MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 17 octobre 2011

P. 81. "Les Géants", film de Bouli Lanners

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Affiche sur le Site du film, cliquer ICI. 

Synopsis : 

- "C’est l’été, Zak et Seth se retrouvent seuls et sans argent dans leur maison de campagne. Les deux frères s’attendent encore une fois à passer des vacances de merde. Mais cette année-là, ils rencontrent Dany un autre ado du coin.
Ensemble, à un âge où tout est possible, ils vont commencer la grande et périlleuse aventure de leur vie." 

Bouli Lamers : 

- "En mettant tout dans la nature, j'avais la structure d'un conte. J'avais le loup, la sorcière, la fée, les chasseurs… C'était parfait pour parler de la naissance d'une amitié qui pallie une absence familiale. Et je me suis rendu compte que je me faisais ultra plaisir car j'adore tourner dans la campagne, être dans la rivière, avoir une logistique plus rude.
(…)
En fait, j'ai déjà pris une partie de ma pension entre 18 et 30 ans. Maintenant, je travaille. J'ai besoin que tout ça sorte et ça demande beaucoup d'implications professionnellement, humainement, au niveau de la santé, de la famille. Il arrivera un moment où j'aurai besoin de me remettre dans la rivière et de me laisser aller. Car la vie, c'est ça ! Dans mes films, j'exprime quelque chose de ma vie. Ensuite il faut vivre, et encore vivre. Le ciné n'est pas une fin en soi. C'est un outil d'expression. Je ne vais pas vivre pour un outil ! Je vis car j'aime vivre. Donc, à un moment donné, je me remettrai dans une barque…"
(Interview par Fabienne Bradfer, Le Soir, 12 octobre 2011). 

Louis Danvers : 

- "Résolument fictionnel, le cinéma de Lanners a cette vertu quasi documentaire, que le cinéaste reconnaît en affirmant aimer "puiser dans une réalité qui sera toujours plus forte que ce qu'on a pu imaginer".
(levif.be, 16 novembre 2010). 

7sur7 : 

- "Bouli Lanners nous offre dans "Les Géants" une Belgique revue et corrigée: l'étendue des paysages ardennais impressionne et émeut. Les routes infinies qui s'ouvrent devant nos yeux donnent l'impression que tout est possible, le meilleur comme le pire.
Le véritable coup de coeur du film, c'est ce trio d'enfants qui fonctionne merveilleusement bien. Ils ne connaissaient pas et on découvre que leur cheminement à l'écran est proche de leur histoire dans la vie: non pas qu'ils aient vécu des tas de galères sur le tournage de Bouli... On parle ici de l'amitié qui se crée, des affinités qu'on se découvre, de l'intimité qui rapproche, de la force qui semble les animer quand ils sont ensemble."
(12 octobre 2011).

Bouli Lanners au Festival International du Film Francophone à Namur. Photo de Christian Delwiche (1).

Ecrans Géants :
en Belgique depuis le 12 octobre et
en France à partir du 2 novembre

Fernand Denis : 

- "Si les Dardenne ont inscrit Seraing sur le planisphère du cinéma et Jaco van Dormael le quartier du logis à Boitsfort, Bouli c’est toute la Wallonie (2). Une Wallonie en scope, parfois belle à tomber, comme les Wallons ne l’ont jamais regardée. "L’image est mon premier moyen d’expression. Mais je ne suis pas un théoricien, un intellectuel. Mon langage, c’est l’image, depuis toujours. Regarder est terriblement important dans mes films. Je veux qu’il y ait à regarder, que l’image raconte. Il y a une grande part d’instinct et je ne veux pas essayer de savoir. Je sens que c’est cela. Je ne sais pas expliquer mon travail. Les personnages dans ce cadre-là, ça me dit quelque chose. Je vois leur univers, ce qui s’est passé dans leur vie. Et si je le vois, j’espère que le spectateur le verra aussi. Ou autre chose, mais qui va dans le même sens."
(La Libre Belgique, 24 septembre 2011). 

Françoise-Marie Santucci : 

- "En amateur de grands espaces canadiens ou américains, Bouli déteste ce qu’il appelle « les films d’appartement » mais prend un plaisir immense (autant pour le défi technique qu’intellectuel) à « tourner sur des confettis », avec des angles si serrés qu’on arrive à croire au fleuve sauvage quand, un mètre hors-cadre, se dresse un camping. Bouli fait la liste des protagonistes des Géants : « Il y a ces trois enfants sans parents qui vont dans les bois ; un méchant ; un très méchant ; des voisins ; un nain de jardin ; une fée. » La fée, Marthe Keller, est le seul visage connu d’un casting dont les héros, Zak, Seth et Danny, vivent le temps d’un été leur Into The Wild à eux."
(Libération, 7 mai 2011). 

