MO(T)SAIQUES 2
"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."
Milosz
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."
Milosz
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jeudi 22 août 2013
P. 259. Journal de Victor Klemperer : les mois d'août 1934, 1935, 1936 et 1937...
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Victor Klemperer
Mes soldats de papier, Journal 1933-1941
Editions du Seuil, 2000, 793 p.
4e de couverture
- "Victor Klemperer (1881-1960), cousin du célèbre chef d'orchestre Otto Klemperer (1), fils de rabbin, converti au protestantisme, était professeur de romanistique à Dresde (2). En 1934, il est destitué de ses fonctions en tant que juif et n'a plus le droit d'enseigner. Il reste à Dresde, avec sa femme Eva (3), elle-même protestante, pianiste, pendant toutes les années du nazisme. Travailler, écrire, écrire au péril de sa vie, laisser une trace authentique de l'horreur, donner une voix à ceux qui ne sont plus, c'est sa lutte à lui, ce qu'il appelle ses soldats de papier. Obstinément il poursuit sa tâche de chroniqueur et, sans même pouvoir disposer des pages écrites la veille, portées systématiquement par Eva chez une de leurs amies, note la persécution au jour le jour, dans ses moindres détails. Un document sans équivalent sur la vie quotidienne des juifs prisonniers de l'intérieur dans l'Allemagne du IIIe Reich."
Victor Klemperer
- "Je veux porter témoignage.
- Tout ce que vous écrivez, on le sait déjà, et les grandes choses, [...] vous ne les connaissez pas.
- Ce ne sont pas les grandes choses qui importent, mais la tyrannie au jour le jour que l'on va oublier. Mille piqûres de moustiques sont pires qu'un coup sur la tête. J'observe, je note les piqûres de moustiques...
Un peu plus tard :
- J'ai lu quelque part que la peur de quelque chose est pire qu'ici chose elle-même. Quelle angoisse, avant la perquisition ! Et quand la Gestapo est venue, j'étais froid et résolu. Après, qu'est-ce qu'on a bien mangé ! Toutes les bonnes choses que nous avions cachées et qu'ils n'ont pas trouvées...
- Vous voyez, voilà ce que je note :
Obligation de rester chez soi après huit ou neuf heures du soir. Contrôle ! Chassés de notre propre maison. Interdiction d’écouter la radio, interdiction d’utiliser le téléphone. Interdiction d’aller au théâtre, au cinéma, au concert, au musée. Interdiction de s’abonner à des journaux ou d’en acheter. Interdiction d’utiliser tout moyen de transport […]. Interdiction d’acheter des fleurs. […] Interdiction d’aller chez le coiffeur. […] Obligation de remettre aux autorités les machines à écrire, les fourrures et les couvertures en laine, les bicyclettes […], les chaises longues, les chiens, les chats, les oiseaux. […] interdiction d’emprunter la pelouse municipale et les rues adjacentes du Grosser Garten, interdiction… […] Voilà, je crois que c’est tout. Mais, pris tous ensemble, ces 31 points ne sont rien face au danger permanent de perquisition, de sévices, de prison, de camp de concentration et de mort violente."
J-S Félix
- « Plutôt une fin épouvantable qu'une épouvante sans fin ». Tels sont les mots d'un homme accablé par la déchéance physique et morale ; celle d'un intellectuel juif allemand, témoin de la montée en puissance et de l'avènement monstrueux du IIIe Reich. Converti au protestantisme mais persécuté en raison de ses origines hébraïques par le régime nazi, Victor Klemperer restera en Allemagne jusqu'à la fin du second conflit mondial et trouvera dans ses prises de notes quotidiennes le moyen de résister en Homme au tourbillon de brimades qui s'abattent sur la communauté juive dès 1934. Ces cahiers, qu'il parvint à conserver tant bien que mal au milieu des persécutions, ne furent jamais retouchés et nous offrent aujourd'hui un récit aussi authentique qu'effroyablement précis de la descente vers l'enfer de la Shoah. De la sorte, puissance littéraire et intérêt historique se combinent dans ces journaux de bord où l'émotion prend souvent le pas sur le témoignage atone de l'universitaire. Mémoires d'un être revenu de la nuit noire et dont l'écriture en porte encore les cruels stigmates."
Daniel Bermond
- "Voici un des témoignages les plus bouleversants sur la vie au quotidien dans la communauté juive de Dresde, ou ce qu'il en restait, décimée par les rafles, les assassinats, la faim et les maladies, à l'époque nazie. De 1933 à 1945, jour après jour, Victor Klemperer, auquel son mariage avec une "Aryenne" épargna le sort radical des autres juifs, raconta les brimades, les exécutions, les perquisitions, bref ce martyre distillé sur douze ans du ghetto juif de Dresde. Une effroyable litanie de mesquineries criminelles tout juste tempérée par une parole anonyme dans la rue, par une poignée de main à la sauvette. Certains, comme Klemperer qui se réfugie dans ses études du XVIIIe siècle français, résistent; d'autres n'en peuvent plus de tant d'humiliations et choisissent de mourir. De ces très belles pages écrites dans la clandestinité, sous la botte, se dégage une formidable leçon d'énergie à l'usage de toutes les générations, un concentré d'humanité et d'humanisme."
(Lire, 1 décembre 2000).
1934 : suite à un référendum pour le "oui" à Hitler, celui-ci décroche une dictature tant attendue (Graph. JEA/DR).
Journal de Victor Klemperer
Août 1934. Pour Hitler : 38 millions d'électeurs - Contre : 5 millions.
21 août, mardi
- "Les 5 millions de "non" et de bulletins nuls le 19 août (4), contre les 38 millions de "oui", signifient infiniment plus du point de vue éthique qu'un simple neuvième du total. Il y a fallu du courage et de la détermination. On a intimidé tous les électeurs, on les a soûlés de slogans et de bruits de fête. Un tiers a dit "oui" par peur, un tiers par ivresse, un tiers par peur et par ivresse. Quant à Eva et moi, nous n'avons coché le "non" que par un certain désespoir, et non sans peur.
Et pourtant, en dépit de la déroute morale : Hitler est le triomphateur incontesté, et la fin n'est pas en vue.
J'ai été frappé par la brièveté du feu roulant de la propagande. Il a été mis en oeuvre quelques jours seulement avant le 19, mais alors dans quelle orgie de drapeaux, de proclamations, d'allocutions radiophoniques. On spécule toujours sur la bêtise et la primitivité. On recouvre de vacarme l'histoire d'hier (...) et la pays laisse faire. On ne peut provoquer une telle anesthésie que juste avant l'opération. - Mais combien de temps cette psychose va-t-elle durer et sur qui agit-elle ? Le 17, Hitler a tenu son grand discours électoral à Hambourg, et c'est là que se trouvait l'épicentre des jubilations prescrites. Et c'est précisément à Hambourg qu'il a obtenu le plus de "non", 21% des suffrages exprimés (...).
A noter, le comportement en matière d'interdiction et d'autorisation de journaux étrangers. On ne peut plus verrouiller le lointain, il y a trop de gens qui écoutent les radios étrangères. On affecte donc le plus possible de ne pas craindre la presse de l'étranger, dans l'espoir que la masse, de toute façon, ne la lira pas."
(PP. 141-142).
Plaque à apposer sur sa façade pour participer à la "campagne antijuive" (Graph. JEA/DR).
Août 1935. "Nous ne voulons pas des Juifs".
11 août, dimanche
- "La campagne antijuive a pris une telle ampleur, pire encore que lors du premier boycott, il y a des débuts de pogroms çà et là, et nous nous attendons à être assassinés d'un jour à l'autre. Pas par les voisins, mais par les nettoyeurs que l'on mobilise tantôt ici et tantôt là en les qualifiant d'"âme du peuple". Sur les panneaux du tramway de la Prager Strasse : "Celui qui achète chez le Juif trahit le peuple" ; dans les petits magasins de Plauen (5) : sentences et vers de toutes les époques, de toutes les plumes et contextes (Marie-Thérèse (6), Goethe !, etc.), regorgeant d'insultes, et, par-dessus le marché : "Nous ne voulons pas de Juifs dans notre beau quartier de Plauen", partout (...) des histoires de profanation de la race les plus atroces, discours féroces de Goebbels - actes de violence patents dans les lieux les plus divers. - Campagne presque aussi féroce contre le catholicisme "politique", celui qui s'allie à la Kommune (7), qui souille les églises en prétendant ensuite que c'étaient les nazis (...). - Depuis des semaines, sentiment chaque jour que ça ne peut plus durer ainsi longtemps. Et ça continue pourtant."
(PP. 211-212).
Les JO à Berlin : "une opération politique" (Doc. JEA/DR).
Août 1936. "Renaissance allemande grâce à Hitler".
13 août, jeudi
- "Les jeux Olympiques (8) se terminent dimanche prochain, le congrès du NSDAP (9) s'annonce, une explosion est imminente, et il est naturel qu'on veuille d'abord se défouler contre les Juifs (...). Mussolini a impunément fait main basse sur l'Abyssinie - et depuis quelques semaines la guerre d'Espagne bat son plein. A Barcelone, quatre Allemands ont été "assassinés" par un tribunal révolutionnaire, quatre nouveaux martyrs du national-socialisme et, même avant cela, on disait déjà que les Juifs allemands émigrés menaient là-bas une campagne de haine contre l'Allemagne. Dieu sait comment tout cela va bien pouvoir tourner, mais, comme toujours, il y aura sûrement une nouvelle vague de mesures contre les Juifs (...). M. Léon Blum (10) ne peut tout de même pas ignorer ce qu'en Allemagne tous les enfants savent. Est-on si bête en France qu'on attende tout simplement d'être saigné à blanc ? Mais pourquoi a-t-on tout toléré jusqu'à présent ? En France de la part de l'Allemagne, en Angleterre de la part de l'Italie ? Tout est absolument impénétrable et obscur. Probablement personne, même parmi les gouvernants, ne connaît vraiment les forces réelle en jeu, les scrupules et les humeurs.
Les jeux Olympiques, qui se terminent bientôt, me répugnent doublement ! 1 En tant que surestimation absurde du sport; l'honneur d'un peuple dépend de ce qu'un de ses membres saute dix centimètres plus haut que les autres. Et d'ailleurs c'est un nègre des Etats-Unis qui a sauté le plus haut, et la médaille d'argent d'escrime pour l'Allemagne, c'est la Juive Hélène Meyer (11) qui l'a remportée (je ne sais pas ce qui est le plus indécent, sa participation en tant qu'Allemande du IIIe Reich ou le fait que sa performance soit revendiquée par le IIIe Reich).
(...) Et 2 si je déteste tant les jeux Olympiques, c'est parce qu'ils n'ont rien à voir avec le sport - chez nous, j'entends -, et qu'il s'agit purement et simplement d'une opération politique. J'ai lu récemment : "Renaissance allemande grâce à Hitler". On ne cesse d'inculquer au peuple et aux étrangers que ce qui se manifeste, c'est la renaissance, l'épanouissement, le nouvel esprit, l'unité, la ténacité et la magnificence et, bien entendu, l'esprit pacifique du IIIe Reich qui embrasse tendrement le monde entier."
(PP. 286-287).
10 ans : l'âge pour porter l'uniforme des jeunesses hitlériennes (DR).
Août 1937. "Entre nous..."
17 août, mardi
- "Dans le Stürmer (12) qui est affiché à chaque coin de rue, j'ai vu récemment la photographie de deux jeunes filles en costume de bain dans une station balnéaire. Au-dessus : "Interdit aux Juifs", au-dessous : "Quel bonheur d'être à nouveau entre nous !" (...) Je crois de plus en plus qu'Hitler incarne réellement l'âme populaire allemande, qu'il personnalise réellement l'"Allemagne" et que c'est justement pour cette raison qu'il se maintiendra et qu'il se maintiendra légitimement. Ce qui fait que ce n'est donc pas simplement d'un point de vue extérieur que je suis devenu apatride (...).
Dans le journal, le supplément ne s'appelle plus "L'automobile" ou "Le monde de l'automobile", ou quelque chose dans ce genre, mais "Le monde de l'automobile dans le IIIe Reich". La croix gammée doit être arborée partout. Tout doit s'y rapporter, et ne se rapporter qu'à elle."
(PP. 361-362).
Lourd de millions de morts, un "oui" à Hitler, un "non" à l'humanisme... (DR).
NOTES
(1) Otto Klemperer (1885-1973). Chef d'orchestre qui s'exila aux USA en 1933 pour échapper au nazisme. Revint en Europe après guerre mais se montra aussi rétif face au communisme. Devint citoyen d'Israël en 1970.
Charles Osborne :
- "De la génération des Bruno Walter, Wilhelm Furtwängler et Hans Knappertsbusch, chef suprême des oeuvres de Beethoven et dernier lien avec Gustav Mahler, son visage sévère masquait un sens de l'humour proverbial."
(2) Selon un recensement du 16 juin 1933, les juifs représentaient alors 0,7% de la population de Dresde, soit 4.678 habitants. Début février 1945, la ville ne comptait plus que 174 juifs ! Le bombardement de Dresde, le 14 février, désorganisa tellement les services nazis qu'il empêcha les mesures prévues à court terme pour la déportation de ces derniers juifs...
(3) Victor Klemperer épousa en 1906 Eva Schlemmer (1882-1951), pianiste et musicologue.
(4) Le 2 août 1934, mort d'Hindenburg, Président du Reich alors qu'Hitler était premier ministre (chancelier). Celui-ci organise un référendum pour le 19 août. But : son élection non comme Président mais comme Führer avec les pleins pouvoirs.
(5) Plauen. Quartier de Dresde.
(6) Marie-Thérèse (1717-1780). Impératrice d'Autriche de 1740 à 1780.
