MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 14 novembre 2011

P. 89. Novembre 1993 sous la plume de Françoise Giroud

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Françoise Giroud, Journal d'une Parisienne, 1993, Seuil, 1994, 429 p.  (1)
et
Points, 1995, 395 p.
(Mont. JEA/DR).

Françoise Giroud : 

- "Les jours fuient, par où les saisir ? Sur la peau glissante de l’actualité, se mêlent l’insignifiant et le majeur, parfois indiscernables sur l’instant, les hommes, les choses, les humeurs, les impressions fugitives, les émotions fugaces, la couleur du temps…

L’année 1993 a été féconde en événements qui lui ont donné sa physionomie particulière. Ce Journal ne prétend pas donner la synthèse, au contraire. C’est une série d’instantanés que je me suis astreinte à prendre chaque jour, sans tricher, et où j’espère seulement avoir rendu le reflet du mouvement de la vie tel que je l’ai perçu, moi, parisienne privilégiée mais attentive au tumulte des choses sous leur écume."
(4e de couvberture).

Laure Adler : 

- "Son encyclopédisme, son goût de lire, sa manière de retenir, d'un coup de griffe, l'écume du quotidien donnent l'idée à Michel Winock de lui confier un journal, sorte de continuation, en somme, de ses éditoriaux. Et c'est un délice, encore aujourd'hui, que de se plonger dans ce Journal d'une Parisienne, où coexistent le journal intime, la réflexion sur la vieillesse, les indignations politiques, telles quelles sont vécues au jour le jour. Elle qui n'a jamais tenu de journal intime de sa vie s'astreint à écrire trois heures par jour, sans rien relire ni modifier, en prenant le risque de se tromper..." (2).

D'après l'affiche du film de Damian Pettigrew : "Fellini, je suis un menteur" (DR).

Françoise Giroud :
"La jeunesse, tant qu'elle ne casse pas, on la laisse braire."

Lundi, 1er novembre 1993.

- "La mort de Fellini, plongé depuis deux semaines dans le coma, est un grand malheur. Personne n'est irremplaçable ? Si, les artistes.
(...) L'idée de devenir un monument l'affligeait. "Un monument, c'est immobile et les pigeons se posent dessus..." Héla, c'est fait. Le voilà figé dans sa gloire, qu'il ne partageait avec personne.
Si fécond en d'autres temps, le cinéma italien a dépéri, rongé par la télévision, que Fellini haïssait. Danielle Heymann  rapporte, dans Le Monde, ce qu'il lui en disait : "La réalité, la tragédie, la vie n'apparaissent plus qu'à travers le petit écran, n'existent plus hors du petite écran. (...) La télévision a mutilé notre capacité de solitude, a violé notre dimension la plus intime, la plus privée, la plus secrète. Enchaînés par un rituel envahissant, nous fixons un cadre lumineux qui vomit des milliards de choses s'annulant les unes les autres dans une spirale vertigineuse. "
(P. 354). 

Lundi 8 novembre.

- Pierre Mehaignerie a fait voter une loi qui rend incompressible la peine de prison à perpétuité, appliquée à des meurtriers de mineurs... 
(...) Ceux qui subiront cet enfermement à vie ne sont certes pas des objets de compassion. Ce sont des hommes qui ont commis des crimes affreux... Il ne s'agit donc pas de s'attendrir sur leur sort. Simplement, a-t-on le droit de priver un être humain de toute espérance ? A tout jamais ? Que le chef de la démocratie chrétienne en France ait pris l'initiative d'une telle loi laisse songeur..."
(P. 360).

Mardi 9 novembre.
 
- "Le Manifeste pour la parité entre hommes et femmes dans les assemblées élues est publié par Le Monde, avec 577 signatures. Utopie ? Il y en a de plus folles qui se sont réalisées."
(P. 362).


3 volumes dans la collection Bouquins, chez Laffont, 1993 (DR).

Mardi 16 novembre :

- "Du pognon pour l'éducation !" criaient les manifestants. Ce n'est pas précisément une revendication révolutionnaire. Plutôt un cri de détresse devant l'absence de locaux, l'absence de maîtres, les filières surchargées... Ils ont envie de travailler, ces enfants, aujourd'hui et demain.
Les écoutera-t-on ? Pour être entendu, en France, aujourd'hui, il vaut mieux être agriculteur et mettre le feu aux préfectures. La jeunesse, tant qu'elle ne casse pas, on la laisse braire."
(P. 368).