Fabienne Bradfer : 

- "Parler de ce moment incroyable où l'on sort de l'enfance, où l'on bascule dans le monde des géants. Et ce sans allonger les clichés. Raconter l'errance de trois enfants sauvages tout en traduisant subtilement les violences, les précarités et les manques de la vie. Bouli Lanners relève joliment ces défis en filmant avec une infinie tendresse trois gamins un peu largués et qui vont se la jouer mi-Far West mi-jungle dans la nature wallonne et découvrir que l'amitié, c'est vraiment plus fort que tout. De Cannes au Festival de Namur (3), les jurys ont craqué pour ce conte moderne sur l'errance adolescente qui parle d'absence parentale et de manque d'affection.  Sans doute ont-ils été conquis par le cinéma habité, généreux, à la fois drôle et dur, réaliste et pictural qu'est celui de Bouli Lanners. Sans doute ont-ils aussi succombé aux trois bouilles d'atmosphère - Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen et Paul Bartel - qui donnent au film sa chair, sa drôlerie, son émotion, sa justesse et ce petit plus de vérité magique."
(Le Soir, 12 octobre 2011).

Les trois géants : Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen et Paul Bartel (DR). 

Marion Pasquier : 

- "Les thèmes des Géants ne frappent pas par leur originalité : sortie de l'enfance, adolescence comme âge où tout est possible, confrontation de l'innocence au monde abject des adultes, parcours initiatique... La forme à laquelle recourt Bouli Lanners permet cependant d'éviter le cliché. Nous sommes ici dans le conte : enfants sans parents, nature, cabanes abandonnées, forêt, rivière... véhiculent un sentiment d'intemporalité. L'atypicité des adultes rencontrés (un vendeur de haschisch complètement fou, une brute épaisse, la mère mutique d'une handicapée mentale...) permet aussi de faire d'eux autre chose que de simples obstacles à la liberté adolescente. Le monde des Géants est glauque mais l'humour met judicieusement tout tragique à distance. La tonalité varie en fonction des péripéties, les scènes sont tantôt drôles, violentes, émouvantes..."
(Critikat, mai 2011). 

Barbara Théate : 

- "Bouli Lanners n’a pas voulu signer une chronique sociale, à la manière des frères Dardenne. « Les Géants », c’est un peu l’histoire des Trois Petits Cochons, chassés de maison en maison. Le méchant frère est le loup, la femme du dealer la sorcière, et la dame au grand cœur qui les héberge leur bonne fée". C’est aussi un peu son histoire à lui. "J’ai fait une grosse crise d’adolescence et j’ai fugué à la campagne. J’ai vécu une longue période de rébellion. Il faut dire que c’est un âge où tout semble possible : la disparition du monde dans lequel on vit, la construction d’un futur idéal… On a l’impression que l’horizon est totalement dégagé, qu’on peut prendre sans danger n’importe quelle direction. La réalité nous assomme quand on devient adulte. Voilà pourquoi, à 46 ans, je fais tout pour rester un adolescent dans la tête !"
(JDD, 22 mai 2011). 

Gaëlle Bouché : 

- "Gauches et innocents, les trois garçons sont loin d’être des foudres de guerre. Les solutions qu’ils imaginent pour sortir de la précarité sont certes originales, mais peu concluantes. Au contraire elles obligent nos trois héros à fuir en pleine campagne dans l’espoir de trouver un nouveau refuge. Et c’est ici que réside toute la beauté du film. Loin de la tragédie sociale, “Les géants” porte un regard tendre sur la maladresse des adolescents. La mise en scène, presque paternelle, souligne affectueusement leur moindre bourde et les anecdotes qui ponctuent leurs aventures sont aussi touchantes que drôles. Un humour raffiné, qui sait jouer du moindre trait de caractère."
(Abusdecine, annonçant la sortie en France le 2 novembre 2011).

Ils quittent leur enfance mais quelle enfance ? (DR). 

Anne Feuillère : 

- "Dans Les Géants, les figures blanches et noires ne s’affrontent pas vraiment. Elles vivent, chacune de leurs côtés, voisinent et s’ignorent. Ce sont les enfants qui vont et viennent entre elles. Et l’innocence, à s’y frotter, vacille d’être trop légère, avant de tomber à l’eau, comme la cabane, dernier refuge qui s’écroulera dans un marais puant. S’ils sont bien victimes, à mains égards, du monde des adultes et de sa violence, Zach, Seth et Danny ne sont pas pour autant ni tout à fait inconscients ni tout à fait innocents. L’enjeu des "Géants" est ailleurs. Dans le mouvement, le trajet des garçons, qu’ils sortent de la forêt profonde, qu’ils sortent de l’enfance. Et cela passe par le choix, qui implique justement la responsabilité, la conscience, la liberté. À ce prix."
(cinergie.be, 8 octobre 2011). 

NOTES : 

(1) Photo publiée sur le site Bia Bouquet de Christian Delwiche et reprise ici avec son autorisation. Retrouver aussi la page 40 de ce blog.

(2) Présentation de son film précédent, Eldorado, sur le premier blog Mo(t)saïques, cliquer : ICI.