(7) Kommune. Appellation contrôlée choisie par les nazis pour désigner le mouvement communiste.
(8) En 1916, les Jeux olympiques devaient se dérouler à Berlin. La Première guerre mondiale en décida autrement. Hitler voulait une revanche. Il l'obtint en 1936, du 1er au 16 août. Preuve que ces Jeux n'étaient pas "que" sportifs : 100.000 spectateurs assistèrent à leur ouverture par un défilé des... Jeunesses hitlériennes !!! L'Allemagne décrocha 89 médailles.
(9) NSDAP : Parti national-socialiste des travailleurs allemands (les versions ne manquent pas telle : parti national-socialiste allemand du travail). Créé en 1920. Au pouvoir dès 1933 quand Hitler accède au poste de chancelier du Reich.
(10) A propos de Léon Blum, lire la page 12 de ce blog.
(11) Helene Meyer (1910-1953). Participe aux Jeux olympiques de 1928 et de 1932. L'année suivante, elle poursuit ses études aux USA et y emporte le championnat au fleuret. Elle céda aux pressions du comité olympique allemand afin d'effectuer un aller et retour au pays pour les jeux de Berlin. Seule athlète juive allemande (ou plus exactement dont le père était juif). Fera le salut nazi en recevant sa médaille d'argent. Puis retournera aux USA dont elle décroche la nationalité en 1940. Attendra 1952 pour revenir en Allemagne, s'y marier et mourir.
(12) Hebdomadaire nazi lancé en 1923. Jusqu'à sa disparition en 1945, ce journal répéta en bas de première page : "Les Juifs sont notre malheur". Son succès public tint à un mélange entre antisémitisme, anticapitalisme, mise en valeur de caricatures surdimensionnées et quelques touches de pornographie.
Die Stürmer - L'Attaquant, 1er mai 1934, avec la caricature antisémite de service dénonçant les crimes et complots attribués aux juifs et en bas de page, ce leitmotiv : "Les Juifs sont notre malheur" (Doc JEA/DR).
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jeudi 27 juin 2013
P. 243 . Céline : Voyage au bout de son antisémitisme
A propos du titre, veuillez vous référer à la note (1).
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D'un Céline l'autre, Edition établie et présentée par David Alliot,
Préface de François Gibault,
Robert Laffont, Coll. Bouquins, 2011, 1184 p.
Présentation de l’Editeur :
- "Les 200 témoignages que regroupe D’un Céline l’autre jalonnent l’itinéraire d’une vie entière : celle de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), depuis sa jeunesse passage Choiseul jusqu’à sa mort à Meudon. Un portrait inédit de Céline émerge ainsi à travers le regard de ceux qui l’ont connu : famille de l’écrivain, amis intimes, admirateurs ou adversaires. La nature des témoignages est d’une grande variété : correspondances, journaux intimes, mémoires, etc. S’ils proviennent généralement de la sphère française, quelques voix étrangères résonnent : les danoises, qui dévoilent le Céline de l’exil entre 1945 à 1951, les allemandes, qui dévisagent le Céline de l’Occupation. Certains textes tiennent en une ligne, d’autres s’étendent sur plusieurs dizaines de pages. Chaque témoignage est minutieusement introduit à la compréhension du lecteur à travers un appareil critique très exhaustif : notice biographique du témoin, origine du texte, contexte dans lequel il a été écrit. Enfin, l’ensemble du livre contient des annotations de nature à éclairer certains aspects de la vie de Céline. Un tiers des témoignages est connu du grand public. Un deuxième tiers ne lui était pas accessible jusqu’ici. Le dernier tiers est totalement inédit. En effet, tantôt les témoignages ont été recueillis par l’auteur auprès des derniers témoins encore en vie, tantôt ils ont été découverts dans des archives encore inexplorées. D’un Céline l’autre est préfacé par Me François Gibault, biographe de Céline, avocat et homme de confiance de Mme Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, qui a apporté son soutien au projet. Le livre s’accompagne également d’une biographie synthétique de la vie de Céline, écrite par David Alliot, afin de livrer quelques repères au lecteur profane. Enfin, différentes annexes (chronologie, bibliographie et deux cartes) viennent compléter le contenu du livre."
4e de couverture :
- "Journaux intimes, Mémoires, correspondances... Ces témoignages sur Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), issus des sources les plus diverses, sont pour un tiers totalement inédits. Ils composent, en filigrane, une biographie kaléidoscopique de l'écrivain depuis son enfance jusqu'à sa mort, en passant par la révélation, dans les années 1930, du génial Voyage au bout de la nuit, sans occulter la période de l'Occupation et de l'exil au Danemark. Intellectuels, artistes, résistants ou collabos, patients et maîtresses, tous ont leur opinion à son sujet.
L'historien Jacques Benoist-Méchin est fasciné par la «force éruptive» qui se dégage de Céline. Gen Paul, le peintre de Montmartre, excédé par ses «vacheries», voit en lui un «monstre». Elizabeth Craig, une de ses muses emblématiques, proteste, au contraire, de son «immense tendresse». Le lieutenant allemand Gerhard Heller, qui le rencontre pendant l'Occupation, est subjugué par sa puissance visionnaire, qui capte l'«envers démoniaque» du monde. Et il n'est pas le seul.
Mais l'antisémitisme fanatique de Céline indigne aussi beaucoup de ses admirateurs. Ernst Jünger dénonce chez lui «la monstrueuse puissance du nihilisme». L'écrivain et résistant Roger Vailland voudrait littéralement en finir avec lui. Mais comment abattre l'auteur de Voyage au bout de la nuit ? L'actrice Françoise Fabian, qui le rencontre à Meudon, sa dernière retraite, témoigne d'un homme vivant dans le plus grand dénuement, enfin «sans masque».
Aux lecteurs de juger sur pièces celui qui est, avec Marcel Proust, l'écrivain français le plus important du XXe siècle. Cinquante ans après sa mort, la fascination à son égard reste intacte et les controverses qu'il continue de susciter font toujours de Céline un «impardonnable», selon la formule admirative de Dominique de Roux."
Hubert Prolongeau :
- "La somme (1100 pages) est énorme. Que nous apprend-elle sur Céline ? Les anecdotes foisonnent. Sa crainte des chevaux à la caserne, ses voyages en Angleterre, son envie de voir une exécution capitale, « prix Goncourt du crime », sa rencontre avec Arletty ou Robert le Vigan… Les jugements y étonnent souvent, aussi bien par leur lucidité que par leur aveuglement parfois (Montherlant ou Léautaud niaient toute postérité possible à Céline…). Certains sont inattendus, comme ceux concernant son exil danois. L’affaire du prix Goncourt refusé à Voyage au bout de la nuit y est magnifiquement détaillée, témoignage incomparable sur le Paris littéraire de l’époque, et la réunion de longs entretiens avec Lucette Destouches, sa femme, fidèle entre tous, est très émouvante. Ses errements de la guerre ne sont bien sûr pas occultés, mais ils sont plus connus. Chaque fois, des notes, nécessaires sans être envahissantes, permettent de remettre à leur véritable place les mensonges ou omissions trop flagrants que font les uns et les autres."
(Le Magazine Littéraire, 24 mai 2011).
Question de Grégoire Leménager à Dominique Alliot :
N.O. - "L’apparition de son antisémitisme forcené reste une énigme... On cherche des signes, en se demandant si ce sont des symptômes ou des causes. Est-ce parce que le patron de son dispensaire était juif ? Ou parce qu’Elisabeth Craig lui a été «fauchée par un juif», comme il le répète ?"
D. Alliot. - "Il n’y a pas vraiment de réponse... parce qu’il a toujours été antisémite. Et raciste: les pages sur l’Afrique dans le «Voyage au bout de la nuit» sont d’ailleurs assez abominables. Et les premières traces d’antisémitisme apparaissent clairement dans «l’Eglise», cette pièce qu’il a rédigée avant le «Voyage»: la Société des nations, le cosmopolitisme, les Juifs, tout ça ne devait déjà pas vraiment lui plaire; il le brocarde donc dès 1929.
En 1937, c’est l’éruption avec «Bagatelles pour un massacre», mais il ne faut pas oublier que Céline est né pendant l’Affaire Dreyfus: son père était un antisémite convaincu, il en a bouffé pendant toute sa jeunesse."
(Le Nouvel Observateur, 31 mars 2011).
Signature du Dr Destouches sur un courrier en date du 3 février 1943 (Doc. JEA/DR)
Au sommaire de ce blog, les
- P. 7 : Le procès de Céline,
- P. 12 : Blum, Mendès France, Fabius, DSK : mêmes crachats,
- P. 24 : Caducée (Solvay-ULB) aux juifs : "direction les fours polonais",
- P. 108 : Zola accuse,
portent des citations de Céline reprises dans une documentation personnelle forcément incomplète mais suffisante pour empêcher de nier les bassesses dans lesquelles se complaisait cet antisémite.
Le volume publié dans la Collection "Bouquins" est passionnant pour tous les motifs détaillés en introduction. Et inévitablement, ce D'un Céline l'autre accumule de nombreuses autres preuves de la judéophobie totale cultivée par l'autre Céline, celui dont la hideur morale est régulièrement camouflée par des nuages de fumées complices. De cette hideur, voici quelques exemples.
(Montage JEA/DR).
Bagatelles pour un massacre
- "Céline ne pouvait plus se contenter du rôle de témoin. Il allait bientôt devenir l’accusateur dans un livre où sa verve débridée, son génie de l’invective, son éloquence magnifique allaient se donner carrière. Et c’est ainsi que parut Bagatelles pour un massacre, pamphlet formidable (2) où l’auteur dénonçait sur le mode virulent la malveillance d’Israël (…). Tous les petits écrivains juifs ou enjuivés déversèrent leur fiel dans les journaux de gauche ou d’extrême gauche."
(1937 – Témoignage de Robert Denoël, éditeur de Céline).
P. 397.
Cinéma
- "Céline gronde contre les youpins qui tiennent tout, y compris le cinéma français (…). Chenal [réalisateur] la ferme. Puis Céline désigne du doigt son propre nez. « Moi, Chenal, les youtres, je les renifle. Et de loin. J’ai le pif pour ça. » Chenal explose : « Céline, je m’appelle Cohen et je t’emmerde. »
(1932 – Témoignage de Pierre Cohen dit Chenal, recueilli par Raphaël Sorin).
P. 401.
Engrais (3)
- "Hitler (…) les rafle partout, pour les envoyer dans ses camps. Pour en faire quoi ? Je vous le demande ? Des engrais à ce qu’on m’assure. Il n’y avait qu’un Juif pour avoir une idée pareille ! A qui voulez-vous qu’elle profite, sinon à eux ? Quand ils auront gagné la guerre, ils mettront cet engrais en petits sachets et le vendront sur les places publiques de toutes les villes du monde. Une grande loterie intercontinentale. «Achetez-moi mes petits sachets ! Achetez-moi mes petits sachets ! Vous refusez ? Bien. Vous serez fusillé ! – Mais avec quoi voulez-vous que je les paye ? – Avec des larmes. Nous, voilà sept mille ans qu’on pleure ! Chacun son tour !»
(Février 1944, Céline lors d'un dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
PP. 543-544.
Facéties d’une Révolution nationale :
- "Céline (…) fulmina contre tous les philosémites, médecins et autres (…), contre les facéties d’une Révolution nationale qui maintient une juive dans un dispensaire de banlieue à la place d’un médecin aryen installé depuis quinze ans, l’obligeant ainsi à parcourir chaque jour 14 kilomètres « pedibus et omnibus »… Il fulmine, mais ne s‘étonne pas… La France est enjuivée jusqu’à la moelle…"
(23 décembre 1942 - Le Cri du peuple)
P. 494.
France enjuivée
- "La jeunesse allemande ça chante ; mais la jeunesse française… Quinze ans de médecine gratuite à Clichy, tu penses si je les connais. On est enjuivé jusqu'au trognon."
(1938 – Déclaration de Céline dans un reportage de Robert Dubard, journaliste à La France enchaînée).
p. 422.
La Guerre
- "Nous avions bien assez d’armes pour nous battre mieux que ça, si nous l’avions voulu. La vérité, c’est que le cœur n’y était pas, et le cœur n’y était pas parce que ce n’était pas notre guerre. Celui qui a mené la guerre, chez nous, c’était qui ? Je veux dire le vrai, le dur, celui qui y croyait ? Ce n’était pas Daladier, ni Gamelin, ni même Reynaud, ce ouistiti mexicain conduit en laisse par Churchill. C’était Mandel (4). De son vrai nom Rothschild ! Lui n’a jamais flanché (…). Ça lui était bien égal que la France soit transformée en terre brûlée. Ce n’était pas son champ, après tout ! La guerre franco-allemande avait foiré. Fallait que la guerre judéo-hitlérienne continue. Car pour les Juifs c’était une catastrophe, un coup d’arrêt peut-être définitif dans leur escalade feutrée vers la domination du monde."
(Février 1944, Céline lors d'un dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
PP. 547-548.
Guitry :
- "Céline bondissait comme s’il avait été piqué par un serpent chaque fois que l’on prononçait le nom de Sacha Guitry. Véritable langue de vipère, Céline assurait qu’il avait connu le grand-père de Guitry, un Juif qui vendait des lunettes à Montmartre. Guitry, quant à lui (…) s’en défendait de manière assez peu convaincante. Un jour, Guitry me déclara :
Je crois avoir fait un mot d’esprit ce matin. Un ami m’a demandé : « Mais un tel, il est juif ou pas ? » Savez-vous ce que j’ai répondu ? « Il en a bien peur. » Je pensai alors que ce « un tel » n’était rien d’autre que ce pauvre Guitry."
(Témoignage d’Eitel Friedrich Moellhausen, collaborateur allemand de La Gerbe).
