pas sur les plateaux de télévision. »
Rappelée à plusieurs reprises aux critiques de laxisme formulées à son encontre par la droite mais aussi une partie de la gauche, Christiane Taubira défend « le suivi intense et personnalisé » qu’instituera la contrainte pénale et rappelle la construction à venir de 6 500 nouvelles places de prison : « La prison est une institution républicaine qui assure une mission régalienne. Les juges apprécieront la peine la plus adaptée, la plus efficace. »
(La Croix, 6 septembre 2013).

Rémi Noyon : "Pujadas demande de comptes"

- "Pujadas demande du « concret ». Justement, la mère d’une jeune femme victime d’un multirécidiviste prend la parole. En ombre chinoise, pour préserver son anonymat, elle décrit le parcours du bourreau qui a défiguré sa fille. En semi-liberté, il est passé à travers les mailles du contrôle pour « poursuivre ses petits trafics ».
Elle parvient à articuler :
« Pour des barbares comme celui-là, nos lois ne correspondent pas. »
En faisant des pauses entre chaque mot pour bien marquer la lourdeur du témoignage, Pujadas demande des comptes à Christiane Taubira. Pas folle, celle-ci préfère esquiver :
« J’ai une règle : face aux victimes, je fais silence. »
(Rue89, « DPDA » : « Rendez-nous Taubira, la teigne pleine de fantaisie »,6 septembre 2013).

Adrien Francius : "la dictature de l'émotion"


- "Du dernier numéro de l'émission présentée par David Pujadas, « Des paroles et des actes », diffusée hier sur France 2, on ne retiendra que les nombreuses embûches semées sur le chemin de l'invité de la soirée, la Garde des Sceaux, Christiane Taubira. Et la charge fut violente, inhabituelle, notamment lorsque le témoignage - anonyme - d'une mère de victime, qui apparaît le visage masqué, en ombre chinoise, est passé à l'antenne. « Ce personnage (l’agresseur de sa fille) est irrécupérable » ; « Il viole tout en jurant sur le Coran, puis il rentre à la prison (il jouissait d’une permission de sortie) avec du sang sur ses vêtements, sur ses chaussures... C'est un barbare ! » fustige la mère.
Que répondre ? « Face aux victimes, je fais silence ! » déclare la ministre, qui répète sobrement, à plusieurs reprises, qu'elle « s'incline », tout en refusant de commenter sur le plateau d'une télévision une décision de justice. Le respect étant ainsi donné en réponse à la dictature de l'émotion qui semble avoir gagné France 2. Faute déontologique que de vouloir instrumentaliser la douleur pour faire de l'audience, faute d'appréciation de la direction, qui s'ajoutent aux nombreuses questions-pièges cette fois plus classiques. « On me rend comptable de tout, et je l'accepte » confie Christiane Taubira, soumise à un long interrogatoire."
(Marianne, Christiane Taubira tient bon, 6 septembre 2013).

Julien Amhrein : Taubira - Sarkozy

- "La rigueur que s'impose Christiane Taubira l'a empêchée de répondre au témoignage émouvant de la mère de Priscilla. Les paroles de consolation prononcées étaient dignes et sans doute sincères, mais certains jugeront que ce n'est pas assez par rapport à un ancien chef de l'État qui aurait pris cette pauvre dame en empathie, vitupérant contre ces juges irresponsables et annonçant un durcissement des sanctions. Démago mais sans doute plus populaire..."
(Le nouvel Observateur, Le Plus, "Des Paroles et des actes" sur France 2 : la prestation de Taubira, un vrai moment de télé, 6 septembre 2013).


La Garde des Sceaux - la mère d'une victime, témoin anonyme (Capt. d'écran).