(3)  Les Géants se sont vu attribuer le Bayard d’Or du Meilleur Comédien pour Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen et Paul Bartel ainsi que le Bayard d’Or de la Meilleure Photographie pour Jean-Paul De Zaeytijd au 26ème Festival du Film Francophone de Namur.
Le film avait déjà reçu le premier prix du Festival de Dieppe ainsi que les prix CICAE et SACD à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2011. 

Bande annonce :



 
 

jeudi 13 octobre 2011

P. 80. Photos d'enseignes, au patrimoine de notre humble humanité...

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Il en est pour ramasser à quatre pattes leurs champignons
à quatre pas des centrales nucléaires,
pour tenter d’acheter le pas de porte d'un horizon,
pour perdre leurs pas mais ce n’est pas grave
car ils marchaient sur des pas de parade,
pour danser le soir à pas de loups
en attendant que des étoiles tombent de fatigue,
ou plus louche encore
des passagers bardés de passeports
pour apprendre un pas de tango
sur un cargo tanguant 
aussi langoureusement que dangereusement,
des revenants (sur leurs pas)
pour tourner le dos à demain,
des faussaires ne laissant que des traces de faux pas,

personnellement et pourquoi pas
et ce n’est pas nouveau,
je préfère tomber admiratif devant les panneaux
de quelques artisans aristocratiques 


Bistrot à Meillan :

(Ph. JEA/DR). 

Boucherie à Hirson :

(Ph. JEA/DR). 

Boulangerie à Aigueperse :

(Ph. JEA/DR). 

Brocante à Noyers-sur-Serein :

(Ph. JEA/DR). 

Café à Jaligny :

(Ph. JEA/DR).

Horlogerie à Mane :

(Ph. JEA/DR).

Hôtel dans le Haut-Beaujolais :

(Ph. JEA/DR). 

Librairie à Fécamp :

(Ph. JEA/DR). 

Pâtisserie à Simiane-la-Rotonde :

(Ph. JEA/DR). 

Pêche, Tabac, Cadeaux, Loterie nationale en Sologne bourbonnaise :

(Ph. JEA/DR). 

Puces à Issigeac :


(Ph. JEA/DR).

Relais aux Bidons :

(Ph. JEA/DR). 

Stores, Moustiquaires, Fermetures à Céreste :

(Ph. JEA/DR).

C'est en 1942 et à Céreste que René Char entra en résistance armée sous le pseudo d'Alexandre. Lors de la libération, il y dirigeait le secteur "atterrissages-parachutages" pour la zone de la Durance.
A Céreste, il rédigea les "Feuillets d'Hypnos", dont voici le 87e :

- "... Vous veillerez à ce que la jeune équipe affectée au terrain ne se laisse pas entraîner à apparaître trop souvent dans les rues de Duranceville. Filles et cafés dangereux plus d’une minute. Cependant ne tirez pas trop sur la bride. Je ne veux pas de mouchard dans l’équipe. Hors du réseau, qu’on ne communique pas. Stoppez vantardise. Vérifiez à deux sources corps renseignements. Tenez compte de cinquante pour cent romanesque dans la plupart des cas. Apprenez à vos hommes à prêter attention, à savoir poser l’arithmétique des situations. Rassemblez les rumeurs et faites synthèse. Point de chute et boîte à lettres chez l’ami des blés. Eventualité opération Waffen, camp des étrangers, les Mées, avec débordement sur juifs et résistance. Républicains espagnols très en danger. Urgent que vous les préveniez. Quant à vous, évitez le combat. Homodépôt sacré. Si alerte, dispersez-vous. Sauf pour délivrer camarade capturé, ne donnez jamais à l’ennemi signe d’existence. Interceptez suspects. Je fais confiance à votre discernement. Le camp ne sera jamais montré. Il n’existe pas de camp, mais des charbonnières qui ne fument pas. Aucun linge d’étendu au passage des avions, et tous les hommes sous les arbres et dans les taillis. Personne ne viendra vous voir de ma part, l’ami des blés et le Nageur exceptés. Avec les hommes de l’équipe soyez rigoureux et attentionné. Amitié ouate discipline. Dans le travail, faites toujours quelques kilos de plus que chacun, sans en tirer orgueil. Mangez et fumez visiblement moins qu’eux. N’en préférez aucun à un autre. N’admettez qu’un mensonge improvisé et gratuit. Qu’ils ne s’appellent pas de loin. Qu’ils tiennent leur corps et leur literie propres. Qu’ils apprennent à chanter bas et à ne pas siffler d’air obsédant, à dire telle qu’elle s’offre la vérité. La nuit, qu’il marche en bordure des sentiers. Suggérez les précautions; laissez-leur le mérite de les découvrir. Emulation excellente. Contrariez les habitudes monotones. Inspirez celles que vous ne voulez pas trop voir mourir. Enfin, aimez au même moment qu’eux les êtres qu’ils aiment. Additionnez, ne divisez pas. Tout va bien ici. Affection. HYPNOS."

