MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 31 janvier 2013

P. 220. Le 2 février 1927, Camille Claudel écrit à sa mère : "je suis horriblement malheureuse"...


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(Mont. JEA/DR).
- Camille Claudel, Eric Liberge et Vincent Gravé, Glénat, 2012.
- 9ème Journée Internationale des Femmes : l’Association Pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros en partenariat avec l’association Paroles de femmes a proposé :
Camille Claudel, l’Interdite !
un spectacle théâtral de la compagnie Cornet à dés, le 4 mars 2011.

Edmonde Charles-Roux


- "Camille Claudel est née en 1864, morte en 1943. Pour mémoire : son frère est de quelques années plus jeune qu’elle (1868-1955). La date clé de la vie de Camille est mars 1913, le jour où la mère de Camille, qui n’aime pas sa fille, demande son internement. Une mesure à laquelle aucun membre de sa famille ne s’oppose. Paul Claudel est de passage en France. Il connaît le jour et la date où sa sœur sera emmenée entre deux infirmiers mais ni lui ni aucun membre de sa famille ne veulent assister à son départ. D’abord internée à Ville-Evrard, Camille en sera évacuée pour cause de Grande Guerre en 1914 et transférée à Montdevergues. Elle n’en sortira plus."
(La Provence, 30 janvier 2005).

Claudine Galéa

- "L’ex-égérie de Rodin, l’immense sculptrice des Causeuses ou de La Valse, œuvres qu’on peut admirer au musée Rodin, – il l’aura « possédée », même dans la reconnaissance du génie –, a cessé de modeler la glaise et de travailler le marbre, enfermée par sa mère, dès lors que son père – son unique protecteur – fût mort. Enfermée par sa mère, avec l’assentiment muet de son frère, Paul."
(La Marseillaise, 8 février 2004).

Gabrielle Napoli

- "L’amour de Camille pour Rodin relève de la tragédie, est synonyme de folie et de mort et ce dès la première rencontre entre les deux amants : « la grande houle dans le corps qui jouissait sans se livrer, ailleurs pour toujours, aimant et plein de haine. » Avant l’enfermement à l’asile, Camille est véritablement déshumanisée. Pensons simplement à ce passage où, tapie dans les fourrés, elle observe, en haut de la colline, la demeure de « Monsieur Rodin ». Qu’en est-il de cet amour fou qui va jusqu’à l’abdication devant l’homme « qui décidait de ces choses » ? Paul, le complice de l’enfance, l’ami, au tout début de cet amour dans lequel Camille « s’enivre de céleste » écrivait que « c’était se perdre que d’aimer de la sorte ». Amour tragique donc parce que l’on ne peut ni lutter contre ni l’assouvir, « Ils ne pouvaient ni être ensemble ni se séparer ». Une véritable fatalité pèse sur l’existence de Camille qui tel un héros tragique, boite. Cela ne peut manquer de nous rappeler l’héroïne du Soulier de Satin qui dépose aux pieds de la Vierge son soulier afin de ne s’élancer vers le mal qu’avec « un pied boiteux ». L’amour est inséparable de la mort, l’amour est la mort, pour Camille comme pour Paul : « cette femme qu’il avait aimée, il avait connu la mort qu’il lui fallait, l’amour, il n’en parlerait jamais autrement. »
(La Quinzaine littéraire, n° 872).

Mireille Tissier

- "Les relations mère-fille sont très conflictuelles : Louise ne vient jamais voir Camille mais correspond régulièrement avec elle. Elle lui envoie aussi des colis de nourriture, Camille refusant obstinément le confort de la première classe. A la mort de Louise, en 1929, Paul, frère cadet de Camille, continue de payer la pension de sa sœur. Mais il ne lui rend visite que de loin en loin, une fois par an en 1933, 1934, 1935 et 1936. Lorsque éclate la guerre, il se réfugie dans sa propriété de Brangues près de Grenoble (Paul à 71 ans).
A la date du 14 août 1942, il écrit dans son Journal : "Mauvaises nouvelles de ma sœur Camille tombée dans le gâtisme et q[ui] souffre des restrictions." Puis, à la date du 8 décembre 1942 : "Une lettre de Montdevergues m'avertit q[ue] ma pauvre sœur Camille va de plus en plus mal et me fait prévoir sa mort, q[ui] sera une délivrance, 30 ans de prison chez les fous, de 48 à 78 ans. Je me rappelle cadette jeune fille splendide, pleine de génie, mais ce caractère violent, indomptable !" Pour autant, il ne fait pas le voyage de Montdevergues où, d'après son Journal , il ne s'est pas pas rendu depuis août 1936."
(Camille Claudel – de la grâce à l’exil – la femme, la folie, la création, 20 mars 2010).

Edmonde Charles-Roux

- "Lorsqu’elle mourut (1), personne n’assista à sa mise en terre. Du reste, sa mère n’était jamais venue la voir. En 1962, lorsque le fils de Paul chercha à faire transporter les restes mortels de Camille dans le tombeau des Claudel, l’administration de l’hôpital psychiatrique fit savoir à la famille qu’il lui était impossible de retrouver la sépulture de Camille dans le cimetière."
(La Provence, 30 janvier 2005).