P. 532.
Edition de 1942 (Doc. JEA/DR).
L’intérêt du juif
- "L’intérêt du juif est de nous diviser en partis opposés, de façon à donner excuse à notre nonchalance. On rejette les fautes sur l’opposant, ainsi artificiellement créé. La lutte des partis n’est qu’une splendide invention d’Israël."
(12 mars 1942, Le Pont reportant une déclaration de Céline lors d'une réunion de collabos).
P. 499.
Mussolini, le pape, les Bourbons…
- "Il [Céline] nous affirma, sans rire, que Mussolini qu’il traitait d’imposteur, le pape – les Bourbons – descendant de Saint-Louis, avaient du sang juif."
(Dîner avec Horace de Carbuccia, éditeur de Gringoire – témoignage recueilli par Adry de Carbuccia).
P. 558.
Remplacer Hitler
- "Céline me prit successivement pour un juif, à cause de mon nom de famille, ensuite pour un espion du clan israélite des marchands de Paris, parce que j’avais publié en 1929 un important ouvrage consacré à Modigliani (…).
Il disait : « Si un jour les Jésuites, les Maçons ou la Juiverie réussissent à remplacer Hitler par un des leurs, ils domineront d’un coup et silencieusement un peuple de 70 millions d’individus ! Jolie perspective ! Terriblement dangereux ! »
(Témoignage d’Arthur S. Pfannstiel, spécialiste de Modigliani, traducteur des discours d’Hitler pour Grasset, et en Allemand de Bagatelles pour un massacre, collaborateur allemand du service policier français chargé des sociétés secrètes).
PP. 417-418.
S’acharner
- "Céline ne pouvait s’empêcher de s’acharner sur les Juifs. Et il en voyait partout ! Jusqu’à Fernand de Brinon (5), ambassadeur de Pétain à Paris auprès des autorités allemandes, qui avait épousé une femme juive dont il était séparé depuis des années : Céline non seulement le tenait pour coupable mais doutait même qu’il fût aryen. Un homme suspect qu’on aurait mieux fait de renvoyer chez lui, et au plus vite !"
(Témoignage d'Eitel Friedrich Moellhausen)
PP. 526-527.
Soldats allemands
- "... après le débarquement, alors que les soldats allemands - de tous âges et en pleine déconfiture - traversaient la capitale. Alors que que son compagnon [Ramon Fernandez] avec qui il marchait rue de Rivoli relevait leur triste allure, Céline se pencha vers lui et lui dit, sur le ton de la confidence : "Mais regardez-les ! Vous n'avez pas remarqué ? Ce sont tous des juifs !"
(Témoignage repris par Christian Millau).
P. 1036.
Lettre en date du 5 avril 1942 par laquelle Céline sollicite Karl Epting. Ce dernier fonda l'Institut allemand à Paris après avoir été chargé de la propagande en France lors de la "drôle de guerre". Sous sa direction, l'Institut allemand sera opérationnel de septembre 1940 jusqu'au mois d'août 1944.
(Doc. JEA/DR).
Nos Tombes
- "Céline me lança alors, à travers la table : « N’est-ce pas, Madame Eptig, que j’ai raison ; si je dis que, si tout continue ainsi, un beau jour, ce seront les juifs qui danseront sur nos tombes ? »
(Repas à l’Institut allemand, témoignage de Mme Eptig).
P. 521
Triomphe
- "Vous voyez ! dit Céline d’un air tragique (…). Tout est prêt pour leur triomphe. Et je vous assure qu’ils n’auront pas le triomphe gracieux. On n’aura pas affaire aux petits Juifs mélancoliques de la rue des Rosiers, avec leur démarche en canard et leurs yeux langoureux. Pas même aux Rothschild, ces princes de la diaspora ! Non, non ! Aux Juifs gras et replets de New York et de Chicago, aux formidables empaqueteurs de viande, aux banquiers de Wall Street qui psalmodient leurs ordres de bourse sur le ton des rabbins devant le Mur des lamentations, aux Morgenthau, aux Baruch, aux Wertheimer, ces prix Nobel de la déconfiture, ces grands stratèges de la démoralisation ! Ils vont rééduquer le monde en moins de deux, vous allez voir !"
(Février 1944, dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
"Détail" de l'authentique passeport allemand remis à Céline pour lui permettre de fuir la France dès le 17 juin 1944 (on n'est jamais trop prudent) et de coucher le soir-même à Baden-Baden.
(Doc. JEA/DR).
NOTES :
(1) Le 14 juin 1957, L'Express publia une interview de Céline par Madeleine Chapsal. Sous ce titre choisi par Françoise Giroud : "Céline ou le voyage au bout de la haine". Extrait :
- "J'ai écrit des choses sur les Juifs. j'ai dit qu'ils manigançaient une guerre, qu'ils voulaient se venger d'Hitler. Bon. Ça ne nous regardait pas. C'est une affaire qui les regardait entre eux. Ils ont foutu l'armée française, quand elle a reçu cette formidable colique en 39..."
Ainsi, en 1957, Céline restait le délateur d'un pseudo complot juif responsable de la 2e Guerre mondiale et de la débâcle !
(2) Robert Denoël estime donc "formidable" un texte aussi répulsif :
- "Un seul ongle de pied pourri, de n’importe quel vinasseux ahuri truand d’Aryen, vautré dans son dégueulage, vaut encore cent mille fois plus, et cent mille fois davantage et de n’importe quelle façon, à n’importe quel moment, que cent vingt-cinq mille Einsteins, debout, tout dérétinisants d’effarante gloire rayonnante."
(Bagatelles pour un massacre, p. 319).
(3) Dans une lettre du 8 novembre 1950 et destinée à Albert Paraz, Céline évoque la publication d'un révisionniste : Le Mensonge d'Ulysse par Paul Rassinier. Céline écrit alors :
- "... Il tend à faire douter de la magique chambre à gaz !"
Incroyable ? Mais non, une seule qualification résume pour Céline la chambre à gaz : "Magique" ?!?
Au sommaire de ce blog, les
- P. 7 : Le procès de Céline,
- P. 12 : Blum, Mendès France, Fabius, DSK : mêmes crachats,
- P. 24 : Caducée (Solvay-ULB) aux juifs : "direction les fours polonais",
- P. 108 : Zola accuse,
portent des citations de Céline reprises dans une documentation personnelle forcément incomplète mais suffisante pour empêcher de nier les bassesses dans lesquelles se complaisait cet antisémite.
Le volume publié dans la Collection "Bouquins" est passionnant pour tous les motifs détaillés en introduction. Et inévitablement, ce D'un Céline l'autre accumule de nombreuses autres preuves de la judéophobie totale cultivée par l'autre Céline, celui dont la hideur morale est régulièrement camouflée par des nuages de fumées complices. De cette hideur, voici quelques exemples.
(Montage JEA/DR).
Bagatelles pour un massacre
- "Céline ne pouvait plus se contenter du rôle de témoin. Il allait bientôt devenir l’accusateur dans un livre où sa verve débridée, son génie de l’invective, son éloquence magnifique allaient se donner carrière. Et c’est ainsi que parut Bagatelles pour un massacre, pamphlet formidable (2) où l’auteur dénonçait sur le mode virulent la malveillance d’Israël (…). Tous les petits écrivains juifs ou enjuivés déversèrent leur fiel dans les journaux de gauche ou d’extrême gauche."
(1937 – Témoignage de Robert Denoël, éditeur de Céline).
P. 397.
Cinéma
- "Céline gronde contre les youpins qui tiennent tout, y compris le cinéma français (…). Chenal [réalisateur] la ferme. Puis Céline désigne du doigt son propre nez. « Moi, Chenal, les youtres, je les renifle. Et de loin. J’ai le pif pour ça. » Chenal explose : « Céline, je m’appelle Cohen et je t’emmerde. »
(1932 – Témoignage de Pierre Cohen dit Chenal, recueilli par Raphaël Sorin).
P. 401.
Engrais (3)
- "Hitler (…) les rafle partout, pour les envoyer dans ses camps. Pour en faire quoi ? Je vous le demande ? Des engrais à ce qu’on m’assure. Il n’y avait qu’un Juif pour avoir une idée pareille ! A qui voulez-vous qu’elle profite, sinon à eux ? Quand ils auront gagné la guerre, ils mettront cet engrais en petits sachets et le vendront sur les places publiques de toutes les villes du monde. Une grande loterie intercontinentale. «Achetez-moi mes petits sachets ! Achetez-moi mes petits sachets ! Vous refusez ? Bien. Vous serez fusillé ! – Mais avec quoi voulez-vous que je les paye ? – Avec des larmes. Nous, voilà sept mille ans qu’on pleure ! Chacun son tour !»
(Février 1944, Céline lors d'un dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
PP. 543-544.
Facéties d’une Révolution nationale :
- "Céline (…) fulmina contre tous les philosémites, médecins et autres (…), contre les facéties d’une Révolution nationale qui maintient une juive dans un dispensaire de banlieue à la place d’un médecin aryen installé depuis quinze ans, l’obligeant ainsi à parcourir chaque jour 14 kilomètres « pedibus et omnibus »… Il fulmine, mais ne s‘étonne pas… La France est enjuivée jusqu’à la moelle…"
(23 décembre 1942 - Le Cri du peuple)
P. 494.
France enjuivée
- "La jeunesse allemande ça chante ; mais la jeunesse française… Quinze ans de médecine gratuite à Clichy, tu penses si je les connais. On est enjuivé jusqu'au trognon."
(1938 – Déclaration de Céline dans un reportage de Robert Dubard, journaliste à La France enchaînée).
p. 422.
La Guerre
- "Nous avions bien assez d’armes pour nous battre mieux que ça, si nous l’avions voulu. La vérité, c’est que le cœur n’y était pas, et le cœur n’y était pas parce que ce n’était pas notre guerre. Celui qui a mené la guerre, chez nous, c’était qui ? Je veux dire le vrai, le dur, celui qui y croyait ? Ce n’était pas Daladier, ni Gamelin, ni même Reynaud, ce ouistiti mexicain conduit en laisse par Churchill. C’était Mandel (4). De son vrai nom Rothschild ! Lui n’a jamais flanché (…). Ça lui était bien égal que la France soit transformée en terre brûlée. Ce n’était pas son champ, après tout ! La guerre franco-allemande avait foiré. Fallait que la guerre judéo-hitlérienne continue. Car pour les Juifs c’était une catastrophe, un coup d’arrêt peut-être définitif dans leur escalade feutrée vers la domination du monde."
(Février 1944, Céline lors d'un dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
PP. 547-548.
Guitry :
- "Céline bondissait comme s’il avait été piqué par un serpent chaque fois que l’on prononçait le nom de Sacha Guitry. Véritable langue de vipère, Céline assurait qu’il avait connu le grand-père de Guitry, un Juif qui vendait des lunettes à Montmartre. Guitry, quant à lui (…) s’en défendait de manière assez peu convaincante. Un jour, Guitry me déclara :
Je crois avoir fait un mot d’esprit ce matin. Un ami m’a demandé : « Mais un tel, il est juif ou pas ? » Savez-vous ce que j’ai répondu ? « Il en a bien peur. » Je pensai alors que ce « un tel » n’était rien d’autre que ce pauvre Guitry."
(Témoignage d’Eitel Friedrich Moellhausen, collaborateur allemand de La Gerbe).
P. 532.
Edition de 1942 (Doc. JEA/DR).
L’intérêt du juif
- "L’intérêt du juif est de nous diviser en partis opposés, de façon à donner excuse à notre nonchalance. On rejette les fautes sur l’opposant, ainsi artificiellement créé. La lutte des partis n’est qu’une splendide invention d’Israël."
(12 mars 1942, Le Pont reportant une déclaration de Céline lors d'une réunion de collabos).
P. 499.
Mussolini, le pape, les Bourbons…
- "Il [Céline] nous affirma, sans rire, que Mussolini qu’il traitait d’imposteur, le pape – les Bourbons – descendant de Saint-Louis, avaient du sang juif."
(Dîner avec Horace de Carbuccia, éditeur de Gringoire – témoignage recueilli par Adry de Carbuccia).
P. 558.
Remplacer Hitler
- "Céline me prit successivement pour un juif, à cause de mon nom de famille, ensuite pour un espion du clan israélite des marchands de Paris, parce que j’avais publié en 1929 un important ouvrage consacré à Modigliani (…).
Il disait : « Si un jour les Jésuites, les Maçons ou la Juiverie réussissent à remplacer Hitler par un des leurs, ils domineront d’un coup et silencieusement un peuple de 70 millions d’individus ! Jolie perspective ! Terriblement dangereux ! »
(Témoignage d’Arthur S. Pfannstiel, spécialiste de Modigliani, traducteur des discours d’Hitler pour Grasset, et en Allemand de Bagatelles pour un massacre, collaborateur allemand du service policier français chargé des sociétés secrètes).
PP. 417-418.
S’acharner
- "Céline ne pouvait s’empêcher de s’acharner sur les Juifs. Et il en voyait partout ! Jusqu’à Fernand de Brinon (5), ambassadeur de Pétain à Paris auprès des autorités allemandes, qui avait épousé une femme juive dont il était séparé depuis des années : Céline non seulement le tenait pour coupable mais doutait même qu’il fût aryen. Un homme suspect qu’on aurait mieux fait de renvoyer chez lui, et au plus vite !"
(Témoignage d'Eitel Friedrich Moellhausen)
PP. 526-527.
Soldats allemands
- "... après le débarquement, alors que les soldats allemands - de tous âges et en pleine déconfiture - traversaient la capitale. Alors que que son compagnon [Ramon Fernandez] avec qui il marchait rue de Rivoli relevait leur triste allure, Céline se pencha vers lui et lui dit, sur le ton de la confidence : "Mais regardez-les ! Vous n'avez pas remarqué ? Ce sont tous des juifs !"
