MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 16 août 2012

P. 173. "Tourbillon", le film

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Site : http://www.tourbillon-lefilm.com/

Synopsis

- "Elle a 81 ans et elle danse encore. Au Brésil, Bastu vit au rythme des fêtes de son village, de la musique traditionnelle, de ses imaginations surréalistes et des rêves qui ont composé sa vie.
Un matin, elle découvre son mari décédé dans son sommeil. Malgré le deuil soudain et l'impression de réapparitions incessantes, elle conserve tout son esprit, ses notes d'humour, son envie de s'amuser et de vivre."

Dossier de presse

- « Bon, tu es mort, ça suffit maintenant, qu’est-ce que tu veux encore ? » Dans sa maison de São Romão, au coeur du Sertão brésilien, l’octogénaire Bastú ne verse pas une larme quand elle trouve son mari Feliciano mort dans son lit. Mais l’impassibilité dont elle fait preuve face à ses petits-enfants masque un travail de deuil complexe : la présence du mort la tourmente, elle l’entend travailler la nuit dans son atelier de maréchal-ferrant. Comment aurait-elle peur, elle qui rappelle que jeune fille, elle aimait s’amuser à tirer au pistolet ?
Dans une veine ethnographique nourrie de musique locale (les magnifiques séquences de chant de Maria, l’amie de la grand-mère) comme de réalisme magique (les réalisateurs se réfèrent aux romanciers João Guimarães Rosa et Gabriel Garcia Marques), cette fiction fait jouer leur propre rôle à des acteurs non professionnels filmés dans leur intérieur, avec leurs objets quotidiens."

Helvécio Marins Jr. et Clarissa Campolina


- "Bastu et Maria, toutes deux octogénaires, sont deux femmes fortes et pleines de vie. Elles conduisent la narration de TOURBILLON aux côtés de leurs petits-enfants et neveux. Maria, c’est le mystère, la sagesse et la force du Sertão. Très ancrée dans les traditions locales, Maria a hérité de ses parents l’art des percussions. Sa musique, simple et authentique, évoque le temps passé et le monde qui l’entoure, ses croyances, l’amour, la souffrance et les rêves. Par son mystère, elle nous montre des vérités et des motivations qui nous resteront inaccessibles. Nous trouvons qu’il y a une véritable beauté dans cette incompréhension.
Bastu est plus sage, joyeuse, c’est une qui personne comprend les transformations de la vie. Elle est capable de dissoudre les frontières entre la réalité et l’imagination. Sa façon de voir les choses inspire une forme différente d’interaction avec le monde. TOURBILLON commence avec la mort de Feliciano, le mari de Bastu, et suit cette dernière dans ses questionnements et son désir de se rétablir dans une nouvelle vie. Lors de cette quête, le film dérive et dévoile son environnement, faisant ainsi la place aux plus jeunes et au paysage local. Ceci apporte l’atmosphère de leur vie contemporaine. Les jeunes personnages ont un rôle important dans le film. Ils portent de nouvelles formes de relation à la ville, au mariage et aux traditions. Ils ont un regard différent sur le monde et de nouvelles perspectives de la réalité. Dans ce contexte, les relations entre les personnages révèlent une tension subtile entre la réalité et l’imagination, entre la tradition et le mode de vie contemporain, entre la vie et la mort, le temps passé et le présent."


Maria (DR).

Xavier Leherpeur

- "Entre ses amis, sa famille, son goût pour la fête et la récente perte de son époux, Marie, 81 ans au compteur, continue de tracer sa route, répondant aux coups du sort par un large sourire jamais résigné. Le documentaire de Helvécio Marins Jr. et Clarissa Campolina évite l’écueil du pittoresque enjoué pour dessiner le portrait contrasté, entre énergie débordante et mélancolie profonde, d’une femme haute en couleur, digne des romans de García Márquez ou Juan Rulfo."
(CinéObs, 14 août 2012).

Journal cinéphile lyonnais

- "Un objet cinématographique un peu déroutant, dont on ne sait pas très bien s’il s’agit d’un docu-fiction, ou quoi… Fiction, assument les réalisateurs, mais basée sur la vie de personnages existants… Tourné avec des non professionnels, le film est « rattaché à la réalité de ses acteurs ».
Helvécio Marins Jr. s’est lancé dans la réalisation de Tourbillon, son premier long métrage, après avoir été récompensé pour plusieurs courts métrages.
Clarissa Campolina, spécialisée en arts plastiques et réalisatrice de courts elle aussi, l’a suivi dans l’aventure avec la même envie de faire découvrir au public, une population et un lieu qui les a fascinés tous les deux."
(13 août 2012).