Mireille Tissier

- "Camille Claudel meurt le 19 octobre à 14h15. A 11 heures, Paul reçoit un premier télégramme l'informant que sa sœur est très fatiguée et que ses jours sont en danger. Puis à 5 heures un second qui l'informe qu'elle est décédée et que l'inhumation aura lieu le lendemain. "Ma sœur ! Quelle existence tragique ! A 30 ans, quand elle s'est aperçue q[ue] R[odin] ne voulait pas l'épouser, tout s'est écroulé autour d'elle et sa raison n'y a pas résisté. C'est le drame de l'Age mûr", écrit-il à cette nouvelle. Camille est enterrée dans une fosse commune du cimetière du village de Montfavet, dont dépend l'asile. Aucun membre de la famille n'assiste à la cérémonie comme en témoigne cette lettre rédigée par l'aumônier de l'asile à l'intention de Paul le 20 octobre 1943 : "Mr l'Ambassadeur - c'est l'aumônier de M[ont]devergues q[ui] vient vous présenter ses condoléances tout d'abord et ensuite v[ou] dire q[ue] Melle Claudel a été bien soignée. - Bonne nature, bien élevée, elle était très aimée dans son quartier et les infirmières avaient pour elle b[eau]c[ou]p d'attentions. L'aumônier q[ui] v[ous] écrit allait la visiter souvent et il était toujours reçu d'une façon charmante. Son agonie n'a pas été bien longue : elle s'est éteinte tout doucement après avoir reçu les sacrements."
(Camille Claudel – de la grâce à l’exil – la femme, la folie, la création, 20 mars 2010).


(Mont. JEA/DR).
Camille Claudel, jeune artiste ou vieille aliénée : toujours génie martyrisée.

A peine son père décédé, Camille Claudel est enfermée comme "folle". Abandonnée. Totalement. Punie à une lente peine de mort pour avoir porté trop d'ombre talentueuse à maître Rodin et pas assez bourgeoise grenouille de bénitier à l'estime de son frère ambassadeur (y compris des lettres).
Alors, pour traverser les murs de sa solitude plombée, Camille écrit. A son bourreau : sa propre mère, experte en tortures morales.

Camille Claudel :

  .............................................................................................."Montdevergues, 2 février 1927,

Ma chère maman, (2)

J'ai beaucoup tardé à t'écrire car il fait tellement froid que je ne pouvais plus me tenir debout.
Pour écrire, je ne puis me mettre dans la salle où se trouve tout le monde, où brûlotte un méchant petit feu, c'est un vacarme de tous les diables. Je suis forcée de me mettre dans ma chambre au second où il fait tellement glacial que j'ai l'onglée, mes doigts tremblent et ne peuvent tenir la plume. Je ne me suis pas réchauffée de tout l'hiver, je suis glacée jusqu'aux os, coupée en deux par le froid. J'ai été très enrhumée. Une de mes amies, une pauvre professeur du Lycée Fénelon qui est venue s'échouer ici, a été trouvée morte de froid dans son lit. C'est épouvantable. Rien ne peut donner l'idée des froids de Montdevergues. Et çà dure 7 mois au grand complet. Jamais tu ne peux te figurer ce que je souffre dans ces maisons. Aussi ce n'est pas sans une surprise d'épouvante que j'ai appris que Paul me faisait mettre en 1re classe. C'est curieux que vous disposez de moi comme il vous plaît sans me demander mon avis, sans savoir ce qui se passe; vous n'êtes jamais venus ici et vous savez mieux que moi ce qu'il me faut (...).
Je vous ai déjà dit que les premières classes étaient les plus malheureuses. D'abord leur salle à manger est dans le courant d'air, elles sont à une toute petite table serrées les unes contre les autres. Elles ont toujours la dissenterie d'un bout de l'année à l'autre, ce qui n'est pas le signe que la nourriture est bonne. Le fond de la nourriture est celui-ci - de la soupe (c'est-à-dire de l'eau de légumes mal cuits sans jamais de viande) un vieux ragout de boeuf en sauce noire, huileux, amère, d'un bout de l'année à l'autre, un vieux plat de macaronis qui nagent dans le cambuis, ou un vieux plat de riz du même genre en un mot le graillon jusqu'au bout, comme hors-d'oeuvre quelques minuscules tranches de jambon cru, comme dessert de vieilles dattes chauvreuses ou trois vieilles figues racornies ou trois biscottins ou un vieux morceau de fromage de bique : voilà pour vos 20F par jour; le vin c'est du vinaigre, le café c'est de l'eau de pois chiches.
C'est réellement faire preuve de folie que de dépenser un argent pareil. Quant à la chambre c'est la même chose; il n'y a rien du tout, ni un édredon, ni un seau hygiénique, rien, un méchant pot de chambre les trois quarts du temps ébréché, un méchant lit de fer où on grelotte toute la nuit (moi qui déteste les lits de fer) (...).
Je ne veux à aucun prix rester de la 1re classe et je te prie à la réception de cette lettre de me faire remettre de troisième comme j'étais avant.
Puisque tu t'obstines malgré mes objurgations à me laisser dans les maison de santé où je suis horriblement malheureuse, au mépris de toute espèces de justice, au moins économise ton argent et si c'est Paul communique-lui mes appréciations.
En as-tu des nouvelles ? Sais-tu de quel côté il est actuellement. Quelles sont ses intentions à mon égard ? A-t-il l'intention de me laisser mourir dans les asiles d'aliénés ?
(...)
Camille."
(3).