(Témoignage repris par Christian Millau).
P. 1036.
Lettre en date du 5 avril 1942 par laquelle Céline sollicite Karl Epting. Ce dernier fonda l'Institut allemand à Paris après avoir été chargé de la propagande en France lors de la "drôle de guerre". Sous sa direction, l'Institut allemand sera opérationnel de septembre 1940 jusqu'au mois d'août 1944.
(Doc. JEA/DR).
Nos Tombes
- "Céline me lança alors, à travers la table : « N’est-ce pas, Madame Eptig, que j’ai raison ; si je dis que, si tout continue ainsi, un beau jour, ce seront les juifs qui danseront sur nos tombes ? »
(Repas à l’Institut allemand, témoignage de Mme Eptig).
P. 521
Triomphe
- "Vous voyez ! dit Céline d’un air tragique (…). Tout est prêt pour leur triomphe. Et je vous assure qu’ils n’auront pas le triomphe gracieux. On n’aura pas affaire aux petits Juifs mélancoliques de la rue des Rosiers, avec leur démarche en canard et leurs yeux langoureux. Pas même aux Rothschild, ces princes de la diaspora ! Non, non ! Aux Juifs gras et replets de New York et de Chicago, aux formidables empaqueteurs de viande, aux banquiers de Wall Street qui psalmodient leurs ordres de bourse sur le ton des rabbins devant le Mur des lamentations, aux Morgenthau, aux Baruch, aux Wertheimer, ces prix Nobel de la déconfiture, ces grands stratèges de la démoralisation ! Ils vont rééduquer le monde en moins de deux, vous allez voir !"
(Février 1944, dîner à l’ambassade allemande à Paris – témoignage de Jacques Benoist-Méchin).
"Détail" de l'authentique passeport allemand remis à Céline pour lui permettre de fuir la France dès le 17 juin 1944 (on n'est jamais trop prudent) et de coucher le soir-même à Baden-Baden.
(Doc. JEA/DR).
NOTES :
(1) Le 14 juin 1957, L'Express publia une interview de Céline par Madeleine Chapsal. Sous ce titre choisi par Françoise Giroud : "Céline ou le voyage au bout de la haine". Extrait :
- "J'ai écrit des choses sur les Juifs. j'ai dit qu'ils manigançaient une guerre, qu'ils voulaient se venger d'Hitler. Bon. Ça ne nous regardait pas. C'est une affaire qui les regardait entre eux. Ils ont foutu l'armée française, quand elle a reçu cette formidable colique en 39..."
Ainsi, en 1957, Céline restait le délateur d'un pseudo complot juif responsable de la 2e Guerre mondiale et de la débâcle !
(2) Robert Denoël estime donc "formidable" un texte aussi répulsif :
- "Un seul ongle de pied pourri, de n’importe quel vinasseux ahuri truand d’Aryen, vautré dans son dégueulage, vaut encore cent mille fois plus, et cent mille fois davantage et de n’importe quelle façon, à n’importe quel moment, que cent vingt-cinq mille Einsteins, debout, tout dérétinisants d’effarante gloire rayonnante."
(Bagatelles pour un massacre, p. 319).
(3) Dans une lettre du 8 novembre 1950 et destinée à Albert Paraz, Céline évoque la publication d'un révisionniste : Le Mensonge d'Ulysse par Paul Rassinier. Céline écrit alors :
- "... Il tend à faire douter de la magique chambre à gaz !"
Incroyable ? Mais non, une seule qualification résume pour Céline la chambre à gaz : "Magique" ?!?
Ni oubli, ni pardon pour une telle infâmie.
(4) Georges Mandel (1885-1944). Journaliste à l'Aurore lors de la publication du J'Accuse de Zola. Chef de cabinet de Clémenceau en 1917. Ministre de 1934 à 1936 et de 1938 à 1940.
L'une des cibles préférées des antisémites français. Le payera par son arrestation, sur ordre de Pétain même, dès le 17 juin 1940. Le 7 novembre 1941, un tribunal d'exception le condamnera à la prison à vie.
Lors de l'invasion de la zone dite "libre" par les Allemands, sera remis aux occupants qui l'enferment derrière les barbelés du camp d'Orianenbourg-Sachsenhausen puis le transfèrent à Buchenwald.
Le 28 juin 1944, Philippe Henriot est assassiné à Paris par des résistants. En représailles, Georges Mandel est renvoyé en France. Le 4 juillet 1944, des miliciens le retirent de la prison du Midi à Paris et l'entraînent en forêt de Fontainebleau. Son destin s'arrête là, sous des balles françaises...
Le Dr Destouches avait fui en Allemagne depuis près de trois semaines.
(5) P. 54 de ce blog : "Quand Mauriac évoquait de Brinon..."
(4) Georges Mandel (1885-1944). Journaliste à l'Aurore lors de la publication du J'Accuse de Zola. Chef de cabinet de Clémenceau en 1917. Ministre de 1934 à 1936 et de 1938 à 1940.
L'une des cibles préférées des antisémites français. Le payera par son arrestation, sur ordre de Pétain même, dès le 17 juin 1940. Le 7 novembre 1941, un tribunal d'exception le condamnera à la prison à vie.
Lors de l'invasion de la zone dite "libre" par les Allemands, sera remis aux occupants qui l'enferment derrière les barbelés du camp d'Orianenbourg-Sachsenhausen puis le transfèrent à Buchenwald.
Le 28 juin 1944, Philippe Henriot est assassiné à Paris par des résistants. En représailles, Georges Mandel est renvoyé en France. Le 4 juillet 1944, des miliciens le retirent de la prison du Midi à Paris et l'entraînent en forêt de Fontainebleau. Son destin s'arrête là, sous des balles françaises...
Le Dr Destouches avait fui en Allemagne depuis près de trois semaines.
(5) P. 54 de ce blog : "Quand Mauriac évoquait de Brinon..."
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mercredi 6 mars 2013
p. 231. Marianne confond juifs (1942) et collabos (1944)
.
Ainsi que l'atteste cette capture d'écran, le site de Marianne, publie depuis le 5 mars 2013, un article de Thomas Rabino.
Son titre : "Vel d'Hiv : la mairie de Paris inaugure une plaque à la mémoire de Rachel Muller".
En effet, dans le contexte de la Journée des femmes, c'est la mémoire de l'une des victimes de la rafle du Vel d'Hiv qui est perpétuée.
Seule gangrène touchant cet article : l'illustration d'introduction.
La photo en question ne montre pas des juifs raflés à partir du 16 juillet 1942. Ni des juifs enfermés à une quelconque autre date dans les mêmes lieux.
Ce cliché a servi de couverture à :
Claude Lévy et Paul Tillard,
La grande rafle du Vel d'Hiv,
Robert Laffont, 1967, 271 p.
Cette publication avait été accompagnée d'une pluie de démentis. En réalité, le document ne date pas de juillet 1942 mais bien de la Libération de Paris. Et ce sont des collabos, présumés ou non, qui ont été arrêtés dans l'attente d'un sort qui ne les conduira vers aucun camp d'extermination...
(Mont. JEA/DR).
Une simple juxtaposition montre que la couverture de 1967 propose un détail du document publié par Marianne ce 5 mars 2013 (hauteur droite de l'original).
La P. 164 de ce blog : 16 juillet 1942, premier jour de la Rafle, rappelait l'obstination d'aucuns à vouloir utiliser les silhouettes de persécuteurs pour soi-disant montrer des victimes de la Shoah !!!
Il n'y a point de place pour l'ombre d'un doute : en l'état actuel des recherches, aucune photo de l'intérieur du Vel d'Hiv lors de la rafle du "Vent printanier", aucune photo n'a été retrouvée.
Ce que rappelait encore Serge Klarsfeld l'an passé :
- "Il n'y a pas d'images de la rafle du Vel d'Hiv, il n'y a pas de photo de ces 4.000 enfants qui ont été raflés, pas de photo de la séparation…"
(ActuaLitté, les univers du livre, 7 mars 2012).
Et tandis que des sites - tel celui de France Inter - réservent au même document litigieux, cette légende :
- "Fausse photo de la rafle du Vel d'Hiv, Collection privée Claude Richard",
Marianne continue à paver la voie peu glorieuse des erreurs, des fautes journalistiques à répétition. Loin de la mission de la presse autrefois résumée par Hubert Beuve-Méry en ces termes :
- "Assurer au lecteur des informations claires, vraies..."
Ecrire à la médiation de Marianne fut inutile jusqu'ici.
De même, le Parisien, pourtant averti, s'obstina à faire débuter seulement à 1942 l'occupation allemande de la Belgique (P. 125 bis).
Ou Le Canard enchaîné persista à s'emmêler péniblement les pinceaux à propos du sort des Tziganes de France sous l'occupation (P. 114).
Ou encore la couverture de La Débâcle de César Faubrax montre-t-elle toujours une photo d'Oradour-sur-Glane en 1944, presque quatre après cette débâcle (P. 45).
Certaines de ces erreurs font grincer des dents, d'autres font monter des larmes aux yeux.
lundi 7 janvier 2013
P. 213. "Faire quelque chose", le film
.
Coopérative DHR, cliquer : ici.
Synopsis
- "A la rencontre des derniers résistants français de la deuxième Guerre mondiale, l’auteur recueille la parole de ces nonagénaires saisissant par leur vivacité d’esprit et la force intacte de leurs espérances. Au début des années 1940, tous ont décidé de « faire quelque chose » contre ce qui leur paraissait inacceptable. Conçu comme un dispositif de transmission générationnelle, le film est le récit de leurs combats et des valeurs qui les ont portés. Ces échanges font évoluer le temps du film du passé vers le présent et questionnent sur ce que peut être l’engagement aujourd’hui."
Vincent Goubet
- "Ce qui m’intéressait était de rendre l’histoire vivante. Que l'on puisse l’écouter comme si c’était son grand-père ou son voisin qui nous racontait son enfance. Je pense que l’histoire appartient à tout le monde et qu’il est important de savoir se l’approprier même si l'on n’est pas un expert."
Sorje Chalandon
- « Pourquoi êtes-vous entré dans la Résistance française ? »
Trente-trois clandestins répondent (…).
Français, immigrés, ils nous racontent l’humiliation de la défaite, la craie – première arme de résistance – pour tracer la victoire sur les murs occupés. Ils avouent avoir tué sans regret. Ils ont été torturés, emprisonnés, déportés. Ils en parlent aujourd’hui avec douceur et simplicité, « Il fallait le faire quoi », sourit Josette Dumeix la communiste. S’indigner, c’était combattre."
(Le Canard enchaîné, 2 janvier 2013).
Septembre 1941, deux résistants des premières heures (Doc. JEA/DR).
Coopérative Direction Humaine des Ressources
- "Le plus frappant dans Faire quelque chose, c’est l’esprit de ces témoins – de 87 à 98 ans – déconcertants d’énergie, de malice et d’espoir. Ils avaient autour de 20 ans en 1940, ils nous racontent ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont cru, ce à quoi ils croient encore, plus d’un demi-siècle après cette période à la fois obscure et mythique de notre histoire. Ils nous parlent d’une histoire « à taille humaine ». Une des particularités de ce film est de nous donner à sentir comment la Résistance fut aussi, beaucoup, faite de petits gestes, de coups de sang, d’intuitions, d’émotions.
Des actes de courage insensés, sans aucun doute, mais aussi tout un cortège d’erreurs, de tâtonnements, de déceptions, d’initiatives qui réussissent ou qui échouent à « peu de chose près »."
(Editorial).
Sandrine Marques
- "Qu'est-ce qui a poussé des hommes et des femmes à entrer dans la Résistance en 1940, au moment où la France s'engageait dans la voie délétère et nauséabonde de la Collaboration ? C'est à cette interrogation que répond le pertinent documentaire de Vincent Goubet, réalisateur engagé d'une trentaine d'années, pour qui la présence du Front National au second tour des présidentielles en 2002 a motivé la réalisation de ce film.
Grâce au soutien de Yves Blondeau, conseiller historique sur le film et à l'association pour des études sur la résistance intérieure (AERI) de Serge Ravanel, Raymond et Lucie Aubrac, le jeune documentariste a rencontré plus de trente témoins, anciens résistants. Face caméra, ils racontent d'une même voix leur indignation face à la France de Pétain qui les a conduits à vouloir infléchir le cours funeste des événements. Ils confient leur soif inextinguible de liberté, les camarades tombés aux mains de la milice, les tortures, la débâcle et le dénuement, avant la mobilisation de toutes les forces en présence."
(Le Monde, 1er janvier 2013).
Face notamment à la Résistance en France, 175 sièges de la Gestapo (Doc. JEA/DR).
Francis Dubois
- "Il n’y avait pas, comme le relatent les livres d’Histoire, que des héros et des traîtres. Et si la Résistance a bénéficié d’une belle énergie fédératrice, elle fut aussi traversée par des conflits entre les différentes tendances, communistes, socialistes, gaullistes.
On comprend mieux en écoutant les témoins qui interviennent dans le film et dont les révélations s’imbriquent à la façon d’un puzzle, les raisons qui les ont amenés à s’impliquer : une force d’indignation, de défense et de refus, une aspiration à entrer instinctivement en opposition avec l’occupant pour gagner du terrain jusqu’à aboutir à l’édification audacieuse d’un programme national de résistance."
(Le SNES, 1er janvier 2013).
