MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 12 septembre 2011

P. 70. Histoires d'eaux (presque) douces

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Une nouvelle page pour l'album photos de ce blog...
Page dédiée à COLO qui, libérée, retrouve ses espaces et ses instants !


Ruisseau de Pailhe (Ph. JEA/DR).

τ πάντα ε κα οδν μένει


Vézère (Ph. JEA/DR).

René Char :

- "L’écriture, c’est la respiration du noyé."

Dordogne (Ph. JEA/DR).

Abbaye de St-Michel en Thiérache (Ph. JEA/DR).

Ardennes de France : Etang de la Fermière (Ph. JEA/DR).

Jacques Brel :

- "C'est par leur murmure que les étangs mettent les fleuves en prison."

Ardennes de France : Etang de la Motte (Ph. JEA/DR).

Thon (Ph. JEA/DR).

Yonne (Ph. JEA/DR).

Rimbaud :

- "Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe
, fantôme blanc, sur le long fleuve noir..."


Serein (Ph. JEA/DR).

Arconce (Ph. JEA/DR).

Gaston Bachelard :

- "La mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie."

Garde-flou (Ph. JEA/DR).

Le Gland (Ph. JEA/DR).

Alain Bashung :

- "Marcher sur l’eau. Eviter les péages…"

Ruisseau d'Ossogne (Ph. JEA/DR).

Saint-Christol (Ph. JEA/DR).

Octavio Paz :

- "L’eau parle sans cesse et jamais ne se répète."


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jeudi 8 septembre 2011

P. 69. Prévert, Desnos et un hommage à la fourmi inconnue

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Détail de gravure du XIXe illustrant "La cigale et la fourmi" (Doc. JEA/DR).


1er tableau.
Voici peu et sur un estimé blog, quelques coups d'éventail tombèrent sur les doigts de Prévert au motif qu'il n'offrit pas exactement le paradis à l'enfant que fut l'auteur de ce blog (ni à sa famille).
Au fil de cette page mêlant nostalgie et regrets, la lecture butait soudain sur un vilain caillou. Pour illustrer combien Prévert pouvait rimer avec "chiant" aux oreilles de la fillette, était cité en exemple un poème : "La fourmi"... de Desnos.

2ème tableau.
Discrètement avertie de cette méprise, l'auteur du blog ne s'empressa pas de faire disparaître furtivement le méchant caillou mais eut l'élégance de rendre à Robert ce qui n'était pas de la plume de Jacques.

3ème tableau.
Aussitôt publiée cette correction, un spécialiste - notamment en maladies mentales (du moins celles qu'il m'attribue avec une générosité exceptionnelle) - vint commenter. Dans le cercueil reposant au cimetière d'Omonville-la-Petite, il enfonça ce clou soigneusement astiqué :
- "Prévert, c'est à la limite un chansonnier ; un poète, où ça ?
"

4ème tableau.
Ce jugement sans appel (des cloches) reste sans suite. Comme si la leçon magistrale de ce donneur était intouchable.

5ème tableau.
Qu'il soit permis ici de tenter du moins de contester ce droit de décréter définitivement qui serait poète ou non ?
En relisant Eluard :
- "Il faut passer sa vie à la recherche de ce qui ne déshonore pas la poésie."

6e tableau.
Peut-être l'arbitre des élégances littéraires soucieux d'ainsi déshonorer Prévert, bichonne-t-il trop sa galerie des glaces dans une foire qu'il voudrait d'empoigne ? Tout qui ne correspondrait pas à ses dogmes étriqués, s'y retrouverait-il réduit à l'état de nain dans le jardin des lettres ?
Plaise alors au destin que ce brillant commentateur et adepte de "la java du sécateur", ne se contemple dans ses propres miroirs déformants. Il risquerait d'y voir un factionnaire farouche aux frontières d'une France barbelée se protégeant des étranges étrangers, un falaconidé du style faucon, un fana avec ou sans tics, un faraud voyageant autour d'un cheval de bronze, un fastidieux fayot débordant de fatuité... Ce que ce grand esprit n'est certes pas. Pas plus que l'oeuvre de Prévert ne se borne à celle d'un chansonnier !  



19 rue Mazarine, Paris 6e (Collage et graphisme JEA/DR).