Jacques Mandelbaum

- "Le personnage principal, Bastu, est une vieille et forte femme, férue de tir au pistolet et peu encline au sentimentalisme, qui vient de perdre son mari. Celui-ci lui rend depuis lors des visites régulières et inopportunes, à la faveur de la nuit, qui laissent penser à Bastu qu'il est "encore pire qu'avant". Le naturel avec lequel Bastu entremêle la réalité et le songe détermine la tenue du film et le type de rapports entre les personnages.
D'un côté Maria, la copine octogénaire de Bastu, complice en sortilèges et en humour, chanteuse et percussionniste hors pair. De l'autre, les petits-enfants des deux grands-mères, qui éprouvent tendresse et affection pour les ancêtres, ce qui ne les empêche pas de cultiver un rapport plus contemporain au monde.
Le film, qui fait de l'absence jamais justifiée de la génération intermédiaire l'une des clés de sa beauté et de son mystère, divague sans objectif précis, si ce n'est celui de composer une sorte de fugue où la présence somptueuse de la nature, l'incantation chantée, l'esprit des mots et l'inquiétude de l'avenir forment un tableau comme suspendu dans le temps.
On pense, plus d'une fois, à la superbe indolence de l'été portugais mise en scène dans Ce cher mois d'août (2008) de Miguel Gomes. Rythmée par le cours infini de la rivière proche, le Sao Francisco, la magie endeuillée de Tourbillon opère ainsi sans qu'on y prenne garde. Comme le dit Bastu, "ce n'est pas le temps qui s'arrête, c'est nous qui nous arrêtons".
(Le Monde, 14 août 2012).


Bastu (DR).

Thomas Roland

- "Cette œuvre sur le deuil peut en rebuter plus d’un par son refus d’utiliser la grammaire cinématographique, ses dialogues qui semblent improvisés tout en étant didactiques, ses acteurs non dirigés et son absence de réelle histoire. Une intrigue légère où des personnages apparaissent et disparaissent dans le quotidien de Bastu rendent le tout un brin décousu. Comme dans la vie. Pourtant, Tourbillon bénéficie d’un beau travail de photographie, arrive à capter le réel pour mieux le rendre palpable malgré la barrière de l’écran. Parfois, l’ambiance flirte avec le fantastique, notamment lors d’une scène de rituel dans une rivière, le plus beau passage du film, qui par son traitement du son acquiert des accents tarkovskiens."
(Mondomix, 15 août 2012).

Jean-Baptiste Viaud

- Tourbillon est un film de musique, en forme de mélodie même, rythmé par les chansons traditionnelles que Bastu fredonne tout le temps et dans lesquelles elle puise joie et conseils de vie. « Je vais cesser de t’aimer pour pouvoir enfin vivre. » À 81 ans, il est encore temps. Et puis elle rit, elle rit toujours, à gorge déployée même si sa voix ne porte plus autant qu’avant. Elle rit parce que c’est drôle, en fin de compte, cette vie qu’elle aime mais qui n’a pas de sens. « Nous n’avons ni début, ni fin. Nous ne sommes ni jeunes, ni vieux. Nous vivons, c’est tout. » Tourbillon n’oublie pas d’être un film de cinéma, et pas une œuvre de ciné-club en terra incognita. Marins Jr. et Campolina font s’alterner plans serrés pour les petits détails du quotidien, comme ratisser les feuilles sur son perron ou faire du thé ; et plans larges pour les vastes paysages, ces paysages infinis du Brésil, tout autour et juste à côté, dans lesquels Bastu ne s’aventure que rarement."
(Il était une fois le cinéma, webzine).

Virgile Dumez

- "Pétri de références prestigieuses, le travail des deux novices se glisse dans les pas rigoureux de cinéastes aussi intransigeants que Carlos Reygadas, Nuri Bilge Ceylan ou encore Apichatpong Weerasethakul. Sublimé par une photographie très travaillée, Tourbillon offre de purs moments contemplatifs qui devraient bouleverser tous les amateurs de cinéma exigeant. Grâce à une attention maniaque apportée à la prise de son, les auteurs parviennent à saisir les moindres nuances d’un intérieur et à faire des éléments naturels une symphonie. Autant d’éléments qui font de cet hymne à la vie une expérience sensorielle unique."
(avoir-alire.com).