Pour ouvrir l'album photos de ce blog, cliquer : ICI.


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lundi 10 octobre 2011

P. 79. Jean-Paul Clébert est retourné dans les coulisses de son "Paris insolite"

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Voici plus d'un demi-siècle déjà... (Mont. JEA/DR).


Annonce du décès par les Editions Attila :

- "Jean-Paul Clébert nous a quittés hier matin. Beaucoup d'entre vous savent à quel point la réédition imagée de ‘‘Paris Insolite’’ avait été pour nous un moment de grâce et d'émotions. Jean-Paul Clébert, ce clochard céleste, nous a fait avec sa fille Virginie le cadeau de leur amitié et d'un texte qui place au plus haut l'amour des autres et de notre monde.
C'était un homme rare. Dès notre première rencontre, dans cette vieille tour de garde d'un village provençal où il habitait depuis les années soixante, nous avions compris, malgré son grand âge, qu'il n'avait rien perdu de ce désir de vie qui l'animait déjà lorsque, durant la seconde guerre, il arpentait avidement les rues de Paris. Le hasard l'avait ensuite conduit dans ce pays du Lubéron qu'il a tant aimé, et où il a construit l'œuvre d'un humaniste. Romancier, historien de la Provence, compagnon de cœur des tsiganes, fin connaisseur du surréalisme, exégète de Nostradamus, et de tant d'autres choses, il a suivi, année après année, ouvrage après ouvrage, un parcours fidèle jusqu'à la fin à ce qu'il annonçait dès son premier livre: la liberté avant tout.
Les obsèques de Jean-Paul Clébert ont lieu le 22 septembre à 11h, à Bonnieux."
(22 septembre 2011).

Biographie :

- "Né en 1926, élevé dans une famille bourgeoise de la banlieue ouest, Jean-Paul Clébert fugue à 16 ans pour s'engager dans la résistance. A la Libération, il se promène entre Paris et la Provence. Taulard (il a passé quelques semaines aux Baumettes pour vagabondage) et clochard, marcheur et enjôleur, historien, il a publié plusieurs romans chez Denoël avant de se spécialiser dans des domaines aussi divers que l'histoire de la Provence, les tziganes, Nostradamus et le surréalisme. Il a publié plus de cent livres et vit depuis 50 ans dans un village perché du sud de la France."
(Ed. Attila, 2009).


 
2009 : réédition par Attila avec en illustrations des photos de Patrice Molinard.
2010 : réédition dans la collection Points, P 2538, 241 p. (1).
(Mont. JEA/DR). 

"Paris est un caravansérail extraordinaire"
et Jean-Paul Clébert un mémorialiste pas triste...

Résumé :

- "Jean-Paul Clébert a fait de ses vagabondages dans le Paris des années 50 des voyages épiques et sensibles.
Compagnon de Doisneau, clochard, il nous promène au hasard de ses besoins (dormir... manger... faire l'amour), de ses rencontres et de ses mille petits boulots. Paris insolite est le journal de bord de ces traversées, dans une ville qui "change de peau tous les jours". Claque littéraire hors norme, ce livre est accompagné de 115 photographies de Patrice Molinard, qui n'avaient connu qu'une édition, il y a 50 ans."
(Ed. Attila). 

Présentation de l’Editeur :

- "Une plongée dans un Paris interlope, populaire et englouti, par un clochard, compagnon de Doisneau et d’autres piliers du Paris poétique. Un texte exceptionnel digne d’un Nicolas Bouvier.
Dans les années 50, Jean-Paul Clébert fit de ses errances dans Paris des voyages épiques et sensibles. « La traversée de Paris est plus lente que celle d’un département », prévient-il à son entrée dans la ville. D’ailleurs, il lui faut quatre mois pour aller d’un bout à l’autre du quatrième arrondissement...
Clébert ne suit pas d’itinéraire, comme le ferait un guide, mais nous promène au hasard de ses besoins (dormir... manger... faire l’amour), de ses envies, de ses rencontres et de ses mille petits boulots : métreur, assureur, peintre, vendeur de « L’Intran »... Il apprend à connaître Paris par « les mains, les narines et les fesses ». C’est la ville envisagée d’un point de vue très pratique : celui d’un clochard qui vit avec moins que rien. Et qui traduit ça dans une écriture à couper le souffle : longues phrases rythmées ; portraits croqués à traits vifs ; charge poétique brutale."
(2009).