(Mont. JEA/DR)
Camille Claudel : La Valse (Dét.) et la stèle au cimetière de Montfavet où les restes de l'artiste furent mis dans la fosse commune.

NOTES :

(1) Edmonde Charles-Roux estime que Camille Claudel mourut de faim.
Ce qui rappelle "Le drame des asiles de Vichy", un article de Régis Guyotat :
- "Cinquante mille malades mentaux sont morts de faim sous l'Occupation. De nouveaux travaux d'historiens relancent un débat qui agite depuis 1987 le milieu de la psychiatrie.
Près de cinquante mille malades mentaux sont morts de faim, entre 1940 et 1944, dans les établissements psychiatriques français. L'hôpital du Vinatier, à Bron, dans la région lyonnaise, compta, à lui seul, près de deux mille victimes."
(Le Monde, 17 octobre 2003).

(2) L'orthographe de l'original a été respectée.

(3) Ce courrier a été publié par Jacques Cassar, dossier Camille Claudel, librairie séguier/archimbauld, 1988, 519 p., PP. 287 à 289.

Site de l'Association Camille Claudel ? Cliquer : ICI.

Bande annonce du film "Camille Claudel" de Bruno Nuytten (1988) avec Isabelle Adjani (coproductrice) et Gérard Depardieu (Rodin) ? Cliquer : ICI.

Plus dans l'esprit de cette page, un film de Bruno Dumont : "Camille Claudel 1915" est annoncé pour mars 2013. Avec Juliette Binoche dans le rôle de Camille. Bande annonce ? Cliquer : ICI.


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lundi 28 janvier 2013

P. 219. Dans le ventre de la baleine...


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givre (Ph. JEA/DR).


au début, la surprise est réelle, même pour les blasé(e)s de service :
dans le ventre de la baleine, l’éclairage est d’autant plus éblouissant
qu'au dehors, une tempête ténébreuse vient de passer à tabac l'océan
en brisant et en piétinant les astéries innocentes

murs et plafonds tournent en rond et ignorent les saisons
les fenêtres et autres soupiraux sont strictement prohibés
pas de coins de paradis pour les enfants ni de statues ridicules
de ces maîtres à dépecer la pensée dépassée

les passants polycopiés sont à peine plus nombreux que les trépassés à bouche baie
les premiers en bleu froissé ou en vert délavé, les autres en blanc cassé
les silences même en cendres pèsent le poids des absences
les horloges piquent les heures pour qu’elles ne recommencent pas à gémir

ce jeudi, le ventre de la baleine abrite le tournage d'un docu médical
silence ! moteur ! ça tourne ! clap début : « Rechute, 11ème »
les acteurs ne connaissent pas vraiment leur rôle ni leur texte
pourquoi s’impatienter ? il n’y a pas de sortie prévue pour les artistes



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jeudi 24 janvier 2013

P. 218. Troyes, janvier 1977, la voix de R. Badinter fait reculer la peine de mort...


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"L'Union", une du 18 février 1976 (Graph. JEA/DR).

Troyes, 21-24 janvier 1977 :
procès d’assises de Patrick Henry.


Une douzaine d’experts se sont succédé devant la cour, tous unanimes : l’accusé, vingt-quatre ans, est « normal ».
N’empêche…
Le 30 janvier 1976, il attendait le petit Philippe Bertrand, sept ans, à la sortie de son école troyenne pour l’enlever. Concrètement : le ravisseur l’enferme dans une chambre de l’Hôtel des Charmilles.
Dans la soirée, Patrick Henry est localisé alors qu’il appelle longuement les parents depuis une cabine téléphonique. Mais les gendarmes et la police judiciaire n’adoptent pas la même tactique. Les premiers échouent à lui mettre la main au collet et les seconds fulminent de voir toute filature réduite en miettes.
Pour sa part, le ravisseur affirmera lors de son procès qu’en conséquence de la tentative bruyante d’arrestation de la gendarmerie, il ne lui a plus semblé possible de libérer le petit Philippe.
Le lendemain, vers 17h et alors que le garçon regarde la télévision, Patrick Henry décrira devant le tribunal la scène fatale :
- « Il était assis. J’étais derrière lui. J’ai pris un foulard. J’ai serré. Deux minutes plus tôt, je n’y pensais pas. »

