MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 19 décembre 2011

P. 99. Cet appareil photo où nichent quelques oiseaux...

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Tourterelle émigrée de Turquie pour les Ardennes françaises mais risquant grandement d'intéresser la police des airs et des frontières (Ph. JEA/DR).

Avant de lire cette page, prière de laisser dehors appeaux, cages, filets, glu et autres miroirs des trahisons
ici, donner des noms d'oiseaux ne revient surtout pas à insulter
que ces oiseaux soient dénoncés ailleurs comme de mauvais augure et prenant vite la mouche, ils restent infiniment plus drôles, plus légers, plus libres que les tous les épouvantails du monde se donnant la main :

- alcidés accros aux jeux de hasard,
ardents ardéiformes,
coureurs de fond solitaires,
diurnes nyctalopes,
échassiers échalas,
gallinacés amateurs de galipettes et de gauloiseries,
grimpeurs et sans reproches,
intrépides impennes,
hugoliens victorieux,
migrateurs se fichant des montres et des horloges,
nocturnes avec sons et lumières,
palmipèdes pathétiques,
passereaux passéistes,
percheurs imités dangereusement par des chats joueurs,
plongeurs dégoûtés des restos,
rapaces amateurs de ragots,
ratites accusés injustement d'être ratiocineurs,
oiseaux terrestres se mettant vite en boule...


Bouvreuil bourlingueur (Ph. JEA/DR).

Son cousin pas exactement germain (Ph. JEA/DR).

Freux condruziens (Ph. JEA/DR).

Merle moqueur sifflant un verre au comptoir du Rouge Ventre (Ph. JEA/DR).

Un chiffon rouge (Ph. JEA/DR).

Spectateur assidu des salles de cinéma projetant les films de la nouvelle vague (Ph. JEA/DR).

Aurore, Chausey (Ph. JEA/DR).

Crépuscule, Jardeheu (Ph. JEA/DR). 

Bébé cigogne née en Ardennes de France, entre Eteignières et le Repos du Lièvre (Ph. JEA/DR).

Loriot peu loquace (Ph. JEA/DR).

Tourterelle éventail (Ph. JEA/DR). 

Pinson pince-sans-rire (Ph. JEA/DR).

Mésanges se sustentant avant d'aller au charbon (Ph. JEA/DR).

Fainéant mais l'assumant, le faisan (Ph. JEA/DR). 

Busard, vous avez dit : busard ?, comme c'est bizarre (Ph. JEA/DR).

Hirondelle manouche (Ph. JEA/DR).

Coq au vent de l'église St-Martin à Prez (Ph. JEA/DR).

Pour ouvrir l'album photos de ce blog, cliquer : ICI.






  

jeudi 15 décembre 2011

P. 98. Toponymie sommaire d'une baie...

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Onival (JEA/DR).

De la Tête de Bois
au Valencendre
en passant par le Purgatoire...

A la Tête de Bois

Au Chemin au Sel, Au Chemin de Pendé
Aux Hêtraies Panier

Bienfay

Bois aux Fourmis
Bois Châtaigne, Coeurot, Corporel
Bois de Bonnanse, de Longavesne, de Maintenay, de Plumoison, de Romaine, de Sel, de Tachemont
Bois de la Cavéette, de la Morue, de la Rançonnière, de la Vépière
Bois de l’Héritier
Bois des Balais, des Chats, des Enfers
Bois du Fond des Pendus, du Mont Pillard, du Pendant, du Sec Mont
Bois Manchu, Roclore, Vieillard

Aigneville
Bourseville
Embreville
Fressenville, Friville
Huchenneville
Larronville
Mancheville, Martaigneville, Moyenneville
Poulleville
Saigneville

Bout de Bas, de Haut, de la Rue de la Folie, des Petits Arbres

Chanteraine

Château Robinet

Chapelle Notre-Dame de la Bonne Mort (ruinée)

Cavée d’Embreville
Cavée de Saint-Mard
Cavée Maréchal

Chemin de la Cornaille, de la Rue Gros Martin,
Chemin Perdu,

Courant de l’Accul

Cayeux-sur-Mer (Ph. JEA/DR).

Défriché de Cantatre

Derrière les Plants Pruvôt

Escarbotin

Ferme de la Bouillarderie
Ferme de Poutrincourt, de Requiem
Ferme des Dardanelles
Ferme du Petit Teratu, du Puits d’Amour
Ferme la Margueritelle
Ferme Brioche, Outurquin, Pinchemont, Touvent

Fond de la Brutelette, de la Gâtelette
Fond des Anglettes, des Blanquettes, des Montoires
Fond du Bout de Zeurre
Fond Grand-Mère, Pierre d’Orge

Fond des Cinq Chemins, Les Cinq de l'Hôpital
Bois des Six, Les Longs Six, Sixième Renclôture
Les Sept Câteleux
Les Huit Journaux
Les Neuf du Prince, Sole des Neuf,
Les Onze Journaux
Les Douze au Bosquet, Les Douze Sabras
Les Seigneuries aux Quatorze
Le Bosquet des Vingt
Chemin des Vingt-Deux
Les Vingt-Deux et les Cinquante
Les Soixante au Montcravel
Les Cent Journaux
Hutte des 400 coups

Fossé des Longues Oreilles

Grands Arrachis, Grands Yeux

Haut du Mont à Cailloux
Hautebut
Haut Hornicourt
Haut Terroir de Bromoncourt

Heurtevent

Marée lasse (Ph. JEA/DR).

