MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 29 août 2013

P. 261. Pour floreter de photo en photo...


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Arc en fleurs (Ph. JEA/DR).


Philippe Sollers :

- "Les fleurs sont des oiseaux à l'arrêt, les oiseaux sont des fleurs qui volent..."



(Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).

Tristan Tzara :
- "Une fleur est écrite au bout de chaque doigt..."




(Ph. JEA/DR).

Anne Sylvestre :
- "Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeur..."




(Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).

Françoise Hardy :
- "On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin"...




(Ph. JEA/DR).



 Un balcon en forêt ardennaise (Ph. JEA/DR).



(Ph. JEA/DR).

Alain Souchon :
- "... changer le vieux monde
pour faire un jardin
tu verras
tu verras
le pouvoir des fleurs..."


(Ph. JEA/DR).




Petite fleur : Sidney Bechet et Claude Luter (1952).
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lundi 26 août 2013

P. 260. Le 26 août 1970 : hommage à la femme inconnue du soldat inconnu, acte fondateur du MLF


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L'histoire en marche, leur histoire : celle de la libération des femmes (Graph. JEA/DR).

Quelques militantes féministes choisissent l'Arc de triomphe pour (p)oser la première pierre de leur Mouvement...

Françoise Picq (1)

- "Elles étaient dix ce 26 août 1970 à déposer une gerbe à «la femme du Soldat inconnu», plus inconnue encore que le célèbre soldat sous l’Arc de triomphe. C’est ce jour-là, que les journalistes, copiant le «Women’s Lib» américain, ont parlé pour la première fois en France d’un mouvement qu’ils ont baptisé Mouvement de libération de la femme. Le singulier «la femme» a été réfuté, le mouvement de libération des femmes est alors devenu le MLF. Héritier rebelle de mai 1968, c’est un mouvement d’un type radicalement nouveau, qui s’inventait dans la rencontre des femmes sans prétendre les représenter et refusait d’être représenté par quiconque. Nulle ne devait s’approprier le nom collectif. Les tracts étaient signés «quelques militantes» ou «des militantes du MLF» ; les articles de prénoms ou de pseudonymes (…).
Le mouvement des femmes existait déjà aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, dans les pays du nord de l’Europe… Il fallait bien qu’il arrive en France, sur un terrain fertilisé par mai 1968. Si on considère généralement 1970 comme l’année initiale, c’est que la première publication collective, un numéro spécial de Partisans (mai) titrait - en toute innocence historique - «Libération des femmes, année zéro». C’est aussi que l’année 1970 fut riche en événements et manifestations."
(Libération, 7 octobre 2008).

France Soir

- "Un petit commando en jupons n’a pas réussi à déposer ses fleurs sous l’Arc de Triomphe."
(27 août 1970).

8 mars info

- "Le 26 août 1970, une douzaine de militantes anonymes déposent une gerbe sous l’Arc de Triomphe, à la gloire de la Femme du soldat inconnu. Sur leurs banderoles, il est écrit : Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme.
Elles sont aussitôt arrêtées par la police, mais dès le lendemain la presse annonce « la naissance du MLF ». « La libération des femmes, année zéro » titrait une revue.
Le MLF ne se veut ni une organisation ni un parti ; aucun leader n’est toléré. Le mouvement se compose de collectifs et groupuscules. Les militantes féministes veulent se battre sur tous les terrains, en vertu du principe que le privé est politique. Elles rejettent les canons de beauté imposés par le diktat patriarcal, réclament crèches et garderies, demandent à leurs conjoints de partager les tâches domestiques. La révolution sexuelle est passée par là : elles dénoncent viol, inceste et agressions sexuelles, luttent pour l’avortement.
C’est tout un mode de vie et de pensée que les féministes des années 70 veulent changer. Elles ne veulent rien moins que tout le droit pour toutes les femmes, comme l’avait superbement formulé Olympe de Gouge en 1792, ce qui lui valut la guillotine."
(En France, le MLF n’émerge qu’à partir de 1970).



Articulet de Combat, le 27 juillet 1970. La  militante américaine interpelée serait Namascar Shaktini (DR).