Nicolas Didier
- "Beaucoup se sont sentis « trahis » par de Gaulle, quand, en 1944, il s'est progressivement éloigné du CNR (Conseil national de la Résistance). Des années plus tard, il y a ceux qui ont décidé de témoigner— comme Raymond Aubrac, toujours plein d'humour, lors de ses interventions dans les écoles et les facs. Ceux dont l'engagement s'est mué en bénévolat associatif — comme Jean-Marie Delabre, qui fait régulièrement la lecture à des gamins de banlieue. Le plus émouvant, ce sont les plongées fugaces et poétiques dans le quotidien de ces hommes, anciens membres de « l'armée des ombres », redevenus, pour certains, anonymes à la Libération."
(Télérama, 2 janvier 2013).
Cheminots résistants de la gare d'Amagne-Lucquy (Ardennes de France). L'un d'entre eux permit l'évasion de dix juifs du Judenlager des Mazures transportés par wagons à bestiaux de Charleville vers Drancy, le 5 janvier 1944.
Debouts, de g. à dr. : Gaston VENET, FFI, employé de chemin de fer du dépôt, maire après guerre,
Yves CHAUDRON, moniteur d'éducation physique au centre SNCF,
Emile LEDUC, employé de chemin de fer au dépôt d'Amagne-Lucquy,
Robert AUBRY, gendarme,
A l'avant plan : Charles Imard, réfractaire au STO, futur engagé dans l'armée de l'Air,
Jean GUILLON, gendarme à Lucquy.
Cette photo fut prise à la libération. Auparavant, soit le 24 juin 1944, quatre résistants de ce groupe avaient été fusillés : René Arnould, Georges Boillot, Lucien Maisonneuve et Robert Stadler.
(Arch. JEA/Droits réservés).
.
jeudi 13 décembre 2012
P. 206. Paix à Michel Slitinsky
.
(Graph. et mont. JEA/DR).
Michel Slitinsky,
L'Affaire Papon,
Préface de Gilles Perrault (1),
Ed. Alain Moreau, 1983, 267p.
Libération :
- "L’ancien résistant Michel Slitinsky, à l’origine de l’affaire Maurice Papon, le haut fonctionnaire de Vichy condamné pour «complicité de crimes contre l’humanité», est mort samedi [9 décembre 2012] à l'âge de 87 ans.
Ce Bordelais fils de Juifs ukrainiens, rescapé d’une rafle en 1942 et ancien résistant, avait conduit l’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde devant les assises en réunissant des milliers de documents qui avaient révélé son rôle dans la déportation des Juifs. Michel Slitinsky, dont le décès a été révélé par France 3 Aquitaine, fut un porte-parole des parties civiles tout au long du procès qui s'était ouvert en avril 1997 devant la cour d’assises de la Gironde.
En 1981, cet ancien cadre commercial avait communiqué les documents au Canard Enchaîné, qui était alors dans le collimateur des services fiscaux du ministre du Budget de l'époque, Maurice Papon."
(10 décembre 2012).
A notre droite, le goliath Papon (2). A la date du 1 juin 1942, celui-ci fut nommé secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Début d'une carrière qui, après-guerre, ne cessa de le voir monter d'échelon en échelon. Successivement préfet de Corse puis de Constantine, Maurice Papon devint ensuite secrétaire général de la Préfecture de police. Puis encore secrétaire général du protectorat du Maroc avant de porter l'uniforme de préfet régional de Constantine. Et enfin Papon donna pleine satisfaction à de Gaulle en assurant, même au prix du sang notamment des Algériens, les responsabilités de préfet de police de Paris (de 1958-1967). Entré en politique, il fut élu maire de Saint-Amand Montrond et député du Cher. Giscard d'Estaing le choisit comme ministre du Budget pour le troisième gouvernement Barre (1978-1981).
A notre gauche, le David Slitinsky. Un fils d'immigrés, juif de par surcroît. Sans diplôme, pour cause de guerre. Résistant de 1942 jusqu'à l'effondrement du nazisme au coeur de l'Allemagne. Seul d'abord - mais ensuite soutenu par Le Canard enchaîné - il fit vaciller à partir de mai 1981 la statue de Papon dont la morgue et les mensonges tombèrent par pans successifs. Cet homme de et du pouvoir accumula obstacles et manoeuvres dilatoires pendant plus de quinze années pour échapper à la Justice. Jusqu'à son procès à l'issue duquel, en 1998, il fut condamné pour "complicité de crimes contre l'humanité" !
Finis les lauriers, les décorations, l'impunité et les honneurs. Place aux horreurs...
Gilles Perrault :
- "On a raison de dire que Papon ne peut être comparé à un Eichmann ou à un Barbie : il est pire puisqu'il est Français. Voici pour l'édification des futures générations, l'exemple parfait de l'ignominie ordinaire, l'homme en qui s'incarnent quatre années comptant, malgré quelques beaux éclairs, parmi les plus noires et les plus misérables de notre Histoire." (3)
(Graph. et mont. JEA/DR).
Le procès de Maurice Papon,
9 janvier - 2 avril 1998,
volume 2,
Albin Michel, 1998, 973 p.
Michel Slitinsky :
"Nous avons pris conscience, tous, de la nécessité de nous battre contre la nouvelle Révolution nationale"
celle-là même dont Papon fut un serviteur intéressé et zélé...
Le compte rendu sténographique du procès de Maurice Papon (4), permet d'entendre aujourd'hui encore le témoignage de Michel Slitinsky devant la Cour. Nous sommes le mercredi 21 janvier 1998 à 17h05.
Michel Slitinsky : la rafle du 19 octobre 1942
- "Je parlerai directement de la rafle d'octobre 1942, puisque je suis un garçon en sursis depuis ce 19 octobre. Mais je suis aussi un témoin direct des faits. Nous sommes chez nous, nous habitons 3 rue de la Chartreuse. Notre foyer compte 4 personnes : mon père Abraham 62 ans, ma mère Esther 58 ans, ma soeur Alice 23 ans et moi-même 17 ans. Je viens de quitter la scolarité depuis peu. En effet, en raison du problème que pose le statut des juifs, mon père a dû quitter son métier de commerçant. Les petits métiers sont interdits aux juifs et mon père ferme son magasin le 5 janvier 1941. Je suis obligé de travailler. J'ai rejoint les pompiers du port pour apporter un petit salaire au foyer.
(...)
Dans la nuit du 19 octobre, nous sommes arrêtés. Deux policiers viennent frapper à notre porte, il est 2h du matin; mon père me dit : "On est pris comme des rats" (...). Mon père descend, les policiers lui demandent de faire sa valise (des vêtements chauds, 2 paires de souliers et une couverture); je descends avec ma soeur qui essaie de négocier mais les policiers n'entendent rien (...). Je me précipite avec un fer à repasser vers les 2 policier, je les frappe et les bouscule et arrache les plombs du compteur (...). Ma soeur est prise, elle est en pyjama et ils la jettent dans le fourgon (...). Je monte au grenier et je me cache près du vasistas dans la cheminée (...). J'attends deux heures, il est quatre heures du matin quand le fourgon part.
(...)
J'ai vécu au maquis avec des jeunes gens; j'étais le plus jeune. Il y avait beaucoup de réfractaires du STO (5). Notre maquis était alimenté par le réseau Gallia; la plupart étaient originaires de Bordeaux et de Charente-Maritime." (6)
(PP. 142 à 144).
Jeudi 22 janvier 1998 à 13h45.
Michel Slitinsky : interdit aux juifs et aux chiens
- "Mes parents sont issus d'Ukraine, persécutés par les pogroms tsaristes, et, en 1912, ils ont décidé de gagner le pays de la liberté. Ils se sont retrouvés à Paris.
(...)
Les Allemands ne réclamaient encore rien quand Vichy a sorti la ségrégation antijuive. J'ai été frappé de voir Vichy s'installer et je me souviens très bien que nous étions privés de sports, de piscine, de stade, que nous ne pouvions pas monter dans les trams (...), qu'un établissement de la place Gambetta affichait "interdit aux juifs et aux chiens" (...). Si des familles étaient privées de travail depuis janvier 1941, si les petits métiers ne pouvaient plus exister, il fallait baisser le rideau. Par exemple, j'ai demandé au directeur d'école d'obtenir une bourse. La directeur m'a appelé, deux jours après, pour me dire : "Tu es juif, tu ne peux pas recevoir de bourse". Vichy était autour de nous, autour de cette communauté juive et nous avons pris conscience, tous, de la nécessité de nous battre contre la nouvelle Révolution nationale. Je dis ça parce qu'il y a un témoin de moralité qui est venu à la barre dire que les juifs étaient des moutons. Nous ne sommes pas des moutons. Je rappellerai que mes camarades qui étaient en âge de porter les armes, même à partir de 17 ans, ont tous rejoint la Résistance."
(PP. 149 et 150).
Le Président Castagnède :
- "Si vous, vous êtes passé à travers les mailles du filet et si votre soeur a été libérée, cela fait partie des éléments de l'accusation, votre père, lui, versé au convoi, a été transporté à Drancy puis à Auschwitz le 6 novembre 1942 et un acte d'état civil permet d'apprendre qu'il est décédé en ce lieu le 13 novembre."
(P. 155).
Reproduction d'un courrier en date du 16 mars 1943 par lequel Maurice Papon insiste pour que "le transfèrement d'internés juifs du camp de Mérignac au Camp de Drancy" s'effectue avec plus de célérité, soit "par train express ou train de messagerie rapide", et ce, afin de mieux assurer la "surveillance des internés".
Document en annexe VIII du livre de Michel Slitinsky, L'Affaire Papon.
Jeudi 22 janvier 1998 suite. Faute de pouvoir contester le témoignage de Michel Slitinsky, la défense va se livrer à des insinuations sur son livre que Maurice Papon tenta de faire interdire dès sa publication. Des documents en annexe de cet ouvrage sont remis en cause en tant que pièces jointes au dossier.
L'Avocat général Henri Desclaux :
- "On n'accuse pas M. Slitinsky d'être un faussaire (...) et on laisse entendre qu'il manipule les pièces. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y a un certain nombre de faits figurant à ce dossier qui ont été versés par M. Slitinsky et ces pièces gênent la défense. J'ai noté, à l'attention des jurés, et sous le contrôle du président, que jamais les pièces utilisées par le ministère public dans ses questions et qui ont pour origine les versements de M. Slitinsky n'ont été contestées par la défense devant le magistrat instructeur."
Me Jean Cazal (représentant M. Slitinsky) :
- "Avec votre permission, je vais me permettre de lire à la cour et devant les jurés trois lignes d'une décision de justice. Il s'agit, le 6 mai 1983, de l'ordonnance de référé rendue par M. Dray avant qu'il ne soit nommé président de la Cour de cassation, statuant sur la demande de saisie de l'ouvrage de M. Slitinsky, L'Affaire Papon, dont on conteste les qualités. M. Papon, prononçant toujours les mêmes accusations contre M. Slitinsky, lui reprochait la qualité de ses derniers écrits. Voilà ce qu'a jugé le président Dray : "Il n'est pas établi à l'avance que ces documents [utilisés par M. Slitinsky] aient été frauduleusement ou malheureusement sollicités dans un sens ou dans l'autre". C'est dans ces conditions que M. Papon a été débouté (...).
M. Slitinsky n'a pas le défaut de votre client. Il y a une décision rendue contre M. Papon, il a perdu son procès. C'est un hommage que l'on rendait à M. Slitinsky."
(PP. 170 et 171).
Signature de Maurice Papon au bas d'une lettre datée du 22 mars 1943. Il est demandé "l'arrestation immédiate" de quatre juifs "de nationalité hongroise" et leur "tranfert" à Drancy... "avant mercredi 24 courant".
(Annexe XIX de L'Affaire Papon).
NOTES :
(1) Couverture de l'édition originale. La préface de Gilles Perrault fut condamnée pour ces lignes :
- "Il apparaît que le nombre de secrétaires généraux de préfecture héroïques fut, entre 1940 et 1944, extrêmement réduit. La plupart accomplirent machinalement leur sale besogne. Quelques francs salauds, tel Papon, firent du zèle."
Une réédition fut mise en librairies en 1984 après suppression de la phrase litigieuse et avec l'énoncé du jugement.
(2) Maurice Papon (1910-2007). Après sa condamnation en 1998, il s'enfuit en octobre de l'année suivante en Suisse. Sa plus que médiocre cavale ne dura que deux jours suivie de son incarcération à Fresnes puis à la Santé. Libéré pour cause de santé en septembre 2002.
(3) Extrait de la préface de Gilles Perrault à L'Affaire Papon (P. II).
(4) Un procès de sept mois : le plus long des annales judiciaires en France.
(5) Laval instaura le Service de Travail Obligatoire le 4 septembre 1942. Plus de 600.000 Français (masc. gram.) furent ainsi astreints à oeuvrer dans les usines et autres entreprises sur le territoire allemand. De tous les pays occupés, la France fut celui qui envoya le plus de travailleurs qualifiés en Allemagne !
Lire P. 192 : Octobre 1945, le procès de Pierre Laval.
(6) Michel Slitinsky :
- "Dans le Cantal, je participai à des opérations de sabotage, de récupération d'armes" (P. 144).
A dix-huit ans et demi, il est chargé du ravitaillement de 400 à 500 hommes au maquis des Deux-Verges. Il combat à La Truyère où 250 maquisards perdirent la vie. Puis Michel Slitinsky participe à la libération de Saint-Flour et de Clermond-Ferrand. Avec ses camarades résistants, il gagne ensuite Dijon. Les Allemands ne cessant de reculer, il se retrouve en Alsace pour des offensives très dures. Il est blessé aux mines de potasse avant de libérer Mulhouse et Colmar. Michel Slitinsky a vingt ans quand une pneumonie entraîne son évacuation provisoire. Il retrouvera ses copains dans la Forêt-Noire où se cachent aussi bien des SS que des hommes des services de sécurité nazis (SIPO-Gestapo) et des miliciens français. C'est là qu'il découvre des archives de la Feldkommandantur de la Gironde, dont un document signé "Papon". Le début de recherches qui aboutirent au procès de 1997-1998.