Julien Gester

- "Le film tisse ainsi son joli mystère, tournoyant élégamment autour de quelques béances jamais expliquées - grands-mères et petits-enfants vivent ensemble, mais où sont les fils et les filles ? De sa protagoniste, il adopte le singulier régime d’appréhension du monde, comme pour mieux scruter ce qui en elle résiste furtivement au deuil.
Quand le village pleure le défunt, Bastu demeure en effet impassible, pareille aux eaux du fleuve São Sebastião, qui chemine non loin et par lequel désertent peu à peu les jeunes gens. Alors qu’elle perd la vue, elle songe, pleine de gourmandise, à São Paulo et ses lumières - elle connaît, elle aime bien, elle y est allée de nombreuses fois (mais seulement en rêve, bien évidemment). Elle ne verse pas une larme, tout juste se rappelle-t-elle avoir pleuré une fois, il y a longtemps."
(Libération, 15 août 2012).

Autres films à l'affiche de ce cinéma rural ? Cliquer : ICI.

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lundi 13 août 2012

P. 172. Un bia bouquet de dix gaillardes pour Christian Delwiche

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Six pages de ce blog ont été rédigées et illustrées par des invité(e)s :

- "Imaginez un pays", la Belgique de Jean-Charles Verlinden, P. 18
- "Haïkus du bord de mer" et de Danièle Duteil, P. 26
- "Li Bia Bouquet" de Christian Delwiche, P. 40
- "Julos Beaucarne" sur l'île aux trésors de Colo, P. 90
- "Cette si petite surface du globe" d'Isabelle C..., p. 105
- "La Mère Castor peint-et-rature", p. 159.

En introduction à la P. 40 du 2 juin 2011, ces quelques mots présentaient la capitale de la Wallonie devenue petit oiseau sortant de l'appareil photo de Christian Delwiche :

- "Depuis 2002, il arpente Namur
en long, en large, en marge,
à pied, à cheval sur les lignes blanches, en voiture électrique, en Namourette (1),
prenant des airs de rien et de beaucoup
en vrai lumeçon (2), en authentique sosson (3)
en Namurois, quoi...
chaque semaine, son site met en vitrine un nouvel album de près de 80 photos et l'on se bouscule, venu parfois de très très loin, pour ne pas laisser se perdre ces moments de rêver encore, de peaufiner ses nostalgies, de rire avec les trognes du coin, de revenir sur ses propres pas, de repartir vers d'autres lendemains qui chantonneront en Wallon..."

Ce 15 août 2012, Christian Delwiche, fête les dix ans de son "Bia Bouquet" (4). Soit près de 29.000 photos sur un seul sujet polymorphe : Namur. La ville et ses passants se révèlent, semaine après semaine, des phénix renaissant des cendres de nos souvenirs. Et le photographe, un artiste dont on ne sait jamais par quelle grâce il va sortir de son chapeau des moments magiques...

Rendez-vous est dont donné ce 15 août à 15h15, à l'ombre de la Maison de la Culture de Namur, à quelques pas de la Porte de Sambre et Meuse (5), sur un espace de verdure entre pierres et rivière. Non pour une cérémonie avec un pesant concours de discours. Mais d'abord pour un rendez-vous de copines et de copains rassemblés comme un Bia Bouquet de dix gaillardes (6) offertes à Christian Delwiche (dont voici quelques clichés récents publiés grâce à sa générosité).


(Ph. C. Delwiche).
Namur : bien plus que des décors pour cartes postales. La Sambre depuis la Citadelle.



(Ph. C. Delwiche).
Les Namurois et leur humour teinté d'auto-dérision et accessible aux lents et même très lents d'esprit (7).



(Ph. C. Delwiche).
Histoires namuroises. 1660 : l'école dominicale pour les pauvres, 20 rue Rupplémont (8).



(Ph. C. Delwiche).
Namur insolite pour des piétons pas pressés...



(Ph. C. Delwiche).
Les Namurois et leur sens de la fête. Ici une enseigne de croustillons (9).



(Ph. C. Delwiche).
Namur et ses rêveries qui ne trompent pas l'oeil...