Lily Wonderverden

- "26 août 1970 : mais que font ces quelques femmes réunies devant la flamme du soldat inconnu, à Paris, sous l’Arc de Triomphe ?
Elles sont une dizaine. L’une d’entre elles porte une gerbe de fleurs où l’on peut lire : "À la femme inconnue du soldat".
Huit autres déploient des banderoles :
- "Un homme sur deux est une femme" ;
- "Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme" ;
- "Solidarité avec les femmes en lutte aux USA" :
- "Libération des Femmes".
Autour d’elles virevoltent quelques photographes et journalistes prévenus pour l’occasion. Le lendemain, leurs articles paraissent dans les journaux souvent à la Une.
Le mot de désordre est lâché : LIBÉRATION DES FEMMES. Il va courir tout au long des décennies, parfois ouvertement, souvent en sourdine, pour passer, tel un furet, d’une vie à l’autre."
(Blog Aliceswonderverden, 24 août 2010).

Sylvie Duverger


- "Le 26 août 1970, quelques rebelles insensées s'en allèrent déposer une gerbe à cette effacée de la grande histoire, plus inconnue encore que son peut-être digne et tendre époux, le fameux soldat, celui qu’on ne connaît pas, mais quand même. Le célèbre soldat inconnu… Oxymore à la hauteur du désordre symbolique, qui donne place généalogique aux hommes et efface les noms des femmes ; oxymore à la profondeur des trous de mémoire de l'Histoire, qui s'évertue à ne garder de traces que des hommes, petits ou grands soldats, et jusqu'à ceux dont nulLE n'est venuE chercher la dépouille au champ des morts.
Le 26 août 1970, 9 ou 10 jeunes insolentes – le nombre dépend des récits – signalaient à l’attention qu’ « un homme sur deux est une femme », et qu’il était temps, en somme, que les femmes jouissent des droits de l’homme : celui de disposer de son corps, en premier lieu, celui d’être reconnu comme un corps-sujet à part entière."
(Le Nouvel Observateur, Féministes en tous genres, 28 août 2012).



Photo dans France Soir. De galants policiers se proposent de porter obligeamment gerbe et banderoles. Le journal évoque "un commando en jupons", cette formule choc des mots se trouve contredite par son propre cliché ne montrant que deux robes (DR).

Benoite Groult

- "Il faudra attendre le reflux de la vague gauchiste en 70 et la déception des lendemains d'utopie, surtout pour les femmes, traditionnelles flouées de ce genre d'aventure, pour que toute une génération de filles nées après guerre comprennent que le salut ne viendrait que d'elles-mêmes et prennent conscience de la nécessité d'une lutte spécifique.
A toute révolution il faut un acte de naissance symbolique. Le nôtre date du 26 août 1970, jour où quelques militantes anonymes eurent l'idée de déposer à l'Arc de Triomphe une gerbe en hommage à la Femme du Soldat Inconnu."
(Ainsi soient-elles au xxie siècle, Grasset, 2000, 228 p.)

Parmi ces "quelques militantes anonymes" :

Cathy Bernheim (2), Julie Dassin, Emmanuelle de Lesseps (3), Christine Delphy (4), Christiane Rochefort (5), Namascar Shaktini (6), Monique Wittig (7), Anne Zelensky (8)...
(Sauf erreurs involontaires mais après croisements de documents et de témoignages).




Le Figaro, 27 août 1970, compare les femmes américaines et leurs " manifestations monstres" avec les françaises soit "un groupe d'une dizaine de militantes" (DR).

Anne Zelensky

- "L’initiative à l’Arc de triomphe a  concentré l’essence de ce qui serait notre mouvement, sa pensée, sa démarche, ses formes d’intervention. Toute la griffe MLF était là. Sauf que le label, nous ne l’avons jamais choisi, il nous a été plaqué de l’extérieur, par analogie avec le Women’s Lib américain. Nous, notre nom, c’était le Mouvement."
(L’Humanité, 26 août 2010).

Cathy Bernheim

- "Quand la libération des femmes a été à l’ordre du jour, en 1970, année surnommée par quelques-unes l’année Zéro, nous sortions de ce guêpier qu’avait été le « devenir femme ». Nous avions perdu quelques plumes quand nous avions dû nous arracher à la cage (plus ou moins dorée et confortable), de LA femme. La Femme, entité censée nous mettre à l’abri de la sauvagerie de la condition humaine, et des hommes en particulier, s’était révélée à nos yeux pour ce qu’elle était : une forteresse où l’on enfermait les petites filles pour qu’elles soient sages, avant de les lancer toutes crues, toutes nues, dans l’enclos de la foire.
Des tas de filles venues d’on ne sait où (et même si on le sait un jour, qu’importe ?) se sont liguées, liées, déliées ensemble pour se débarrasser du modèle d’armure encombrant et stérile qu’elles auraient dû revêtir avant d’oser arpenter les rues de la cité."
(Ce que l’histoire fait aux femmes, Multitudes 3/2010 (n° 42), p. 54-58).