Mercredi 17 novembre :

- "Le clown Zavatta s'est tué, à 78 ans, d'une balle dans la tête. Cancer. Il souffrait. C'était si beau, le cirque, autrefois. Le bruit, l'odeur, les paillettes, les exploits... Et puis la télévision est arrivée." 
(P. 370).

Mardi 23 novembre :

- "Relu pour le JDD, une bonne partie des Mémoires de Casanova, dont la première édition enfin conforme à l'original vient de paraître, après des tribulations dignes de celles de l'auteur.
Derrière sa légende de séducteur professionnel, le personnage apparaît dans toute sa stature. Charlatan, aventurier, joueur, escroc de haut vol, espion de Louis XV, mais aussi docteur en droit, traducteur d'Homère, auteur d'une Histoire des troubles de la Pologne en sept volumes, fréquentant les cours et les bouges, les princes et les cachots, fabuleux Casanova.
Qu'avait-il donc, ce fripon vénitien, pour que les femmes tombent dans ses bras ? Glouton du sexe ? Don Juan au coeur de pierre ? Nullement. Il les aimait tout simplement."
(P. 376).

Signé Alechinsky, timbre émis le 28 septembre 1992 (JEA/DR).

Jeudi 25 novembre :

- "Berlusconi, avec son empire financier, ses journaux, ses télévisions obscènes, c'est une puissance. Qu'il la mette au service des néo-fascistes - alors qu'il était, de surcroît, le plus ferme soutien des socialistes ! - achève de rendre l'homme peu recommandable...
Les Italiens ont-ils fait leur révolution pour se donner à des Berlusconi ? Ce serait un beau gâchis."

Vendredi 26 novembre :

- "Pendant que Franco agonisait, ses ministres étaient réunis en un conseil qui siégeait sans désemparer. De temps en temps, quelqu'un se levait pour aller aux nouvelles. Enfin, l'un d'eux revint pour dire : "C'est fini." Il y eut un long silence. Puis une voix demanda : "Qui va le lui annoncer ?" Si non e vero..."
(P. 378).

Dimanche 28 novembre :

- "Vente aux enchères de peinture contemporaine (...). Un petit Alechinsky rose me tape dans l'oeil. S'il reste dans mes prix, je vais succomber. L'épatant, avec la peinture, c'est que le désir n'est jamais exténué (...). Et c'est le désir qui vous tient vivant."
(P. 380).

Note 2. Mon bon souvenir à la Librairie Regain, place de la Libération à Reillanne (DR).

La télévision corned beef. 
Aucune société se bien disant civilisée ne devrait imposer des pertes de liberté synonymes de perte de la dignité humaine.
La parité femmes-hommes comme un mirage sur un horizon ne cessanr de reculer.
L'enseignement maltraité comme une sorte de poubelle de la société.
Berlusconi confondant la politique avec un plat de macaroni.
Franco la muerte remplacé par d'autres dictateurs ailleurs...
Françoise Giroud tenait un journal en 1993. Avec le recul, nous ne pouvons que constater combien l'histoire est parfois un fleuve pris par bien des glaces...

NOTES

(1) Les extraits repris sur ce blog portent la pagination de l'édition originale.

(2) PP. 455-456 in Laure Adler, Françoise, Grasset, 2011, 493 p.

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jeudi 10 novembre 2011

P. 88. Aucun de ces chemins ne mène à Rome

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Le Contadour (Ph. JEA/DR).

Album photos : 9
pour de nouveaux vagabondages,
échanger sa route contre rien...

quand se confondent destins et destinations, 
quelques étoiles oublient de s'endormir aux embranchements de la forêt jamais noire

fausses routes pour mieux écarter les collectionneurs de feuilles jouant comme des enfants dans les fondrières, sans jamais imaginer - même dans leurs pires cauchemars - que des fourches peuvent les clouer au flanc d'une colline

les chemins de halages sont des impasses pour les grenouilles voulant se transformer en boeufs muets

quelques passages ne le sont pas - sages -; que du très beau contraire

ces roulotes préfèrent emprunter des pattes-d'oies plutôt que des carrefours commerciaux (elles empruntent, mais contrairement aux préjugés sur les gens du voyage, elles les rendent...)

gare au terminus d'une vie mise sur les rails d'un train-train quotidien

les zigzags perturbent profondément ceux qui prennent les voyages pour des autoroutes de la désinformation...

Entrée de Manne, en venant de Manosque (Ph. JEA/DR).