Ces inquisiteurs affirment que Jésus est de Lyon
et refusent à une fourmi
la nationalité française
au prétexte qu’aucun de ses ancêtres
n’aurait combattu à Valmy

déjà dans une France au bout de sa nuit
et occupée à sa cure de vichy
un médecin malade dénonça une fourmi
au prétexte de sa naissance surréaliste
sous une mauvaise étoile

quand une fourmi est noire
ils lui crachent au visage
la salive convulsive de leur arrogance
au prétexte que cette anar
serait trop commune

quand une fourmi est rouge
ils la passent alternativement à la gégène
puis au kärcher
au prétexte que sa poésie
symboliserait la fin de leurs mondanités

et quand une fourmi slame quelques larmes
ils alarment leurs soldats de plomb tricolores
et entonnent le chant des courtisans
au prétexte que le sang de cette immigrée
souillerait les sillons de leur culture intensive

aujourd’hui encore ces faquins arrachent
des calendriers les jolis mois de mai
et piétinent les églantines
au prétexte qu’une seule fourmi indignée
porte trop d'ombre à leur histoire de rance...


La joyeuse complicité entre Prévert et Doisneau... (DR).

Encore un peu de "poésie" ? Cliquer : ICI.

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lundi 5 septembre 2011

P. 68. Quand la guerre est déclarée à "La guerre est déclarée"...

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Renversement de situation : le tir aux pipes prend pour cible le film de Valérie Donzelli (DR).

La page 67 rassemblait quelques critiques annonçant la sortie de "La guerre est déclarée" sur les écrans de France, de Navarre et même de Belgique.
Ce film avait été retenu car, de toute évidence, il ne ronronne pas, ne caresse pas le commercial dans le sens du poil, sort des sentiers rabattus, se balance des modes, respecte aussi le public, s'attaque à un sujet tellement délicat, n'en bavarde pas, mais dépasse (du moins provisoirement) la mort, se montre même plus fort qu'elle.
Une oeuvre sans grands moyens ni prétentions. Mais un cinéma original, sincère, explorateur. Du septième art, pas de la pellicule sur l'épaule du cinéma !

Il peut être reproché à ce blog de n'avoir publié que des regards positifs, sympathiques. De n'avoir pas été "objectif"...
D'autant que le succès immédiat de ce film entraîne d'inévitables mises en cause, parfois plus que désagréablement aggressives, et dont voici quelques échos. Ceux-ci, a contrario, et surtout quand la critique est écrite au vitriol, exprimée à coups de bazookas, confortent l'estime personnelle que l'on peut éprouver pour "La guerre est déclarée"...


Eve et Adam mis aux piloris d'internet (DR).


Quelques critiques comme des procès en sorcellerie :
"tout petit film trop égocentrique, fade, se vautrant dans le spectacle du malheur, roublard, juste mauvais, très moche, insupportable, long naïf et prévisible, offensant"...


Vladimir Adrien :

- "Il est clair que le sujet du film n’est pas l’influence de cette maladie grave sur l’état psychique et le regard au monde de l’enfant (même si cela aurait été intéressant, et on regrette de n’avoir aucune réaction, ne serait-ce qu’inconsciente, de celui-ci, lorsque plus âgé, il apprend sa guérison), mais l’égocentrisme des parents nuit au film qui n’atteint pas l’universalisme que nécessite un tel sujet."
(Paris Cinéma).

Aldo Chichi :

- 'Y en a marre de ces intox/désintox autour du cinéma français qui nous forcent à supporter tous ces films de copains, toutes ces fadeurs."
(Chronicart).

Céline :

- "A trop vouloir crier haut et fort sa volonté d’éviter coûte que coûte toute forme d’apitoiement, le film se vautre, forme et fond, dans le spectacle du malheur façon Delarue, façon "regardez comme je suis digne, dans mon combat pour la vie ". C’est louable, beau, ça force le respect, mais ça ne fait pas un bon film. Donzelli fait rimer dignité et théâtralité, choisit de (re)jouer le malheur à distance, de (re)jouer la peine, de travestir l’horreur en légèreté (plus confortable pour Monsieur Lambda !), et se retrouve in fine un peu piégée dans une démarche qui refuse le naturel. Parce qu’elle annihile dans une édulcoration revendiquée la gamme d’émotions que contiennent spontanéité et justesse. C’est ce qui explique, qu’au-delà du sujet dérangeant, on ait du mal à entrer."
(Céline Cinéma, 31 août 2011).

