MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 10 octobre 2011

P. 79. Jean-Paul Clébert est retourné dans les coulisses de son "Paris insolite"

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Voici plus d'un demi-siècle déjà... (Mont. JEA/DR).


Annonce du décès par les Editions Attila :

- "Jean-Paul Clébert nous a quittés hier matin. Beaucoup d'entre vous savent à quel point la réédition imagée de ‘‘Paris Insolite’’ avait été pour nous un moment de grâce et d'émotions. Jean-Paul Clébert, ce clochard céleste, nous a fait avec sa fille Virginie le cadeau de leur amitié et d'un texte qui place au plus haut l'amour des autres et de notre monde.
C'était un homme rare. Dès notre première rencontre, dans cette vieille tour de garde d'un village provençal où il habitait depuis les années soixante, nous avions compris, malgré son grand âge, qu'il n'avait rien perdu de ce désir de vie qui l'animait déjà lorsque, durant la seconde guerre, il arpentait avidement les rues de Paris. Le hasard l'avait ensuite conduit dans ce pays du Lubéron qu'il a tant aimé, et où il a construit l'œuvre d'un humaniste. Romancier, historien de la Provence, compagnon de cœur des tsiganes, fin connaisseur du surréalisme, exégète de Nostradamus, et de tant d'autres choses, il a suivi, année après année, ouvrage après ouvrage, un parcours fidèle jusqu'à la fin à ce qu'il annonçait dès son premier livre: la liberté avant tout.
Les obsèques de Jean-Paul Clébert ont lieu le 22 septembre à 11h, à Bonnieux."
(22 septembre 2011).

Biographie :

- "Né en 1926, élevé dans une famille bourgeoise de la banlieue ouest, Jean-Paul Clébert fugue à 16 ans pour s'engager dans la résistance. A la Libération, il se promène entre Paris et la Provence. Taulard (il a passé quelques semaines aux Baumettes pour vagabondage) et clochard, marcheur et enjôleur, historien, il a publié plusieurs romans chez Denoël avant de se spécialiser dans des domaines aussi divers que l'histoire de la Provence, les tziganes, Nostradamus et le surréalisme. Il a publié plus de cent livres et vit depuis 50 ans dans un village perché du sud de la France."
(Ed. Attila, 2009).


 
2009 : réédition par Attila avec en illustrations des photos de Patrice Molinard.
2010 : réédition dans la collection Points, P 2538, 241 p. (1).
(Mont. JEA/DR). 

"Paris est un caravansérail extraordinaire"
et Jean-Paul Clébert un mémorialiste pas triste...

Résumé :

- "Jean-Paul Clébert a fait de ses vagabondages dans le Paris des années 50 des voyages épiques et sensibles.
Compagnon de Doisneau, clochard, il nous promène au hasard de ses besoins (dormir... manger... faire l'amour), de ses rencontres et de ses mille petits boulots. Paris insolite est le journal de bord de ces traversées, dans une ville qui "change de peau tous les jours". Claque littéraire hors norme, ce livre est accompagné de 115 photographies de Patrice Molinard, qui n'avaient connu qu'une édition, il y a 50 ans."
(Ed. Attila). 

Présentation de l’Editeur :

- "Une plongée dans un Paris interlope, populaire et englouti, par un clochard, compagnon de Doisneau et d’autres piliers du Paris poétique. Un texte exceptionnel digne d’un Nicolas Bouvier.
Dans les années 50, Jean-Paul Clébert fit de ses errances dans Paris des voyages épiques et sensibles. « La traversée de Paris est plus lente que celle d’un département », prévient-il à son entrée dans la ville. D’ailleurs, il lui faut quatre mois pour aller d’un bout à l’autre du quatrième arrondissement...
Clébert ne suit pas d’itinéraire, comme le ferait un guide, mais nous promène au hasard de ses besoins (dormir... manger... faire l’amour), de ses envies, de ses rencontres et de ses mille petits boulots : métreur, assureur, peintre, vendeur de « L’Intran »... Il apprend à connaître Paris par « les mains, les narines et les fesses ». C’est la ville envisagée d’un point de vue très pratique : celui d’un clochard qui vit avec moins que rien. Et qui traduit ça dans une écriture à couper le souffle : longues phrases rythmées ; portraits croqués à traits vifs ; charge poétique brutale."
(2009).