Bruno Beschizza, ancien policier, Monsieur Sécurité de l'UMP

- "Une victime mais cela n’intéresse pas Mme Taubira, elle ne soucie que des voyous !"
(Réaction sur Twitter pendant l'émission)

Thierry de Cabarrus : "une question de dignité"

- "Abordant enfin la réforme de la procédure pénale, David Pujadas a opposé à la ministre un argument... de chair et de sang, un témoin bouleversé de chagrin et de haine : la mère d'une jeune fille violée et tabassée par un délinquant sous contrôle judiciaire dans une affaire de conduite en état d'ivresse.
On se serait cru revenu sous l'ancien quinquennat, quand le président Sarkozy, endossant à chaque fait divers sordide, sa tenue d'ancien ministre de l'Intérieur, saisissait l'occasion pour faire une loi nouvelle, souvent contradictoire avec la précédente et totalement démagogique.
Sauf que Christiane Taubira n'est pas Nicolas Sarkozy et que David Pujadas en a été pour ses frais : la garde des Sceaux a eu raison de refuser, même et surtout peut-être en présence de ce témoin bouleversé qui attendait d'elle une impossible réponse à sa peine, de juger le juge d'application des peines que le journaliste lui présentait grossièrement pour qu'elle dénonce ses éventuelles fautes et qu'elle lui coupe la tête.
Sauf que Christiane Taubira n'est pas tombé dans le piège de la facilité qui consistait à multiplier les preuves de son indignation à l'égard d'une justice qui peut aussi se tromper et les signes de sa compassion impuissante envers cette femme brisée impossible à consoler.
Il me semble que c'était une question de dignité, à la fois pour les familles des victimes et pour ceux qui rendent la justice, que de ne pas vouloir plaider ou requérir ainsi sur le vif, à la télévision, dans un dossier dont elle ne connaissait aucun élément sérieux."
(Le nouvel Observateur, Le Plus, "DPDA" : comment Christiane Taubira a évité les pièges de David Pujadas sur France 2, 6 septembre 2013).

Daniel Schneidermann : "passe ici le fantôme du sarkozysme médiatique"

- "La ministre face à la victime : Pujadas tient sa séquence, celle qui scotche, celle qui restera. Sur le visage impassible en gros plan, le moindre tremblement est un signe, un aveu, un discours : compassion, empathie, indifférence, insensibilité ? Rien ne va plus : roule roule la roulette de la condamnation ou de l’acquittement de la ministre. Quels mots va-t-elle trouver ? Les connaît-elle déjà, ou va-t-elle improviser ?
Elle choisit le silence. Non, elle ne donnera pas à Pujadas ce qu’il attend, ce qu’attend tout le dispositif. Elle n’aura pas un mot de commentaire sur le cas particulier de Priscilla.
Bravo ! Passe ici le fantôme sinistre du sarkozysme médiatique, des lois-faits-divers sorties du chapeau sous le coup de l’émotion. On l’approuve d’autant plus que le cas évoqué n’a aucun lien avec la fameuse « contrainte judiciaire », qui n’est pas censée s’appliquer aux récidivistes. Elle ne tombera pas dans le piège. « Mais tout de même, il était en semi-liberté pour travailler dans une supérette, et cette supérette était fermée en août » insiste Pujadas. Non. Pas un mot."
(Arrêt sur image, 6 septempre 2013).

Bruno-Roger Petit : "cette séquence... est une faute grave"