La Gabelle, il venait de neiger sur le Ventoux (JEA/DR).

Beaumont pendant la sieste (JEA/DR). 

A la recherche de cerisiers en fleurs vers Irancy (Ph. JEA/DR).

Chiroubles (Ph. JEA/DR).

Route éponge à Thel (Ph. JEA/DR).

Allée du château de Modave (Ph. JEA/DR).

Autoroute dite des "Anglais", photo qui n'est pas sans rappeler les reportages de Dominique Hasselmann (Ph. JEA/DR).

Vers Martigny,  (Ph. JEA/DR).

Route de Cendron (Ph. JEA/DR).

Forêt de Saint-Michel en Thiérache, trève entre deux croisades menées par ces chasseurs affirmant protéger la nature à coups de pétoires (Ph. JEA/DR).

Le Gratte-Pierres aux premières neiges (Ph. JEA/DR).

Signy-le-Petit (Ph. JEA/DR).

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lundi 7 novembre 2011

P. 87. "papa part maman ment mémé meurt"

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papa part
maman ment
mémé meurt
Fabienne Yvert, éditions Attila, 2011, 80 p. 

Mot de l’Editeur : 

- "Papa et maman se séparent. Mémé vieillit. La fille raconte.

«C’est maman qui me l’a dit en pleurant, les yeux rouges et le nez pincé : "c’est ton père, snif, il veut s’en aller". Elle bafouillait et moi je venais de me réveiller, alors j’ai pas tout de suite compris ce qu’elle disait, et puis après je me suis dit que ça allait encore être une journée terrible et que j’aurais mieux fait de dormir plus longtemps.»

Ce récit drôle, sidérant, sur la séparation d’un couple, est à mi-chemin du texte de transe et de la farce littéraire. Un chef-d’œuvre." 

Annie Kiesel : 

- "Inclassable Fabienne Yvert ! Les impeccables éditions Attila avaient publié d'elle, l'été dernier, le piquant Télescopages. Voici un petit ovni ne ressemblant à rien de connu sur terre, trois textes d'une sorte de poésie orale, d'hymne joyeux célébrant les allitérations, de dédramatisation d'épisodes familiaux qui pourraient être lourds, et qui sont ici de petits ballons gonflés à l'hélium. Telle la mémé qui, avant de mourir, « aimait tellement pépé, aimait tellement Pétain »... Écrites dans les années 1980, ces pépites pétantes de fraîcheur sont un cadeau à s'offrir. Et à faire passer."
(Ouest France, 14 août 2011). 

Alain Nicolas : 

- "Papa part, maman ment : la vie balbutie. Les accidents de la vie, comme on dit, prennent sous la plume de Fabienne Yvert le charme amer du bredouillis enfantin. Dans Télescopages, paru cet automne, Fabienne Yvert 
livrait 250 fiches, figurant une manière d’inventaire de son quotidien. Aujourd’hui, trois textes des années quatre-vingt, édités sous forme de livre d’artiste écrit à la main, reviennent au jour en un seul petit ouvrage. Trois événements de la vie vus par un enfant, reliés par ce regard, restitués par ce discours.
Papa part, maman ment, mémé meurt, et un discours se déclenche, qui tient du babil de l’enfant jouant avec les sons : « Maman ment, mama maman, ma maman ment. » Et très vite le jeu se déplace sur le langage, sur la manière de dire, d’éviter de dire « Mémé s’en va, mémé est partie, mémé part, mémé part en voyage, elle ne reviendra jamais, mémé s’envole (…) mémé est au ciel. » Mais c’est aussi l’inventaire cru et chirurgical des illusions, des prétextes, des mensonges, histoire de donner de fausses réponses aux vraies questions : pourquoi Papa part-il ? Où va-il ? La parole hésite, bute sur les évidences puis se lance vers l’excès baroque. « Papa va à Sainte-Hélène, papa part pour l’Everest. »
(L’Humanité, 26 mai 2011). 

Augustin Trapenard : 

- "Pour l'exquise Fabienne Yvert, une crise familiale vaut bien un poème. En deux temps, trois mouvements, elle tourne le  divorce en exercice de diction ou en solo de percussions. Ce père qui  est sans doute parti pour une autre, elle lui invente de bonnes raisons :  le voici mort-vivant ou grand aventurier. Elle jette tout sur le  papier, laisse courir son imagination et prépare sa belle tambouille de  refrains et de calembours. La misère du quotidien se teinte de  merveilleux. « Papa part, maman ment, mémé meurt », c'est un petit livre  quelque part entre le témoignage vibrant et le délire oulipien. C'est  drôle, c'est déchirant, c'est beau comme du Prévert..."
(Elle, 1 juin 2011). 