Olivier Bailly (2) :

- "Alors voilà le vagabond Clébert, entré dans Paris comme un loup affamé qui raconte son existence. Les boulots plus ou moins avouables (il avoue tout), les filles qu’on trousse dans les couloirs, les clochards qui se lavent dans le caniveau, les hôtels crasseux où l’on dort « à la ficelle », les caches dans les recoins, aux Halles, la faim, la Seine et ses berges fantastiques, la nuit, et puis les étranges étrangers venus d’on ne sait où. Les Juifs du Marais, les Arabes, les Gitans, les lieux oubliés - Le Vieux Chêne, les Quatre Sergents de la Rochelle, La Belle étoile où déjà traînait Brassaï vingt ans plus tôt… Les individus insolites, peintres clochards, tatoués, les vieilles tapineuses de la Quincampoix… Ah, il faut lire ce livre écrit au présent qui n’est pas un reportage, mais plutôt un ensemble de choses vues. Clébert, reporter ? Il est bien trop proche de son objet. Clébert est un romantique. Un voyageur qui goûte la vie à l’instant même. Sans retarder sa partance. Sans regretter non plus. Il note. Non pour se souvenir. Mais parce que c’est une nécessité. La vie s’exprime."
(Bibliobs, 31 octobre 2009).

Martine Laval :

- "Jean-Paul Clébert (né en 1926), l'homme libre, clochard parmi les gens de peu, a l'ivresse particulière : bien sûr, le petit rouge, mais il se soûle de quelque chose de vaste, de plus inattendu, qu'il nomme « paysage humain ». Il boit les hommes, les femmes, les gosses de la rue. Il se repaît d'une humanité qui grouille, crie, pleure, rigole, s'embrasse. Il regarde tout ce petit monde au ras du bitume, à portée de plume, l'écoute, l'admire - mieux, il l'aime. Il écrit : « Je voudrais m'attabler avec eux, discuter, devenir un familier, connaître les femmes par leur prénom, les hommes par leurs travers. ». Jean-Paul Clébert est un ogre qui digère l'insolite et le ressuscite en phrases sinueuses, vivaces, terriblement... enivrantes. Publié en 1952 aux éditions Denoël par un certain Blaise Cendrars, Paris insolite connut un succès formidable."
(Télérama, 10 octobre 2009).

Photo (3) Patrice Molinard (DR).

Dans ce Paris traversé par Clébert :

A la rubrique des chiens crevés
  
- "On imagine assez peu le nombre de ces êtres humains, à bout de ressources et de souffle, qui s'éteignent en cachette, se terrent dans leur trou pour se voir mourir. Il faudrait consulter les registres des commissariats, faire les chiens crevés, établir des dossiers. Seules trois lignes de faits divers les signalent, et encore pas tous. Femme paralysée, et trop faible pour appeler, grignotée vivante par des rats sur son grabat obscur, appréhendant, entendant, voyant puis sentant et subissant leur présence qui fait hurler l'oeil. Invalide étouffée par inadvertance dans son placard, affaisée puis pourrie lentement dans des tas de vêtements, de boîtes à chapeaux et de balais-brosses. Clochard saisi par le froid sous les sacs et les planches de son clapier au fond d'un terrain vague, épouvantail ridé et barbiflard dont le regard de la mémoire ne peut se détourner. Fou musicien mort d'inanition et de dignité dans sa mansarde au pied des gouttières et de géraniums, couché et bien bordé dans ses couvertures. Fille blonde et grasse, qui louchait, assassinée de sa propre main par un jeu d'aiguilles à tricoter en voulant tuer sa faute."
(P. 209).

Les Halles 

- "Dire que les Halles sont le ventre de Paris est un cliché, mais les gens n'approfondissent pas le fait qu'elles sont réellement les entrailles de toute une population, le centre d'attraction de tous les vagabonds diurnes et nocturnes qui viennent y glaner leur friture alimentaire, ces rogatons, déchets, et tombées minables inexistantes à l'oeil de l'épicier en gros ou en détail qui marche dessus ou du fonctionnaire qui les balaie, mais source de vie et de chaleur intime pour tant de vieux et de vieilles accrochés par grappes aux wagonnets de la voirie, brassant des monceaux de détritus où seules peuvent encore briller des oranges émouvantes...
Comme tous les gars de ma profession, qui est de n'avoir pas de métier, bon à rien et prêt à tout, j'ai travaillé aux Halles, de mes mains froides et de mes yeux brûlants, à l'heure où les cafés ordinaires fermaient, vidaient leurs clients..."
(P. 99).

La Mouffe 

- "Maintenant la Mouffe est pleine. Clochards (4), marchands, ménagères, et baladeurs, rôdeurs du dimanche, petits rentiers du bas des Gobelins qui la montent lentement, tournent à droite et redescendent vers la ville anonyme. Foule dense et élastique. Paysage humain où l'on se sent les coudes, d'où les touristes sont éjectés. C'est le moment de faire un tour. Celui des bistrots...
(...)
Et le jour de fête commencé à l'aube avec le froid finit à la nuit avec la chaleur, en douze heures on a fait les douze bistrots échelonnés sur deux cents mètres, il faut bien ce temps quand on considère l'évidente familiarité qui lie ces gens-là qui sont tous cul et chemise, et l'un ne va pas sans l'autre, et emmener le copain prendre un verre signifie boire (je ne dis pas payer) une tournée générale aux frais de qui on ne sait jamais trop, toujours les mêmes qui paient disent les uns, on remet ça disent les autres, sept-huit-neuf verres sur coup et cul sec, les jambes vite flageolantes et les oeils ravis."
(P. 156).

