.
Renversement de situation : le tir aux pipes prend pour cible le film de Valérie Donzelli (DR).
La page 67 rassemblait quelques critiques annonçant la sortie de "La guerre est déclarée" sur les écrans de France, de Navarre et même de Belgique.
Ce film avait été retenu car, de toute évidence, il ne ronronne pas, ne caresse pas le commercial dans le sens du poil, sort des sentiers rabattus, se balance des modes, respecte aussi le public, s'attaque à un sujet tellement délicat, n'en bavarde pas, mais dépasse (du moins provisoirement) la mort, se montre même plus fort qu'elle.
Une oeuvre sans grands moyens ni prétentions. Mais un cinéma original, sincère, explorateur. Du septième art, pas de la pellicule sur l'épaule du cinéma !
Il peut être reproché à ce blog de n'avoir publié que des regards positifs, sympathiques. De n'avoir pas été "objectif"...
D'autant que le succès immédiat de ce film entraîne d'inévitables mises en cause, parfois plus que désagréablement aggressives, et dont voici quelques échos. Ceux-ci, a contrario, et surtout quand la critique est écrite au vitriol, exprimée à coups de bazookas, confortent l'estime personnelle que l'on peut éprouver pour "La guerre est déclarée"...
Eve et Adam mis aux piloris d'internet (DR).
Quelques critiques comme des procès en sorcellerie :
"tout petit film trop égocentrique, fade, se vautrant dans le spectacle du malheur, roublard, juste mauvais, très moche, insupportable, long naïf et prévisible, offensant"...
Vladimir Adrien :
- "Il est clair que le sujet du film n’est pas l’influence de cette maladie grave sur l’état psychique et le regard au monde de l’enfant (même si cela aurait été intéressant, et on regrette de n’avoir aucune réaction, ne serait-ce qu’inconsciente, de celui-ci, lorsque plus âgé, il apprend sa guérison), mais l’égocentrisme des parents nuit au film qui n’atteint pas l’universalisme que nécessite un tel sujet."
(Paris Cinéma).
Aldo Chichi :
- 'Y en a marre de ces intox/désintox autour du cinéma français qui nous forcent à supporter tous ces films de copains, toutes ces fadeurs."
(Chronicart).
Céline :
- "A trop vouloir crier haut et fort sa volonté d’éviter coûte que coûte toute forme d’apitoiement, le film se vautre, forme et fond, dans le spectacle du malheur façon Delarue, façon "regardez comme je suis digne, dans mon combat pour la vie ". C’est louable, beau, ça force le respect, mais ça ne fait pas un bon film. Donzelli fait rimer dignité et théâtralité, choisit de (re)jouer le malheur à distance, de (re)jouer la peine, de travestir l’horreur en légèreté (plus confortable pour Monsieur Lambda !), et se retrouve in fine un peu piégée dans une démarche qui refuse le naturel. Parce qu’elle annihile dans une édulcoration revendiquée la gamme d’émotions que contiennent spontanéité et justesse. C’est ce qui explique, qu’au-delà du sujet dérangeant, on ait du mal à entrer."
(Céline Cinéma, 31 août 2011).
Hêtre :
- "Parce que "Libération" a fait de ce film un "événement" (à l'échelle d'un journal...), je n'irai pas le voir."
(MediaPart, 1 septembre 2011).
Jérôme Momcilovic :
- "En guerre contre la mort, le film en livre une autre, contre le pathos. Vraiment ? Peut-on sérieusement lui faire le crédit de cette guerre-là quand, après l'annonce du diagnostic, il fait défiler les sanglots de la famille entière en les montant comme une guirlande de cris muets et de syncopes sur le bitume ? Quand Donzelli s'effondre en musique dans les couloirs de l'hôpital ? Non, bien sûr, mais c'est là le coup de force du film. Autrement dit sa roublardise, quand il revendique sa pudeur en vissant, sur l'artillerie lourde de la commisération, le silencieux bien commode du style et de l'habillage pop."
(Chronicart.com).
Pierre Murat :
- "Il y a, comme ça, de tout petits films généreux et malhabiles qui deviennent, la rumeur aidant, de prétendus chefs-d'oeuvre... Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm sont charmants, ils ont vécu l'enfer, ils s'en sont sortis, ils nous le racontent, puisque l'autofiction est à la mode, hélas, et sans nous plomber de tristesse. OK !
Sauf qu'il n'y a quasiment pas de cinéma dans ce film. Par « cinéma », on entend invention, originalité, quelque chose qui, soudain, dépasse l'anecdote et fasse d'un sujet pleurard une oeuvre d'art."