Marianne Payot : 

- "Style : étonnant. Entre poésie et litanie, jeux de mots et plaies du coeur, récit enfantin d'une déflagration familiale et observation poignante de la lente décrépitude d'une femme délaissée.
Verdict : à lire, pour son propos, mais aussi et surtout pour son rythme et la finesse de l'exercice. Fabienne Yvert aime les mots plus que tout. Elle les fait chanter, comme hier Boby Lapointe." 
(L’Express, 14 juin 2011). 

P. 3 (DR). 

Avis personnel. Des bouquins ? Je n'ai aucunement la prétention d'en connaître des foultitudes, d'en avoir escaladé toutes les montagnes, d'avoir conspiré avec les bibliothèques des quatre points cardinaux, d'être assez humaniste pour ne pas en avoir laissé tomber quelques-uns aux oubliettes... Néanmoins les livres qui m'ont fréquenté, ne se comptent plus.
Or, celui-ci est unique. Dès les premiers mots. Jusqu'à la dernière ligne. Et bien plus encore...
Ce volume n'est pas folioté  mais des critiques scrupuleux ont décompté 80 pages. C'est mince ? En apparence, peut-être. Alors qu'il est prodigieux. Veuillez comprendre : étonnant, extraordinaire, généreux, surprenant...
Le talent de Fabienne Yvert rassemble dans un désordre artistique toutes les saisons de la littérature : la sève d'un printemps sans sevrage, l'été éthéré des espaces libérés, l'automne autodidacte des beaux-arts, l'hiver croque-mort et historien...

Charolles (Ph. JEA/DR). 

papa part 

- "Papa part, papa part au Pérou, papa est muté en Sibérie, est-ce que tu as vu papa ? papa fait semblant d'aller travailler, je l'ai vu au cinéma à la séance de 16 heures et de 18 heures, il chante dans les couloirs du métro avec un copain à lui qui joue du banjo, il pique dans les bagnoles sur le parking du supermarché, il mâche des Malabars toute la journée."

- "Papa est parti. Il s'est suicidé au gaz et la maison a explosé aussi, il a mis exprès un radiateur électrique dans la baignoire, il est mort quand l'eau a été trop chaude, il était tout rouge comme quand on est cuit, il a mangé que du savon pendant un mois, le mois d'après il faisait des bulles tout le temps et après il est mort, il a décidé un jour qu'il savait voler, il est monté sur le toit et s'est écrasé dans les bacs à fleurs, la nuit il a mangé son oreiller sans boire une seule fois, il est mort d'indigestion au petit matin."

Granit breton (Ph. JEA/DR).

maman ment

- "Elle dit qu'elle va partir mais elle est toujours là, elle dit qu'elle va lui parler mais elle nous dit as-tu parlé à ton père ? elle dit que ça va certainement pas se passer comme ça, et ça se passe exactement comme ça, elle nous dit qu'elle aime papa, mais elle ne parle que d'argent, elle dit qu'à l'autre elle lui arracherait bien les yeux, elle dit que c'est horrible d'être aveugle."

- "elle reste au lit pour ne pas petit déjeuner avec nous, elle s'enferme une heure dans la salle de bains pour ne pas nous dire au revoir quand on part, elle va se coucher tôt pour nous dire le lendemain matin qu'on a fait beaucoup de bruit hier soir, elle se rend malade pour nous dire qu'on la rend malade, elle a de l'eczéma pour nous dire qu'on lui donne des boutons, elle perd ses cheveux pour nous dire qu'on la rend chauve, elle se laisse pousser la barbiche pour nous dire qu'on la rend chèvre, j'aimerais bien pouvoir la rendre pour l'échanger."

Thel (Ph. JE/DR).

mémé meurt

- "Elle mettait exprès les pieds dans le plat et quelque fois elle crachait dans la soupe."

- "Sans avoir vu la mer. Sans avoir fait de ski, sans avoir quitté la France, sans avoir lu Rimbaud, Queneau, Rouboud. Pendant la retransmission du patinage artistique à la télévision."