Hêtre :

- "Parce que "Libération" a fait de ce film un "événement" (à l'échelle d'un journal...), je n'irai pas le voir."
(MediaPart, 1 septembre 2011).

Jérôme Momcilovic :

- "En guerre contre la mort, le film en livre une autre, contre le pathos. Vraiment ? Peut-on sérieusement lui faire le crédit de cette guerre-là quand, après l'annonce du diagnostic, il fait défiler les sanglots de la famille entière en les montant comme une guirlande de cris muets et de syncopes sur le bitume ? Quand Donzelli s'effondre en musique dans les couloirs de l'hôpital ? Non, bien sûr, mais c'est là le coup de force du film. Autrement dit sa roublardise, quand il revendique sa pudeur en vissant, sur l'artillerie lourde de la commisération, le silencieux bien commode du style et de l'habillage pop."
(Chronicart.com).

Pierre Murat :

- "Il y a, comme ça, de tout petits films généreux et malhabiles qui deviennent, la rumeur aidant, de prétendus chefs-d'oeuvre... Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm sont charmants, ils ont vécu l'enfer, ils s'en sont sortis, ils nous le racontent, puisque l'autofiction est à la mode, hélas, et sans nous plomber de tristesse. OK !
Sauf qu'il n'y a quasiment pas de cinéma dans ce film. Par « cinéma », on entend invention, originalité, quelque chose qui, soudain, dépasse l'anecdote et fasse d'un sujet pleurard une oeuvre d'art."
(Télérama).

Odyssey2001 :

- "J'adhère pas du tout. Ce film est juste mauvais en termes de mise en scène et de jeu d'acteur, on dirait que seul le scénario compte dans le cinéma français. Scénario qui, d'ailleurs, est loin d'être fabuleux.
J'ai eu l'impression qu'on nous montrait des gens qui font semblant d'être heureux, je ne vois pas du tout où est la leçon de vie là-dedans."
(AlloCiné, 2 septembre 2011).

Opop :

- "C'est vrai que c'est un mauvais film, très moche, trop anecdotique, parfois à la limite de la pub gaz de france ou société générale, mais j'arrive pas à les haïr..."
(Chronicart.com).

Michel Philips :

- "C'est évident, en cette période de catastrophe atomique, en cette période de famine dans la corne de l'Afrique, en cette période de massacres en Libye, en Syrie, en cette période où plus de 8 millions de Français vivent dans la pauvreté, comment ne pas décerner des prix à un film qui nous parle de la vie de tous les jours, avec des gentils beaux et jeunes parents qui s'aiment et se battent contre le destin qui assène une tumeur cérébrale à leur enfant ? 
Regrets sincères, mais ce film n'apporte rien de neuf, ni à la vie, ni au cinéma. 
Recommandé à tous ceux qui aiment chialer gentiment dans leur fauteuil rouge, au fond des salles obscures !" 
(MediaPart, 1 septembre 2011).

Pingoo :

- "Comment dire. Je ne peux pas dire que c’est « pas bien« , parce que je n’en sais rien si c’est « pas bien« . Voyez, c’est comme un album de Bashung, ou pire, de Biolay. Ca ne peut pas être si mal que ça, et pourtant ça m’est proprement insupportable. Mais vraiment. Au milieu du film j’ai totalement éclaté de rire, nerveusement, tellement ça en était pénible.
Qu’est ce qui est si pénible ? L’habillage du film. J’ai beau être un bobo-hipster moi même, à ce point ça en est insupportable, l’allure, les mots, les fringues, les décris, le jeu, le ton, tout est insupportable. Et surtout bordel de merde, le jeu d’acteur de Jérémie Elkaïm est absolument douloureux. Un peu comme si un type essayait d’imiter le fils caché de Gainsbourg et de Godard, en lisant son texte imprimé sur un vieux libé, avec un sac de quinoa dans la bouche."
(Pingoo.com, 2 septembre 2011).