Olivier Bailly (2) :

- "Alors voilà le vagabond Clébert, entré dans Paris comme un loup affamé qui raconte son existence. Les boulots plus ou moins avouables (il avoue tout), les filles qu’on trousse dans les couloirs, les clochards qui se lavent dans le caniveau, les hôtels crasseux où l’on dort « à la ficelle », les caches dans les recoins, aux Halles, la faim, la Seine et ses berges fantastiques, la nuit, et puis les étranges étrangers venus d’on ne sait où. Les Juifs du Marais, les Arabes, les Gitans, les lieux oubliés - Le Vieux Chêne, les Quatre Sergents de la Rochelle, La Belle étoile où déjà traînait Brassaï vingt ans plus tôt… Les individus insolites, peintres clochards, tatoués, les vieilles tapineuses de la Quincampoix… Ah, il faut lire ce livre écrit au présent qui n’est pas un reportage, mais plutôt un ensemble de choses vues. Clébert, reporter ? Il est bien trop proche de son objet. Clébert est un romantique. Un voyageur qui goûte la vie à l’instant même. Sans retarder sa partance. Sans regretter non plus. Il note. Non pour se souvenir. Mais parce que c’est une nécessité. La vie s’exprime."
(Bibliobs, 31 octobre 2009).

Martine Laval :

- "Jean-Paul Clébert (né en 1926), l'homme libre, clochard parmi les gens de peu, a l'ivresse particulière : bien sûr, le petit rouge, mais il se soûle de quelque chose de vaste, de plus inattendu, qu'il nomme « paysage humain ». Il boit les hommes, les femmes, les gosses de la rue. Il se repaît d'une humanité qui grouille, crie, pleure, rigole, s'embrasse. Il regarde tout ce petit monde au ras du bitume, à portée de plume, l'écoute, l'admire - mieux, il l'aime. Il écrit : « Je voudrais m'attabler avec eux, discuter, devenir un familier, connaître les femmes par leur prénom, les hommes par leurs travers. ». Jean-Paul Clébert est un ogre qui digère l'insolite et le ressuscite en phrases sinueuses, vivaces, terriblement... enivrantes. Publié en 1952 aux éditions Denoël par un certain Blaise Cendrars, Paris insolite connut un succès formidable."
(Télérama, 10 octobre 2009).

Photo (3) Patrice Molinard (DR).

Dans ce Paris traversé par Clébert :

A la rubrique des chiens crevés
  
- "On imagine assez peu le nombre de ces êtres humains, à bout de ressources et de souffle, qui s'éteignent en cachette, se terrent dans leur trou pour se voir mourir. Il faudrait consulter les registres des commissariats, faire les chiens crevés, établir des dossiers. Seules trois lignes de faits divers les signalent, et encore pas tous. Femme paralysée, et trop faible pour appeler, grignotée vivante par des rats sur son grabat obscur, appréhendant, entendant, voyant puis sentant et subissant leur présence qui fait hurler l'oeil. Invalide étouffée par inadvertance dans son placard, affaisée puis pourrie lentement dans des tas de vêtements, de boîtes à chapeaux et de balais-brosses. Clochard saisi par le froid sous les sacs et les planches de son clapier au fond d'un terrain vague, épouvantail ridé et barbiflard dont le regard de la mémoire ne peut se détourner. Fou musicien mort d'inanition et de dignité dans sa mansarde au pied des gouttières et de géraniums, couché et bien bordé dans ses couvertures. Fille blonde et grasse, qui louchait, assassinée de sa propre main par un jeu d'aiguilles à tricoter en voulant tuer sa faute."
(P. 209).

Les Halles 

- "Dire que les Halles sont le ventre de Paris est un cliché, mais les gens n'approfondissent pas le fait qu'elles sont réellement les entrailles de toute une population, le centre d'attraction de tous les vagabonds diurnes et nocturnes qui viennent y glaner leur friture alimentaire, ces rogatons, déchets, et tombées minables inexistantes à l'oeil de l'épicier en gros ou en détail qui marche dessus ou du fonctionnaire qui les balaie, mais source de vie et de chaleur intime pour tant de vieux et de vieilles accrochés par grappes aux wagonnets de la voirie, brassant des monceaux de détritus où seules peuvent encore briller des oranges émouvantes...
Comme tous les gars de ma profession, qui est de n'avoir pas de métier, bon à rien et prêt à tout, j'ai travaillé aux Halles, de mes mains froides et de mes yeux brûlants, à l'heure où les cafés ordinaires fermaient, vidaient leurs clients..."
(P. 99).