(Ph. C. Drelwiche).
Namur qui refait le monde...



(Ph. C. Delwiche).
Départ en musique, depuis le Marché aux Légumes, pour aller rejoindre le 15 à 15h15, la bande sons et lumières des sossons de C. Delwiche.



(Ph. C. Delwiche).
Que vous veniez à pied, à cheval, si possible pas en voiture, mais pourquoi pas en Namourette ?



Message de Christian Delwiche...


NOTES

(1) Navette fluviale. Elle flotte les mois d'été sur la Sambre aussi bien que sur la Meuse. Une manière originale d'échapper aux embouteillages et autres problèmes insolubles de parking.

(2) Une limace. En Wallon, un escargot se dit : "caracole". Allusion à la lenteur proverbiale des Namurois.

(3) Un ami, un compère, un joyeux compagnon.

(4) "Li Bia Bouquet : Le Beau Bouquet". Chanson composée par Nicolas Bosret en 1856. Notamment air des Fêtes de Wallonie, à Namur. A la fin des années 1950, il était toujours obligatoire de l'apprendre dans l'enseignement secondaire.
Refrain :
- "C’èst d’mwin li djoû di m’ mariadje,
Aprèstez, aprèstez tos vos bouquèts.
Nos lès mètrans au cwârsadje
Dès bauchèles di nosse banquèt.
Mins c’èst l’ mène li pus djolîye
Ossi vraîmint dji m’ rafîye
Di lî doner li bouquèt.
Elle aurè li bia bouquèt."

(5) Erigée en 1728, cette porte monumentale est l'oeuvre de Denis Georges Bayar (1690-1774), architecte et sculpteur namurois.

(6) La Gaillardia grandiflora rappelle les couleurs du drapeau wallon : un coq rouge sur fond jaune or.

(7) Place de la Bourse à Namur. Djoseph et Francwès sont deux personnages sortis de l'imagination de Jean Legrand et qui symbolisent à eux deux les spécificités des Namurois.

(8) L'Ecole des Pauvres, propriété de l'abbaye de Floreffe, fut louée à la Ville de Namur. Puis au XIXe, les Jésuites y donnèrent des cours de catéchisme. Leur succédèrent des instituteurs laïcs pour les enfants du quartier. Puis les Frères des Écoles chrétiennes y enseignèrent à leur tour. Jusqu'au mayorat de Louis Namèche (1977-1982) sous lequel elle devint une école communale.
L'ASBL «Escholle Dominicale pour les Pauvres», à caractère social, anime ce bâtiment historique depuis janvier 2008.

(9) Recette de croustillons (beignets) : Battre des œufs et du sucre, ajouter du lait, de la farine et de la levure. Chauffer une friteuse à 180°c. A l'aide de deux cuillères à café, façonner de petites boules de pâte à confier à la friteuse. Les laisser dorer en les retournant. Les boules ne doivent être ni trop mollassonnes ni trop costaudes. Les égoutter sur du papier absorbant et les servir saupoudrées de sucre glace. Les croustillons peuvent être parfumés avec de la cannelle, de la vanille, de la fleur d'orange etc...


(Ph. C. Delwiche).
Lieu de rendez-vous pour la fête à Christian Delwiche, le 15 août.


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jeudi 9 août 2012

P. 171. Le fond de l'air est moins rouge depuis la mort de C. Marker

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Gilles Jacob

- "Esprit curieux, cinéaste infatigable, poète amoureux des chats, vidéaste, personnage secret, immense talent, sommes orphelins de Chris Marker."

Thomas Sotinel


- "Refusant de se laisser photographier ou interviewer, Chris Marker n'était pas pour autant un misanthrope, comme en témoignent ses nombreux proches. "C'était un homme profondément honnête, politiquement et cinématographiquement", a dit au Monde l'un de ses proches, le cinéaste Costa-Gavras."
(Le Monde, 30 juillet 2012).

Dominique Poiret

- "Il était l’un des grands cinéastes de notre temps mais le plus secret aussi. On lui doit des chefs-d’œuvre témoins du temps, notamment, La Jetée en 1962, dont s’était inspiré Terry Gilliam pour L’Armée des douze singes, et qui aurait donné son nom à un bar, à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. Marker entretenait des relations très privilégiées avec ce pays, qui lui vouait un culte particulier.
Il a toujours préféré laisser parler ses images plutôt que son image : moins d’une dizaine de photos de lui existent, ses interviews sont encore plus rares."
(Libération, 30 juillet 2012).