Alexandre Prouvèze :

- "La critique me paraît trop unanime pour n’être pas suspecte… Et je crois que ce qui l’a charmée, et j’ai même envie de dire aveuglée, c’est d’abord le caractère autobiographique du film : le fait qu’elle raconte sa propre histoire en jouant son propre rôle, en faisant tourner le père de son enfant dans le rôle du père de l’enfant… Bref, cette espèce d’étrange pari psychologique qui est une immense preuve d’amour pour son couple et qui appelle de grands mots comme « catharsis », tout ça… Seulement, le film en lui-même, en dehors de son projet et du charme effectivement indéniable de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, je l’ai trouvé long, naïf et prévisible…
(Grand Ecart, 1 septembre 2011).

Anna Topaloff :

- "Dans la « guerre » qu’ils mènent contre la maladie de leur bambin, ils font preuve d’une telle force et d’un tel aplomb que le spectateur se dit qu’ils méritent bien un « happy end ». Et c’est bien là tout le problème du film. D’un côté, on a envie d’applaudir ce couple admirable, mais de l’autre, on s’interroge : et ceux qui ont perdu la « guerre », ceux dont l’enfant est mort, est-ce parce qu’ils ne se sont pas assez battus ?
(…) « La guerre est déclarée », a été vu par certains spectateurs comme une offense à ceux que la maladie d’un enfant a tellement ravagés qu’ils ont perdu la force de se battre."
(Marianne, 3 septembre 2011).

Serge Uleski :

- "Arnaque ou pas sur la marchandise ?
(Je n'irai pas voir ce film puisque tous les médias nous poussent à y aller)."
(MediaPart, 1 septembre 2011).


Félix Vallotton, cimetière militaire de Châlons-sur-Marne, 1917 (DR).

Voilà, fermez le ban !
A se demander si quelques-uns ne regardent pas ce film avec les yeux de croque-morts avides de remplir les cimetières avec des "morts pour le cinéma".

Non sans saluer le retour de cet étrange "argument" répandu comme du purin sur les prairies où fleurit l'Indignez-vous de Stéphane Hessel :
- "La critique paraît trop unanime pour n’être pas suspecte"...

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jeudi 1 septembre 2011

P. 67. "La guerre est déclarée", le film

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Fabienne Bradfer :

- "Ce film pop bouleverse avec ses allures de comédie, de western, de film de guerre. D'un bord de mer à une fête foraine ou à un scanner, il prend aux tripes. Intime et intense, La guerre est déclarée touche en plein coeur car c'est avant tout un film vivant."
(Le Soir, 31 août 2011).
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Pour ouvrir le site du film, cliquer : ICI.


Pas d'objection de conscience
face à l'occupation de certains crabes...


Synopsis :

- "Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d'amour, la leur…"

Hôpital Necker :

- "La Guerre est déclarée, c’est le titre d’un film tourné en partie à Necker, dans le service de neurochirurgie, en octobre et novembre 2010. Réalisé par Valérie Donzelli, il raconte une histoire vraie : celle de la réalisatrice et de son compagnon face a la maladie de leur enfant, soigné il y a huit ans à l’hôpital Necker. Le film, « bouleversant mais rempli d’espoir », a fait l’ouverture de la 50e semaine de la critique à Cannes."

Amandine Schmitt :

- "Il s’appelle Roméo et elle, Juliette. Leur histoire est fulgurante, belle et limpide. En symbole de leur union, le plus beau cadeau au monde : un bébé. Sauf qu’après quelques semaines douloureuses pour le jeune couple, Roméo s’inquiète de l’état du nouveau-né, toujours en train de pleurer, vomissant parfois sans raison. Puis au fil des mois, il ne parle pas, et une paralysie faciale apparaît. Le verdict est sans appel, le petit Adam a une maladie grave et dangereuse.
De l’horreur de cette situation, hantise de tous les parents, Valérie Donzelli tire un film qui ne plonge pas dans l’esbroufe ni dans le pathos facile."
(Nouvelobs, 31 août 2011).

Danielle Attali questionnant Valérie Donzelli :

- "Pourquoi avoir mis en scène votre propre histoire?
- Pour dire la solidarité, le courage, le combat, l’espoir. Pour partager des valeurs qui me touchent. Je n’ai pas voulu faire seulement le récit d’un enfant malade, je raconte une grande histoire d’amour entre deux jeunes parents qui se retrouvent projetés dans une responsabilité d’adulte face à des questions de vie et de mort."
(Le Journal du Dimanche, 29 août 2011).