Dans la dynamique de cette première manif à l'Arc de Triomphe, un groupe de militantes écrivent en mars 1971 un "Hymne" (des femmes, du MLF). Tant qu'à cultiver la symbolique, la musique est celle du Chant des Marais (7)...

Hymne



Nous, qui sommes sans passé, les femmes,
nous qui n'avons pas d'histoire,
depuis la nuit des temps, les femmes,
nous sommes le continent noir.

Refrain
Levons-nous, femmes esclaves
Et brisons nos entraves,
Debout ! Debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées ;
Dans toutes les maisons, les femmes,
Hors du monde reléguées.

(R)

Seules dans notre malheur, les femmes
L'une de l'autre ignorée,
Ils nous ont divisées, les femmes,
Et de nos sœurs séparées.

(R)

Reconnaissons-nous, les femmes,
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble on nous opprime, les femmes,
Ensemble révoltons-nous.

(R)

Le temps de la colère, les femmes,
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes,
Découvrons-nous des milliers.



N° double de partisans, juillet - octobre 1970 (Graph. JEA/DR).
 

NOTES

(1) Françoise Pics, Libération des femmes, 40 ans de mouvement, Ed. Dialogues, 2011, 529 p.

(2) Cathy Bernheim, Naissance d'un mouvement de femmes, 1970-1972, Ed. Félin Poche, 2010, 231 p.

(3) Emmanuelle de Lesseps, coauteure avec Christine Delphy et et Monique Piazza de Questions féministes, Ed. Syllepse, 2012, 1022 p.

(4) Christine Delphy, Un universalisme si particulier : Féminisme et exception française (1980-2010), Ed. Syllepse, 2010, 348 p.

(5) Christiane Rochefort, Oeuvre romanesque, Grasset et Fasquelle, 2004, 1493 p.

(6) Namascar Shaktini, On Monique Witting, Theoretical, Political and Literary Essays, University of Illinois Press, 2005, 288 p.

(7) Monique Witting, La pensée straight, Ed. Amsterdam, 2013, 135 p.

(8) Anne Zelensky, Histoire de vivre : mémoires d'une féministe, Calmann-Lévy, 2005, 404 p.

(9) En 1933, le "Chant des marais" fut composé au camp de Börgermoor (Basse-Saxe) où les nazis expérimentaient le système concentrationnaire. Trois des internés politiques ont signé ce Chant : Johann Esser et Wolfgang Langhoff pour les paroles ainsi que Rudy Goguel pour la musique.

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jeudi 22 août 2013

P. 259. Journal de Victor Klemperer : les mois d'août 1934, 1935, 1936 et 1937...


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Victor Klemperer
Mes soldats de papier, Journal 1933-1941

Editions du Seuil, 2000, 793 p.


4e de couverture

- "Victor Klemperer (1881-1960), cousin du célèbre chef d'orchestre Otto Klemperer (1), fils de rabbin, converti au protestantisme, était professeur de romanistique à Dresde (2). En 1934, il est destitué de ses fonctions en tant que juif et n'a plus le droit d'enseigner. Il reste à Dresde, avec sa femme Eva (3), elle-même protestante, pianiste, pendant toutes les années du nazisme. Travailler, écrire, écrire au péril de sa vie, laisser une trace authentique de l'horreur, donner une voix à ceux qui ne sont plus, c'est sa lutte à lui, ce qu'il appelle ses soldats de papier. Obstinément il poursuit sa tâche de chroniqueur et, sans même pouvoir disposer des pages écrites la veille, portées systématiquement par Eva chez une de leurs amies, note la persécution au jour le jour, dans ses moindres détails. Un document sans équivalent sur la vie quotidienne des juifs prisonniers de l'intérieur dans l'Allemagne du IIIe Reich."

Victor Klemperer

- "Je veux porter témoignage.
- Tout ce que vous écrivez, on le sait déjà, et les grandes choses, [...] vous ne les connaissez pas.
- Ce ne sont pas les grandes choses qui importent, mais la tyrannie au jour le jour que l'on va oublier. Mille piqûres de moustiques sont pires qu'un coup sur la tête. J'observe, je note les piqûres de moustiques...
Un peu plus tard :
- J'ai lu quelque part que la peur de quelque chose est pire qu'ici chose elle-même. Quelle angoisse, avant la perquisition ! Et quand la Gestapo est venue, j'étais froid et résolu. Après, qu'est-ce qu'on a bien mangé ! Toutes les bonnes choses que nous avions cachées et qu'ils n'ont pas trouvées...
- Vous voyez, voilà ce que je note :