Christine Rigollet résume la suite :
- « Le 17 février, le corps du petit Philippe est découvert sous le lit d'une chambre sordide louée par Patrick Henry. Manifestement étranglé dès les premiers jours du rapt. "La France a peur", martèle Roger Gicquel en ouvrant le JT de 20 heures.
"Ce type-là n'était pas défendable", s'exclame Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire (…), des appels se font entendre qui réclament la peine capitale. » (1)

Couvrant le procès pour « Le Monde » (2), Pierre Georges décrit l’auteur du rapt et de l’assassinat :
- « Qui est donc Patrick Henry ? Rien d’autre qu’un visage impassible, froid, lisse, totalement neutre, sans réaction, un bloc de glace ou de pierre, figé dans une effrayante indifférence. A-t-il des remords ? Apparemment pas. Il est comme un masque devant l’horreur. »
Grand-père de la victime, Jean Larché s’exprime en tant que témoin :
- « Il est froid comme une vipère, froid, cynique. »
Avocat des parents de la victime, Me Johannès Ambre conclut :
- « Ce procès aurait pu être celui du chagrin et de la pitié. Il s’en est fallu de peu de chose, d’un élan du cœur, d’un élan de sincérité. M. et Mme Bertrand (…) ont souhaité savoir si celui dont ils allaient rencontrer le regard correspondait à ces descriptions. Dans ce regard, ils n’ont vu aucun remord.»

Détective (Graph. JEA/DR).

Un enlèvement et un assassinat odieux. Un coupable qui ne nie pas mais s’enferme comme une momie. Des aveux. Des preuves. L’avocat général, M. Fraisse, a une autoroute qui s’ouvre devant lui pour demander la peine de mort :
« Je n’ai jamais requis une peine que, comme juré, je n’aurai pu appliquer en mon âme et conscience. En raison des faits qui sont reprochés, je vous demande de voter la mort. Je crois à la dissuasion par la peine de mort, quand il s’agit d’un crime crapuleux. Je crois surtout au devoir impérieux pour une société de protéger ses membres en prononçant une peine irrévocable. Une société n’a pas le droit de mettre en danger la vie d’innocentes victimes. Si elle faisait autrement, elle engagerait se responsabilité si d’autres actes semblables se produisaient. Sans haine, sans passion, sans faiblesse, vous appliquerez les lois de votre pays. »

A ce stade du procès, Me Badinter (3), conseil de Patrick Henry, constate froidement :
« Il n’y a pas une chance sur mille, mais, cette chance, je la disputerai jusqu’au bout ». Une chance sur mille de sauver la tête du coupable.

Liliane Schlier suit le procès pour l'Express :
« Pour défendre cet homme déjà mille fois condamné par ses semblables, il a fallu chercher Me Robert Bocquillon, bâtonnier de Chaumont, où Patrick Henry était incarcéré. Chaque jour, il reçoit son lot de lettres d'injures. D'anonymes justiciers lui souhaitent toutes les calamités du monde pour le punir d'avoir accepté la défense de celui qu'on appelle "le monstre". "Vous êtes volontaire pour défendre un assassin, je suis volontaire pour vous abattre", signé: "Votre assassin". Menaces et insultes quotidiennes viennent de toute la France. A Paris, Me Robert Badinter, le deuxième avocat de Patrick Henry, n'est pas mieux partagé. Le téléphone lui réserve aussi son paquet d'ordures vengeresses. "De ma vie je n'avais rien vu de semblable à ce qui se passe dans cette affaire", remarque Me Badinter. » (4)

Me Boquillon :
- « Je suis bien faible, je suis avocat à Chaumont ; ce n’est pas de l’émotion, c’est de l’angoisse qui m’étreint avant de parler, parce que c’est de nous, et de nous seuls, que dépend maintenant la vie de Patrick Henry. Il y a sur ce prétoire une affreuse odeur de sang, le sang de la victime, un enfant sacrifié par un autre enfant qui n’avait même pas trouvé sa maturité. Nous avons, Robert et moi-même, une responsabilité affreuse mais aussi un devoir absolu : être la défense. Ce devoir, il est tout simple, tout bête, tout clair : il est de vous dire : ne faites pas cela. Vous êtes les derniers dépositaires de l’immense intérêt que peut représenter une vie humaine. Alors, si vous le voulez, le procès de Troyes entrera dans l’histoire.
(…)
Je suis d’ici, je suis comme vous, horrifié par ce crime. Ce procès nous concerne tous. Il nous dérange tous. Le monstre, c’est le fils d’une femme qui est ici. Il pourrait être le nôtre, le mien, le fils de tout le monde. Alors cette pitié qu’il n’a pas eue pour sa victime, je vous demande de tout cœur que vous l’ayez pour lui. »

Les "bois de la Justice" (Graph. JEA/DR).