La Basse Enviette, La Basse Haye Ronde
La Brèche des Champs, La Brique de Fer
La Carpleuse, La Catouillette, La Charrette Brûlée, La Chausséette de Salennelle, La Cornaillerie, La Cornette, La Culbute, La Culette
La Flaque de la Prison, La Flaque du Vieux Moulin
La Fosse aux Femmes, La Fosse aux Os, La Fosse Magriton
La Frénésie
La Grande Canarderie, La Grande Recousse
La Haie de Pleuves, La Haie Colette, La Haie Héduite
La Haute Pâte, La Haute Vue
La Hotte à Coulon, La Hourdelière
La Madelon de l’Authie, La Maille d’Argent, La Malassise, La Malvoisine, La Mollière de Terre
La Périsette, La Petite Recousse, La Pied-Sente
La Pierre Sainte, La Pierre Trouée
La Pointe à Chemise
La Pruquière
La Renclôture de la Gaîté
La Rue du Flot, La Rue Noire
La Sauvagine, La Savatte, La Sentinelle Perdue, La Servelle, La Solette
La Tête de Vache, du Renard
La Vallée à Cailles, La Voyette des Plaideur

La Blanche Tache
Le Blanc Pain, Le Blanc Pigeonnier

Le Buisson à l’Argent, Le Buisson Gaulois

Le Balentraire, Le Bosquet Brûlé, Le Bout de Poireauville
Le Buisson Bidoux, Hidoux, Joly
Le Camp du Cygne, Le Cavaleu, Le Champ Cornu, Le Chante Pic, Le Clocher de Fer, Le Courtillier, Le Courtil Hochedé, Le Crève-Coeur
Le Fer à Cheval, Le Fief Delattre
Le Gargantua
Le Hallot Pouilleux
Le Noir Carme
Le Paradis à Vaches, Le Pélican, Le Percher du Curé, Le Petit Pendé, Le Petit Rossignol, Le Plan Monsieur, Le Purgatoire
Le Reculé, Le Rideau Abattu, Le Roucoulet, Le Rougemât, Le Royon de la Ville
Le Sentier de Longuemort, du Merisie
Le Soleil Levant
Le Tale Pot, Le Trou à Mouches
Le Val à Lin, Le Val aux Lépreux
Le Vert Logis, Le Voyeu

Les Amourettes, Les Airs d’Eglise, Les Arbres Bouton
Les Buissons Chauds
Les Cailloins, Les Coffres Ferrés, Les Crampes du Mont Huet
Les Fausses Croix
Les Galeries d’Amont, Les Goulots
Les Merliers, Les Mousents
Les Roncettes
Les Salinettes
Les Torniolles, Les Trous aux Etots

L’Enclos Bourgeois, Bouteleux, Gatte, Mouchette
L’Enviette, L’Etrangle-Vache

L’Epine Blond, de Nibas, Rose

L'Enclos Guillaume Obry (Ph. JEA/DR).

Maison forestière de la Bouillarderie

Malgré le Monde

Marais de Poutrincourt, Noirette

Mont de Fer, des Cucuds, des Marlis, Epineux, Le Montmignon, Le Mont Rôti

Pinchefalise

Plaine à Baudets
Plaine aux Pipes
Plaine de Flexicourt
Plaine d’Hocquélus
Plaine des Salmondes
Plaine du Bosquet de Fienne, du Croc Neuf, du Moulin Brûlé, du Nœud Vincent
Plaine en de-Ci
Plaine Lolotte

Prairies de Wathiéurth
Prés de Bichecourt

Remise des Menants, du Moulin, du Sècheret, Naquart

Rideau d’Adrien le Caux
Rideau de mon Grand-Père
Rideau des Pendants, des Routieux

Sole Barre Duquesne
Sole de Beaumer, de la Maladrie
Sole du Bois Caton, du Bois de Belloy
Sole du Luvet, du Moulin Manette, du Pain d’Epice, du Sureau
Sole vers la Halle

Terres à Carottes, à Serpe, à Vache, à Vierge
Terres aux Lions, aux Perdrix, aux Tombes
Terres de la Charité, du Pain
Terres Rondes, Vineuses

Valencendre

Brouillards sur la Malvoisine (Ph. JEA/DR).

Pour d'autres cieux, d'autres toponymies, cliquer : ICI.

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lundi 12 décembre 2011

P. 97. La course en zigzag d'une... droite française à travers les champs xénophobes du FN

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Détournement d'une affiche FN (Mont. JEA/DR).

P. 56 de ce blog, étaient remis en perspective les discours de rejets des étrangers prononcés par Marine Le Pen sur la scène de son théâtre électoral et dont les souffleurs avaient les visages de hérauts de l'extrême droite française avant et pendant le Seconde guerre mondiale. Quand les irremplaçables idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité étaient vitriolés officiellement, si pas envoyés en camps et de préférence sans retour !
Juste quelques brefs rappels sur la xénophobie à la mode de Vichy. Les juifs représentaient la cible centrale mais comme le soulignait Antonio Munoz Molina : "Chacun peut devenir le juif d'un autre" !

Armand Bernardini :

- "Nous ne craindrons pas de le dire - et sans éprouver en conscience le sentiment de tenir le langage d'un sectarisme inhumain - le Juif même qui peut paraître le mieux "assimilé" doit être encore mis au régime de la liberté surveillée. Quand bien même il pourrait établir que sa famille est fixée en France depuis le moyen âge et que ses frères sont convertis depuis quelques générations !" (1)

Henri Béraud :

- "On a voulu rendre au pays ses droits, qui sont des droits d'héritage. Il s'agit de remettre aux fils la gestion du bien de leurs pères. Un mot dit tout cela, c'est le mot patrie.
Nous voulons faire place nette et compter nos amis. Quand il s'agira d'ouvrir notre maison à l'étranger digne de confiance, nous réclamerons l'honneur de tenir à deux mains les battants de la porte. Mais il doit rester entendu que cette maison est la nôtre, et que nul autre que nous, gens d'ici, n'aura désormais le droit d'y parler en maître.
Ramenons les choses à leur point. C'est de notre existence qu'il est question; notre "droit de vivre", comme le disait l'organe des synagogues. Or, ce droit commence et finit par la lutte contre les principes de destruction. Le plus virulent de ces principes, on le connaît : c'est le virus hébraïque. A nous d'agir en conséquence." (2)