Roméo et Juliette (DR).

Gérard Lefort :

- "Pourquoi La guerre est déclarée nous a tapé dans l’œil au point de lui consacrer les pages «Evénement» de Libération ? Parce que dans le paysage «névrogène» et bien rangé du cinéma français, il secoue, réveille, se démène de toutes ses forces, hurle à la mort et rit à la joie, fait désordre, imposant, y compris dans ses manières de procéder (de sa production à son montage), un style dyslexique revendiqué et inédit. Certainement une tragédie, assurément une comédie.
Il n’est pas rien non plus que ce film dit autobiographique, où Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm montent au front, contrarie la question fatigante de l’autofiction et autres tambouilles psy sur l’exorcisme. Deux jeunes parents en guerre contre le cancer qui dévore le cerveau de leur enfant. Oui, ça leur est vraiment arrivé. Non, le film n’est pas le documentaire de cet événement.
Enfin, qualité fondamentale, c’est un film politique. Qui mondialise son combat local et encourage bien d’autres castagnes : contre la dictature du bonheur obligatoire mais aussi, plus subtil, contre le totalitarisme du malheur, son goût et son marketing. Compassion et résignation sont des passions tristes qui ne méritent aucun respect."
(Editorial de Libération, 30 août 2011).

Eric Libiot :

- "Le mieux, c'est d'attaquer bille en tête. Sans tergiverser et en deux temps. Un côté qui fait mal, l'autre qui caresse. Soit : La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli, est l'histoire d'un jeune couple qui lutte pour la survie de son bébé atteint d'une tumeur au cerveau. Mais : La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli, est un film à l'énergie folle, émouvant et souriant, qui se regarde les yeux mouillés de bonheur. Une réussite électrisante et un contre-pied total au résumé sec d'une intrigue (a priori) repoussante. A voir absolument. Pour se réconcilier avec à peu près tout. La vie, l'amour, les vaches, le cinéma."
(L’Express, 29 août 2011).

Excessif :

- "Un film d'une sincérité telle qu'elle échappe au carcan classique de ce type de drame mettant généralement en scène les bobos parisiens, figures favorites des auteurs français. Aucun cliché, pas de lourdeur, La Guerre est déclarée est comme une petite merveille toute fragile, l'œuvre d'une cinéaste encore en apprentissage mais qui s'impose un peu plus. Comment un couple peut-il gérer la maladie grave de leur bébé ? C'est le discours d'ouverture qui se transforme en un pur combat pour la vie et pour l'amour. Un brin maniéré mais enchanteur quand il étreint le conte, La Guerre est déclarée nous touche en plein cœur par son émotion vraie et ses acteurs totalement dévoués à un propos qui les as touchés personnellement. Une jolie surprise, un film vivant et la confirmation que Valérie Donzelli est un véritable talent d'avenir."

Adam et ses parents (DR).

Marie Sauvion :

- "On pleure immanquablement, d’accord, mais on rit aussi à gorge étonnée devant ce que l’auteur décrit comme « un drame teinté de comédie ». « J’aime le mélange des genres, ça permet une pudeur, une distance juste, pour ne surtout pas être pris en otage. Je crois que l’émotion que ressent le public ne vient pas de l’enfant, mais de quelque chose d’intime, quelque chose de beau dans cette solidarité, comme un idéal qui fait du bien. » Elle vient aussi de la bande originale, ces musiques rythment, portent, voire submergent « La guerre est déclarée » jusqu’à rendre les dialogues inutiles. Ainsi cette extraordinaire ronde, sur « les Quatre Saisons » de Vivaldi, où les membres de la famille annoncent et/ou apprennent la terrible nouvelle. « J’ai visualisé la séquence en marchant dans la rue », se souvient la réalisatrice.
(Le Parisien, 31 août 2011).

François Guillaume Lorrain :

- "Cette formule, réalisme plus fantaisie, est la clé de l'emballement pour ce film juste, tellement juste, qui donne envie de se battre et d'espérer. Les qualificatifs fleurissent. Hymne à la vie. Déclaration de guerre à la mort. Tourbillon de fantaisie, de gaieté. Vous avez bien lu, de gaieté. À la fin des projections, le public se sent bien et se lève pour applaudir. Car voilà un film gonflé, très gonflé, qui va booster le cinéma français pour quelques mois."
(Le Point, 30 août 2011).