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lundi 10 septembre 2012
P. 180. SHOAH : reconnaissance de "la trop grande docilité" de la Belgique dans la persécution des Juifs
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En Belgique, l'étoile stigmatisant les juifs. Un J pour Jood en Néerlandais et Juif en Français (Doc. JEA/DR).
Le Soir
- "M. Verhofstadt a présenté à deux reprises des excuses à la communauté juive pour le rôle de certaines autorités belges durant la seconde guerre mondiale, une première fois le 6 octobre 2002 à la même caserne Dossin – il s’agissait alors d’une première car jusque là aucun Premier ministre n’avait reconnu de telles fautes dans le chef des autorités belges – et une seconde fois le 16 mars 2005 lors d’une visite au mémorial Yad Vashem à Jerusalem. Le bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, a fait de même en octobre 2007 et celui de Bruxelles, Freddy Thielemans dimanche dernier (1).
M. Di Rupo a souhaité dimanche 9 septembre lever toute ambiguïté sur la reconnaissance de la responsabilité des autorités belges. « Permettez-moi d’être clair. Le gouvernement fédéral est et demeure déterminé à conserver vivant le souvenir de notre passé, le souvenir à la fois des aspects positifs et des aspects négatifs. Le gouvernement ose donc regarder de face les pages les plus noires de notre histoire », a-t-il dit lors de cette commémoration à Malines, couplée avec le 56ème pèlerinage national à la caserne Dossin, en présence du prince Philippe, de plusieurs ministres, d’ambassadeurs et de personnalités."
(Avec Belga, 9 septembre 2012).
Caserne Dossin à Malines, le Sammellager de Belgique, 1942. Photo la plus connue de la cour intérieure : juifs qui viennent d'être arrêtés et leurs effets. Aujourd'hui, des appartements y accueillent des familles insouciantes (Doc. JEA/DR).
"Faire tomber un mythe trop largement répandu,
celui d'autorités belges qui auraient été impuissantes
face à l'occupant nazi...".
Ce 9 septembre 2012, Elio Di Rupo, Premier Ministre
- "Monseigneur,
Dames en Heren,
70 jaar geleden werd precies op deze plaats een van de zwartste bladzijden uit onze geschiedenis geschreven.
Hier werden vanaf juli 1942 meer dan 25 000 Joden (2) en 351 zigeuners bijeengebracht en gevangengenomen.
De meesten werden naar Auschwitz gedeporteerd.
Slechts 1 240 van hen overleefden.
Dat is dus minder dan 5 %.
De oudste, Etna KOLENDER, was 92 jaar oud. De jongste, Suzanne KAMINSKI, was amper 40 dagen oud (3).
Niet al deze mensen waren Belgen. Ze kwamen grotendeels uit Oost-Europa, Duitsland of Rusland en waren naar ons land gevlucht om te ontsnappen aan de vervolgingen en de pogroms, die lang vóór de opkomst van het nazisme bestonden.
Ce que ces personnes étaient venues chercher en Belgique, c'était l'assurance d'une sécurité. Elles s'imaginaient, à Bruxelles ou à Anvers (4), à l'abri de la haine raciale et de l'antisémitisme.
Elles pensaient trouver, dans notre pays, le droit de vivre en paix, tout simplement.
Hélas, l'occupation de la Belgique par les nazis allait faire voler en éclats ce sentiment de sécurité.
A peine installés, les nazis réquisitionnèrent cette caserne malinoise pour la transformer en antichambre des camps de la mort.
Il y eut d'abord les convocations pour le travail obligatoire, un piège dans lequel tombèrent des milliers de victimes. Ensuite, l'Occupant décida de doubler les objectifs.
Il lui fallait non plus 10.000, mais 20.000 Juifs. Ce fut le début des rafles, dans les rues d'Anvers surtout, et aussi de Bruxelles.
Si cet épisode est l'un des plus noirs de notre histoire, ce n'est pas seulement par l'horreur qu'il suscite.
C'est aussi parce qu'il a impliqué la collaboration ; collaboration de citoyens belges et de nombreuses autorités de notre pays.
Laten we de moed hebben de waarheid onder ogen te zien : er was wel degelijk een deelname van het Belgische staatsapparaat aan de Jodenvervolging.
70 jaar later hebben we het recht niet om deze bladzijde om te slaan zonder deze belangrijke historische waarheid een plaats te geven.
De collaboratie van sommige overheden en ambtenaren tussen 1940 en 1945 is een realiteit die door diverse studies is aangetoond, waaronder de SOMA-CEGES-studie « Gewillig België » uit 2007.
Qu'il s'agisse de collaboration active ou passive, durable ou limitée dans le temps, individuelle ou collective, elle constitue une flétrissure que nous devons tous assumer.
De la même manière, nous portons collectivement la fierté d'avoir eu en Belgique de très nombreux résistants : près de 1500 « Justes » ont leur nom gravé au Yad Vashem de Jérusalem.
Plusieurs autorités belges ont, à des degrés divers, évoqué cette responsabilité dans ce crime épouvantable que fut la déportation des Juifs au départ du territoire belge.
Récemment, des excuses ont été adressées à la communauté juive par les villes d'Anvers (4) et de Bruxelles.
Voordien, en nog vóór de conclusies van de CEGES-SOMA-studie, waren er de verklaringen van een van mijn voorgangers, Guy Verhofstadt.
Ik wil mij vandaag volledig aansluiten bij die erkenning.
Ik wil hier bovendien, als u mij toestaat, de mogelijke twijfels of een eventueel onbehagen, uit de wereld helpen.
Sommigen van u vinden dat er een zekere ambiguïteit bestaat rond de erkenning van de verantwoordelijkheid van de Belgische autoriteiten in de uitroeiing van de Joden.
Laat mij duidelijk zijn. De federale regering is en blijft vastberaden de herinnering aan ons verleden levend te houden ; de herinnering aan zowel de positieve kanten als aan de negatieve kanten. De regering durft dus ook de zwartste bladzijden in onze geschiedenis onder ogen te zien.
Les conclusions de l'étude du CEGES sur la déportation des Juifs de Belgique sont accablantes.
Cette étude a notamment contribué à faire tomber un mythe trop largement répandu, celui d'autorités belges qui auraient été impuissantes face à l'occupant nazi.
Même si le gouvernement belge a quitté la Belgique pour Londres et s'est rangé dans le camp des alliés.
Même si la Belgique était sous régime d'occupation.
Même si de très nombreux Belges se sont illustrés par leur courage dans la résistance, en cachant des Juifs ou en sabotant l'action de l'occupant (6).
Il n'en reste pas moins qu'à travers l'implication d'un certain nombre d'autorités, l'Etat belge a adopté une attitude beaucoup trop docile.
Il faut le reconnaître officiellement : ces autorités ont mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne ; indigne d'une démocratie, indigne de nos valeurs fondamentales.
Cette collaboration a eu des conséquences dramatiques pour la communauté juive.
Oui, en prêtant leur concours à l'entreprise d'extermination mise en place par les nazis, ces autorités et à travers elles, l'Etat belge, ont manqué à leurs devoirs.
Elles se sont rendues complices du crime le plus abominable.
Cette faute criminelle restera une tache indélébile dans l'histoire de notre pays.
Une tache moralement imprescriptible, une responsabilité ineffaçable. Je ferai tout ce que je peux pour que jamais elle ne tombe dans l'oubli.
Je veux, dès maintenant, sur la base des informations avérées que nous possédons, exprimer les regrets et la honte que cette collaboration nous inspire.
En tant que Premier Ministre du Gouvernement belge, je présente les excuses de la Belgique à la communauté juive, même si les comportements de l'époque sont inexcusables.
Par ailleurs, j'invite le Sénat à débattre dès que possible de la proposition de résolution à propos de la responsabilité de l'Etat belge.
Le Gouvernement sera évidemment très attentif aux conclusions des travaux et il en tirera les enseignements pour l'avenir.
Monseigneur,
Dames en Heren,
Ook al is het nazisme dan verdwenen, rassenhaat is nog steeds in opmars.
Jammer genoeg beschouwen te veel mensen Rassentheorieën, het opkomende antisemitisme, de eerste anti-Jodenwetten, de davidster, de razzia's, de deportaties, enkel als iets uit een ver verleden.
Of, nog erger, zijn ze er zich niet eens van bewust.
Or, je veux le redire ici solennellement.
Oublier, ce serait trahir. Trahir les victimes et leurs descendants.
Ce serait aussi préparer la montée de nouvelles formes d'extrémisme.
Sans références et sans bagage historique, trop de personnes sont susceptibles de reproduire un jour les erreurs du passé.
Nous le voyons bien à la façon dont, notamment, les insultes antisémites réinvestissent la place publique ; ce qui est totalement inacceptable et que je combats avec toute mon énergie.
Nous le voyons aussi à la montée de partis ouvertement xénophobes, chez nous et dans toute l'Europe.
La crise économique favorise hélas les replis sur soi et la recherche de boucs émissaires. Nous devons donc travailler dans deux directions, sans jamais négliger l'une au profit de l'autre.
De eerste richting die we moeten volgen, is het overdragen van de herinnering en van onze waarden. In dat opzicht wil ik benadrukken hoezeer ik dit memoriaal op prijs stel. Onder meer voor hoe men de jongeren erbij betrekt.
Ik wil ook de voortdurende inspanningen onderstrepen die de Joodse gemeenschap levert via haar diverse instanties. Inspanningen om de jonge generaties te onderwijzen en hen te behoeden voor extremisme.
Zoals u weet, is België actief lid van de Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, waarvan ons land momenteel ook voorzitter is.
De deelname aan de werkzaamheden van de Task Force, in nauwe samenwerking met de Gemeenschappen, wijst op het belang dat wijhechten aan het onderwijs, de herinnering en het onderzoek over de Holocaust.
La deuxième direction, c'est la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Nous savons que plus une personne est reconnue dans sa dignité, plus elle est capable de tolérance et de respect de l'autre. Nous devons donc non seulement transmettre les valeurs et la mémoire. Mais nous devons aussi protéger notre modèle social et renforcer les dispositifs qui aident les personnes en difficulté.
La lutte contre le fascisme et toutes les formes d'extrémismes est complexe. Elle demande un investissement considérable dans l'éducation et la culture, mais aussi dans l'emploi, le logement et l'intégration sociale.
Fort heureusement, notre pays est très évolué dans ces différents domaines. Nous avons des dispositifs performants et des gens formidables, à tous les niveaux, pour les faire fonctionner.
Ik sluit dus af met deze hoopvolle boodschap.
In België, hebben we reeds vele zware beproevingen doorstaan, die we steeds te boven zijn gekomen.
De vreselijke periode van de deportaties in België moet een uitzondering blijven.
We hebben uiteraard veel lessen getrokken in 70 jaar tijd.
Daardoor hebben we een solidaire en broederlijke samenleving uitgebouwd, een samenleving waar iedereen het recht heeft om te vrij te leven en naar waarde kan worden geschat.
Merci à tous ceux qui œuvrent pour ce type de société.
Ces personnes sont dignes du flambeau qui leur a été confié. Elles sont à la hauteur des nouveaux enjeux de civilisation.
A l'heure de la mondialisation et du métissage généralisé, la promotion du respect, de la tolérance et de la diversité est plus que jamais essentielle.
Je vous remercie de votre attention et je souhaite à toute la communauté juive une très heureuse fête de Rosh Hashana.
Shana tova !"
Commémoration annuelle à la Caserne Dossin quand les rescapés faisaient encore nombre. Flèche jaune : Max Sztejnberg, le père de l'historien de la persécution des Juifs de Belgique, feu Maxime Steinberg (Doc. JEA/DR).
Nicolas Zomersztajn
- "Jamais un pèlerinage annuel à la Caserne Dossin de Malines n’a rassemblé autant de monde. Les plus hautes autorités du Royaume ont fait le déplacement. Le Prince Philippe et le Premier ministre ont rehaussé de leur présence cette cérémonie solennelle. Si le public est venu nombreux, c’est évidemment pour entendre le discours qu’Elio Di Rupo doit prononcer à cette occasion.
Depuis que les bourgmestres d’Anvers et de Bruxelles ont posé un geste de repentance très fort en reconnaissant l’implication de leurs autorités communales dans la déportation des Juifs, il est difficile pour les Juifs de ne pas souhaiter un geste identique de la part du Premier ministre : l’attitude des autorités communales n’était que la traduction locale d’une politique plus générale des autorités belges.
(…)
Les Juifs de Belgique savent désormais que le Premier ministre n’oublie pas ce qu’ils sont subi il y a 70 ans « Oublier, ce serait trahir. Trahir les victimes et leurs descendants. Ce serait aussi préparer la montée de nouvelles formes d’extrémisme ». Mais les Juifs de Belgique n’oublieront pas non plus que cela a pris beaucoup de temps pour que cette reconnaissance intervienne."
(Regards, publication du Centre communautaire laïc juif, 9 septembre 2012).
JEA
- "Il ne reste hélas plus beaucoup de rescapés pour entendre le Premier Ministre de Belgique déchirer ainsi le voile épais d'hypocrisie qui couvrait l'histoire de la Shoah en Belgique. A savoir que les occupants, même avec l'appoint significatif de leurs sbires wallons ou flamands, n'avaient pu à eux seuls, planifier, mettre en oeuvre et finaliser la déportation de 28.259 juifs du Royaume !!!