- "De ce "Paroles et des actes", l'histoire de la télévision retiendra un passage, un seul. Ce moment où David Pujadas a sorti de sa pochette-surprise le témoignage de la mère d'une victime. Un témoignage anonyme, émanant d'une ombre, exprimant tout à la fois douleur et haine, rage et désespoir.
Le moment fut pénible.
(…)
Il ne fait aucun doute qu'en organisant cette séquence, ce qu'il faut bien appeler un piège tendu à Christiane Taubira, les organisateurs ont jugé que l'aspect émotionnel fort, inévitable et inéluctable, allait accoucher d'un moment de télévision d'une intensité incomparable.
Plus terrible encore, peut être, il est même vraisemblable qu'ils aient cru faire œuvre d'humanité en offrant cette tribune à une personne en grande souffrance et immense colère.
(…)
Oui, Christiane Taubira ne pouvait que se montrer impuissante face à ce cas extrême, dont la charge émotionnelle balayait toute volonté de rationalité. C'est là, et nulle part ailleurs, que réside le piège dans son caractère le plus odieux : Christiane Taubira ne pouvait pas s'en sortir. Elle ne pouvait offrir que son écoute attentive et son silence respectueux. Ce qu'elle a fait...
Cette séquence est plus qu'une erreur, c'est une faute grave.
De quoi parlait-on dans ce "DPDA" ? De la Justice, de ce qu'elle incarne, de ce qu'elle vise. De droit pénal, de sanction, d'échelle des peines... En politique, c'est la matière qui ne souffre ni passion, ni émotion, celle où s'impose la raison et la réflexion. C'est ce que l'on apprend en 1ère année de droit, quand on débute dans le droit pénal : que la justice est rendue au nom de la société, à raison du tort que le crime ou le délit lui ont causé, et que c'est pour cette raison qu'elle relève de la puissance publique, qui doit agir alors de la manière la plus rationnelle et la plus apaisée qui soit.
Jusqu'à ce "DPDA" d'anthologie, de mémoire de téléspectateur, jamais un ministre de la Justice n'avait été ainsi piégé par un témoignage anonyme, destiné à le mettre en difficulté, par le jeu de l'émotion et de la passion. Jamais.
(…)
Quelle idée se font-ils de nous, les responsables de l'information de France 2, pour croire que nous ne sommes que des bêtes de télévision, ne réagissant que par stimuli émotionnels destinés à alimenter nos pires pulsions dès qu'il s'agit de Justice ? Pensent-ils que la ménagère de moins de cinquante ans est une descendante des tricoteuses de la Terreur ?
Voilà pourquoi, tout téléspectateur, soucieux d'assister à un débat serein et équilibré sur les problèmes de justice, ne pouvait que se sentir honteux et piteux devant sa télévision, se voyant aussi mal considéré par ceux qui ont pour vocation de l'informer, donc de l'éclairer.
(…)
Ainsi va la télévision en 2013... Un petit monde qui ne donne plus à réfléchir mais à rugir... Un petit monde qui n'offre plus à penser mais à hérisser...
(Le nouvel Observateur, Le Plus, "DPDA" : Taubira piégée par un témoignage anonyme, l'indignité de Pujadas et France 2, 6 septembre 2013).



La séquence litigieuse débute à 57 minutes 45 secondes.



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jeudi 5 septembre 2013

P. 263. Le 6 septembre 1954 : La Strada bouleverse la Mostra de Venise...


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L'un des dix films les plus éblouissants de l'histoire du cinéma ?
A noter que son titre français : "Le grand Chemin" s'est perdu dans les sables du temps, même si André Claveau en fit un titre de chanson.(DR)

Synopsis

- "Zampanò, un homme à la nature violente, s’exhibe sur les places et dans les foires de village comme cracheur de feu. A la vue d’une pauvre paysanne submergée par ses enfants, il lui achète Gelsomina pour dix mille lires, une fille ingénue et ignorante pour qu’elle devienne son bras droit dans ses spectacles. Gelsomina, qui sera forcée de devenir sa maîtresse, étant une créature sensible, tente en vain de lui échapper puisqu’il la maltraite sans cesse. Après être passés à un cirque pour y travailler, Gelsomina fait la connaissance de Matto, étrange figure d’équilibriste errant, gentil et placide qui ne rate pas une occasion pour se moquer de Zampanò et l’humilier. Ce dernier va le tuer de manière involontaire lors d’un litige. La tragédie rend Gelsomina définitivement folle car elle va être troublée nuit et jour par le souvenir de Matto. Zampanò alors la quitte pour poursuivre sa vie vagabonde car il craint d’être découvert et arrêté. Quelques années après, il découvre par hasard que Gelsomina est morte et soudainement il prend conscience de sa solitude. Puisqu’il est abandonné par tout le monde pleure sur une plage déserte."

André Bazin

- "C'est l'histoire d'un homme qui apprend à pleurer..."

Jean De Baroncelli

- "C'est un film qui console de bien des déceptions. C'est un film qui nous raffermit dans notre conviction que le cinéma est un moyen d'expression unique."
(Le Monde, 15 mars 1955).