Jean Boissel :

- "Il faudrait donc exiger de tout Français de souche des preuves d'aryanité remontant AU DELA de la Révolution dite française, laquelle ne fut en réalité qu'une révolution juive, maçonnique et anglaise." (3)

Pierre Costantini :

- "Les Juifs n'en demeurent pas moins les maîtres. Ils connaissent trop bien notre pays et savent en tirer les ficelles sentimentales. A-t-on oublié que les Juifs avaient réussi à installer Blum et son ghetto, légalement, républicainement, au pouvoir, à la tête de la France de Louis XIV et de Napoléon ?
Il y a encore des Juifs en France. C'est inouï : mais cela est. Ils forment un Etat dans l'Etat, un nouveau cheval de Troie." (4)

Henry Coston :

- "Nul homme ne peut se réclamer à la fois de deux nations, ni jouir des prérogatives attachées à chaque nationalité en esquivant les charges de l'une et de l'autre." (5)

Jacques Doriot :

- "Le système démocratique n'est autre que l'instrument d'une race dégénérée : la race juive." (6)

René Martial :

- "Les mauvais croisements déterminent aussi la perte de la beauté physique de la race, les descendants sont mal réussis, leurs proportions fausses, leurs traits mal fondus. Ils ont aussi un caractère difficile, des idées baroques qui jurent avec celles de la communauté ambiante (...). Tous les éleveurs savent cela. Ils disent du mauvais métis qu'il est "décousu". N'est donc pas Français qui veut et toutes les criailleries des immigrés, que le Français bon enfant a laissé entrer sans contrôle chez lui, n'y feront rien." (7)

- "Le culte du veau d'or, l'enfant qui vient, considéré comme une charge au lieu d'un accroissement heureux, la stabilité dans l'égoïsme et l'instabilité dans la société, la pullulation des métis, les naturalisations opérées au moyen de protections politiques, le féminisme anglo-saxon exacerbés par les Juives, la clameur des revendications dont les Juifs et les Judéo-francs-maçons étaient toujours les avocats, tout cela a mené la France à l'abîme." (8)

Charles Maurras :

- "Nous sommes les maîtres de la maison que nos pères ont construite et pour laquelle ils ont donné leurs sueurs et leur sang. Nous avons le droit absolu de faire nos conditions aux nomades que nous recevons sous nos toits." (9)

Lucien Rebatet :

- "Le monde chrétien, à la naissance des idées démocratiques, crut qu'il pouvait oublier les lois sagement édifiées au cours de nombreux siècles. Il ouvrit aux Juifs les portes des ghettos séculaires. Il a cruellement payé cette générosité inconsidérée.
Nous voyons, au bout d'un siècle et demi, les dernières conséquences de l'émancipation juive. Cette race ennemie, fanatique et féroce, n'a pas cessé un seul instant d'aspirer à établir sur notre race blanche une domination qui dégénérerait immédiatement en une épouvantable anarchie." (10)

Paul Riche :

- "Mort au Juif ! Voilà ce à quoi nous sommes réduits pour avoir été confiants, sans défense, obligeants, charitables, accueillants, pour avoir traité les youpins sur un pied d'égalité, pour avoir accepté les grands faux principes de la judéo-maçonnerie, pour nous être empêtrés dans le labyrinthe capitaliste de la République juive, pour avoir écouté Blum, supporté Mandel (...) pour nous être enjuivés !" (11)

Paul Sézille :

- "Le problème est bien simple. Il est NATIONAL-RACIAL-SOCIAL.
D'ailleurs, dans la nouvelle Europe qui se construit, la France aura à prendre position sur ce point. Sa rénovation serait, en effet, impossible s'il n'existait demain un statut éliminant les Juifs, non seulement de la Communauté nationale, mais, d'une façon générale, de la Communauté européenne. "Les Juifs sont cause de toutes nos ruines." Ils n'ont pas à prétendre être égaux en droits avec nous (...).
Maintenant, mes chers amis, il faut en arriver également à une autre lutte, lutte pénible peut-être, mais nécessaire ; celle contre les enjuivés (...). Car si les Juifs sont pour nous des ennemis avérés, les domestiques des Juifs et ceux qui les protègent sont encore des ennemis plus néfastes, puisque, sous le couvert de notre Communauté française et même européenne, ils nous trompent et nous trahissent en faveur des Juifs." (12)

Xavier Vallat :

- "En France, nous sommes chez nous, les étrangers ne peuvent y être que des invités, des visiteurs ou des domestiques." (13)

Rapprochement de deux affiches de la propagande de Vichy. Une France "éternelle" mais réduite à un "esprit" de clocher (Mont. JEA/DR) (14)

Mais alors que s'accélère la course à l'échalotte des élections, une droite certaine s'est évertuée (sic) à rejoindre l'extrême droite sur une espèce de ligne Maginot populiste. Celle-ci serait censée protéger (lisez : enfermer sur elle-même) une France estimant qu'un siècle pour les lumières, ça suffit et qu'il est temps de les éteindre ! Dignes de leurs ancêtres les Gaulois, resteraient les "vrais" Français face à tous les étrangers assez sots pour évoquer utopiquement les droits de l'homme.