La Mouffe 

- "Maintenant la Mouffe est pleine. Clochards (4), marchands, ménagères, et baladeurs, rôdeurs du dimanche, petits rentiers du bas des Gobelins qui la montent lentement, tournent à droite et redescendent vers la ville anonyme. Foule dense et élastique. Paysage humain où l'on se sent les coudes, d'où les touristes sont éjectés. C'est le moment de faire un tour. Celui des bistrots...
(...)
Et le jour de fête commencé à l'aube avec le froid finit à la nuit avec la chaleur, en douze heures on a fait les douze bistrots échelonnés sur deux cents mètres, il faut bien ce temps quand on considère l'évidente familiarité qui lie ces gens-là qui sont tous cul et chemise, et l'un ne va pas sans l'autre, et emmener le copain prendre un verre signifie boire (je ne dis pas payer) une tournée générale aux frais de qui on ne sait jamais trop, toujours les mêmes qui paient disent les uns, on remet ça disent les autres, sept-huit-neuf verres sur coup et cul sec, les jambes vite flageolantes et les oeils ravis."
(P. 156).

Photo Patrice Molinard (DR). 

Entre la porte des Lilas et celle de Bagnolet 

- "Entre la porte des Lilas et celle de Bagnolet s'étend encore cette agglomération anachronique, communauté de chiffonniers, de ferrailleurs, de rempailleurs, de mendigots, d'éleveurs de poules et de souris blanches, quadrilatère de jardins incultes et de cabanes, isolés par des haies de lits-cages (dont la profusion est étonnante), de villas dans la construction  desquelles entrent plus souvent le bois que le ciment, les planches et la tôle que la brique, de cabanes dont on ne devine pas tout de suite l'usage, habitacles, hangars à outils, casiers à lapins ou chiottes. Au milieu des choux et des soleils, des baignoires font office de châteaux d'eau comme en grande banlieue mais on est dans le vingtième arrondissement. Deux ou trois roulottes sont montées sur des solives qui commencent à disparaître dans le sol, là depuis l'avant-guerre ou l'exode. Un vieux camion peint en rose et brun comme un pain d'épice de foire, le nez busqué, a des rideaux blancs aux lucarnes et une fumée grasse et jaune sort du toit percé d'une cheminée à bat-vent."
(PP 55-56). 

NOTES : 

(1) La pagination des extraits de "Paris insolite" fait référence à la réédition P2538.

(2) Auteur de "Monsieur Bob", Stock. Biographie remarquable de Robert Giraud.
Site d'Olivier Bailly, cliquer : ICI.

(3) Brève biographie par les Ed. Attila :
- "Né en 1922 (un 1er avril), Patrice Molinard a fait ses débuts de photographe aux abattoirs de la Villette, sur le film de Franju Le Sang des bêtes. Ce photographe de la ville (Paris, Rome, New York, Amsterdam, Jérusalem ... ), mais aussi du patrimoine et de la mode, a aussi illustré des textes de Colette, adapté Cocteau à la télévision, fait des décors de théâtre pour Macbeth, et réalisé pour le cinéma quelques courts métrages inspirés par l'expressionnisme."

(4) Lire l'interview de Jean-Paul Clébert par Olivier Bailly : "les clochards n'étaient pas des exclus comme aujourd'hui". Cliquer : ICI
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Bibliothèque de ce blog, cliquer : ICI .
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jeudi 6 octobre 2011

P. 78. "Une vie avec Oradour", le film

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Synopsis :

- "Le 10 Juin 1944 à Oradour-sur-Glane, Robert Hébras échappe à la mort.
"Une
vie avec Oradour" (1) retrace son histoire, avec le récit minutieux de cette journée, filmé dans les ruines du village-martyr. Un drame ancré dans notre mémoire collective et qui reste le plus important massacre de civils en France sous occupation allemande. C’est aussi l’exemple d’une vie déterminée par le désir de témoigner inlassablement pour que l’Histoire ne se répète plus. Elle porte l’empreinte du souvenir et du désir de vivre, une empreinte qui transcende une vie."