Obligation de rester chez soi après huit ou neuf heures du soir. Contrôle ! Chassés de notre propre maison. Interdiction d’écouter la radio, interdiction d’utiliser le téléphone. Interdiction d’aller au théâtre, au cinéma, au concert, au musée. Interdiction de s’abonner à des journaux ou d’en acheter. Interdiction d’utiliser tout moyen de transport […]. Interdiction d’acheter des fleurs. […] Interdiction d’aller chez le coiffeur. […] Obligation de remettre aux autorités les machines à écrire, les fourrures et les couvertures en laine, les bicyclettes […], les chaises longues, les chiens, les chats, les oiseaux. […] interdiction d’emprunter la pelouse municipale et les rues adjacentes du Grosser Garten, interdiction… […] Voilà, je crois que c’est tout. Mais, pris tous ensemble, ces 31 points ne sont rien face au danger permanent de perquisition, de sévices, de prison, de camp de concentration et de mort violente."

J-S Félix


- « Plutôt une fin épouvantable qu'une épouvante sans fin ». Tels sont les mots d'un homme accablé par la déchéance physique et morale ; celle d'un intellectuel juif allemand, témoin de la montée en puissance et de l'avènement monstrueux du IIIe Reich. Converti au protestantisme mais persécuté en raison de ses origines hébraïques par le régime nazi, Victor Klemperer restera en Allemagne jusqu'à la fin du second conflit mondial et trouvera dans ses prises de notes quotidiennes le moyen de résister en Homme au tourbillon de brimades qui s'abattent sur la communauté juive dès 1934. Ces cahiers, qu'il parvint à conserver tant bien que mal au milieu des persécutions, ne furent jamais retouchés et nous offrent aujourd'hui un récit aussi authentique qu'effroyablement précis de la descente vers l'enfer de la Shoah. De la sorte, puissance littéraire et intérêt historique se combinent dans ces journaux de bord où l'émotion prend souvent le pas sur le témoignage atone de l'universitaire. Mémoires d'un être revenu de la nuit noire et dont l'écriture en porte encore les cruels stigmates."

Daniel Bermond

- "Voici un des témoignages les plus bouleversants sur la vie au quotidien dans la communauté juive de Dresde, ou ce qu'il en restait, décimée par les rafles, les assassinats, la faim et les maladies, à l'époque nazie. De 1933 à 1945, jour après jour, Victor Klemperer, auquel son mariage avec une "Aryenne" épargna le sort radical des autres juifs, raconta les brimades, les exécutions, les perquisitions, bref ce martyre distillé sur douze ans du ghetto juif de Dresde. Une effroyable litanie de mesquineries criminelles tout juste tempérée par une parole anonyme dans la rue, par une poignée de main à la sauvette. Certains, comme Klemperer qui se réfugie dans ses études du XVIIIe siècle français, résistent; d'autres n'en peuvent plus de tant d'humiliations et choisissent de mourir. De ces très belles pages écrites dans la clandestinité, sous la botte, se dégage une formidable leçon d'énergie à l'usage de toutes les générations, un concentré d'humanité et d'humanisme."
(Lire, 1 décembre 2000).


1934 : suite à un référendum pour le "oui" à Hitler, celui-ci décroche une dictature tant attendue (Graph. JEA/DR).

Journal de Victor Klemperer
Août 1934. Pour Hitler : 38 millions d'électeurs - Contre : 5 millions.


21 août, mardi

- "Les 5 millions de "non" et de bulletins nuls le 19 août (4), contre les 38 millions de "oui", signifient infiniment plus du point de vue éthique qu'un simple neuvième du total. Il y a fallu du courage et de la détermination. On a intimidé tous les électeurs, on les a soûlés de slogans et de bruits de fête. Un tiers a dit "oui" par peur, un tiers par ivresse, un tiers par peur et par ivresse. Quant à Eva et moi, nous n'avons coché le "non" que par un certain désespoir, et non sans peur.
Et pourtant, en dépit de la déroute morale : Hitler est le triomphateur incontesté, et la fin n'est pas en vue.
J'ai été frappé par la brièveté du feu roulant de la propagande. Il a été mis en oeuvre quelques jours seulement avant le 19, mais alors dans quelle orgie de drapeaux, de proclamations, d'allocutions radiophoniques. On spécule toujours sur la bêtise et la primitivité. On recouvre de vacarme l'histoire d'hier (...) et la pays laisse faire. On ne peut provoquer une telle anesthésie que juste avant l'opération. - Mais combien de temps cette psychose va-t-elle durer et sur qui agit-elle ? Le 17, Hitler a tenu son grand discours électoral à Hambourg, et c'est là que se trouvait l'épicentre des jubilations prescrites. Et c'est précisément à Hambourg qu'il a obtenu le plus de "non", 21% des suffrages exprimés (...).
A noter, le comportement en matière d'interdiction et d'autorisation de journaux étrangers. On ne peut plus verrouiller le lointain, il y a trop de gens qui écoutent les radios étrangères. On affecte donc le plus possible de ne pas craindre la presse de l'étranger, dans l'espoir que la masse, de toute façon, ne la lira pas."
(PP. 141-142).