Photo Patrice Molinard (DR). 

Entre la porte des Lilas et celle de Bagnolet 

- "Entre la porte des Lilas et celle de Bagnolet s'étend encore cette agglomération anachronique, communauté de chiffonniers, de ferrailleurs, de rempailleurs, de mendigots, d'éleveurs de poules et de souris blanches, quadrilatère de jardins incultes et de cabanes, isolés par des haies de lits-cages (dont la profusion est étonnante), de villas dans la construction  desquelles entrent plus souvent le bois que le ciment, les planches et la tôle que la brique, de cabanes dont on ne devine pas tout de suite l'usage, habitacles, hangars à outils, casiers à lapins ou chiottes. Au milieu des choux et des soleils, des baignoires font office de châteaux d'eau comme en grande banlieue mais on est dans le vingtième arrondissement. Deux ou trois roulottes sont montées sur des solives qui commencent à disparaître dans le sol, là depuis l'avant-guerre ou l'exode. Un vieux camion peint en rose et brun comme un pain d'épice de foire, le nez busqué, a des rideaux blancs aux lucarnes et une fumée grasse et jaune sort du toit percé d'une cheminée à bat-vent."
(PP 55-56). 

NOTES : 

(1) La pagination des extraits de "Paris insolite" fait référence à la réédition P2538.

(2) Auteur de "Monsieur Bob", Stock. Biographie remarquable de Robert Giraud.
Site d'Olivier Bailly, cliquer : ICI.

(3) Brève biographie par les Ed. Attila :
- "Né en 1922 (un 1er avril), Patrice Molinard a fait ses débuts de photographe aux abattoirs de la Villette, sur le film de Franju Le Sang des bêtes. Ce photographe de la ville (Paris, Rome, New York, Amsterdam, Jérusalem ... ), mais aussi du patrimoine et de la mode, a aussi illustré des textes de Colette, adapté Cocteau à la télévision, fait des décors de théâtre pour Macbeth, et réalisé pour le cinéma quelques courts métrages inspirés par l'expressionnisme."

(4) Lire l'interview de Jean-Paul Clébert par Olivier Bailly : "les clochards n'étaient pas des exclus comme aujourd'hui". Cliquer : ICI
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Bibliothèque de ce blog, cliquer : ICI .
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jeudi 6 octobre 2011

P. 78. "Une vie avec Oradour", le film

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Synopsis :

- "Le 10 Juin 1944 à Oradour-sur-Glane, Robert Hébras échappe à la mort.
"Une
vie avec Oradour" (1) retrace son histoire, avec le récit minutieux de cette journée, filmé dans les ruines du village-martyr. Un drame ancré dans notre mémoire collective et qui reste le plus important massacre de civils en France sous occupation allemande. C’est aussi l’exemple d’une vie déterminée par le désir de témoigner inlassablement pour que l’Histoire ne se répète plus. Elle porte l’empreinte du souvenir et du désir de vivre, une empreinte qui transcende une vie."

Patrick Séraudie, réalisateur :

- "Dans la première moitié du film, avec minutie, heure par heure, Robert raconte SA journée du 10 juin 1944 : l’arrivée des allemands, le rassemblement sur le champ de foire, l’attente avec les copains de foot, la fusillade dans la grange, les blessures, le sang, le feu, et finalement l’évasion.
Je privilégie la subjectivité de son témoignage, ne décrivant que ce qu’il a vu et vécu.
En contrepoint, intervient Jean-Marcel Darthout. Il a partagé l’attente dans la grange, la fusillade et une partie de la fuite. Son témoignage complète celui de Robert.
Cette partie du film est intégralement tournée dans les ruines du village-martyr, à l’exception du témoignage de Jean-Marcel Darthout.
Robert Hébras explique chronologiquement les événements, marchant à un rythme soutenu vers chaque lieu du drame. Dans ces déplacements, Robert Hébras est souvent filmé de dos, il est notre guide. Pour ces séquences, je privilégie la dimension physique de l’action. Robert arpente, une fois de plus, ce parcours de douleur, tout en racontant les faits tels qu’il les a vécu.
J’ai choisi le mois de juin comme période de tournage, cherchant à rester au plus près des teintes chaudes du début de l’été.
(…)
Dans la seconde partie du film, je montre comment son parcours de vie est bouleversé par ce drame.
A la veille du 10 juin, Robert est encore un jeune homme « ordinaire » vivant dans un village « loin » de la guerre. Il n’est impliqué dans aucune forme de militantisme, ni de résistance.
Ensuite, après une période de reconstruction durant laquelle il occulte le drame, il va progressivement devenir un témoin infatigable, vouant une grande partie de sa vie à raconter son expérience traumatisante –notamment lors des procès de Bordeaux (2) et Berlin- et à militer contre la guerre, la haine et pour le respect des victimes.
Jamais il ne quittera la région, habitant les baraquements provisoires avec son père, puis le nouvel Oradour, village construit au-dessus du village-martyr.
Il est aujourd’hui le dernier porteur de la mémoire de l’ensemble du site, tant du monument historique et des cérémonies qui s’y déroulent que de l’évolution du nouvel Oradour au cours des 67 dernières années.
Cette seconde partie liée à la vie de Robert après le massacre, est réalisée au « Pouyol », la ferme de sa soeur aînée où il trouve refuge dès le lendemain du drame. Le lien avec les ruines du village-martyr est maintenu au travers des archives cinématographiques et photographiques."
(Dossier de presse).