Le Canard Enchaîné

- "C’est un des quatre ou cinq chefs d’œuvre que le cinéma nous ait donnés depuis sa naissance. Un film qui nous force à remettre en question tout ce que nous avons vu au cinéma depuis des années. Une fable humaine et lyrique d’où l’on sort enivré, après quoi le jour même n’a plus la même couleur."
(23 mars 1955).




Yvon Toussaint


- "Fellini traite ce pathétique dans un dépouillement absolu, avec une sainte horreur du pittoresque spectaculaire. Les éléments constitutifs des situations, des images, sont semblables à ceux du néo-réalisme. Mais une infime transposition, une sublimation légère fait naître une poésie douce-amère, tendre et désolée."
(Le Soir, 7 octobre 1955).

Témoignage chrétien

- "La Strada est le chef d’œuvre d’un poète, d’un peintre d’états d’âme ; le chef d’œuvre d’un homme généreux qui, par le don même de sa générosité, provoque la générosité des êtres et des choses ; le chef d’œuvre où la réalité, nourrie et sublimée par la poésie et la spiritualité, est plus réelle que le réel ; le chef d’œuvre où la réalité refuse de se réduire à des symboles tout en étant cependant débordante de signes ; le chef d’œuvre où le quotidien balance dans l’instant du présent au passé, du futur à l’éternel."
(25 mars 1955).

Larousse


- "Les intellectuels, interloqués, ont applaudi, le public populaire, fasciné, a pleuré. Le succès s'est révélé international. Il est au départ de la gloire de Fellini. Aujourd'hui, il se trouve des voix pour prétendre que La Strada est une œuvre surestimée, racoleuse, « facile ». Ces voix s'époumonent en vain contre l'évidence de sa beauté."

Marine Landrot

- "Dépourvu de scénario écrasant, entièrement tourné en extérieur dans des conditions infernales, ce film itinérant vogue au gré de la composition époustouflante des acteurs. Brusque et hâbleur, Anthony Quinn rend caressante sa violence incontrôlée. Avec sa cape de deuil et sa « face d'artichaut », Giulietta Masina oscille entre Charlie Chaplin et Stan Laurel. Roulements de tambour et trépignements : voilà un chef-d'oeuvre."
(Télérama, 20 février 2010).


Anthony Quinn et Giulietta Masina (DR).

L’Oeil sur l’Ecran

- "Le personnage de la jeune fille emprunte visuellement beaucoup de traits à Chaplin ; Giulietta Masima, avec peu de paroles, met beaucoup d’humanité dans son personnage en jouant avec les expressions enfantines de son visage (…). La Strada est un film plein d’humanité que Fellini transmet en évitant tout misérabilisme. Il trouve ici l’équilibre parfait et le film remportera un succès qui le propulsera au devant de la scène."
(Blog écrit à quatre mains par un couple, 13 novembre 2010).


Vittorio Bonicelli


- "Zampanò est l’un des personnages les plus puissants, intenses et dramatiques du cinéma contemporain. Le style du film est parmi les plus purs et les plus lucides du néoréalisme. Il faut se rappeler de la légèreté, de l’intensité, de la chaleur instinctive des personnages et de leur définition immédiate dans la séquence de la réception nuptiale et de l’excursion de Gelsomina dans la grande maison de campagne jusqu’à la découverte de l’enfant malade."
(Il Tempo, 7 octobre 1954).

Leïla Bekhti


- "C'est un film qui m'a bouleversée quand j'étais jeune. Souvent quand on grandit on se dit qu'on n’arrivait pas à mettre de mots sur ce sentiment et des années plus tard, j'ai compris qu'il n'y avait pas beaucoup de gens qui pouvaient autant nous en dire avec leurs yeux et s'appellent de grandes comédiennes, Giulietta Masina en fait partie."
(RTL, 22 août 2013).