Plaque à apposer sur sa façade pour participer à la "campagne antijuive" (Graph. JEA/DR).

Août 1935. "Nous ne voulons pas des Juifs".

11 août, dimanche

- "La campagne antijuive a pris une telle ampleur, pire encore que lors du premier boycott, il y a des débuts de pogroms çà et là, et nous nous attendons à être assassinés d'un jour à l'autre. Pas par les voisins, mais par les nettoyeurs que l'on mobilise tantôt ici et tantôt là en les qualifiant d'"âme du peuple". Sur les panneaux du tramway de la Prager Strasse : "Celui qui achète chez le Juif trahit le peuple" ; dans les petits magasins de Plauen (5) : sentences et vers de toutes les époques, de toutes les plumes et contextes (Marie-Thérèse (6), Goethe !, etc.), regorgeant d'insultes, et, par-dessus le marché : "Nous ne voulons pas de Juifs dans notre beau quartier de Plauen", partout (...) des histoires de profanation de la race les plus atroces, discours féroces de Goebbels - actes de violence patents dans les lieux les plus divers. - Campagne presque aussi féroce contre le catholicisme "politique", celui qui s'allie à la Kommune (7), qui souille les églises en prétendant ensuite que c'étaient les nazis (...). - Depuis des semaines, sentiment chaque jour que ça ne peut plus durer ainsi longtemps. Et ça continue pourtant."
(PP. 211-212).


Les JO à Berlin : "une opération politique" (Doc. JEA/DR).

Août 1936. "Renaissance allemande grâce à Hitler".

13 août, jeudi

- "Les jeux Olympiques (8) se terminent dimanche prochain, le congrès du NSDAP (9) s'annonce, une explosion est imminente, et il est naturel qu'on veuille d'abord se défouler contre les Juifs (...). Mussolini a impunément fait main basse sur l'Abyssinie - et depuis quelques semaines la guerre d'Espagne bat son plein. A Barcelone, quatre Allemands ont été "assassinés" par un tribunal révolutionnaire, quatre nouveaux martyrs du national-socialisme et, même avant cela, on disait déjà que les Juifs allemands émigrés menaient là-bas une campagne de haine contre l'Allemagne. Dieu sait comment tout cela va bien pouvoir tourner, mais, comme toujours, il y aura sûrement une nouvelle vague de mesures contre les Juifs (...). M. Léon Blum (10) ne peut tout de même pas ignorer ce qu'en Allemagne tous les enfants savent. Est-on si bête en France qu'on attende tout simplement d'être saigné à blanc ? Mais pourquoi a-t-on tout toléré jusqu'à présent ? En France de la part de l'Allemagne, en Angleterre de la part de l'Italie ? Tout est absolument impénétrable et obscur. Probablement personne, même parmi les gouvernants, ne connaît vraiment les forces réelle en jeu, les scrupules et les humeurs.
Les jeux Olympiques, qui se terminent bientôt, me répugnent doublement ! 1 En tant que surestimation absurde du sport; l'honneur d'un peuple dépend de ce qu'un de ses membres saute dix centimètres plus haut que les autres. Et d'ailleurs c'est un nègre des Etats-Unis qui a sauté le plus haut, et la médaille d'argent d'escrime pour l'Allemagne, c'est la Juive Hélène Meyer (11) qui l'a remportée (je ne sais pas ce qui est le plus indécent, sa participation en tant qu'Allemande du IIIe Reich ou le fait que sa performance soit revendiquée par le IIIe Reich).
(...) Et 2 si je déteste tant les jeux Olympiques, c'est parce qu'ils n'ont rien à voir avec le sport - chez nous, j'entends -, et qu'il s'agit purement et simplement d'une opération politique. J'ai lu récemment : "Renaissance allemande grâce à Hitler". On ne cesse d'inculquer au peuple et aux étrangers que ce qui se manifeste, c'est la renaissance, l'épanouissement, le nouvel esprit, l'unité, la ténacité et la magnificence et, bien entendu, l'esprit pacifique du IIIe Reich qui embrasse tendrement le monde entier."
(PP. 286-287).