La presse de l’époque décrit le bâtonnier Bocquillon comme un homme âgé, à la voix brisée, aux mains tremblantes. Lui succède Me Badinter, blême, la voix cassée (et s’exprimant sans notes) :
- « Il n’existe pas de grands procès. On croit que, parce qu’il y a beaucoup de monde, beaucoup de journalistes, c’est un procès différent des autres. Ce n’est pas vrai. Ici c’est lui, c’est vous et c’est un tout petit peu de moi. Quand tout sera fini ce soir, ce ne sera pas fini pour lui, pour vous ; et pour moi.
(…)
Quand M. l’avocat général demande la peine de mort, c’est à vous, après, qu’il la laissera. Vous êtes seuls ; vous seuls ici avez le droit de vie et de mort sur quelqu’un. Cela vaut bien, dans une vie de femme et d’homme (5), qu’on y réfléchisse à deux fois.
(…)
L’avocat général a dit trait pour trait ce que son prédécesseur disait il y a deux siècles à propos de la torture. Il vous demande de l’expédier avec un certificat « normal, bon à exécuter ». Ce n’est pas vrai. Il y a des siècles que l’on dit cela, qu’on le répète de génération en génération et ce n’est pas vrai (…). Et s’il est un endroit où on ne peut croire à l’exemplarité de la peine de mort, eh bien ! c’est ici ; où habitait Patrick Henry quand Buffet et Bontems (6) ont été condamnés à mort ? Vous n’exécutez pas une fonction de défense sociale, avec cette fonction sanglante ; on apaise, on fait croire que l’on défend ; on trompe. A mort, à mort, c’est politiquement payant. Et moi je vous dis : si vous le coupez en deux, cela ne dissuadera personne.
(…)
L’horreur. Si vous le tuez, votre justice est injuste. Qu’est-ce que la justice quand la douleur des parents, quand les larmes d’une Mme Henry [mère] n’apaisent pas les larmes d’une Mme Bertrand ? La justice, elle, est la proclamation des valeurs d’une société ou elle n’est rien. Qu’est-ce donc qu’une société qui traîne la guillotine comme un bien de famille ? Qu’est-ce qui a légitimé le droit de tuer ?
Vous allez voter maintenant. C’est vous et vous seuls, et chacun de vos votes est acquis pour toujours. Et puis il y aura un autre crime affreux. Et puis vous y penserez. Et puis il y aura l’abolition (7). Vous direz à vos enfants que vous avez condamné un homme à mort, même un tueur d’enfant, et vous verrez leurs regards. »

La cour de l’Aube délibère une heure trente seulement. Aux six premières questions, elle répond : oui, Patrick Bertrand est coupable. A la septième, celle des éventuelles circonstances atténuantes, réponse identique : oui.
Le condamné n’aura pas la tête tranchée.

Le poids d'une plaidoirie... (DR).

NOTES :

(1) Le Point, 21 février 1998.

(2) Les grands procès, 1944-2010, sous le direction de Pascale Robert-Diard et de Didier Roux, préface de Laurent Greilsamer, Ed. les arènes/Europe 1, 2009, 567 p., P. 227.

(3) Lire la p. 33 de ce blog : Robert Badinter, Les épines et les roses, Fayard, 2011, 280 p.

(4) L'Express, 17 janvier 1977.

(5) Le jury des assises auquel s'adresse R. Badinter, est composé de trois femmes et de six hommes.

(6) Incarcérés à Clairvaux, Claude Buffet et Roger Bontems tentent de s'en évader le 21 septembre 1971. Ils prennent en otages l'infirmière de la prison, un gardien et un détenu-infirmier. L'intervention des forces de l'ordre n'empêchera pas l'égorgement de l'infirmière et du gardien.
Le procès de Buffet et de Bontems se tient à Troyes du 26 au 29 juin 1972. Les deux inculpés sont condamnés à mort. Or, il s'était avéré devant la cour que Bontems n'avait pas tué lors de cette évasion avortée. Néanmoins, en tant que complice de Buffet, il n'échappa point à l'échafaud (le 28 novembre 1972). L'un de ses défenseurs n'était autre que Robert Badinter.

(7) Cette prédiction sera réalisée en octobre 1981, Robert Badinter assumant la charge de Garde des Sceaux du gouvernement Mauroy sous la première présidence de François Mitterrand.


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lundi 21 janvier 2013

P. 217. "Les pâtissières" de J-M Piemme


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Les pâtissières.
Auteur : Jean-Marie Piemme.
Metteur(s) en scène : Nabil El Azan assisté de Théo Zachmann.
Production Co-Réalisation : Les Déchargeurs / Compagnie La Barraca, théâtre monde.
La compagnie La Barraca est conventionnée DRAC Ile de France. Le spectacle bénéficie du soutien de l'Adami et de la copie privée. En partenariat avec le Figaroscope.
Les Déchargeurs, salle Vicky Messica du 08 janvier 2013 au 02 mars 2013 à 19h30.
Lumières : Philippe Lacombe.
Durée : 1h25.
Avec : Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo.
Scénographe(s) : Sophie Jacob.
Costumier : Daniéle Rozier.