Jean-Michel Frodon

- "Chris Marker était cinéaste, mais aussi… mais aussi voyageur, bidouilleur de machines, chercheur en poésie, internaute insomniaque, étudiant en sciences politiques, observateur des pratiques des autres artistes, mélomane. Chercheur, anthropologue, savant, pataphysicien. Et, donc, écrivain, éditeur, photographe, vidéaste. Et cinéaste."
(Projection publique).




Gérard Lefort, Olivier Séguret, Julien Gester


- "Soyons respectueux, mais soyons prudents : Chris Marker est peut-être mort, dimanche 29 juillet, chez lui, à Paris, le jour même de son 91e anniversaire. Peut-être mort, car on aimerait en douter, mais aussi pour rendre un hommage approprié à sa très versatile personne, à sa très ondoyante identité, cette capacité qu’a toujours démontrée Chris Marker à organiser son propre effacement, sa propre disparition, bien avant que la mort n’en décide.
Avant d’être une suite factuelle d’événements tangibles, la biographie de Chris Marker est donc à considérer d’abord comme le champ d’intervention, libre et mouvant, d’un artiste multipolaire, où les dédoublements, les inventions et les avatars se confondent avec les faits. Ceux-ci nous enseignent que Chris Marker est né sous l’état civil de Christian-François Bouche-Villeneuve, le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), et non à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, comme il s’est amusé à le faire croire.
(…)
Marker, sans l’avoir décidé ou choisi, a eu une très puissante fonction d’éminence auprès de ses contemporains, influençant une cohorte considérable d’artistes et modifiant la route d’aventuriers de tous poils. Ses compagnonnages et collaborations remplissent un livre d’or et d’amitié où s’entremêlent les noms d’Alain Resnais, Agnès Varda, Jorge Semprún, Constantin Costa-Gavras, Simone Signoret et Yves Montand, Yannick Bellon, Alexandre Medvedkine, William Klein, Joris Ivens, Haroun Tazieff, Akira Kurosawa, Patricio Guzmán ou Isild Le Besco."
(Libération, 30 juillet 2012).

Jean-Baptiste Morain

- "Qu’est-ce que mourir pour un homme comme Chris Marker ? A la fin de notre entretien de 2008, il nous avait dit qu’il avait été un chat dans une vie antérieure (il en avait d’ailleurs créé un, Guillaume, qu’il dessinait un peu partout, comme une signature ou un autre avatar). Que sera-t-il dans la suivante ? Qui sait ? A moins qu’il ne se soit retiré sur Second Life, où il regrettait de ne pas pouvoir vivre à longueur de temps. Chris Marker vient d’entrer dans l’éternelle virtualité pour un voyage qu’on lui souhaite sans fin."
(les inRocKs, 30 juillet 2012).

Agnès Varda

- "Il s’en va, sachant qu’il a été admiré et très aimé. Je le rencontrais avec plaisir, mais quand je l’ai filmé dans son atelier, son antre de création, on l’entend, mais on ne le voit pas. Il a choisi depuis longtemps de se faire connaître par son travail et non par son visage ou par sa vie personnelle (…).
Le voilà dans sa troisième vie. Longue vie là-bas !"
(30 juillet 2012).

Rue 89

- "De son vrai nom Christian François Bouche-Villeneuve, celui qui se qualifiait lui-même d’« artisan bricoleur » laisse une cinquantaine de films documentaires qui ont profondément marqué et influencé le cinéma mondial, parmi lesquels « Dimanche à Pékin » (1956), « Lettre de Sibérie » (1957), « Description d’un combat » (1961) ou les films ouvriers extrêmement frappants réalisés dans le cadre des « groupes Medvedkine », du nom de ce cinéaste soviétique auquel il consacra aussi un film « en solo », « Le Tombeau d’Alexandre ».
Proche d’Alain Resnais et d’Agnès Varda dans les années 50, ami intime de Simone Signoret (à qui il dédie « Mémoires pour Simone » en 1986), son grand chef-d’œuvre reste « La Jetée », moyen-métrage ultra poétique de 28 minutes, réalisé à partir d’une succession de plans fixes (1962)."
(30 juillet 2012).


Chris Marker tel qu'il se montrait (DR).