Pas encore sociale, toujours trop peu culturelle mais sans cesse harcelée par les meutes des pouvoirs financiers, l'Europe ressemble à un coche avec en mouches le couple Merkozy. Les racismes s'épanouissent chez nous et à qui mieux mieux sur les fosses septiques de l'extrême droite. Ces fosses sont approfondies et élargies par des droites trahissant l'humanisme pour un populisme banalisé.
La dernière "surprise du chef" de l'Etat français à propos du vote des étrangers, illustre cruellement ces régressions. Car le 23 novembre dernier, devant 3.000 Maires invités à l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est renié lui-même sous les applaudissements :
- "Je crois que le droit de voter et le droit d’être élu dans nos territoires doit demeurer un droit attaché à la nationalité française… Il n’y a rien de choquant, rien d’anormal à ce que les électeurs et les élus des territoires de France soient français !"

Concrètement et si rien n'évolue, dans mon village des Ardennes françaises, je vais continuer à voter aux municipales. Seront toujours tenus à l'écart les jours d'élection, des habitants bien plus anciens, bien plus présents et autrement actifs que moi, mais pas Européens...

Libération, 29 novembre 2011 (DR).

Dans ce contexte, le professeur Esther Benbassa (15) a prononcé devant le Sénat un discours en prologue duquel elle a recensé quelques retournements de veste évidents à charge de "vedettes" de la politique-girouette actuelle. Cette sénatrice a rappelé les espoirs nés de la Révolution et leurs pauvres restes en ce début du XXIe siècle.
Voici l'introduction et les conclusions de ce Rapport au Sénat sur le projet de loi relatif au vote des étrangers (8 décembre 2011).

Esther Benbassa :

"Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, Cher(e)s collègues,

- « J'avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux. À compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien »
(Nicolas Sarkozy, Libre, Paris, Fixot-Robert Laffont, 2001, p. 214).

- « […] je crois que c'est un facteur d'intégration »
(Interview de Nicolas Sarkozy, 30 octobre 2005).

- « Vouloir priver des étrangers qui travaillent, vivent, font vivre, et payent leurs impôts, de toute forme de citoyenneté et de toute participation à notre vie démocratique, n'a d'autre sens qu'une ségrégation »
(Éric Besson, Pour la Nation, 2010, p. 65).

- « Étendre le droit de vote aux élections locales aux ressortissants des pays qui furent colonisés par la France, qui sont des pays francophones, qui ont appartenu à notre République, et qui sont aussi ceux qui entretiennent avec elle les liens les plus profonds et anciens, constituerait un signal fort du maintien de cette grande tradition républicaine d'accueil et d'intégration » 
(Éric Besson, ibid., p. 67-68).

- « Je voudrais, mes chers collègues, appeler votre attention sur le fait que nous sommes dans le dernier peloton des pays européens à devoir encore accorder le droit de vote aux résidents étrangers […] Le vote municipal des étrangers est-il une atteinte à la souveraineté nationale ? Évidemment non, car la souveraineté est confiée […] au Gouvernement et au Parlement, et non aux municipalités » (Gilles de Robien, AN- 2e séance du 3 mai 2000. Vote des étrangers).

- « Un authentique décentralisateur ne peut pas être opposé à un débat sur le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers résidant depuis plusieurs années dans une commune. Ce pourrait être un signe de la France à leur endroit »
(Jean-Pierre Raffarin, Pour une nouvelle gouvernance, 2001).

- « Donc, vous voyez, c'est simplement oser l'audace et l'imagination. »
(Interview de Brice Hortefeux, à France-Info, le 26 octobre 2006).

Après avoir entendu les quelques lignes que je viens de vous lire (16), toutes écrites ou prononcées entre 2000 et 2010, par MM. Nicolas Sarkozy, Éric Besson, Gilles de Robien, Jean-Pierre Raffarin et Brice Hortefeux, je devrais être convaincue qu'aucun de nous ne saurait voir d'objection à ce que notre Assemblée se prononce unanimement pour le droit de vote et d'éligibilité des étrangers non-communautaires aux élections municipales. Qui donc a dit que nous n'étions pas d'accord ?

Et pourtant, ce sont d'autres discours que nous entendons désormais tenir. L'exclusivisme nationaliste actuellement en vogue m'évoque parfois des temps bien sombres, moins généreux, en tout cas, que ceux de 1793, quand un révolutionnaire prétendait faire citoyens français tous ceux qui « respirent sur le sol de la République » et qu'on avait élu, à la Convention nationale, plusieurs députés étrangers. Car, faut-il le rappeler, les concepts de nationalité et de citoyenneté apparaissent, au début de la Révolution, comme distincts. Il n'était pas nécessaire, alors, d'être Français pour pouvoir participer à l'exercice de la citoyenneté que représentait le vote. Et l'article 4 de Constitution de l'an I disposait que pouvait être admis à l'exercice des droits de citoyen français « tout étranger qui sera[it] jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l'humanité ». De l'humanité, pas de la nation."

Introduction à la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (Doc. JEA/DR).

Conclusions de Mme Benbassa (LVEE) :

"Vous l'aurez tous compris, notre commission des lois est évidemment favorable à l'adoption de cette proposition de loi constitutionnelle. Si elle emporte, comme je l'espère, vos suffrages, notre pays s'honorera d'avoir ajouté une belle page à son histoire de démocratie et d'accueil (16). Ma conviction présente est le fruit d'une réflexion scrupuleuse. Elle s'enracine aussi dans une expérience.

Elevée loin de la France dans un amour inconditionnel de la France, de sa langue et de ses idéaux, dans l'amour d'une France qui avait su réhabiliter le capitaine Dreyfus (on oubliait, dans ma famille, qu'elle l'avait condamné), j'ai été moi-même une étrangère, une immigrée. Et comme il y a presque un siècle Apollinaire – autre étranger, autre immigré –, je tiens – je cite – pour un « honneur » que « la grande et noble nation française » m'ait accueillie « comme un de ses enfants ».