Patrick Séraudie, réalisateur :

- "Dans la première moitié du film, avec minutie, heure par heure, Robert raconte SA journée du 10 juin 1944 : l’arrivée des allemands, le rassemblement sur le champ de foire, l’attente avec les copains de foot, la fusillade dans la grange, les blessures, le sang, le feu, et finalement l’évasion.
Je privilégie la subjectivité de son témoignage, ne décrivant que ce qu’il a vu et vécu.
En contrepoint, intervient Jean-Marcel Darthout. Il a partagé l’attente dans la grange, la fusillade et une partie de la fuite. Son témoignage complète celui de Robert.
Cette partie du film est intégralement tournée dans les ruines du village-martyr, à l’exception du témoignage de Jean-Marcel Darthout.
Robert Hébras explique chronologiquement les événements, marchant à un rythme soutenu vers chaque lieu du drame. Dans ces déplacements, Robert Hébras est souvent filmé de dos, il est notre guide. Pour ces séquences, je privilégie la dimension physique de l’action. Robert arpente, une fois de plus, ce parcours de douleur, tout en racontant les faits tels qu’il les a vécu.
J’ai choisi le mois de juin comme période de tournage, cherchant à rester au plus près des teintes chaudes du début de l’été.
(…)
Dans la seconde partie du film, je montre comment son parcours de vie est bouleversé par ce drame.
A la veille du 10 juin, Robert est encore un jeune homme « ordinaire » vivant dans un village « loin » de la guerre. Il n’est impliqué dans aucune forme de militantisme, ni de résistance.
Ensuite, après une période de reconstruction durant laquelle il occulte le drame, il va progressivement devenir un témoin infatigable, vouant une grande partie de sa vie à raconter son expérience traumatisante –notamment lors des procès de Bordeaux (2) et Berlin- et à militer contre la guerre, la haine et pour le respect des victimes.
Jamais il ne quittera la région, habitant les baraquements provisoires avec son père, puis le nouvel Oradour, village construit au-dessus du village-martyr.
Il est aujourd’hui le dernier porteur de la mémoire de l’ensemble du site, tant du monument historique et des cérémonies qui s’y déroulent que de l’évolution du nouvel Oradour au cours des 67 dernières années.
Cette seconde partie liée à la vie de Robert après le massacre, est réalisée au « Pouyol », la ferme de sa soeur aînée où il trouve refuge dès le lendemain du drame. Le lien avec les ruines du village-martyr est maintenu au travers des archives cinématographiques et photographiques."
(Dossier de presse).


Robert Hébras, "dernier porteur de la mémoire d'Oradour" :

- "Le film permet de revenir sur ce qui fut mon parcours personnel au moment du drame, mais il est aussi une réflexion, en tout cas il m’est apparu comme
tel, sur une vie de témoignages et de rencontres, un retour sur moi-même en quelque sorte qui m’a permis de réfléchir à ce qu’avait été mon discours depuis toutes ces années, à comprendre combien, en devenant un porteur de mémoire, la douleur est toujours là, mais aussi un certain apaisement de voir que tout cela n’a pas été vain et que les jeunes générations entendent le message que je veux leur faire passer. En plus, au-delà de mon destin, une vie empreinte de ce drame, c’est toute la tragédie d’Oradour qui se trouve dans ce film : le temps du massacre, de ma fuite et de celle de mes camarades bien sûr, mais aussi le moment des procès, celui de Bordeaux (2), celui de Berlin qui tous les deux ont été des moments difficiles.
J’ai longtemps éprouvé de la haine pour ceux qui ont commis ce massacre, je suis d’ailleurs immédiatement après entré dans la résistance pour me venger. Mais je n’en ai pas eu l’occasion et aujourd’hui j’en suis bien heureux. Avec le temps, j’ai réussi à admettre que le peuple allemand n’était pas responsable, et encore moins et surtout pas les générations suivantes.
Pour moi, Oradour ce sera toujours « ni haine ni oubli », et le fait que ce film soit franco-allemand, ce qui est une première, me semble être l’aboutissement de cette maxime."
(Dossier de presse).


Oradour, le silence ayant succédé aux horreurs du 10 juin 1944 (DR).