"La Jetée"

Synopsis


- "L'histoire débute à Paris, après la " Troisième Guerre mondiale " et la destruction nucléaire de toute la surface de la Terre. Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de transporter des vivres, des médicaments et des sources d'énergies : "D'appeler le passé et l'avenir au secours du présent". Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle : il garde une image très forte et présente d'un événement vécu pendant son enfance, lors d'une promenade avec sa mère sur la jetée de l'aéroport d'Orly."

Hervé Ratel


- "Ce film de 28 minutes datant de 1962 et composé pour l’essentiel d’un diaporama de photographies en noir et blanc est considéré comme un chef d’oeuvre absolu par beaucoup de cinéastes. C’est au moins une oeuvre saisissante et d’un modernisme insensé dont il n’existe aucun équivalent."
(Sciences et Avenir, 2 août 2012).

Extrait

- "Une fois sur la grande jetée d'Orly, dans ce chaud dimanche d'avant-guerre où il allait pouvoir demeurer, il pensa avec un peu de vertige que l'enfant qu'il avait été devait se trouver là aussi, à regarder les avions. Mais il chercha d'abord le visage d'une femme, au bout de la jetée. Il courut vers elle. Et lorsqu'il reconnut l'homme qui l'avait suivi depuis le camp souterrain, il comprit qu'on ne s'évadait pas du Temps, et que cet instant qu'il lui avait été donné de voir enfant, et qui n'avait pas cessé de l'obséder, c'était celui de sa propre mort."

Nicolas Schmidt

- "Photo-roman comme l'appelle lui-même Chris Marker, le film est composé d'une suite de photographies en noir et blanc à l'exception d'un plan d'images animées lorsque la jeune femme se réveille et qu'elle bat des paupières. Aucun dialogue, une voix off rappelle le parcours des personnages, de la musique, des sons (décollage des avions, battement de cœurs) ; des bruits des voix ; une atmosphère crépusculaire ; les restes de Paris dévasté et d'autres images lumineuses, empreintes de sérénité du temps de paix et des visages : les savants qui expérimentent."
(Chris Marker, voyages en [immémoire], Eclipses n°40, 2007.)

Florence Coronel

- "La Jetée n'est pas un film-prétexte à la pratique citationnelle creuse mais est une véritable réécriture, comme si toute fiction se tissait à partir d'un fonds d'images déjà là. Qu'est-ce que le cinéma, si ce n'est un travail du temps, une lutte contre la mort, ontologiquement voué à la reprise, à la mémoire et au palimpseste ?"
(Cadrage.net, mars 2007).





J'avais inscrit, début des années 80, son "Fond de l'air est rouge" au programme d'un festival ciné en Pays noir. Las, quelques jours avant l'ouverture, la copie réservée est soudain refusée par le distributeur. Stupeur et catastrophe !
Un cinéaste ami me propose de ne pas rester le dos au mur. Soit de téléphoner directement à Chris Marker. Inconscience et désespoir se conjuguent pour concrétiser cette démarche. Il décroche. Grogne. N'est pas du tout content : "Ça ne va pas se passer comme ça." Demande de rappeler dans le quart d'heure. Résultat au bout d'une dizaine de minutes : une copie neuve est réservée pour le festival...

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lundi 6 août 2012

P. 170. Toponymie en Haut-Beaujolais

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Le Py de Bulliat (Ph. JEA/DR).


Du Creux de l'Agneau
au Tranche-Pied...


Creux de l’Agneau,
Chante-Alouette,
La Place à l'Ane, Sentier de l'Ane, Tête à l’Ane,
Le Champs de Boeuf, Pique-Bœuf, Point Bœuf, Tête des Boeufs,
Champ Canard,
Bois de Chat, la Chationnière, Fontchaton, la Verne aux Chats, le Pas aux Chats,
Sur le Cheval,
La Chevrette, Combe à la Chèvre, Croix de Chèvre, Gratte-Chèvre, Rouge Chèvre, Ruisseau de la Chèvre Pendue,
Combe au Chien, Dinechien, Champ Lévrier, Combe aux Lévriers,
Combe aux Geais,
La Grenouillère,
Croix du Lièvre, Fond Levreaux,
La Lionnette, les Lions,
Le Chapeauloup, Crêt Loup, Croix au Loup, Crots aux Loups, Cul du Loup, Fontaine au Loup, Fontloup, Graloup, Gorge de Loup, le Petit Passeloup, Tête au Loup, Trappe aux Loups, Trappeloup, Trou du Loup,
Chantemerle , Ile de Montmerle,
La Patte d'Oie,
Crêt de l’Oiseau, le Nid d’Oiseau,
Chante-Perdrix,
La Terre aux Pies,
Chez Poulet, Les Poulets,
Champ des Poux,
La Combe au Rat, les Queues de Rat,
Bois des Renardières, en Renardin, la Croix Renard, la Queue au Renard, Vauxrenard,
Les Souris,
La Bette aux Veaux, la Cuisse à la Vache, le Bois de la Vache,