Le pays des droits de l'Homme ne peut, aujourd'hui pas plus qu'hier, manquer à la mission qui est la sienne. Montesquieu, avec tant d'autres, nous montre la voie. Montesquieu qui, dans De l'Esprit des Lois, écrivait simplement :
« L'amour de la république, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l'amour de la démocratie est celui de l'égalité » (rééd., Classiques Garnier, 1961, tome 1, p. 46)."

Intégralité de ce discours sur le blog d’Esther Benbassa, cliquer : ICI.

NOTES :

(1) Armand Bernardini, L'Ethnie française, n°6, mars 1942.

(1) H. Béraud, Sans haine et sans crainte, Ed. de France, 1942, pp. 227-228.

(3) Pseudonyme de Marie Jean Anselme (1891-1951). Le Réveil du Peuple, 10 août 1942.

(4) L'Appel, 26 août 1943.

(5) Paris-Soir, 25 août 1940.

(6) Le Cahier jaune, n°3, février 1942.

(7) René Martial, Notre race et ses aïeux, Secrétariat général à la Jeunesse, 1943.

(8) René Martial, Les Métis, Flammarion, 1942, p. 9.

(9) L'Action française, 31 octobre 1940.

(10) Je suis partout, 6 juin 1942.

(11) Au pilori, 14 mars 1941.

(12) Le Cahier jaune, n°2, décembre 1941.

(13) Soleil de Marseille, 1919.

(14) Rien que la semaine dernière, il a été constaté que deux documents publiés avec la précision Mont. JEA/DR ou Doc. JEA/DR avaient été reproduits sans demande préalable et donc sans autorisation - malgré les droits réservés -. Les sites plagiaires n'ont pas évidemment estimé élémentaire de citer leur source. Il s'agit du Cercle social E. Quinet (Céline) et d'un carpe diem canadien (Desnos).

(15) Auteur notamment de La souffrance comme identité, Fayard, 2007, 306 p.

(16) Esther Benbassa commentera ensuite :
- "Je commence à parler, la droite crie, vocifère, hurle. Elle n'est pas d'accord avec ce que je lis.
Très vite, je m'arrête, et je dis à mes adversaires que ce que je lis – et que ce qu'ils sont en train de huer – ce sont les propres déclarations de Sarkozy et de ses ministres ou anciens ministres, toutes favorables à l'octroi de ce droit de vote."
(Rue 89, 10 décembre 2011).

(17) Sondage IFOP :
- "Plus d'un Français sur deux (55 %) se prononcent pour l'instauration du droit de vote des étrangers aux élections locales pour les non européens résidant depuis plus de cinq ans en France."
(Sud Ouest, 11 décembre 2011).

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jeudi 8 décembre 2011

P. 96. Adem - Oxygène, le film

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Un seul et même film :
- Adem, en version néerlandaise,
- Oxygène, en version française.


Site du ministère belge des Affaires étrangères :

- "Au Festival des Films du Monde à Montréal, au Canada, le film belge Adem (Oxygène), long métrage du metteur en scène Hans Van Nuffel, a remporté le Grand Prix des Amériques, le prix principal du festival, ainsi que le Prix du Jury Oecuménique. Par ailleurs, la presse et le public ont également fort apprécié ce film. Suite au 'buzz' causé par ce film, une projection supplémentaire s’est avérée nécessaire."
(12 octobre 2010).

Meilleure découverte à Berlin :

- "Aux Prix européens du Cinéma, Hans Van Nuffel, un Belge, a décroché le Prix de la meilleure découverte pour « Adem », son premier long métrage."
(Le Soir, 4 décembre 2011).

Synopsis :

- "Comme Lucas, son frère aîné, Tom est atteint d’une maladie génétique qui détruit ses poumons. En révolte contre son entourage et pour conjurer son espérance de vie réduite, Tom fréquente une bande de petits délinquants et vit intensément chaque minute de sa vie. Pourtant, à l’hôpital Tom est séduit par l’optimisme de Xavier qui souffre comme lui de la mucoviscidose et il succombe à l’humour dévastateur d’Eline, une jeune patiente confinée en chambre d’isolement.
Cette double rencontre va donner à Tom un nouveau sens à sa vie."

Hans Van Nuffel, biographie :

- "Né en 1981, il est diplômé du RITS, l’école de cinéma de Bruxelles. Son court-métrage de fin d’année THE END OF THE TRIP lui vaut la Wildcard du Fonds Flamand pour l’Audiovisuel. Cette aide financière lui permet de réaliser son second court-métrage, FAL, un film noir récompensé au Festival de Cinéma Leuven Kort et par le prix du Jury du Festival des Films du Monde de Montréal en 2008. Ces deux dernières années, il s’est consacré à la préparation de son premier long métrage OXYGÈNE."

Hans Van Nuffel et son film :

- "Il est vrai qu’au cours des années, j’ai souvent eu l’impression que les hôpitaux étaient comme des industries et les patients, des morceaux de viande. Le travail des docteurs y est bien plus de vous remettre sur patte que de vous réconforter psychologiquement. C’est une vision mécanique ne laissant aucune place à l’empathie et aux rapports humains. La vérité, c’est que lorsque les gens se sentent bien, ils guérissent mieux et plus rapidement."

Tom (Stef Aerts) le double de Hans Van Nuffel (DR).

Décembre 2011
meilleure découverte cinéma à Berlin...
et chez vous ???