Jacques Mandelbaum :
 
- "Sur les 642 victimes, mitraillées, brûlées par le feu et achevées à coups de pistolet, six survivants doivent à un miracle d'avoir la vie sauve.
Ils ne sont plus que deux à être encore en vie aujourd'hui, Robert Hébras et Jean-Marcel Darthout. C'est au recueil de leur parole qu'est consacré ce documentaire, qui entend moins relever un défi artistique qu'être le réceptacle du témoignage de ces deux hommes, depuis le souvenir détaillé qu'ils conservent du massacre, jusqu'à la vie qu'ils menèrent ensuite, notamment consacrée à la transmission de l'horreur incarnée par cet événement.
La douleur, la révolte et la dignité imprègnent ce film très simple, devant lequel tout spectateur ne peut que saluer l'extraordinaire tenue de ces hommes qui ont alors perdu ce qu'ils avaient de plus cher et qui n'en ont pas moins continué à vivre, dans la haute solitude que confère ce destin."
(Le Monde, 20 septembre 2011).

Alain Riou :

- "Une vie avec Oradour" ne lève pas le mystère d’un massacre inexplicable, mais réfléchit principalement sur la mémoire et la façon de la transmettre à travers Robert Hébras, qui avait 15 ans quand les corps de ses camarades lui sauvèrent la vie et qui, depuis, s’est fait le gardien du souvenir et des ruines intactes. Le film est classique, direct, précis, sans effets et riche d’enseignements sur la nature humaine."
(TéléCinéObs n°2446).

Mathilde Blottière :

- "Survivre à Oradour, c'est aussi se condamner à ne jamais quitter ses ruines. Le film montre comment ce rescapé a voué sa vie entière au souvenir du 10 juin 1944. Devant les tribunaux (lors des procès de Bordeaux et de Berlin) comme auprès des jeunes générations, Robert Hébras n'a cessé de témoigner de ce qu'il avait vu. En recueillant, sur les lieux mêmes de la tragédie, sa parole précieuse et poignante, ce film contribue lui aussi à remplir un devoir de mémoire."
(Télérama, 21 septembre 2011).

Frédéric Pagès :

- "Robert Hébras, octogénaire alerte, reconstitue minute par minute sa fuite et guide d’un pas vif le cameraman dans cette bourgade aujourd’hui fantôme, entre voitures calcinées et maisons effondrées.
Il raconte le procès de Berlin, et la stupeur d’un ex-sous-officier allemand voyant resurgir des survivants non prévus à son programme d’extermination. En France, le procès de Bordeaux (2), tenu en 1953, jugea les soldats alsaciens et mosellans qui incendièrent Oradour sous l’uniforme SS. De précieuses images d’archives montrent les manifestations organisées en Alsace pour l’acquittement pur et simple de ces Malgré-Nous, au motif qu’ils avaient été incorporés de force. Et le Parlement français vota une loi d’amnistie…
Evitant les pièges de la pédagogie et de la commémoration académique, ce documentaire de Patrick Séraudie, coécrit avec l’historien Pascal Plas, est passionnant : on croit connaître, on ne sait rien."
(Le Canard enchaîné, 21 septembre 2011).


SS identifié comme ayant participé au massacre d'Oradour, détail d'une photo prise à Bordeaux en avril 1949 (Doc. JEA/DR).

Jean-Michel Frodon :

- "La qualité de ce récit fonde la mise en histoire des processus complexes qui s’enclenchent ensuite, et qui traversent les décennies. Processus mémoriels, politiques, pédagogiques. Questions patrimoniales et de gestions des traces matérielles et immatérielles. Stratégie commémorative mise en place par De Gaulle dès mars 1945. Affrontements dont on a oublié combien ils furent violents, quand l’Alsace et la Lorraine entrèrent en quasi-insurrection après la condamnation de « malgré-nous » ayant participé au massacre au procès de Bordeaux en 1953, obtenant de l’Assemblée nationale une amnistie vécue comme une insulte par tout le Limousin, haut lieu de la résistance. Les scansions de la construction de l’Europe, et le rôle décisif de Willy Brandt. Les étrangetés de la couverture (et de la non-couverture) par les médias, principalement par la télévision française. Le rôle désormais d’Oradour comme lieu de réflexion sur la barbarie (3), mise en lumière dans le film par la visite des maires de Sarajevo et de Srebrenica. Mais aussi, sur le plan personnel, la dimension obsessionnelle, au limite d’un dispositif de cinéma fantastique, qui astreint un homme à reparcourir sans fin ces rues vides et détruites, En restant au plus proche de la vie de Robert Hébras, qui depuis qu’il est à la retraite consacre tout son temps à partager cette mémoire douloureuse où il n’a renoncé à chercher du sens, notamment avec des scolaires de multiples origines (y compris des lycéens allemands), Une vie avec Oradour se déploie en de multiples ramifications, porteuses de questions toujours vives autant que d’informations et d’émotion (4)."
(Slate.fr, 25 septembre 2011).