Nabil El Azan, metteur en scène

- "Comme chez Tchekhov, comme chez Beckett, le temps est à l’œuvre dans Les Pâtissières. Le temps qui passe, le temps suspendu du rêve, et tous ces temps qui changent… Si bien que le discours des personnages s’en trouve modelé, malaxé, détourné, jusqu’au brouillage parfois ! Malin en effet qui puisse affirmer à quel moment exact de leur vie de retraitées ces pâtissières en sont quand elles parlent. Mais on n’est pas chez Tchekhov, ici ; encore moins chez Beckett. Avec un cadavre dans le placard et une enquête policière en cours, faut regarder plutôt du côté de chez Capra, de chez Audiard pourquoi pas, ou encore, en poussant un peu loin la fantaisie (comme j’ai envie de le faire), de chez Tim Burton.
De trompe-l’œil en faux-semblants, de simulacres en jeux de piste, la pièce avance pourtant sur des réalités familières, douloureuses même, de la vie. Ce qui me séduit particulièrement dans cette comédie grinçante c’est que les choses ne sont tout à fait pas ce qu’on croit qu’elles sont. On est bien au théâtre, au fond, avec ces Pâtissières-là. Vu sous cet angle, l’espace de la pièce, cette terrasse d’une maison de retraite où Mina, Flo et Lili « papotent », ne serait alors qu’un immense dispositif de jeu. Jeu de rôles, de miroir en abîme, jeu de massacre. Alors jouer, avec les deux Christine et la Chantal, on ne va pas se priver."

Francis Dubois

- "La première qualité de ces " Pâtissières" c’est le texte de Jean-Marie Piemme dont la structure échappe à la chronologie des événements et le ton entre la comédie, le drame en demi-teinte, la nostalgie sans excès et l’histoire policière.
Le récit jongle avec le temps, avec les époques et avec les différents genres pour le plus grand bonheur du spectateur qui s’y perd, mais s’y retrouve toujours et subit le charme d’une interprétation de haut niveau, solide et malicieuse, parfois farceuse, toujours jubilatoire."
(SNES-edu).

Gilles Costaz


- "Le dialogue semble quotidien, pas littéraire pour un sou et cache longtemps sa nature : est-ce de la rigolade ou une cuisson haut de gamme à plusieurs saveurs ? C’est tout l’art de Jean-Marie Piemme – le plus grand auteur du théâtre belge aujourd’hui – de bricoler le langage pour qu’il ait l’air de la parole gouailleuse en allant, en réalité, beaucoup plus loin que les bons mots chers aux dialoguistes de cinéma. L’air de rien, il saisit trois destins et, sans nostalgie, toute une société qui implose à travers ses trois personnages."
(Webthea).

Armelle Heliot

- "Aux Déchargeurs, viennent de débuter les représentations d'une comédie cocasse, féroce, malicieuse.
Cette création, modeste dans ses moyens financiers, mais d'une perfection formidable, bénéficie de la qualité d'une équipe remarquable.
On ne vous racontera pas l'argument d'une manière trop précise : disons qu'il y a trois soeurs, les Pâtissières. Elles avaient hérité l'affaire et l'art de petits gâteaux de leur père. Elles ont bien tenu la maison, mais voici qu'elles doivent vendre...Elles ont l'âge d'une sage retraite. Mais...
Chut ! Il y a dans ce thriller domestique, un vrai suspens...Un suspens pour rire, car l'essentiel est donné d'entrée...mais raison de plus pour ne pas en dire trop...
Jean-Marie Piemme a un excellent sens du théâtre et sa comédie est très bien construite. Ici, le plus, c'est une mise en scène précise, ludique, intelligente, tout en finesse de Nabil El Azan. Il a ici déployé un art fluide et précis, tout en détails subtils."
(Le Figaro, 11 janvier 2013).

Sylviane Bernard-Gresh

- "Le texte de Jean-Marie Piemme, sous des dehors pas très sérieux, porte un regard caustique sur notre époque. Christine Murillo est Mina, la généreuse ; Christine Guerdon, Flo, l'emmerdeuse, et Chantal Déruaz est Lili, l'enfant gâtée. Les trois comédiennes sont délicieuses, complices, drôles, acides et très bien dirigées par Nabil El-Azan."
(Télérama).


Jean-Marie Piemme,
Les Pâtissières,
Lansman Editeur, Carnières-Morlanwez, 2013, 48 p., 10 Euros.


915e ouvrage publié chez Lansman Editeur.
199e de la collection "Théâtre à Vif".

Prix des Metteurs en scène étrangers 2011-2012 décerné par le Centre des Ecritures Dramatiques Wallonie-Bruxelles.

Synopsis

- "Confrontées à des revers financiers qui les poussent à cesser leur commerce ancestral, les pâtissières - trois soeurs âgées de 60 à 70 ans - veulent entrer droites et fières dans l'éternité..."

Extraits

- "Flo : Dieu dit "l'Europe a fait son temps, c'est une volaille, je la coince entre mes genoux, je lui plume le cul". Comment être encore la reine de la basse-cour quand on a le cul plumé ? Sur ce, la pendule a sonné onze heures et j'ai pensé : la pendule aussi, il faudra la vendre."
(P. 12).