(Télérama).
Odyssey2001 :
- "J'adhère pas du tout. Ce film est juste mauvais en termes de mise en scène et de jeu d'acteur, on dirait que seul le scénario compte dans le cinéma français. Scénario qui, d'ailleurs, est loin d'être fabuleux.
J'ai eu l'impression qu'on nous montrait des gens qui font semblant d'être heureux, je ne vois pas du tout où est la leçon de vie là-dedans."
(AlloCiné, 2 septembre 2011).
Opop :
- "C'est vrai que c'est un mauvais film, très moche, trop anecdotique, parfois à la limite de la pub gaz de france ou société générale, mais j'arrive pas à les haïr..."
(Chronicart.com).
Michel Philips :
- "C'est évident, en cette période de catastrophe atomique, en cette période de famine dans la corne de l'Afrique, en cette période de massacres en Libye, en Syrie, en cette période où plus de 8 millions de Français vivent dans la pauvreté, comment ne pas décerner des prix à un film qui nous parle de la vie de tous les jours, avec des gentils beaux et jeunes parents qui s'aiment et se battent contre le destin qui assène une tumeur cérébrale à leur enfant ?
Regrets sincères, mais ce film n'apporte rien de neuf, ni à la vie, ni au cinéma.
Recommandé à tous ceux qui aiment chialer gentiment dans leur fauteuil rouge, au fond des salles obscures !"
(MediaPart, 1 septembre 2011).
Pingoo :
- "Comment dire. Je ne peux pas dire que c’est « pas bien« , parce que je n’en sais rien si c’est « pas bien« . Voyez, c’est comme un album de Bashung, ou pire, de Biolay. Ca ne peut pas être si mal que ça, et pourtant ça m’est proprement insupportable. Mais vraiment. Au milieu du film j’ai totalement éclaté de rire, nerveusement, tellement ça en était pénible.
Qu’est ce qui est si pénible ? L’habillage du film. J’ai beau être un bobo-hipster moi même, à ce point ça en est insupportable, l’allure, les mots, les fringues, les décris, le jeu, le ton, tout est insupportable. Et surtout bordel de merde, le jeu d’acteur de Jérémie Elkaïm est absolument douloureux. Un peu comme si un type essayait d’imiter le fils caché de Gainsbourg et de Godard, en lisant son texte imprimé sur un vieux libé, avec un sac de quinoa dans la bouche."
(Pingoo.com, 2 septembre 2011).
Alexandre Prouvèze :
- "La critique me paraît trop unanime pour n’être pas suspecte… Et je crois que ce qui l’a charmée, et j’ai même envie de dire aveuglée, c’est d’abord le caractère autobiographique du film : le fait qu’elle raconte sa propre histoire en jouant son propre rôle, en faisant tourner le père de son enfant dans le rôle du père de l’enfant… Bref, cette espèce d’étrange pari psychologique qui est une immense preuve d’amour pour son couple et qui appelle de grands mots comme « catharsis », tout ça… Seulement, le film en lui-même, en dehors de son projet et du charme effectivement indéniable de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, je l’ai trouvé long, naïf et prévisible…
(Grand Ecart, 1 septembre 2011).
Anna Topaloff :
- "Dans la « guerre » qu’ils mènent contre la maladie de leur bambin, ils font preuve d’une telle force et d’un tel aplomb que le spectateur se dit qu’ils méritent bien un « happy end ». Et c’est bien là tout le problème du film. D’un côté, on a envie d’applaudir ce couple admirable, mais de l’autre, on s’interroge : et ceux qui ont perdu la « guerre », ceux dont l’enfant est mort, est-ce parce qu’ils ne se sont pas assez battus ?
(…) « La guerre est déclarée », a été vu par certains spectateurs comme une offense à ceux que la maladie d’un enfant a tellement ravagés qu’ils ont perdu la force de se battre."
(Marianne, 3 septembre 2011).
Serge Uleski :
- "Arnaque ou pas sur la marchandise ?
(Je n'irai pas voir ce film puisque tous les médias nous poussent à y aller)."
(MediaPart, 1 septembre 2011).
Félix Vallotton, cimetière militaire de Châlons-sur-Marne, 1917 (DR).
Voilà, fermez le ban !
A se demander si quelques-uns ne regardent pas ce film avec les yeux de croque-morts avides de remplir les cimetières avec des "morts pour le cinéma".
Non sans saluer le retour de cet étrange "argument" répandu comme du purin sur les prairies où fleurit l'Indignez-vous de Stéphane Hessel :
- "La critique paraît trop unanime pour n’être pas suspecte"...
.