L'Amandier,
Combe au Cerisier,
Combe du Charme, La Terre des Charmes,
Bois de la Châtaigneraie, Châtaignier Bayard, Sur le Châtaignier,
Chêne de Jocelyn, Chêne Ruant, Chêne Vert, Crêt des Chênes, les Vieux Chênes,
Bois du Noyer, Champ du Noyer,
Champ de l'Orme, Croix de l’Orme,
Le Champ des Pins, Col du Pin Bouchain, Ferme du Pin, les Grands Pins, les Pins de l'Ormay, les Pins Gantet,
Le Poirier Rond, Terre du Poirier,
Bois Pommiers,
Le Saule d’Oingt,

Bois Champ Dieu,
de la Barre, de la Fée, de la Gorge, de la Mange, de la Moussière, de la Murette, de la Pendue,
de Morphée, d’Enfer,
des Bisses, des Ecluses, des Epines, des Fous, des Gouttes, des Tannières,
du Jour, du Thym,
Bois Mouchoir,


Café Papillon (Ph. JEA/DR).

Bonnamour,

Brosse-Sabot, Brosse Vieille,

Château Chardon,
de la Plume, de la Ronze,
de Carillon, de Chénevous, de Lavernette, de Malfarat, des Rontés, de Vinzelles,

Chez le Bois,
Chez Coing, Cordonnier, Frogel des Bois, Goujat, Grand Vincent, Guerre, Ligue, Mousse, Pardon, Permis, Pontus, Portier, Remède, Trappe, Triomphe, Vartor,

Col de Boubon, de Champ Juin, de Crochet, de Durbize, de Favardy, de Gerbet, de Meule,
de la Casse Froide, de la Cépée, de la Croix des Brosses, de la Croix Marchampt,
des Ecorbans,
du Fût d’Avenas, du Fût Froid,

Creux des Tués, du Fournet,

La Blanchette, Bois Blanc, Champ Blanc, Chapelle des Blancs, la Croix Blanche, Font Blanc, Places Blanches, la Pierre Blanche, les Ponceblancs, les Roches Blanches, les Vignes Blanches,
Croix Bleue,
Les Jaunes,
Bois de Noirvaux, Combe Noire, Creuse Noire, Goutte Noire, Granges Noires, Pré Noir, Roche Noire, Terre Noire, Tête Noire,
la Maison Rose,
Bois Rouge, Rouge Chèvre, Crête Rouge, la Croix Rouge, Gonnu Rouge, Maison Rouge, Mont Rouge, Prés Rouges, Rougefer, les Terres Rouges,
Chez Leroux, Mont Roux,
Bois de Vert Pré, Champvert, Coupe-Vert, Vert Coteau,

La Chaintre des Deux Bosses, Ruisseau les Deux Grosnes,
Fontaine des Trois Notaires,
Les Quatre Buissons, les Quatre Cerisiers, les Quatre Pierres, les Quatre Saisons, les Quatre Vents,
Les Cinq Chemins,
La Douze,
Treizevent,
Les Trente Sacs,


Col de la Casse Froide (Ph. JEA/DR).

Croix de Camp Juin, de Charmette, de Meule, de Rochefort,
de la Bise, de la Devinière, de la Fin, de la Moule, de la Roue,
des Bergers, des Ganons, des Perches, des Planches, des Trèves,
du Coin, du Fût Froid, du Pendu, du Pis, du Soc, du Trige,
Bouquin, Chassepot, Dessaigne, Follain, Jugrion, Pion, Rosier, Tarot,

Dailly Perdu,

En Chaissepeau, en Foussemagne, en Pressavin, en Savate,

Fonds Bateau, Carrés,
Gouttelafay, Goutte Romaine, Goutte Sourde,

Grand Callot, Grange, Raie, Viol,
Grande Diane, Levée,
Grands Balvay, Cours, Cras, Eers, Fonds, Pâquiers, Vents, Viarts,