- "Flo : Je suis moche, ce matin. Mon visage est une vieille boîte en carton, les bords en sont déchirés, quelques papiers y traînent, je ne sais pas à qui ils appartiennent, le fond est humide et pour tout dire quasi percé. J'ai encore mille choses à y déposer, mais tout s'effondrera bientôt."
(P. 24).

- "Flo : On vit dans une société sale.
Mina : Pourquoi dis-tu ça ?
Flo : Perce que seule la cruauté a de l'avenir."
(P. 26).

- "Flo : Les caresses des êtres qu'on aime sont parfois douloureuses, elles pèsent sur votre peau comme une prison."
(P. 28).

- "Lili : Celle ou celui qui se résigne s'inflige une mort avant la mort."
(P. 31).

- "Flo : Les souvenirs sont plus vivants que les décombres."
(P. 44).

- "Mina : Dans cent ans, ici quelque chose enchantera les gens. Quoi ? Nous ne savons pas. Ils capteront des vibrations anciennes (...). Leur curiosité sera infinie. Ils nous imagineront. Ils nous seront reconnaissants d'avoir été là. Ils comprendront ce que nous avons voulu être. Ils diront que nous sommes une partie d'eux-mêmes enfouie dans le temps. Et dans l'éclat des yeux qui se souviennent, nous n'aurons jamais été aussi vivantes..."
(P. 46).


Simiane-la-Rotonde (Ph. JEA/DR).

La couverture de ces "pâtissières" chez Lansman Editeur, vous aura peut-être donné une vague impression de déjà vu. Et pour cause, l'illustration fut publiée sur la page 80 de ce blog (le 13 octobre 2011), page rassemblant quelques "Enseignes" rurales de France.
Loin de participer aux festins auxquels s'invitent les requins chagrins qui plagient à tort et à travers les blogs, l'éditeur espéra que cette photo pourrait lui être offerte pour la présente édition. Aussitôt demandé, aussitôt fait.

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jeudi 17 janvier 2013

P. 216. 17 janvier 1734 : naissance de F-J Gossec


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Si la photographie avait déjà été inventée... F-J Gossec (Graph. JEA/DR).

François-Joseph Gossec.
Né à Vergnies, le 17 janvier 1734 — mort à Passy, le 16 février 1829.
Son nom de famille se prête à moultes variétés orthographiques : Gaussé, Gossé, Gossée, Gossei, Gossey ou encore Gossez.

Présenté par la Médiathèque de Belgique :

- "Musicien wallon, François-Joseph Gossec se forme dans les maîtrises de la Collégiale de Walcourt et de la Cathédrale d’Anvers avant de gagner Paris où il se fait rapidement connaître. En 1760, il compose son Grand Requiem, dont l’influence sera non négligeable sur certaines œuvres sacrées de Mozart, mais aussi de Schubert. Ce Requiem sera par ailleurs exécuté lors des funérailles de Grétry."

Et par l’Orchestre Philarmonique Royal de Liège :

- "François-Joseph Gossec, compositeur hennuyer, est le protégé de Rameau. Directeur de l’Opéra de Paris, Gossec est aussi un révolutionnaire convaincu et un amoureux des grandes masses orchestrales qui ouvre la voie à Berlioz."

François-Joseph Fétis :


- "Gossec est un exemple remarquable de ce que peuvent produire le travail et l’étude. Fils d'un laboureur, dénué des avantages de la fortune et du secours des maîtres, il s'est formé seul, et s'est acheminé vers une route pure et classique, dont il semblait devoir être écarté par tout ce qui l'environnait. Placé dans une école imbue des préjugés les plus nuisibles, il a su se préserver de ses erreurs, et a jeté les bases de la splendeur où la musique française est parvenue. L'étude des modèles classiques et je ne sais quel pressentiment de la science, qui en est le génie, lui avaient fait devancer l’époque où cette science devait s'organiser et prendre de la consistance en France ; et lorsque les circonstances vinrent seconder ses vœux et ses efforts, on le vit, bravant les atteintes de l’âge, prodiguer à une jeunesse studieuse l'instruction qu'il ne devait qu'à lui-même, et qui était le fruit d'un travail constant."
(Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique,
Paris, Firmin Didot, t. IV, 1866, pp. 60-63).


Jeton pour "Le Concert des amateurs", créé en 1769 par Gossec. Entre deux lyres, le symbole du flambeau illustre la devise : "Le même feu les anime" (Graph. JEA/DR).

Henri Radiguer

- "En 1789, Gossec avait acquis, par ses œuvres et par son zèle artistique, assez de gloire pour immortaliser son nom et mériter l'admiration reconnaissante des musiciens. Il avait ouvert la voie à ses successeurs, en donnant les premiers modèles de symphonie, en créant des concerts, en développant l'orchestre par l'introduction des clarinettes, des cors, des trombones à l'opéra, par la recherche d'effets, comme le chœur invisible de l'oratorio la Nativité, chantant dans la coupole, qu'on retrouve dans Parsifal de Richard Wagner, comme l'orchestre de trompettes, cors, trombones, clarinettes et bassons, placé dans une tribune élevée et répondant pour le « Tuba mirum » de la Messe des Morts, à l'orchestre occupant la place habituelle, exemple dont s'inspireront Lesueur et Berlioz.
On a oublié ses symphonies depuis Haydn, ses opéras depuis le triomphe de ceux de Gluck, la Messe des Morts, depuis le Requiem de Mozart, et toutes ses initiatives depuis les heureuses imitations qui en furent faites. Mais il reste à Gossec une gloire qui n'a point été éclipsée : celle d'avoir été le plus grand musicien de la Révolution."
(La musique française de 1789 à 1815, Librairie Delagrave, Paris, 1931).