10 ans : l'âge pour porter l'uniforme des jeunesses hitlériennes (DR).

Août 1937. "Entre nous..."

17 août, mardi

- "Dans le Stürmer (12) qui est affiché à chaque coin de rue, j'ai vu récemment la photographie de deux jeunes filles en costume de bain dans une station balnéaire. Au-dessus : "Interdit aux Juifs", au-dessous : "Quel bonheur d'être à nouveau entre nous !" (...) Je crois de plus en plus qu'Hitler incarne réellement l'âme populaire allemande, qu'il personnalise réellement l'"Allemagne" et que c'est justement pour cette raison qu'il se maintiendra et qu'il se maintiendra légitimement. Ce qui fait que ce n'est donc pas simplement d'un point de vue extérieur que je suis devenu apatride (...).
Dans le journal, le supplément ne s'appelle plus "L'automobile" ou "Le monde de l'automobile", ou quelque chose dans ce genre, mais "Le monde de l'automobile dans le IIIe Reich". La croix gammée doit être arborée partout. Tout doit s'y rapporter, et ne se rapporter qu'à elle."
(PP. 361-362).


Lourd de millions de morts, un "oui" à Hitler, un "non" à l'humanisme... (DR).

NOTES

(1) Otto Klemperer (1885-1973). Chef d'orchestre qui s'exila aux USA en 1933 pour échapper au nazisme. Revint en Europe après guerre mais se montra aussi rétif face au communisme. Devint citoyen d'Israël en 1970.
Charles Osborne :
- "De la génération des Bruno Walter, Wilhelm Furtwängler et Hans Knappertsbusch, chef suprême des oeuvres de Beethoven et dernier lien avec Gustav Mahler, son visage sévère masquait un sens de l'humour proverbial."

(2) Selon un recensement du 16 juin 1933, les juifs représentaient alors 0,7% de la population de Dresde, soit 4.678 habitants. Début février 1945, la ville ne comptait plus que 174 juifs ! Le bombardement de Dresde, le 14 février, désorganisa tellement les services nazis qu'il empêcha les mesures prévues à court terme pour la déportation de ces derniers juifs...

(3) Victor Klemperer épousa en 1906 Eva Schlemmer (1882-1951), pianiste et musicologue.

(4) Le 2 août 1934, mort d'Hindenburg, Président du Reich alors qu'Hitler était premier ministre (chancelier). Celui-ci organise un référendum pour le 19 août. But : son élection non comme Président mais comme Führer avec les pleins pouvoirs.

(5) Plauen. Quartier de Dresde.

(6) Marie-Thérèse (1717-1780). Impératrice d'Autriche de 1740 à 1780.

(7) Kommune. Appellation contrôlée choisie par les nazis pour désigner le mouvement communiste.

(8) En 1916, les Jeux olympiques devaient se dérouler à Berlin. La Première guerre mondiale en décida autrement. Hitler voulait une revanche. Il l'obtint en 1936, du 1er au 16 août. Preuve que ces Jeux n'étaient pas "que" sportifs : 100.000 spectateurs assistèrent à leur ouverture par un défilé des... Jeunesses hitlériennes !!! L'Allemagne décrocha 89 médailles.

(9) NSDAP : Parti national-socialiste des travailleurs allemands (les versions ne manquent pas telle : parti national-socialiste allemand du travail). Créé en 1920. Au pouvoir dès 1933 quand Hitler accède au poste de chancelier du Reich.

(10) A propos de Léon Blum, lire la page 12 de ce blog.

(11) Helene Meyer (1910-1953). Participe aux Jeux olympiques de 1928 et de 1932. L'année suivante, elle poursuit ses études aux USA et y emporte le championnat au fleuret. Elle céda aux pressions du comité olympique allemand afin d'effectuer un aller et retour au pays pour les jeux de Berlin. Seule athlète juive allemande (ou plus exactement dont le père était juif). Fera le salut nazi en recevant sa médaille d'argent. Puis retournera aux USA dont elle décroche la nationalité en 1940. Attendra 1952 pour revenir en Allemagne, s'y marier et mourir.

(12) Hebdomadaire nazi lancé en 1923. Jusqu'à sa disparition en 1945, ce journal répéta en bas de première page : "Les Juifs sont notre malheur". Son succès public tint à un mélange entre antisémitisme, anticapitalisme, mise en valeur de caricatures surdimensionnées et quelques touches de pornographie.