- "Elle mangeait des pâtes quand Dieu lui est apparu comme à la publicité. Il lui a dit : Madeleine, finis tes pâtes, ne gâche rien, pense aux petits affamés, j'attends. Elle lui a dit : oui mon Dieu mais elle avait du mal à avaler. Dieu lui a dit : mets du beurre ça passera mieux, comme à la publicité. Mémé a dit à dieu : passe-moi l'beurre ! Comme au cinéma avec Marlon Brando."

mémé meurt (Ph. JEA/DR).


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jeudi 3 novembre 2011

P. 86. "Squat, la ville est à nous", le film

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Affiche sur le Site du film : cliquer ICI

Festival des libertés, Bruxelles laïque : 

- "Sur une période de sept ans, le réalisateur a suivi les actions d’un groupe de militants pour le droit au logement à Barcelone. Leur mouvement rencontre la sympathie des habitants des quartiers populaires, victimes de la spéculation immobilière, qui avaient besoin de ces jeunes motivés et réfléchis pour, eux aussi, faire entendre leur voix. Des précurseurs du mouvement des “indignés”…"(Projection le 17 novembre, Théâtre National). 

Ramon Pilo : 

- "Quelques coups de pied-de-biche, un verrou qui cède, une porte qui s’ouvre, et c’est un logement condamné à la démolition qui redevient libre. De 2003 à 2011, Christophe Coello a suivi et filmé les actions de « Miles de viviendas » (« Des milliers de logements »), un groupe de « flibustiers barcelonais » dont les revendications peuvent se résumer à : Plus de vie, plus de temps, plus d’espace !"
(Le Monde Libertaire, 27 octobre 2011). 

Christelle Guignot : 

- "Pendant cinq ans, Christophe Coello a suivi les actions de Miles de viviendas (Des milliers de logements), un collectif d’une trentaine de barcelonais qui résiste à la spéculation immobilière et investit des immeubles inoccupés pour se loger gratuitement. Une vision des squats, bien éloignés de nos clichés, qui suscite une réflexion sur la question du logement et la réappropriation de l’espace public.
Christophe Coello est ce qu’on appelle un réalisateur engagé : les sept documentaires qui composent sa filmographie ont tous à voir, de près ou de loin, avec les résistances citoyennes, l’altermondialisme et le droit à vivre différemment. C’est en Amérique Latine que ce français d’origine hispanique a d’abord posé sa caméra : en 1996, Ecole en terre maya s’intéressait à la préservation des langues indiennes, de même qu’en 2000, Mari Chi Weu était consacré plus particulièrement à la minorité mapuche du Chili. Entre ces deux documentaires, c’est encore dans ce pays qu’il tourne en 1998 Chili, dans l’ombre du jaguar, qui évoque les ravages sociaux du soi-disant miracle économique auquel la politique de Pinochet avait conduit dans les années 70-80.
Le documentariste poursuit ensuite sa filmographie en France : Regards croisés sur l’école (2006) traite de la scolarisation des enfants gitans, et Bonjour, bonsoir (2007) est centré sur un quartier HLM de Perpignan. C’est toutefois sa collaboration avec Pierre Carles et Stéphane Goxe qui lui permet de dépasser la confidentialité des sujets précédents. En 2003, il coréalise en effet avec eux le polémique Attention danger travail, puis en 2007 Volem rien foutre al pais, second volet de ce diptyque. Ce dernier documentaire partait notamment en quête de modes de vie alternatifs et proposait des solutions souvent subversives : chômage chronique volontaire, vol d’aliments dans les magasins, « décrochage » des compteurs électriques ou encore occupation illégale de logements vides à Barcelone."
(Cinespagne, 2 novembre 2011).

Mêmes répressions en réponse aux indignations (DR). 

Des collectifs hors-la-loi
par objection de conscience
face aux injustices banalisées... 

LDH : 

- "Jubilation de déjouer les plans de la société immobilière qui a entrepris de vider l’immeuble de ses habitants, jubilation de redonner vie à un bout de ville morte, jubilation de conquérir un toit au nez et à la barbe des promoteurs et au soulagement des derniers voisins. Nous sommes dans un quartier populaire de Barcelone en proie à la spéculation, mais la scène pourrait se dérouler aussi bien dans n’importe quelle grande ville d’Europe."
(17 octobre 2011). 