NOTES :

(1) Pour consulter le site du film, cliquer : ICI.

(2) Le 13 février 1953, le tribunal militaire de Bordeaux rend son verdict concernant 21 accusés : 7 Allemands et 14 Alsaciens.
Il condamne à la peine de mort l'Allemand Karl Lenz et le Français Georges-René Boos.
10 Alsaciens se voient infliger entre cinq et huit ans de travaux forcés. 4 autres sont condamnés à un emprisonnement entre cinq et huit ans.
5 Allemands reçoivent entre dix et douze ans de travaux forcés avec vingt ans d'interdiction de séjour pour 4 d'entre eux et dix ans pour le 5e.
Un Allemand est acquitté.
Dès le 19 février, l'Assemblée nationale vote l'amnistie pour les "Malgré-nous".
Engagé volontaire, sergent dans les SS, le Français Boos ne fut point passé par les armes mais libéré en 1958... A Oradour, il donna des coups de grâce à des survivants des massacres. Auparavant, Boos avait fusillé deux femmes sur la place de l'Eglise. Il mitrailla et lança des grenades à l'intérieur de l'édifice religieux où étaient entassés femmes et enfants. Revenu sur les lieux le 12 juin, ce SS fractura le tabernacle de l'église et vola le ciboire. En 2012, Roger Hébras était condamné pour avoir mis en doute la statut de "victimes" (d'un engagement obligatoire et non de volontaires dans les SS) de tous les "Malgré-nous" impliqués dans les horreurs d'Oradour.

(3) Site du Centre de la Mémoire à Oradour, cliquer : ICI.

(4) Exemple pénible de fausse information utilisée pour créer des émotions artificielles : cette photo d'Oradour reprise pour une couverture de livre traitant de la débâcle en... 1940. Lire la page 45 de ce blog.

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lundi 3 octobre 2011

P. 77. Bohémiens, Gitans, Roms, Tziganes...

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Cendron (Ph. JEA/DR).


Le vent tire les nuages
par les cheveux
sous prétexte qu’ils sont bohèmes

tandis que sur les roms 
fulgure la foudre
un seul arbre ose protester

un ruisseau peint la scène
avant qu’elle ne s’efface
comme si c’était la dernière

quels sont ces oiseaux
traversant les rêves des migrants
pour réanimer leurs mystères ?

les épouvantails ne sont pour les gitans
que des promesses de mises à sac
de leurs terrains vagues

un seul hasard
et l’horizon accouchera
d’autres rafles de tziganes

les paupières de la nuit
se font lourdes
pour protéger une double peine

au cadran fragile des étoiles
il sera bientôt minuit
les voyages restent éphémères


"Nous sommes les Tsiganes..." (Graph. JEA/DR).

Autres poèmes ? Cliquer : ICI.


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jeudi 29 septembre 2011

P. 76. Nord de la France et Belgique : spoliation des biens juifs et tsiganes

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Le Comité scientifique :

- Danielle Delmaire, Université Lille 3
- Monique Heddebaut, Commission Historique du Nord
- Odile Louage, AFMD-délégation du Nord

Le Comité d'organisation :

- AFMD-DT Nord, Odile Louage
- Ville de Bondues, Pierre Zimmermann
- Musée de la Résistance de Bondues, Hélène Priego et Claire Crétel

vous invitent le Mercredi 12 octobre 2011
au Musée de Résistance de Bondues

pour une journée d'étude sur la


Au programme des travaux et réflexions :

MATIN

9h
- Accueil des participants par Pierre Zimmermann (Mairie de Bondues).
- Présentation du Musée par Hélène Priego (Musée de la Résistance de Bondues).
- Hommage à Maxime Steinberg
par Laurence Schram (Musée Juif de la Déportation et de la Résistance, Malines).