Dominique Aubier

- "La Strada est une œuvre qui suppose de la part de son auteur, en plus du génie d'expression, une parfaite connaissance de certains problèmes spirituels et une réflexion sur eux. Ce film traite en effet du sacré, je ne dis pas du religieux ni de la religion. Je parle de ce besoin primitif et spécifique à l'homme qui nous pousse au dépassement, à l'activité métaphysique, tant sous la forme religieuse que maintenant sous la forme artistique, besoin aussi fondamental que celui de durer. Il semble que Federico Fellini sache parfaitement que cet instinct est à la source des religions comme de l'art. Il nous le montre à l'état pur dans Gelsomina. [...] Fellini et ses trois interprètes réussissent à nous décrire tant charnellement que mentalement et par le moyen de l'image, l'histoire servant à un tout autre but, des personnages mythiques et vrais. Ces trois héros vivent d'une vie esthétique parfaite. Ils nous arrachent cette émotion grâce à laquelle un personnage de lumière ou de papier prend pour une seconde une fulgurante réalité et demeure en nous."
(Cahiers du cinéma n°49, juillet 1955).


François Chalais : interview de Giulietta Masina (Festival de Cannes, 1955).

Ermanno Contini

- "Fellini est le maître du récit et son film s’écoule en effet dans une narration légère et très mesurée qui cherche ses retournements de situation, ses rebondissements, ses enchaînements et ses résolutions dans de petits détails, des annotations délicates, des tons discrets qui s’encastrent naturellement dans la modeste trame d’une histoire apparemment vide d’événements. Pourtant, combien d’intentions et d’effervescence enrichissent une aussi grande simplicité, ils sont tous complètement exprimés mais ils ne sont pas tous ni clairement évidents, ni entièrement traduits dans une pleine éloquence humaine et poétique, mais ils sont tous suggérés avec une fine sensibilité, ils sont tous soutenus par une subtile charge émotionnelle."
(Il Secolo XIX, 8 septembre 1954).

Ciné-Club de Caen

- "Séquences célèbres : Gelsomina vendue par sa mère; les trajets sur les routes sur un lamentable triporteur roulotte ; la noce champêtre et la visite d'un enfant malade et reclus ; la rencontre de Gelsomina avec l'équilibriste, puis avec une religieuse dans un couvent ; la bataille de Zampano avec Il Matto qui regarde sa montre brisée et tombe mort ; Zampano qui apprend la mort de Gelsomina, regarde le ciel et pleure sur la plage (…).
Un film complexe. Il était d'abord une critique de la condition féminine, de la femme objet aussi passive qu'un caillou, tout juste créée pour faire l'amour et la cuisine."

Olivier De Bruyn

- "Un film qui témoigne du génie visionnaire de Fellini, mais aussi d'une période transitoire de sa carrière. A mi-chemin des premiers pas néo-réalistes - entrepris avec Rossellini (il collabore aux scripts de Rome ville ouverte et de Paisa, il joue dans l'Amore) puis en solo (les Vitelloni) - et de la fantasmagorie réflexive qui voit le jour à partir de la Dolce Vita (1959), la Strada est d'abord un témoignage d'amour hors-pair à l'actrice Giulietta Masina, madame Fellini à la ville (…).
Fellini filme sa drôle d'histoire comme un road-movie où la réalité patente du monde est doucereusement pervertie par son regard. La Strada est un film où l'on imite les arbres et où l'on avale des spaghettis sur un fil d'acrobate. Un film, aussi, où l'on crève d'aimer. Un grand film."
(Libération, 20 janvier 1995).


Federico Fellini

- "Si j’étais critique, je penserais que chaque film a droit à une façon particulière non seulement d’être vu, mais aussi d’être raconté et donc proposé au lecteur-spectateur. Quel est le but premier d’un critique de cinéma ? Celui de parler d’un film, de le faire « comprendre » (…). Le plus souvent, l’expliquer c’est le réduire sinon même le mortifier, tout comme si face à un conte, on se mettait à dire ce que signifient la forêt, le loup, le Petit Chaperon Rouge et pourquoi Pinocchio rencontre son père dans le ventre de la baleine. Grattez le vernis, vous annulez le charme."
(Il Tempo, 29 mars 1980).

Nino Rota : La Strada, suite (Orchestre symphonique Milan-RAI, dir. Enrico Collina).





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