Marie-Claire Lemoigne-Mussat

- "Par sa production symphonique, son rôle dans l'élargissement de l'orchestre et la constitution d'ensembles d'instruments à vent, son goût pour les effets de spatialisation du son, Gossec a exercé une grand influence sur le développement de la musique instrumentale en France. Beethoven l'a admiré. Berlioz sera son héritier."
(Dictionnaire Napoléon, p. 811).

Stéphane Guy

- "Joseph Gossec est né sous Louis XV et mort sous Charles X, fondateur du Conservatoire de Paris avec André-Modeste Grétry, et compositeur ayant connu quatre rois, la tourmente révolutionnaire, le Directoire, le Consulat et l’Empire, favorable aux idées nouvelles et contraint à la retraite lors de la seconde Restauration. On se souvient à peine de sa Missa Pro Defunctis (1760), qui annonce pourtant le Requiem (1791) de Mozart, dont il fut un proche.
(…) Son oeuvre constitue un rare témoignage musical de l’époque révolutionnaire et d’une période charnière entre classicisme et romantisme français; au surplus, elle est remarquablement bien écrite."
(ConcertoNet, 28 février 2010).


Un Requiem composé à l'âge de... 25 ans ! (DR).

Claude Role

- "Gossec passe pour le tenant parisien de cette nouveauté qu’est l’orchestre, dont les profondes mutations en cours tendent à l’établissement définitif de celui connu à partir du XIXe siècle. Effectivement, l'un des premiers en France, il en
accroît les pupitres (surtout les vents), utilisant les ressources nouvelles
d’une palette orchestrale élargie dont la Messe des Morts sera l’aboutissement provisoire. Composée vers 1758-1760 par un Gossec à peine âgé de vingt-cinq ans, exécutée pour la première fois en mai 1760, elle constitue un indéniable chef-d’oeuvre dont Mozart, à Vienne, chez le baron Van Swieten (vers 1781), aura certainement en main la partition gravée par souscription. Dès 1760 paraît cette oeuvre originale dont les échos semblent se retrouver beaucoup plus tardivement dans les Requiem de Berlioz et de Verdi."
(Une biographie de Gossec, Philidor).

Bruno Bouckaert

- "Datée de 1760 et exécutée à maintes cérémonies funèbres de grands hommes de l'époque (notamment aux obsèques du compositeur André-Ernest-Modeste Grétry en 1813), la "Grande Messe des Morts" fut particulièrement célèbre en ces temps révolutionnaires.
L'on y ressent les derniers feux du Baroque tardif ainsi que l'influence du motet versaillais, vivifiée par une sensibilité novatrice, annonçant un romantisme dont Gossec, disparu en sa vénérable quatre-vingt quinzième année, connut d'ailleurs les prémices.
Plus encore que par sa force ou sa ferveur, cette Missa pro Defunctis se caractérise par ses élégants contrepoints, son imagination (le chromatisme harmonique de la fugue « Lux perpetua ») et sa poésie touchante.
Le « Tuba mirum » recourt à un groupe instrumental (clarinettes, trompettes, cors, bassons) jouant à distance : un effet de spatialisation dont se souviendra Berlioz dans son propre Requiem".
(Blog musique.arabe, 11 janvier 2009).

Gossec, préface de la partition gravée de la Messe des Morts, dédicace à ses mécènes :

- "Des encouragements que vous donnez aux musiciens, le plus puissant, je ne crains pas de le dire, est la noble distinction avec laquelle vous les traitez. Élever l'âme des artistes, c'est travailler à l'agrandissement des arts. Voilà ce que n'ont jamais senti ceux qui usurpent le titre de protecteurs, plus soigneux de l'acheter que de le mériter."
(1780).




I. Introduzione ; II. Introitus ; III. Te decet hymnus ; IV. Exaudi ; V. Requiem aeternam ; VI. Fuga Lux perpetua ; VII. Dies Irae ; VIII. Tuba mirum ; IX. Mors stupebit ; X. Quid sum Miser ; XI. Recordare ; XII. Inter Oves ; XIII. Confutatis ; XIV. Oro supplex ; XV. Lacrimosa ; XVI. Judicandus ; XVII. Pie Jesu ; XVIII. Vado et non revertar ; XIX. Spera in Deo ; XX. Cedant ; XXI. Sanctus ; XXII. Pie Jesu ; XXIII. Agnus Dei ; XXIV. Requiem aeternam.