Présidence de séance : Etienne Dejonghe, Université Lille 3, IRHiS.

9h30
- Introduction : "Les particularités de la Zone rattachée à la Belgique",
Danielle Delmaire, Université Lille 3.

9h40
- "La spoliation économique des Juifs en Zone rattachée : le département du Nord, première approche",
Jean-Baptiste Gardon, Lycée Jean Moulin, Roubaix.

10h
- "Le pillage des oeuvres d'art des Juifs en Zone rattachée",
Marie-Josèphe Lussien-Maisonneuve, Université Lille 3, IRHiS.

10h30
- Discussion et pause.

Présidence de séance : Laurence Schram, Kazerne Dossin.

10h50
- "Spoliation des biens juifs : un exemple, la communauté de Lens",
Claire Zalc et Nicolas Mariot, CNRS.

11h10
- "Restitutions et indemnisations après la guerre, en France",
Tal Bruttman, EHESS.

11h30
Discussion.

12h
- Pause déjeuner.

Convois parallèles à ceux des déportés raciaux : ceux de leurs biens spoliés (Bundesarchiv/DR).

APRES-MIDI

Présidence de séance : Etienne Dejonghe, Université Lille 3, IRHiS.

14h
- "Le pillage des biens par l'administration de la Caserne Dossin à Malines",
Laurence Schram, Kazerne Dossin.

14h20
- "Spoliation des biens juifs en Belgique",
Jean-Philippe Schreiber, Université Libre de Bruxelles.

14h40
- "Législation anti-tsiganes, pillage des biens et retour des Tsiganes",
Monique Heddebaut, Commission Historique du Nord.

15h15
- Discussion et pause.

15h45
- Table ronde avec des témoins appartenant à des familles spoliées :
Michel Biezunski, Famille Hirsch, Antoine Lagrené, Famille Raby-Delnatte, Paul Roos,
Danielle Delmaire, modératrice.

17h30
- Conclusion,
Danielle Delmaire, Université Lille 3.

18h
- Clôture.

Pour situer le Musée de la Résistance à Bondues (DR).

Pour tout contact et s'inscrire :

Musée de Résistance
16 place de l'Abbé Bonpain
59910 Bondues

Tél. : 03 20 28 88 32
Fax : 03 20 25 94 95

Courriels : hpriego@mairie-bondues.fr



lundi 26 septembre 2011

P. 75. De la Baie d'Enfer au Toul Toussec en passant par la Moisie

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Marguerite Yourcenar :

- "Une île est à la frontière entre l'être humain et l'univers."


(Ph. JEA / DR).


Toponymie 7 :
sur son Banc, la Pie
se méfie de l'Ours seul...


Baie d’Enfer

Banc de la Cormorandière, de la Pie

Basse Beuzec, Cadic, Contès, Garo, Goudron, Grilhed, Hir, Menut, Neuve, Pennou Pell, Ron Voule, Toullcot, Toull Rouz, Vieille Maison, Vihan,
Basse de la Gaine, de la Traverse, de la Vierge,
Basse de Bloscon, de Guen, de Mars, de Men Pic, de Minard, de Mingam, de Névez, de Porz Malo,
Basse des Bretons, des Bozmen, des Duono, des Epées, des Guitans, des Héaux, des Lec’ Hou,
Basse du Colombier, du Sud-Est,
Beg ar Vilin, Camm ar C’Han, Min Rouz,

Carreg Iliao,

La Chaise du Curé,

C’hézec Bian, Braz

Coat ar Fö, an Borgne,
Coat Guégan, Guigour, Izour, Mabo, Nir, Rogan

Coco

Convenant an Coat, an Dour, an Gac, an Illiz, an Puns,
Convenant Adam, Balcou, Bazile, Béguec, Bourhis, Bozec, Creïz, Diolen, Doré, Filous, Flaquer, Folory, Fourmel, Guézennec, Laouénan, le Cerf, le Flem, le Foll, le Gac, Lescop, Lestic, Lez Wenn, Limpalaër, Louarn, Louédec, Luron, Mabo, Malcamus, Manchec, Marcafé, Marrec, Mazéo, Mignon, Parcou, Pavic, Pen an Coat, Pennec, Person, Pichoret, Pichouron, Pierre le Béchec, Roz, Ru Toupin, Trémeur, Tricot,