Celles et ceux qui sont revenus d'Auschwitz, des autres Camps, ont échappé aux rafles, ont été cachés par des Justes, tous ceux-là, leurs descendants aussi, ont donc attendu de 1945 à 2012 pour que chavire enfin le règne des non-dits, des dénis. Par contre, voici si longtemps que les collaborateurs et autres nostalgiques du nazisme dans toutes ses dimensions - à commencer par la Shoah - ont relevé la tête. Réclament même d'être amnistiés. Quand ce n'est pas de chasser les Résistants de la mémoire collective pour s'y substituer (7)...
Dans son discours, Elio Di Ripo n'a pas cité le rôle essentiel rempli par Maxime Steinberg (8). C'est pourtant lui qui, seul tel un David docteur en Histoire, a vaincu la nuit et le brouillard, les silences et les indifférences, les hostilités et les calomnies pour retracer le destin des juifs de Belgique sous l'occupation. Il fut le premier historien à veiller à ce que les victimes des persécutions n'aient pas disparu à tout jamais comme le voulait l'idéologie nazie. Avec un scalpel aigu, Maxime Steinberg a autopsié non seulement les cadavres du Haut Commandement militaire allemand à Bruxelles mais aussi ceux des "autorités" belges (administrations, justice etc). Pour mettre à jour les mécanismes de la Shoah à la dimension belge. Et redonner des noms aux persécutés mais aussi aux bourreaux...
Ce 9 septembre 2012 aurait été un jour à marquer d'une pierre blanche, pour lui aussi. Il aurait tellement mérité de vivre cet événement. Nous ne l'oublions pas.
Tout en ne nous leurrant pas. Le négationnisme reste en embuscade. Les intellectuels antisémites redeviennent à la mode. Les racismes ne cessent de reprendre du poil de la bête.
Il suffit de lire - avec des pincettes - la majorité des réactions publiées par les deux premiers quotidiens belges francophones, La Libre Belgique et Le Soir (8), au discours d'Elio Di Rupo. On éprouve un mélange complexe de consternation et de révulsion. Mais le travail de mémoire est sans fin. Ce ne sont pas des corbeaux ni des méduses qui vont éteindre les étoiles !"
Le Soir : 3 réactions sur 9
Atahualpa, 09/09/2012, 15:24 :
- "Pourquoi essaye-t-on de réduire la seconde guerre mondiale à l'anti-sémitisme? A quand les excuses aux peuple Palestinien pour l'existance d'Israel ?"
plectrude, 09/09/2012, 16:39 :
- "EdR a rapidement évoqué les victimes tsiganes au début de son discours les effacer ensuite totalement et ne plus évoquer que les Juifs qui seuls, ont droit à ses excuses. C'est assez révoltant, mais révélateur du dynamisme des associations juives pour faire reconnaître les préjudices subis par la communauté dans le passé, tandis que les associations roms et/ou tsiganes sont moins actives ou douées pour susciter la culpabilité."
wafwaf, 09/09/2012, 20:00 :
- "Pour ma part, jattends toujours les excuses de ma voisine qui laisse son chien venir déposer ses crottes dans mon jardin. A chacun ses priorités."
La Libre Belgique : 5 réactions sur 25
bravo, 09.09.12 | 20h17 :
- "Pourquoi toujours cette repentance et ce 70 ans après les faits et alors qu'il n'était même pas né et que son pays d'origine n'est même pas celui-ci ??
Il serait dès lors opportun de réclamer aux italiens un acte de repentir pour les nombreux chrétiens envoyés au martyr il y a 2000 ans !!!"
cigpa, 09.09.12 | 18h41 :
- "de quoi tu parles e l i o, tu n'étais même pas né et tes parents en tant qu'italiens étaient du mauvais coté avec un certain benito, si vraiment tu as besoin de pardon excuse toi pour un de tes ancêtre un certain jules qui nous a envahi et asservi."
arth, 09.09.12 | 17h26 :
- "Quel est le but? par devoir de mémoire? Certains le pensent à la manière du péché originel (la pomme d'Adam) ou de la responsabilité des hommes dans la mort du christ. C'est en fait une conception qui s'inscrit dans la culture judéo-chrétienne.
C'est également une manipulation des politiques dont le but est de contenir le peuple dans les repères du politiquement correct, dans les limites hautement subjectives "du bien et du mal".
anafo, 09.09.12 | 17h16 :
- "Ce qui me met mal à l'aise, c'est qu'à force de ne parler que de la shoah, j'ai l'impression qu'on oublie les 16 autres millions victimes de la guerre 40-45... C'est comme si elles n'existaient pas, ou comme si elles n'avaient pas soufferts... Ce n'est pas en oubliant 16 millions de victimes que l'on fait un réel devoir de mémoire."
horreurliberale, 09.09.12 | 15h11 :
- "Et pourquoi doit on s excuser éternellement pour quelque chose dont personne , ici , n'est coupable???
Elio nous te rappellons que nous sommes en crise : AU TRAVAIL !!"
Déjà usée par le temps et les pollutions, la Plaque commémorative à la Caserne Dossin (Ph. JEA/DR).
NOTES
(1) Lien proposé par Tania : le discours de F. Thielemans, bourgmestre de Bruxelles. Cliquer : ICI.
(2) 25.835 juifs furent déportés au départ de la Caserne Dossin. 576 d'entre eux s'évadèrent lors de leur transport. Sur les 25.259 juifs entrés dans les Camps d'extermination, 24.019 perdirent la vie.
Au nombre de ces victimes figurent les juifs arrêtés dans la zone du Nord de la France (Lille...) rattachée au Haut commandement militaire de Bruxelles. De même que les Tziganes de la même zone française, ces persécutés furent transférés à la Caserne Dossin avant leur déportation vers les Camps de la mort.
Pour le sort spécifique des Tziganes, lire la page 114 ce blog.
(3) Suzanne Kamenski est née le 11 mars 1943. Elle a été emportée par le Convoi XX du 19 avril 1943. Celui-ci comprenait 1.632 déportés dont 287 enfants. Seuls 11 rescapés étaient encore en vie à la libération.
(4) Plus exactement et par ordonnance allemande du 25 novembre 1941, les juifs de Belgique ne pouvaient plus être domiciliés qu'à Anvers, Bruxelles, Charleroi ou Liège.
(5) Les excuses présentées par la Ville d'Anvers ont été aussitôt contestées par Bart de Wever, l'actuel leader de la N-VA, parti flamand le plus important (et partisan de la fin de la Belgique). Lire la page 9 de Mo(t)saïques.
(6) Résistants honorés p. 105 de Mo(t)saïques: Léopold De Hulster, p. 199 Hilaire Gemoets, p. 32 Robert Maistriau
(7) Résistance et collaboration sont évoquées sur les pages 20 et 35 de ce blog. L'exemple de Carette-Marceau terminant au sommet de l'Académie française est rappelé page 125.
(8) Les p. 74 et 75 de Mo(t)saïques portent sa brève biographie. Maxime Steinberg est également salué comme historien de la persécution des juifs de Belgique sur une page de l'ancien blog du Comité français pour Yad Vashem. Cliquer ICI.
Mais depuis son décès, un site perpétue sa mémoire. Cliquer : ICI.
(9) Le Soir propose un portfolio de la cérémonie de ce 9 septembre 2012 à la Caserne Dossin de Malines. Cliquer : ICI.
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En Belgique, l'étoile stigmatisant les juifs. Un J pour Jood en Néerlandais et Juif en Français (Doc. JEA/DR).
Le Soir
- "M. Verhofstadt a présenté à deux reprises des excuses à la communauté juive pour le rôle de certaines autorités belges durant la seconde guerre mondiale, une première fois le 6 octobre 2002 à la même caserne Dossin – il s’agissait alors d’une première car jusque là aucun Premier ministre n’avait reconnu de telles fautes dans le chef des autorités belges – et une seconde fois le 16 mars 2005 lors d’une visite au mémorial Yad Vashem à Jerusalem. Le bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, a fait de même en octobre 2007 et celui de Bruxelles, Freddy Thielemans dimanche dernier (1).
M. Di Rupo a souhaité dimanche 9 septembre lever toute ambiguïté sur la reconnaissance de la responsabilité des autorités belges. « Permettez-moi d’être clair. Le gouvernement fédéral est et demeure déterminé à conserver vivant le souvenir de notre passé, le souvenir à la fois des aspects positifs et des aspects négatifs. Le gouvernement ose donc regarder de face les pages les plus noires de notre histoire », a-t-il dit lors de cette commémoration à Malines, couplée avec le 56ème pèlerinage national à la caserne Dossin, en présence du prince Philippe, de plusieurs ministres, d’ambassadeurs et de personnalités."
(Avec Belga, 9 septembre 2012).
Caserne Dossin à Malines, le Sammellager de Belgique, 1942. Photo la plus connue de la cour intérieure : juifs qui viennent d'être arrêtés et leurs effets. Aujourd'hui, des appartements y accueillent des familles insouciantes (Doc. JEA/DR).
"Faire tomber un mythe trop largement répandu,
celui d'autorités belges qui auraient été impuissantes
face à l'occupant nazi...".
Ce 9 septembre 2012, Elio Di Rupo, Premier Ministre
- "Monseigneur,
Dames en Heren,
70 jaar geleden werd precies op deze plaats een van de zwartste bladzijden uit onze geschiedenis geschreven.
Hier werden vanaf juli 1942 meer dan 25 000 Joden (2) en 351 zigeuners bijeengebracht en gevangengenomen.
De meesten werden naar Auschwitz gedeporteerd.
Slechts 1 240 van hen overleefden.
Dat is dus minder dan 5 %.
De oudste, Etna KOLENDER, was 92 jaar oud. De jongste, Suzanne KAMINSKI, was amper 40 dagen oud (3).
Niet al deze mensen waren Belgen. Ze kwamen grotendeels uit Oost-Europa, Duitsland of Rusland en waren naar ons land gevlucht om te ontsnappen aan de vervolgingen en de pogroms, die lang vóór de opkomst van het nazisme bestonden.
Ce que ces personnes étaient venues chercher en Belgique, c'était l'assurance d'une sécurité. Elles s'imaginaient, à Bruxelles ou à Anvers (4), à l'abri de la haine raciale et de l'antisémitisme.
Elles pensaient trouver, dans notre pays, le droit de vivre en paix, tout simplement.
Hélas, l'occupation de la Belgique par les nazis allait faire voler en éclats ce sentiment de sécurité.
A peine installés, les nazis réquisitionnèrent cette caserne malinoise pour la transformer en antichambre des camps de la mort.
Il y eut d'abord les convocations pour le travail obligatoire, un piège dans lequel tombèrent des milliers de victimes. Ensuite, l'Occupant décida de doubler les objectifs.
Il lui fallait non plus 10.000, mais 20.000 Juifs. Ce fut le début des rafles, dans les rues d'Anvers surtout, et aussi de Bruxelles.
Si cet épisode est l'un des plus noirs de notre histoire, ce n'est pas seulement par l'horreur qu'il suscite.
C'est aussi parce qu'il a impliqué la collaboration ; collaboration de citoyens belges et de nombreuses autorités de notre pays.
Laten we de moed hebben de waarheid onder ogen te zien : er was wel degelijk een deelname van het Belgische staatsapparaat aan de Jodenvervolging.
70 jaar later hebben we het recht niet om deze bladzijde om te slaan zonder deze belangrijke historische waarheid een plaats te geven.
De collaboratie van sommige overheden en ambtenaren tussen 1940 en 1945 is een realiteit die door diverse studies is aangetoond, waaronder de SOMA-CEGES-studie « Gewillig België » uit 2007.
Qu'il s'agisse de collaboration active ou passive, durable ou limitée dans le temps, individuelle ou collective, elle constitue une flétrissure que nous devons tous assumer.
De la même manière, nous portons collectivement la fierté d'avoir eu en Belgique de très nombreux résistants : près de 1500 « Justes » ont leur nom gravé au Yad Vashem de Jérusalem.
Plusieurs autorités belges ont, à des degrés divers, évoqué cette responsabilité dans ce crime épouvantable que fut la déportation des Juifs au départ du territoire belge.
Récemment, des excuses ont été adressées à la communauté juive par les villes d'Anvers (4) et de Bruxelles.
Voordien, en nog vóór de conclusies van de CEGES-SOMA-studie, waren er de verklaringen van een van mijn voorgangers, Guy Verhofstadt.
Ik wil mij vandaag volledig aansluiten bij die erkenning.
Ik wil hier bovendien, als u mij toestaat, de mogelijke twijfels of een eventueel onbehagen, uit de wereld helpen.
Sommigen van u vinden dat er een zekere ambiguïteit bestaat rond de erkenning van de verantwoordelijkheid van de Belgische autoriteiten in de uitroeiing van de Joden.
Laat mij duidelijk zijn. De federale regering is en blijft vastberaden de herinnering aan ons verleden levend te houden ; de herinnering aan zowel de positieve kanten als aan de negatieve kanten. De regering durft dus ook de zwartste bladzijden in onze geschiedenis onder ogen te zien.
Les conclusions de l'étude du CEGES sur la déportation des Juifs de Belgique sont accablantes.
Cette étude a notamment contribué à faire tomber un mythe trop largement répandu, celui d'autorités belges qui auraient été impuissantes face à l'occupant nazi.
Même si le gouvernement belge a quitté la Belgique pour Londres et s'est rangé dans le camp des alliés.
Même si la Belgique était sous régime d'occupation.
Même si de très nombreux Belges se sont illustrés par leur courage dans la résistance, en cachant des Juifs ou en sabotant l'action de l'occupant (6).
Il n'en reste pas moins qu'à travers l'implication d'un certain nombre d'autorités, l'Etat belge a adopté une attitude beaucoup trop docile.
Il faut le reconnaître officiellement : ces autorités ont mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne ; indigne d'une démocratie, indigne de nos valeurs fondamentales.
Cette collaboration a eu des conséquences dramatiques pour la communauté juive.