Christophe Carrière :

- "Au larmoyant les scénaristes ont préféré le flamboyant. Leur jeune héros est pourtant atteint de la mucoviscidose, maladie qui laisse peu de place à l'espoir. Entouré de personnes souffrant de la même maladie, le garçon se révolte puis décide de savourer chaque instant de sa vie"
(L’Express, 11 octobre 2011).

Guillaume Fournier :

- "Il aurait été aisé, pour le cinéaste flamand Hans Van Nuffel, de verser bêtement dans le mélodrame afin de plaquer ce récit d’un jeune homme atteint de fibrose kystique qu’il avait en tête, et qui s’inspirait assez librement de sa propre expérience. Heureusement, avant d’être une simple "victime", Van Nuffel est d’abord et avant tout cinéaste, et le récit qu’il élabore en conséquence a bien davantage d’ambition que simplement celle de susciter la pitié chez son spectateur. En traitant ses personnages comme les êtres complexes qu’ils sont et en refusant de faire d’eux des martyrs, Van Nuffel élève son discours et réfléchit plus justement et largement à la nécessité pour l’homme d’évoluer dans l’illusion de son immortalité afin de mieux vivre sa vie. Un premier film tout en maîtrise, qui laisse présager le meilleur pour la suite."
(voir.ca, 4 novembre 2010).

Romain Le Vern :

- "En apparence, Oxygène ressemble à un de ces téléfilms pédagogiques pétris de bonnes intentions qui précèdent usuellement les débats télévisuels. En fait, il vaut mieux que cette impression fugace. Ce coup d'essai, dont on retient plus les qualités que les défauts, se situe quelque part entre Never Let Me Go et La permission de minuit, deux récents films hantés par la morbidité où l'espoir fait vivre. Au-delà de la maladie (la fibrose kystique, une maladie génétique qui s'attaque aux poumons), le récit propose le portrait d'un adolescent qui, confronté à la mort, passe du morveux qui grille sa vie au jeune adulte rattrapé par sa conscience et obsédé par ce qu'il va laisser aux autres. Les questions qui en découlent sont moins mièvres que cruelles : quel est la part d'espoir lorsque tout est condamné à l'avance ? Est-il possible de vivre une histoire d'amour ?"
(Excessif).

Tom (Stef Aerts) et Eline (Marie Vinck). Dans le désordre : la maladie, l'amour, la mort (DR).

Jacques Mandelbaum :

- "Son héros, Tom, est un adolescent atteint de cette atroce maladie génétique qu'on nomme la muscovicidose, qui détruit les poumons et qui condamne à une mort certaine à court ou moyen terme. Allez inventer une fable avec cela !
C'est pourtant ce que fait Hans Van Nuffel, en partant du postulat qu'on pourra difficilement lui contester, à savoir que les victimes de maladies létales ont le même droit que les autres à devenir des personnages de fiction.
Il brosse pour ce faire un portrait haut en couleur de Tom, en tête brûlée qui, n'ayant rien à perdre, a décidé de jouir de chaque seconde qui lui reste à vivre. Trafic de drogue, défonce avec les copains, virées interdites hors de l'hôpital où sa maladie le confine, rythment le film, jusqu'au moment où sa rencontre avec un autre patient, Xavier, ainsi qu'avec Eline, dont il tombe amoureux, infléchissent le récit vers une sorte de roman de formation inversé, puisqu'il aboutit à la mort plutôt qu'à la vie."
(Le Monde, 11 octobre 2011).

Loelise :

- "Une simplicité, une pureté, un cri d'espoir, une claque, un moment hors du temps, une envie, de la colère, de l'amour, un combat, du souffle, de l'humour "un peu noir", du courage, de la ténacité, du rêve, du don de soi, du don d'autrui, une réussite... et bien d'autre choses encore, voilà ce qu'ont été mes 98 minutes à voir oxygène !!!"
(Télérama, 15 octobre 2011).

Alice Leroy :

- "Assorti de son pote Jimmy, version flamande du parfait cockney, la mèche lustrée avec le même soin que ses jantes de voiture, Tom tue le temps entre petits larcins et virées sans but dans une tire carrossée comme un Kinder surprise. Si le film est chapitré d’ellipses de plusieurs années, le temps ne semble pas avoir de prise sur Tom, qui reste le même adolescent indécis. Le scénario ébauche des pistes invraisemblables, tel un improbable trafic de médicaments auquel se livreraient les deux copains après un premier vol fructueux dans les réserves de l’hôpital ouvertes à tous les vents. Au détour d’un couloir d’hôpital, Tom finit quand même par rencontrer des têtes moins abruties que son vieux copain Jimmy dont le QI dépasse difficilement sa température annale. Xavier, un baroudeur aux airs de grand frère (Wouter Hendrickx, tout droit sorti de La Merditude des choses), souffre lui aussi de la mucoviscidose, tout comme sa petite amie Anneleen (la pétillante Marie Vinck) qui ne veut pas que sa maladie soit un obstacle à son désir d’enfant. Face à ce couple parental bien plus combatif que les siens, Tom échappe au fatalisme qui plombe son quotidien, longues disputes familiales où les adultes, médecins ou parents, voudraient prendre à sa place des décisions qui lui appartiennent, et anniversaires sans joie où ni son frère ni lui n’ont jamais assez d’air pour souffler leurs bougies. Avec Eline, princesse contagieuse en quarantaine dans une chambre vitrée, Tom ébauche une histoire d’amour téléphonique aux accents de sous-Restless. Sortie de l’univers ouaté de l’hôpital, leur romance tourne à l’aigre et Tom revient bientôt à ses amitiés masculines."
(Critikat, 11 octobre 2011).

Tom et son copain Jimmy (Wouter Hendrickx) (DR).