Grange Plate,
Grille-Midi,

L'Agonisant,

La Bachasse, la Bérangère, la Brirette, la Brosse Burnay, la Broussaillerie,
La Combe des Vernes, Vineuse,
La Douzette, la Grouillère, la Maison Ecrasée, la Martingale, la Matreille, la Nuizière d’en bas,

La Pissevieille, la Place aux Filles, la Poyebade,

La Sambinerie, La Tallebarde, la Triche,
L’Aubépin, l’Haspire, l’Horme d’Aigueperse,

Les Allogniers, les Agresles, les Arserons,

Les Babets, les Balloquets, les Barbiers, les Belouzes, les Boitières, les Bonnerues, les Bourdonneaux, les Brécatons, les Bretus, les Brigands, les Brusselions, les Bruyerattes,

Les Capitans, les Chaffangeons, les Chanoriers, les Charmonts, les Chières, les Chizeaux, les Clous, les Combettes, les Compagnons, les Condeminals, les Corates, les Correaux, les Crépillons, les Creuses,
Les Déduits, les Doudins,
Les Ecorchés, les Entremains, les Eperons, les Etuiles,

Les Fillons, les Fondrus,

Les Glandes, les Gonnachons,
Les Haves de Barnoux,

Les Jambons, les Journets,

Les Labourons, les Laforêts, les Larderets, les Laissus,

Les Magons, les Marchonnières, les Marrans, les Méras, les Michollets, les Millerins, les Monneries d’en Haut,

Les Pendants, les Perdus, les Pétauds, les Platures, les Poudières, les Poupets, les Provenchères,

Les Ravinets, les Robées,

Les Sambardiers, les Samsons, les Saussemales, les Sauvages, les Servettes, les Sèves, les Sots,

Les Terres d’Eté, les Torchons,

Les Vachats, les Verchères,

Les Zachères,


Marchampt (Ph. JEA/DR).

Le Bel Avenir, le Bon Cru, le Bossu, le Bout du Monde, le Bras de Fer,

Le Massacrier, le Milhomme,

Le Plâtre de l’Ecorce, le Py de Bulliat,

Le Ritz,

Marguillier des Ouilles,

Montagne des Aiguillettes,
Mont des Lards, Mont Dain, Mont Tournissou, Monturbin,

Moulin à l'Or,
de Basculon, de Croux, de Rébé, du Prince,
Favre, Paquelet,

Pari Gagné,

Pétassé,

Petit Montmay, Paris, Thel, Vernay, Vuri,
Petits Trèves,

Pied de la Fée,

Pierre de l'Ecorcherie, Folle,

Pont de Cherves, de Monteveneur,
du Diable,
Rompu,

Prés du Chéri,

Replat de Vavre,

Révéraye,

Roche Billet, Charmante, Cocu, Fendue, Montifet, Perrier, Pilée,
d’Ajoux,
des Pirards,
du Bois Curé, du Point Perdu,
Moulin de la Roche, Pierre de Roche, Terre sous Roche,

Ruisseau de Buttecrot, de la Goutte du Désert, du Bout du Monde,

Seigneronces,

Terre des Lunes,

Tend Cul,
Tête à Paul, d’en haut, du Pis,

Tour Bourdon, de la Belle Mère,

Tranche-Pied…


Les Saignes (Ph. JEA/DR).

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jeudi 2 août 2012

P. 169. Pavane pour un été défunt

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Passe de Carentan (Ph. JEA/DR).


Des centaines de baleines-nuages
se sont échouées
sur les rivages verticaux
provoquant des inondations insensées
et noyant un ciel ingrat
devenu un cimetière infécond

nullement amateur de jeux du cirque

avec des oiseaux gladiateurs
et des bourreaux migrateurs
le soleil est monté dans le premier bateau
quittant ce vieux monde
et ses épidémies de tristesses

la terre est devenue orage

et refuse obstinément les traces
de nos rêves fossiles
elle qui foudroie dans un parc
la statue interrogative
du papillon inconnu

l’avenir ne sait pas nager

mais préfère se retirer
dans l’au-delà glacé
plutôt que de rouiller
derrière les grillages
de passés décomposés...


Polder du Petit Saint-André (Ph. JEA/DR).

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