Die Stürmer - L'Attaquant, 1er mai 1934, avec la caricature antisémite de service dénonçant les crimes et complots attribués aux juifs et en bas de page, ce leitmotiv : "Les Juifs sont notre malheur" (Doc JEA/DR).
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lundi 19 août 2013

P. 258. je, tu, il, nous, vous, elles...


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(Ph. JEA/DR).




Aucun besoin de réveil
avidement chagrin
ni de sirène hurlant
sa migraine
pour que chaque matin
je salue la lumière
par un gargantuesque
pied de nez destiné
à ce destin requin
qui amputerait volontiers
mes lendemains de leurs
deux mains…

tu m’écris rarement
mais invariablement
des lettres invisibles
et introuvables
partout ailleurs
avec des mots de vanille
et de sureau
nés de tes seins cristallins
ces encriers
qui inspirent
la rondeur des océans
et attirent la transhumance
des terres

il n’a pas du tout neigé
ce mois d’août
alors pourquoi
s’il vous plaît
toutes ces étoiles
ayant perdu le nord
jusqu’au bord d’un silence
éphémère
et qui se laissent tomber
avec des yeux
de moins en moins
méconnaissables ?

quand elles se maquillent
maladroitement
et s’accoutrent
en courtisanes
pour une croisière
aux couleurs catastrophiques
les douleurs ne comprennent pas
pourquoi et comment
au lieu de trimer
dans leurs galères
et de nous laisser pendre
à leur misaine de misère
nous ne trahissons aucune
de nos tragi-comédies
surtout les plus rebelles
celles qui font le mur
et l’affiche rouge

à vous voir cloués
handicapés chaplinesques
au centre d’une étroite
et seule clairière
clairsemée de chardons
et de tristes intentions
les braconniers vous supposent
à tort mais non sans raisons
nés de la dernière pluie noire
incapables de dépasser
la première de vos ombres
même la plus oncogène
et de lui retirer son masque
glaçant les sangs
les plus grimaçants
pour lui offrir un aller
décalé pour Venise
et un retour aux sources

leurs lèvres
comme des livres
leurs douceurs à fleur de peau
elles architecturent leurs blogs
où se blottissent
comme sur des îles
illimitées
tous les oiseaux
ces violoncellistes de blues
ou ces choeurs baroques
ni troupeaux, ni appeaux
ni colonies
ni coquilles vides
juste des notes impalpables
et imprévisibles
en bas de page
en haut vol...




(Ph. JEA/DR).


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jeudi 15 août 2013

P. 257. Toponymie : le pays de François, le facteur de Tati...

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Sur la Place de "Follainville" : départ de votre balade à la découverte de la toponymie autour de Sainte-Sévère sur Indre (DR).

Du Champ des Alouettes au Tournebride :
c'est "Jour de fête"...


Champ des Alouettes
Chaume aux Bœufs, Pâture des Bœufs

Lac à la Cane
Chez Chapon
Fontaine au Chat, Pont à la Chatte
les Chevaux Blancs, Etrangle-Chèvre
Les Eperviers, la Grive, le Héron
Creux de la Lionne
Champ du Loup, Chemin aux Loups, Creux du Loup, Fosse au Loup, Jappeloup, le Gros Loup, Loge du Loup, Petloup, Pièce du Loup
Bon Merle, Chante-Merle, la Goutte au Merle, Ruisseau de Beau Merle
Moulin des Mouches
Côte Perdrix, la Gâne du Poux
Le Peu le Rat
Le Chêne du Renard, les Renardières
Le Pied de Vache, Pâtureau des Vaches

L’Arbre des Landes

Bois les Acacias
Champ des Châtaigniers, le Châtaignier Carabin
Breuil du Chêne, Côte aux Chênes, le Chêne des Pendus, le Chêne Rond, le Chêne Soul, les Trois Chênes 

Pièce du Frêne
Croix de l’Orme Rateau, Orme Guérin
Le Poirier du Loup, Moulin des Poiriers
Le Grand Pommier, le Petit Pommier
Brande des Sapins, Sapins de Villealaire

Beaufoin, Beaumont des Putais
Belle Etoile, Bellombre

Bois de la Brosse, de la Cousette, de la Curat, de la Fille, de la Pierre,
de l’Age, de Lélut, de Villemarteau, des Clous, des Souches, du Buisson, du Fusibet, du Rouget
Boulet, Croisé, Cury, Désert, Javel, Marteau, Pataud, Remord, Rondier


Jour de fête a inspiré bien des affiches poétiques (voir P. 256). Par contre, à droite, un inattendu Tati en facteur-Frankenstein ?!? (Mont.JEA/DR).