Robert Hébras, "dernier porteur de la mémoire d'Oradour" :

- "Le film permet de revenir sur ce qui fut mon parcours personnel au moment du drame, mais il est aussi une réflexion, en tout cas il m’est apparu comme
tel, sur une vie de témoignages et de rencontres, un retour sur moi-même en quelque sorte qui m’a permis de réfléchir à ce qu’avait été mon discours depuis toutes ces années, à comprendre combien, en devenant un porteur de mémoire, la douleur est toujours là, mais aussi un certain apaisement de voir que tout cela n’a pas été vain et que les jeunes générations entendent le message que je veux leur faire passer. En plus, au-delà de mon destin, une vie empreinte de ce drame, c’est toute la tragédie d’Oradour qui se trouve dans ce film : le temps du massacre, de ma fuite et de celle de mes camarades bien sûr, mais aussi le moment des procès, celui de Bordeaux (2), celui de Berlin qui tous les deux ont été des moments difficiles.
J’ai longtemps éprouvé de la haine pour ceux qui ont commis ce massacre, je suis d’ailleurs immédiatement après entré dans la résistance pour me venger. Mais je n’en ai pas eu l’occasion et aujourd’hui j’en suis bien heureux. Avec le temps, j’ai réussi à admettre que le peuple allemand n’était pas responsable, et encore moins et surtout pas les générations suivantes.
Pour moi, Oradour ce sera toujours « ni haine ni oubli », et le fait que ce film soit franco-allemand, ce qui est une première, me semble être l’aboutissement de cette maxime."
(Dossier de presse).


Oradour, le silence ayant succédé aux horreurs du 10 juin 1944 (DR).

Jacques Mandelbaum :
 
- "Sur les 642 victimes, mitraillées, brûlées par le feu et achevées à coups de pistolet, six survivants doivent à un miracle d'avoir la vie sauve.
Ils ne sont plus que deux à être encore en vie aujourd'hui, Robert Hébras et Jean-Marcel Darthout. C'est au recueil de leur parole qu'est consacré ce documentaire, qui entend moins relever un défi artistique qu'être le réceptacle du témoignage de ces deux hommes, depuis le souvenir détaillé qu'ils conservent du massacre, jusqu'à la vie qu'ils menèrent ensuite, notamment consacrée à la transmission de l'horreur incarnée par cet événement.
La douleur, la révolte et la dignité imprègnent ce film très simple, devant lequel tout spectateur ne peut que saluer l'extraordinaire tenue de ces hommes qui ont alors perdu ce qu'ils avaient de plus cher et qui n'en ont pas moins continué à vivre, dans la haute solitude que confère ce destin."
(Le Monde, 20 septembre 2011).

Alain Riou :

- "Une vie avec Oradour" ne lève pas le mystère d’un massacre inexplicable, mais réfléchit principalement sur la mémoire et la façon de la transmettre à travers Robert Hébras, qui avait 15 ans quand les corps de ses camarades lui sauvèrent la vie et qui, depuis, s’est fait le gardien du souvenir et des ruines intactes. Le film est classique, direct, précis, sans effets et riche d’enseignements sur la nature humaine."
(TéléCinéObs n°2446).

Mathilde Blottière :

- "Survivre à Oradour, c'est aussi se condamner à ne jamais quitter ses ruines. Le film montre comment ce rescapé a voué sa vie entière au souvenir du 10 juin 1944. Devant les tribunaux (lors des procès de Bordeaux et de Berlin) comme auprès des jeunes générations, Robert Hébras n'a cessé de témoigner de ce qu'il avait vu. En recueillant, sur les lieux mêmes de la tragédie, sa parole précieuse et poignante, ce film contribue lui aussi à remplir un devoir de mémoire."
(Télérama, 21 septembre 2011).

Frédéric Pagès :

- "Robert Hébras, octogénaire alerte, reconstitue minute par minute sa fuite et guide d’un pas vif le cameraman dans cette bourgade aujourd’hui fantôme, entre voitures calcinées et maisons effondrées.
Il raconte le procès de Berlin, et la stupeur d’un ex-sous-officier allemand voyant resurgir des survivants non prévus à son programme d’extermination. En France, le procès de Bordeaux (2), tenu en 1953, jugea les soldats alsaciens et mosellans qui incendièrent Oradour sous l’uniforme SS. De précieuses images d’archives montrent les manifestations organisées en Alsace pour l’acquittement pur et simple de ces Malgré-Nous, au motif qu’ils avaient été incorporés de force. Et le Parlement français vota une loi d’amnistie…
Evitant les pièges de la pédagogie et de la commémoration académique, ce documentaire de Patrick Séraudie, coécrit avec l’historien Pascal Plas, est passionnant : on croit connaître, on ne sait rien."
(Le Canard enchaîné, 21 septembre 2011).