Sophie Walon : 

- "Ces squatteurs tentent de sensibiliser l'opinion en manifestant dans la rue, en collectant des informations sur les magouilles immobilières en cours, en organisant des opérations festives de déminage du béton armé, en s'introduisant chez les responsables de ces transformations urbaines qu'ils refusent ou encore en instaurant un dialogue avec leurs voisins comme dans cet échange improbable et pourtant fructueux qu'ils mènent avec des vieilles dames du quartier de la Barceloneta.
Engagés dans des luttes collectives en symbiose avec la population locale, ces jeunes se réapproprient des espaces de vie, réinventent le champ de l'action politique, questionnent la démocratie à travers des débats passionnés et réfléchis et des actions non-violentes, souvent pleines d'humour et de vitalité."
(Le Monde, 1 novembre 2011). 

Xavier Leherpeur : 

- "Opérations de récupération d'appartements vides, actions militantes et vie associative constituent le quotidien de ces exclus, étudiants fauchés ou retraités exsangues pour lesquels un toit est une question de survie. Un manifeste pugnace, joyeux et vindicatif, à l'image de ces empêcheurs de s'enrichir sur le dos des pauvres."
(Studio Ciné Live, 1 novembre 2011). 

Cécile Mury :

- "Hors-la-loi si la loi est injuste : c'est tout un projet de société alternatif, autour de la gratuité et du partage, qui se dessine ici. Entre opérations coups de poing et débats idéologiques, le réalisateur, compagnon de route, dresse, à travers eux, le portrait d'une nouvelle génération de résistants : vivifiante bouffée de révolte, en ces temps d'asphyxie économique et sociale."
(Télérama).

Quand les forces de l'ordre font désordre... (DR).

Jean-Luc Porquet :

- "Il y en a qui craquent. Les plus sensibles, peut-être, les plus à fleur de peau. "Ils n'ont qu'à nous mettre dans un bateau et nous couler au large", dit cet homme en passe d'être expulsé par un promoteur. Et il nous tourne le dos : on ne le reverra plus. Ce sont cinq secondes bouleversantes. Les cinq seules secondes désespérées de "Squat", ce film résolument combatif, inventif, qui nous raconte comment un groupe d'activistes barcelonais lutte depuis des années contre les promoteurs immobiliers : dans cette ville, comme dans toutes les grandes cités du monde industrialisé, se livre en effet une incessante chasse aux pauvres, qu'il s'agit de virer des quartiers populaires du centre-ville. Cela afin, évidemment, de "revaloriser" ces espaces, de les "réhabiliter", de les "redynamiser", c'est-à-dire de les rentabiliser coûte que coûte, et, comme dit le sociologue Jean-Pierre Garnier, d'"appâter le gogo à carte gold par de l'"authentique" en trompe-l'oeil."
(Le Canard enchaîné, 2 novembre 2011) 

Interview de deux acteurs du collectif :

- "Ce qui est frappant, c’est que les « grandes gueules » n’ont pas l’air d’écraser les plus timides, et que les hommes ne monopolisent pas la parole au détriment des femmes. Ce n’est pas si courant dans les collectifs.

Emma : Il se trouve qu’à Miles il y avait des filles au caractère bien trempé et avec une tchatche redoutable. C’est vrai que ça discutait bien. Mais on n’a jamais eu de vraie réflexion sur le sexisme, ni sur la manière de faire en sorte que chacun puisse prendre la parole. Je trouve qu’on n’a pas assez travaillé là-dessus. Dans d’autres squats, on affronte ces questions de façon plus consciente. Chez nous, il y avait quand même des garçons chargés en testostérone qui avaient tendance parfois à la ramener un peu trop fort.
Christophe : C’est vrai surtout pour les gars plus âgés qui ont vécu l’expérience des squats de la fin des années 1980, où les mecs formaient l’écrasante majorité. Cela étant, ce qui m’a intéressé dès le départ, justement, c’est le pourcentage élevé de filles dans le groupe.
Emma : C’est vrai, c’était plutôt exceptionnel.
Christophe : Les filles représentent la moitié du groupe, voire un peu plus. C’est un cas unique dans les annales des squatteurs de Barcelone (mis à part évidemment les squats féministes, occupés exclusivement par des filles). C’est aussi ce qui m’a donné envie de sortir la caméra, pour témoigner de cet aspect-là de l’expérience. Certaines filles avaient déjà de la bouteille sur le plan politique, elles savaient prendre la parole en public et ne se laissaient pas marcher sur les pieds. D’autres étaient plus timides, comme Emma, par exemple : au début, on n’entendait pratiquement jamais sa voix en réunion. Depuis, elle a pris de l’assurance. Ce qui ne veut pas dire que tout allait pour le mieux."
(Dossier de presse du film).




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P. 86 bis. Charlie au bûcher

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D'après LUZ, paroles et détournement JEA/DR.

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