Oui, en prêtant leur concours à l'entreprise d'extermination mise en place par les nazis, ces autorités et à travers elles, l'Etat belge, ont manqué à leurs devoirs.
Elles se sont rendues complices du crime le plus abominable.
Cette faute criminelle restera une tache indélébile dans l'histoire de notre pays.
Une tache moralement imprescriptible, une responsabilité ineffaçable. Je ferai tout ce que je peux pour que jamais elle ne tombe dans l'oubli.
Je veux, dès maintenant, sur la base des informations avérées que nous possédons, exprimer les regrets et la honte que cette collaboration nous inspire.
En tant que Premier Ministre du Gouvernement belge, je présente les excuses de la Belgique à la communauté juive, même si les comportements de l'époque sont inexcusables.
Par ailleurs, j'invite le Sénat à débattre dès que possible de la proposition de résolution à propos de la responsabilité de l'Etat belge.
Le Gouvernement sera évidemment très attentif aux conclusions des travaux et il en tirera les enseignements pour l'avenir.
Monseigneur,
Dames en Heren,
Ook al is het nazisme dan verdwenen, rassenhaat is nog steeds in opmars.
Jammer genoeg beschouwen te veel mensen Rassentheorieën, het opkomende antisemitisme, de eerste anti-Jodenwetten, de davidster, de razzia's, de deportaties, enkel als iets uit een ver verleden.
Of, nog erger, zijn ze er zich niet eens van bewust.
Or, je veux le redire ici solennellement.
Oublier, ce serait trahir. Trahir les victimes et leurs descendants.
Ce serait aussi préparer la montée de nouvelles formes d'extrémisme.
Sans références et sans bagage historique, trop de personnes sont susceptibles de reproduire un jour les erreurs du passé.
Nous le voyons bien à la façon dont, notamment, les insultes antisémites réinvestissent la place publique ; ce qui est totalement inacceptable et que je combats avec toute mon énergie.
Nous le voyons aussi à la montée de partis ouvertement xénophobes, chez nous et dans toute l'Europe.
La crise économique favorise hélas les replis sur soi et la recherche de boucs émissaires. Nous devons donc travailler dans deux directions, sans jamais négliger l'une au profit de l'autre.
De eerste richting die we moeten volgen, is het overdragen van de herinnering en van onze waarden. In dat opzicht wil ik benadrukken hoezeer ik dit memoriaal op prijs stel. Onder meer voor hoe men de jongeren erbij betrekt.
Ik wil ook de voortdurende inspanningen onderstrepen die de Joodse gemeenschap levert via haar diverse instanties. Inspanningen om de jonge generaties te onderwijzen en hen te behoeden voor extremisme.
Zoals u weet, is België actief lid van de Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, waarvan ons land momenteel ook voorzitter is.
De deelname aan de werkzaamheden van de Task Force, in nauwe samenwerking met de Gemeenschappen, wijst op het belang dat wijhechten aan het onderwijs, de herinnering en het onderzoek over de Holocaust.
La deuxième direction, c'est la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Nous savons que plus une personne est reconnue dans sa dignité, plus elle est capable de tolérance et de respect de l'autre. Nous devons donc non seulement transmettre les valeurs et la mémoire. Mais nous devons aussi protéger notre modèle social et renforcer les dispositifs qui aident les personnes en difficulté.
La lutte contre le fascisme et toutes les formes d'extrémismes est complexe. Elle demande un investissement considérable dans l'éducation et la culture, mais aussi dans l'emploi, le logement et l'intégration sociale.
Fort heureusement, notre pays est très évolué dans ces différents domaines. Nous avons des dispositifs performants et des gens formidables, à tous les niveaux, pour les faire fonctionner.
Ik sluit dus af met deze hoopvolle boodschap.
In België, hebben we reeds vele zware beproevingen doorstaan, die we steeds te boven zijn gekomen.
De vreselijke periode van de deportaties in België moet een uitzondering blijven.
We hebben uiteraard veel lessen getrokken in 70 jaar tijd.
Daardoor hebben we een solidaire en broederlijke samenleving uitgebouwd, een samenleving waar iedereen het recht heeft om te vrij te leven en naar waarde kan worden geschat.
Merci à tous ceux qui œuvrent pour ce type de société.
Ces personnes sont dignes du flambeau qui leur a été confié. Elles sont à la hauteur des nouveaux enjeux de civilisation.
A l'heure de la mondialisation et du métissage généralisé, la promotion du respect, de la tolérance et de la diversité est plus que jamais essentielle.
Je vous remercie de votre attention et je souhaite à toute la communauté juive une très heureuse fête de Rosh Hashana.
Shana tova !"
Commémoration annuelle à la Caserne Dossin quand les rescapés faisaient encore nombre. Flèche jaune : Max Sztejnberg, le père de l'historien de la persécution des Juifs de Belgique, feu Maxime Steinberg (Doc. JEA/DR).
Nicolas Zomersztajn
- "Jamais un pèlerinage annuel à la Caserne Dossin de Malines n’a rassemblé autant de monde. Les plus hautes autorités du Royaume ont fait le déplacement. Le Prince Philippe et le Premier ministre ont rehaussé de leur présence cette cérémonie solennelle. Si le public est venu nombreux, c’est évidemment pour entendre le discours qu’Elio Di Rupo doit prononcer à cette occasion.
Depuis que les bourgmestres d’Anvers et de Bruxelles ont posé un geste de repentance très fort en reconnaissant l’implication de leurs autorités communales dans la déportation des Juifs, il est difficile pour les Juifs de ne pas souhaiter un geste identique de la part du Premier ministre : l’attitude des autorités communales n’était que la traduction locale d’une politique plus générale des autorités belges.
(…)
Les Juifs de Belgique savent désormais que le Premier ministre n’oublie pas ce qu’ils sont subi il y a 70 ans « Oublier, ce serait trahir. Trahir les victimes et leurs descendants. Ce serait aussi préparer la montée de nouvelles formes d’extrémisme ». Mais les Juifs de Belgique n’oublieront pas non plus que cela a pris beaucoup de temps pour que cette reconnaissance intervienne."
(Regards, publication du Centre communautaire laïc juif, 9 septembre 2012).
JEA
- "Il ne reste hélas plus beaucoup de rescapés pour entendre le Premier Ministre de Belgique déchirer ainsi le voile épais d'hypocrisie qui couvrait l'histoire de la Shoah en Belgique. A savoir que les occupants, même avec l'appoint significatif de leurs sbires wallons ou flamands, n'avaient pu à eux seuls, planifier, mettre en oeuvre et finaliser la déportation de 28.259 juifs du Royaume !!!
Celles et ceux qui sont revenus d'Auschwitz, des autres Camps, ont échappé aux rafles, ont été cachés par des Justes, tous ceux-là, leurs descendants aussi, ont donc attendu de 1945 à 2012 pour que chavire enfin le règne des non-dits, des dénis. Par contre, voici si longtemps que les collaborateurs et autres nostalgiques du nazisme dans toutes ses dimensions - à commencer par la Shoah - ont relevé la tête. Réclament même d'être amnistiés. Quand ce n'est pas de chasser les Résistants de la mémoire collective pour s'y substituer (7)...
Dans son discours, Elio Di Ripo n'a pas cité le rôle essentiel rempli par Maxime Steinberg (8). C'est pourtant lui qui, seul tel un David docteur en Histoire, a vaincu la nuit et le brouillard, les silences et les indifférences, les hostilités et les calomnies pour retracer le destin des juifs de Belgique sous l'occupation. Il fut le premier historien à veiller à ce que les victimes des persécutions n'aient pas disparu à tout jamais comme le voulait l'idéologie nazie. Avec un scalpel aigu, Maxime Steinberg a autopsié non seulement les cadavres du Haut Commandement militaire allemand à Bruxelles mais aussi ceux des "autorités" belges (administrations, justice etc). Pour mettre à jour les mécanismes de la Shoah à la dimension belge. Et redonner des noms aux persécutés mais aussi aux bourreaux...
Ce 9 septembre 2012 aurait été un jour à marquer d'une pierre blanche, pour lui aussi. Il aurait tellement mérité de vivre cet événement. Nous ne l'oublions pas.
Tout en ne nous leurrant pas. Le négationnisme reste en embuscade. Les intellectuels antisémites redeviennent à la mode. Les racismes ne cessent de reprendre du poil de la bête.
Il suffit de lire - avec des pincettes - la majorité des réactions publiées par les deux premiers quotidiens belges francophones, La Libre Belgique et Le Soir (8), au discours d'Elio Di Rupo. On éprouve un mélange complexe de consternation et de révulsion. Mais le travail de mémoire est sans fin. Ce ne sont pas des corbeaux ni des méduses qui vont éteindre les étoiles !"
Le Soir : 3 réactions sur 9
Atahualpa, 09/09/2012, 15:24 :
- "Pourquoi essaye-t-on de réduire la seconde guerre mondiale à l'anti-sémitisme? A quand les excuses aux peuple Palestinien pour l'existance d'Israel ?"
plectrude, 09/09/2012, 16:39 :
- "EdR a rapidement évoqué les victimes tsiganes au début de son discours les effacer ensuite totalement et ne plus évoquer que les Juifs qui seuls, ont droit à ses excuses. C'est assez révoltant, mais révélateur du dynamisme des associations juives pour faire reconnaître les préjudices subis par la communauté dans le passé, tandis que les associations roms et/ou tsiganes sont moins actives ou douées pour susciter la culpabilité."
wafwaf, 09/09/2012, 20:00 :
- "Pour ma part, jattends toujours les excuses de ma voisine qui laisse son chien venir déposer ses crottes dans mon jardin. A chacun ses priorités."
La Libre Belgique : 5 réactions sur 25
bravo, 09.09.12 | 20h17 :
- "Pourquoi toujours cette repentance et ce 70 ans après les faits et alors qu'il n'était même pas né et que son pays d'origine n'est même pas celui-ci ??
Il serait dès lors opportun de réclamer aux italiens un acte de repentir pour les nombreux chrétiens envoyés au martyr il y a 2000 ans !!!"
cigpa, 09.09.12 | 18h41 :
- "de quoi tu parles e l i o, tu n'étais même pas né et tes parents en tant qu'italiens étaient du mauvais coté avec un certain benito, si vraiment tu as besoin de pardon excuse toi pour un de tes ancêtre un certain jules qui nous a envahi et asservi."
arth, 09.09.12 | 17h26 :
- "Quel est le but? par devoir de mémoire? Certains le pensent à la manière du péché originel (la pomme d'Adam) ou de la responsabilité des hommes dans la mort du christ. C'est en fait une conception qui s'inscrit dans la culture judéo-chrétienne.
C'est également une manipulation des politiques dont le but est de contenir le peuple dans les repères du politiquement correct, dans les limites hautement subjectives "du bien et du mal".
anafo, 09.09.12 | 17h16 :
- "Ce qui me met mal à l'aise, c'est qu'à force de ne parler que de la shoah, j'ai l'impression qu'on oublie les 16 autres millions victimes de la guerre 40-45... C'est comme si elles n'existaient pas, ou comme si elles n'avaient pas soufferts... Ce n'est pas en oubliant 16 millions de victimes que l'on fait un réel devoir de mémoire."
horreurliberale, 09.09.12 | 15h11 :
- "Et pourquoi doit on s excuser éternellement pour quelque chose dont personne , ici , n'est coupable???
Elio nous te rappellons que nous sommes en crise : AU TRAVAIL !!"
Déjà usée par le temps et les pollutions, la Plaque commémorative à la Caserne Dossin (Ph. JEA/DR).
NOTES
(1) Lien proposé par Tania : le discours de F. Thielemans, bourgmestre de Bruxelles. Cliquer : ICI.
(2) 25.835 juifs furent déportés au départ de la Caserne Dossin. 576 d'entre eux s'évadèrent lors de leur transport. Sur les 25.259 juifs entrés dans les Camps d'extermination, 24.019 perdirent la vie.
Au nombre de ces victimes figurent les juifs arrêtés dans la zone du Nord de la France (Lille...) rattachée au Haut commandement militaire de Bruxelles. De même que les Tziganes de la même zone française, ces persécutés furent transférés à la Caserne Dossin avant leur déportation vers les Camps de la mort.
Pour le sort spécifique des Tziganes, lire la page 114 ce blog.
(3) Suzanne Kamenski est née le 11 mars 1943. Elle a été emportée par le Convoi XX du 19 avril 1943. Celui-ci comprenait 1.632 déportés dont 287 enfants. Seuls 11 rescapés étaient encore en vie à la libération.
(4) Plus exactement et par ordonnance allemande du 25 novembre 1941, les juifs de Belgique ne pouvaient plus être domiciliés qu'à Anvers, Bruxelles, Charleroi ou Liège.
(5) Les excuses présentées par la Ville d'Anvers ont été aussitôt contestées par Bart de Wever, l'actuel leader de la N-VA, parti flamand le plus important (et partisan de la fin de la Belgique). Lire la page 9 de Mo(t)saïques.
(6) Résistants honorés p. 105 de Mo(t)saïques: Léopold De Hulster, p. 199 Hilaire Gemoets, p. 32 Robert Maistriau
(7) Résistance et collaboration sont évoquées sur les pages 20 et 35 de ce blog. L'exemple de Carette-Marceau terminant au sommet de l'Académie française est rappelé page 125.
(8) Les p. 74 et 75 de Mo(t)saïques portent sa brève biographie. Maxime Steinberg est également salué comme historien de la persécution des juifs de Belgique sur une page de l'ancien blog du Comité français pour Yad Vashem. Cliquer ICI.
Mais depuis son décès, un site perpétue sa mémoire. Cliquer : ICI.
(9) Le Soir propose un portfolio de la cérémonie de ce 9 septembre 2012 à la Caserne Dossin de Malines. Cliquer : ICI.
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