Corne Courte

Crec’h an Goué,
Crec’h ar Bleïz, ar Fur,
Crec’h Arhant, Bleïz, Brinic, Castel, Choupot, Costiou, Divoët, Ernec, Gouéno, Hello, Héno, Imot, Jord, Loas, Mel, Mélo, Mouelc’h, Quélen, Reut, Roc’h Alzy, Run, Stang, Zodès,

Croaz an Quéméner, an Quéré,
Croaz Borgne, Coat, Cochon, Guénanen, Hent Kermellou, Scabellec,

Douar Nevez,

Elez Illiec, Inic,

Enez Covec, Yat,

Fantan Meur,

Ile à Bois, aux Lapins, aux Moutons, d’Er, de Seigle, des Femmes, des Levrettes, du Milieu, du Renard,
Ile Aganton, Biniguet, Blanche, Bono, Brug, Coalen, Dhu, Fougère, Grou Ezen, Istan, Jaouen, Jéséquel, Karo , Layrec, Loaven, Logodec, Losquet, Louët, Marquer, Morvil, Ozoc’h, Plate, Ronde, Rouzic, Séhérès, Siec, Tanguy, Tomé, Verte, Vierge, Yvinec

Kerrac’h Vian,

la Lande Supplice,

(Ph. JEA / DR).

La Moisie,

La Salle Blanche, le Chapeau Blanc,

Lec’h an Bellec, an Bouill, an Goust, an Moal, an Traou,
Lec’h Pouder,

Le Dernier Sou, le Petit Géant,

Les Couillons de Tomé,

Leur an Treut,

Luzuret,

Manac’hic,

Mez ar Gazec,

Néro Hir,

Passe-Porte,

Pen an Alé, an Crec’h, an Guer,
Pen ar Crec’h, ar C’hra, ar Feunteun, ar Hoat, ar Parcou, ar Scol, ar Stang,
Pen Bizien, Boloï, Lann, Mez Coz, Rac’h Kuré,

Placen ar Gac,

Poul an Butuguen,
Poul Derrien, Rallec,
Poull ar Raned,

Porz ar Groaz, ar Gwin,
Porz Hir,

Prat Amour, ar Pont, Born, Collet, Glaz, Guen, Hily, Lohan, Min, Scoul, Yen,

Roc’h ar C’héré, ar Choueier, ar Hanap, ar Liorzo, ar Mennou, ar Morguévrézed,
Roc’h Cléjou, Douriou, Faro, Glaz, Gouarivinou, Grouic Pourc’h, Ho an Tier, Huit, Huz, Kerlaben, Kervarec, Levnec, Losquet, Louet, Moroc’h, Morvan, Nor Laier, Ourmelec, Poull Jouan, Ribin, Skeiviec, Stur, Toull Tan Braz, Véléo, Vraz, Zonn

Roud ar Har,

Roudoutous,

Roz an Dillen, Lan,

Run ar Foërn,

Toul ar Hoat, ar Quiz,


(Ph. JEA /DR).

Toul Bougeant, Conan, Lanic, Picous, Toussec,

Traou an Arcouest, an Dour,
Traou Bihan, Guern, Jaudy, Meur, Nod, Richard, Venec, Vilin, Waz,

Troézel Vihan,

Trolong Braz,

Ty an Dossen,
Ty Goulmet, Nod, Poas,

War Wenn,

Was Clos,

Yurc’h Arc’Hantell,

et  prêts à monter dans l’Arche pour le grand large :
les Agneaux, les Anes, les Bœufs, les Canetons, le Cerf, la Chèvre, les Chiens, le Grand Cochon, le Coq, le Corbeau, le Cormoran, les Crapauds, la Dorade, les Fauvettes, la Fourmi, les Grandes Juments, le Lion, la Louve, le Mouton Noir, les Mulets, l’Ours Seul, le Poulain, les Pourceaux, les Rats, les Renards, le Taureau, la Petite Vache, le Veau du Taureau...


(Ph. JEA / DR).

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