Steven Tuffin :

- "Peut-être que cela semble un peu cliché, mais Hans Van Nuffel en tant que 'first time director' se charge de rendre neufs les éléments mêmes les plus typiques. Dès lors, il n'utilise pas l'approche du jeu vidéo dans la lignée de 'Ben X', il mise sur une mise en scène équilibrée qui traduit de manière appropriée les situations tragiques. Tant les performances d'acteurs subtiles du nouveau visage Stef Aerts et des têtes familières Marie Vinck et Wouter Hendrickx que l'admirable jeu de caméra du photographe de 'De helaasheid der dingen' Ruben Impens contribuent à élever le film à un haut niveau."
(cinenews.be, 7 septembre 2011).

Fabienne Bradfer :

- "Adem, c’est avant tout l’histoire d’un jeune mec (un Stef Aerts très convaincant) qui survit. Conscient de sa finitude, il est en urgence. Cela se traduit par des errances dans les couloirs de l’hôpital, des pizzas dévorées sur le coin du lit, des virées avec une bande de copains peu fréquentables, des courses-poursuites dans les sous-sols, du vol de médicaments, de l’amour à travers une vitre de chambre d’isolement, de la déprime. Évitant toute lourdeur psychologique, le film, porté par la fougue et les maladresses de la jeunesse, se révèle drôle, émouvant et romantique à souhait. Van Huffel, atteint lui-même de la fibrose kystique, a pris assez de distance par rapport à la maladie pour en faire l’environnement de son film et en dire les réalités sombres sans plomber l’atmosphère. Par là, il rappelle joliment à chacun l’importance de vivre tous les instants, sans en oublier aucun."
(Le Soir).

Site du film, cliquer : ICI.




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lundi 5 décembre 2011

P. 95. 5 décembre 1972 : un tribunal inflige la fessée à Michel Polnareff

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"Je te donnerai tous les bateaux, tous les oiseaux..." (Le Hourdel - Ph. JEA/DR).

Octobre 1972.

Michel Polnareff avait annoncé rien moins que sa révolution à l'Olympia. Le nouveau tour de chants, sans offrir de "barricades mystérieuses", comprenait effectivement des titres qui vont échapper aux effets de mode :

"Le Bal des Laze"
Tous les bateaux,
Tous les oiseaux
Tous les soleils
Toutes les roses,
Toutes les choses
Qui t’émerveillent
Petite fille de ma rue
Tu n’as jamais vu
Tous les bateaux
Tous les oiseaux
Tous les soleils
L'île au trésor
Et les fruits d’or
Et les abeilles
Ne pleure pas petite fille
Moi je t’ai rêvée
Tu es venue
O mon enfant
Mon inconnue
Je t’ai trouvée
Dans cette rue

Je te donnerai
Tous les bateaux,
Tous les oiseaux
Tous les soleils
Je t’apprendrai
Le bruit des villes
Le nom des îles
Petite fille de ma rue
Tu n’as jamais vu
Les goélands
Et les images
De l’aurore
Quand l’océan
N’est pas encore
Un paysage
Ne pleure pas petite fille
Viens
Il y a des voiles
Sur les étoiles
Ô mon enfant
Mon inconnue
Il y a bal
Loin de ta rue

Je te donnerai
Tous les bateaux,
Tous les oiseaux
Tous les soleils
Toutes les roses
Toutes les choses
Qui t’émerveillent
Petite fille de ma rue
Je te donnerai
Les océans
Les goélands
Et les fruits d’or
L’île au trésor
Et les grands bals
Sur les étoiles
Ne pleure pas ô mon amour."



5 décembre 1972.
Michel Polnareff et son attaché de presse, Gil Paquet, se retrouvent devant la première chambre du tribunal de police de Paris. Tous deux sont poursuivis pour :
- "avoir fait exposer sur la voie publique des affiches ou des images contraires à la décence."

Nombreux et acquis au chanteur, le public assiste à cet échange entre le président du tribunal et Polnareff.
Le président : "Vous avez voulu créer un impact publicitaire ? Choquer le bon bourgeois ?"
Polnareff : "Non. C'est un canular et non une agression. Le but était de faire rire."
Le président : "Et vous pensez que cela a fait rire ?"
Polnareff : "Oui, et ça continue... Il y a plus indécent : Yves Saint-Laurent nu, par exemple..."
Le Président : "C'est tout ce que vous avez à me dire ?"
Polnareff : "Oh ! non, le sujet est inépuisable."
Le Président : "Il faudra nous revoir."

La parole est au procureur qui réclame une condamnation pour chacune des affiches par lesquelles le récital Polnareff d'octobre était annoncé. Motif de l'ire du représentant du ministère public : "l'indécence" de cette publicité.
Avocat de la défense, Me Dreyfus répond : "La décence n'est que relative et elle s'applique dans un contexte (...). Il serait regrettable que vous condamniez un canular, un pied de nez qui moque l'époque et les moeurs d'aujourd'hui." 

Jugement rendu le 20 décembre 1972.
Le chanteur est condamné à 6.000 amendes de 10 F.
Peine identique pour son éditeur Paul de Soneville.
Auteur de l'affiche, Gilbert Paquet écope de 6.000 amendes de 5 F.
L'artiste évoquait un pied de nez. La justice a répondu par quelques milliers de coups de pied légaux au posté-rieur du chanteur !!!

L'affiche "contraire à la décence" (DR).

La défense - défaite - de Polnareff évoqua d'autres affiches ayant fleuri en cette fin 1972 sur les murs de Paris et n'ayant pas, elles, été traitées comme autant d'atteintes vénéneuses aux bonnes moeurs. D'où, selon l'avocat, des risques d'arbitraire, de justice sélective. Mais jugez-en par vous-même...

Justine de Sade ?