SS identifié comme ayant participé au massacre d'Oradour, détail d'une photo prise à Bordeaux en avril 1949 (Doc. JEA/DR).

Jean-Michel Frodon :

- "La qualité de ce récit fonde la mise en histoire des processus complexes qui s’enclenchent ensuite, et qui traversent les décennies. Processus mémoriels, politiques, pédagogiques. Questions patrimoniales et de gestions des traces matérielles et immatérielles. Stratégie commémorative mise en place par De Gaulle dès mars 1945. Affrontements dont on a oublié combien ils furent violents, quand l’Alsace et la Lorraine entrèrent en quasi-insurrection après la condamnation de « malgré-nous » ayant participé au massacre au procès de Bordeaux en 1953, obtenant de l’Assemblée nationale une amnistie vécue comme une insulte par tout le Limousin, haut lieu de la résistance. Les scansions de la construction de l’Europe, et le rôle décisif de Willy Brandt. Les étrangetés de la couverture (et de la non-couverture) par les médias, principalement par la télévision française. Le rôle désormais d’Oradour comme lieu de réflexion sur la barbarie (3), mise en lumière dans le film par la visite des maires de Sarajevo et de Srebrenica. Mais aussi, sur le plan personnel, la dimension obsessionnelle, au limite d’un dispositif de cinéma fantastique, qui astreint un homme à reparcourir sans fin ces rues vides et détruites, En restant au plus proche de la vie de Robert Hébras, qui depuis qu’il est à la retraite consacre tout son temps à partager cette mémoire douloureuse où il n’a renoncé à chercher du sens, notamment avec des scolaires de multiples origines (y compris des lycéens allemands), Une vie avec Oradour se déploie en de multiples ramifications, porteuses de questions toujours vives autant que d’informations et d’émotion (4)."
(Slate.fr, 25 septembre 2011).




NOTES :

(1) Pour consulter le site du film, cliquer : ICI.

(2) Le 13 février 1953, le tribunal militaire de Bordeaux rend son verdict concernant 21 accusés : 7 Allemands et 14 Alsaciens.
Il condamne à la peine de mort l'Allemand Karl Lenz et le Français Georges-René Boos.
10 Alsaciens se voient infliger entre cinq et huit ans de travaux forcés. 4 autres sont condamnés à un emprisonnement entre cinq et huit ans.
5 Allemands reçoivent entre dix et douze ans de travaux forcés avec vingt ans d'interdiction de séjour pour 4 d'entre eux et dix ans pour le 5e.
Un Allemand est acquitté.
Dès le 19 février, l'Assemblée nationale vote l'amnistie pour les "Malgré-nous".
Engagé volontaire, sergent dans les SS, le Français Boos ne fut point passé par les armes mais libéré en 1958... A Oradour, il donna des coups de grâce à des survivants des massacres. Auparavant, Boos avait fusillé deux femmes sur la place de l'Eglise. Il mitrailla et lança des grenades à l'intérieur de l'édifice religieux où étaient entassés femmes et enfants. Revenu sur les lieux le 12 juin, ce SS fractura le tabernacle de l'église et vola le ciboire. En 2012, Roger Hébras était condamné pour avoir mis en doute la statut de "victimes" (d'un engagement obligatoire et non de volontaires dans les SS) de tous les "Malgré-nous" impliqués dans les horreurs d'Oradour.

(3) Site du Centre de la Mémoire à Oradour, cliquer : ICI.

(4) Exemple pénible de fausse information utilisée pour créer des émotions artificielles : cette photo d'Oradour reprise pour une couverture de livre traitant de la débâcle en... 1940. Lire la page 45 de ce blog.

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lundi 3 octobre 2011

P. 77. Bohémiens, Gitans, Roms, Tziganes...

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Cendron (Ph. JEA/DR).


Le vent tire les nuages
par les cheveux
sous prétexte qu’ils sont bohèmes

tandis que sur les roms 
fulgure la foudre
un seul arbre ose protester

un ruisseau peint la scène
avant qu’elle ne s’efface
comme si c’était la dernière

quels sont ces oiseaux
traversant les rêves des migrants
pour réanimer leurs mystères ?

les épouvantails ne sont pour les gitans
que des promesses de mises à sac
de leurs terrains vagues

un seul hasard
et l’horizon accouchera
d’autres rafles de tziganes

les paupières de la nuit
se font lourdes
pour protéger une double peine

au cadran fragile des étoiles
il sera bientôt minuit
les voyages restent éphémères


"Nous sommes les Tsiganes..." (Graph. JEA/DR).

Autres poèmes ? Cliquer : ICI.


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