Borde Boucheroux, Bordessoule

Bramefaim, Bramefont

Brande de Bussières, de Corbillon, de Feuilly, de Grospaud, de Montservet, de Recueil, de St-Rémy, de Tournesac, de Vaudouan, de Verneiges
de la Couture, de la Ville aux Moines
des Boueix, des Chagnerras
du Bois Chevreau, du Bois du Mas, du Coursier, du Pré Plat, du Puy Bardin

Chambijou, Champbeaudon
Champs de Cornau, de Font, de la Treu, des Fils, Mous, Pérots, Pointu, Ralé, Renaud, Renet

Chassepain, Pain Perdu

Château de Barbe Bleue, de Font Bouillant, de Palières, de Puybarbeau
de la Commanderie, de la Forêt Grailly, de la Pérelle, du Virolan, Pointu

Chaume Blanche, Chaussade Blanche, Ferme Blanche, Fourneau Blanc, le Cheval Blanc, Pâturail Blanc, Ris-Blanc

Pierre Brune
Bruyères Jaunes
Bruyère Noire, Chambre Noire, Côte Noire, Goutte Noire, Terres Noires
Champs Rouges, Croix Rouge, Maison Rouge, Terre Rouge
Bois Vert, Croix Verte, Fonds du Vert, Pont Vert

Chez Aubernard, Bottier, Brigat, Combes, Génie, Jabier, Léger, Merlin, Nermond, Pendu, Piot, Rebillon

Les Trois Brocards, les Trois Fonds, les Trois Taillants, les Quatre Vents, Sept Fonds, les Neuf Chênes

Cluzeau de Rongères

Coupe Toussaint

Croix de l’Epinat, de Lèvres, de l’Orme à la Roue, de Rejet
des Jaux, des Ternes
du Chiez, du Marais, du Peuplé
Gamaire, Homo, Jolie

Fontaine Barillet, des Chiez, des Jarouges, du Vignot, Rouilleuse

Fossés Sarrazins

Goutasson

Goutte au Chat, aux Chênes, Berthet, Bidon, du Jeune, du Rieu, Molmond, Piraudon, Rétats

Groslards

Lavaubonneuil

La Grande Cosse, le Grand Beau, le Grand Genétou, le Grand Sou, le Grand Vengeux, les Grandes Prugnes
La Petite Betoulle, le Petit Bougnat, le Petit Mignot, le Petit Paris, le Petit Puy Maigre, les Petites Bergères, les Petites Mercuses


Venant du Purgé et, puisque toutes les routes mènent à Rome, sur celle du Vatican... (DR).

Le Purgé

Le Vatican

Les Gravedoux

Loge à Tous Vents, Brûlée, de la Boirée, de la Filaine, de la Forgette, de Pun, de Sioudray, des Aiguilles, des Gros Bois

Mas de Rose

Montaregret

Moulin à Draps, d’Herculat, de l'Ecorce
de Barre, de Béjon, de Bordesoulle, de Crachepot, de Crépon, de Fontpisse, de Pérassay, de Pondron, de Pouzoult, de Retord, de Richemont, de Verrines, de Villebertaud
de la Cellette, de la Chineau, de la Loube, de la Toinette, de la Tourette
des Fougères, des Ores
du Clou, du Râteau
Ferrat, Gras, Saulnier, Trumeau

Pas des Maîtres Sonneurs

Pâturail des Mineurs
Patural du Seignat, Jeannot
Pâtureau au Pic, de la Cocatière, des Cosses, Vieux

Peu de Brillat, de Montmort, de Praha, de Sault, de Villaine
de la Chaux, de la Croix, de la Crou, de l’Eau, de la Souche
des Moles, des Signats
du Bois,
Chevrier, Martin, Safut

Plantes à Lemme

Poirond

Pont de Noce, des Gâtines, Tracat

Poumeroux de la Garde

Pré de Chenevière, de la Foire, du Garoux, Fouilloux, la Bouchère, Préjolais, Prétabouret, Prévert, Taupin

Quéroir de la Vie

Ruisseau de la Gâne du Cluzeau, de Saint-Palais, la Couarde

Siaudits

Taille de la Fleur

Terrier Bardin, de Peirelottes, de Sugères, Jayard, Mouron, Randoin

Tournebride.


Statue de François, le facteur de Sainte-Sévère sur Indre (Graph. JEA/DR).


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