Ce film plutôt racoleur ne laissa pas de traces profondes dans l'histoire du cinéma. Sans doute une tentative de planter un pied de caméra dans les jardins de l'érotisme et deux autres dans les marais de la pornographie. Du Sade à l'eau de bassin de récupération.

Synopsis :

- "Adaptation d'un des plus célèbres romans du marquis de Sade "Justine ou les malheurs de la vertu". 

Loïc Blavier :

- "Au cœur de sa collaboration avec le producteur Harry Alan Tower, Jess Franco se voit chargé d'adapter le Marquis de Sade pour la première fois de sa carrière (bien d'autres opportunités suivront). Et pas n'importe quel livre du Divin Marquis : son plus fameux, le sulfureux Justine ou les malheurs de la vertu, dont la rédaction fut entreprise pendant le séjour de l'auteur à la Bastille. Le résultat aboutit au plus gros budget dont ait jamais bénéficié Jess Franco (...). Le rôle du Marquis fut même proposé à Orson Welles, mentor de Franco en des temps reculés, où le réalisateur espagnol aux soixante pseudonymes secondait le réalisateur américain sur Falstaff. Devant la perspective de figurer dans un film érotique et de tourner lui-même au milieu de femmes nues, Welles refusa. Le rôle échut donc à Klaus Kinski, qui ne fit pas peur aux femmes nues malgré son caractère de cochon, et qui ne croula certainement pas sous les dialogues à apprendre : son rôle n'en a aucun. Contrairement à ce que l'on peut croire face à l'introduction du film, Franco ne s'attarde pas beaucoup sur la rédaction de Justine par le marquis emprisonné. Le réalisateur y revient certaines fois entre deux scènes, en profitant pour y placer ses zooms flous censés nous faire partager l'état d'esprit tourmenté de Sade. Quelques hallucinations assez incompréhensibles et une musique pompeuse de Bruno Nicolai viennent également s'ajouter à ces petites scènes qui ont en plus le défaut de venir casser le rythme du métrage..."
(TortillaFilms).

Me Dreyfus, faussement indigné : "Justine attend, nue et enchaînée, d'être flagellée". Le tribunal n'a pas réagi devant cette affiche mais a préféré lourdement fesser Polnareff (DR).

Fellini Roma ?

Plus sérieusement, la défense a soumis également à la sagacité du tribunal l'affiche d'un vrai chef d'oeuvre du 7e art. Allait-on fermer légalement les yeux sur la louve symbolisant ce film de Fellini mais condamner l'affichage d'un postérieur promis dès lors à une certaine postérité ?

Synopsis :

- "La vie à Rome de 1930 à nos jours vue par un de ses admirateurs, Federico Fellini. Fresque monumentale où réalité et fantasmes du réalisateur sont étroitement mêlés." 

Passion Cinéma :

- "Tourné une année après “Les clowns” (1971), “Fellini-Roma” constitue sans doute l’aboutissement grandiose de la démarche menée par Fellini qui, film après film, s’est débarrassé des oripeaux néoréalistes de ses débuts – “La Dolce Vita” (1960) et son refus de l’intrigue constituant un tournant décisif. Dans ce qui constitue son treizième long-métrage, le cinéaste italien tire un portrait absolument personnel (comme l’indique son titre) de la Ville éternelle — où le temps passe quand même, ainsi qu’il le prouve à tout bout de champ! Reprenant en quelque sorte lui-même le rôle du cinéaste de “Huit et demi”, Fellini mêle sans transition passé et présent, réel et imaginaire, pour former une image quasi mentale où la distinction entre subjectif et objectif n’a plus lieu d’être! Tel s’avère, pour Fellini, le plus sûr moyen de livrer “la bonne impression”, celle dictée par une ville qui, à l’entendre, est le lieu de tous les mensonges, de tous les déguisements, puisqu’elle abrite tout à la fois le siège du gouvernement, de l’église et du cinéma."
(Les liens ne figurent pas dans le texte original mais ont été placés pour cette page).

Cinematek :

- "Rarement cinéaste aura consacré à une ville un film aussi original et flamboyant que celui dédié à Rome par Federico Fellini ! Le réalisateur s'y met lui-même en scène, tantôt en personne alors qu'il prépare un film sur la ville éternelle, tantôt sous les traits d'un jeune provincial arrivant à Rome au milieu des années 1930, épisode nourri de souvenirs intimes. Si l'on peut parler de cinéma à la première personne du singulier, c'est bien de celui-ci qu'il s'agit ! Fellini quitte rapidement toute logique narrative pour nous livrer les fascinants éléments d'une poétique urbaine, faite de réalités interprétées et de francs fantasmes. Les images marquantes abondent, telles la cavalcade de motards au milieu des ruines antiques et autour du Colisée, le banquet populaire dans les rues ou la découverte souterraine de fresques que la lumière et l'air envahissant leur cachette ont pour effet de les faire s'effacer sous nos yeux. Fellini exprime et exorcise son angoisse d'une modernité destructrice tout en concédant sa fascination critique et amusée à son égard. Il règne sur ce film à la fois drôle et hanté, exultant et crépusculaire, une atmosphère magique que sert idéalement la photographie sublime de Giuseppe Rotunno."
(Cinémathèque royale de Belgique, 2011).

Le tribunal se garda bien de se laisser entraîner en pareil terrain miné qui le verrait s'en prendre à Fellini au nom d'un sacro-saint respect de la "décence". Trop risqué. Tandis que Polnareff, cet "artiste de variétés" se produisant à l'Olympia, salle dont le président du tribunal se moque au passage, voilà un gibier de potence à portée de la justice.

Résultat : la justice est donc passée, concierge-gardienne d'une moralité rigoriste tandis que Polnareff, pleurant "des larmes de verre", s'exilera pour longtemps sur le nouveau continent.

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