Eugenio Renzi :

- "Juliette et Roméo n'ont peut-être pas de Bible à lire sinon celle offerte par la culture dans laquelle ils baignent. Leur vérité plus profonde consiste en revanche à formuler à haute voix des maximes conformes à la réalité de leur rapport. Pas pour se donner des conventions. Mais pour se rappeler, lorsque la fatigue et l'angoisse entravent leur alliance, lorsqu'une couche d'opacité se glisse entre eux, ce qu'il y a de fort dans la jeunesse d'aujourd'hui : un rapport paritaire, direct, frontal entre amoureux."
(Rue89, 14 mai 2011).

Vivre d'aimer et d'être aimé (DR).

Isabelle Regnier :

- "Il ne faut garder que les bonnes choses", dit Roméo à Juliette après avoir appris dans une même phrase que l'opération de leur fils a été un grand succès et que celui-ci ne vivra peut-être pas plus vieux que cinq ans. Avec ce slogan en tête, Valérie Donzelli fait exploser la moindre parcelle de lumière, se laissant aller aux détournements les plus fous. Ces monochromes sublimes par exemple, obtenus à partir de tissus malades vus au microscope, qui interrompent le récit pour annoncer la maladie qui ronge.
Pour exprimer l'état d'angoisse paniquée de Juliette qui vient d'abandonner son fils aux médecins pour son premier scanner, elle la jette dans une course désarticulée, se fracassant contre les murs de l'hôpital au son d'une électro scratchée. La course est le grand motif du film. Depuis le sprint en voiture pour attraper un train jusqu'au marathon qui évoque les années de lutte à venir. Au pied de la lettre une fois de plus, Valérie Donzelli revêt ses personnages de tenues de coureurs et les filme gravissant péniblement, mais sans relâche, les reliefs des Buttes-Chaumont. Vitesse et endurance ne sont pas antinomiques, elles s'autoalimentent constamment, dans une tension dynamique. Pour tenir le marathon, il faut se saouler de fête foraine, de musique, de danse, de vitesse... Changer de régime pour se maintenir, coûte que coûte, dans le flot de la vie."
(Le Monde, 30 août 2011).

Jérôme Garcin :

- "La force de ce film pugilistique tient, par un beau paradoxe, à son énergie vitale, sa rage animale, sa physique élémentaire, son autodérision, sa fantaisie néo-Nouvelle Vague, sa permanente prise de risque, ses couleurs pop et sa bande-son radiothérapique (de Vivaldi au générique de Delerue pour «Radioscopie» et de Higelin à Biolay). 
A la guerre comme à la guerre, Valérie Donzelli a fait, d’une tragédie annoncée, une comédie qui avance en crabe et où l’on pleure autant qu’on rit. Cette déclaration d’amour au cinéma est le meilleur roman de la rentrée."
(Le Nouvel Observateur, 30 août 2011).





Les autres films de ce blog vous attendent : ICI
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lundi 29 août 2011

P. 66. Pain Noir, le film

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Synopsis :

- "Dans les années suivant la guerre civile d’Espagne, marquées par la violence et la misère, un mystérieux meurtre vient secouer les secrets enfouis d’un petit village de Catalogne. Andreu, jeune garçon dont le père est injustement accusé du crime, pénètre dès lors un monde d’adultes fait de vices et de mensonges."

Philippe Azouri :

- "La sortie discrète en France de Pain noir est incomparable à l’émotion qu’a suscitée ce film en Espagne, où sa lecture des lendemains de la guerre civile - opposant deux régimes d’horreurs se parant derrière des idéaux politiques pour mieux cacher leurs secrets - a fait couler des barils d’encres polémiques...
Aux derniers goyas (les césars espagnols), le film raflait tout ou presque : neuf statuettes, dont meilleur film, meilleur scénario, meilleure photo, meilleur metteur en scène, et des récompenses par flopées pour les acteurs. En dehors du meilleur make up et du meilleur son (magnanimement laissés au reste du troupeau), Pain noir a tout pris, asseyant en Espagne le culte autour de son metteur en scène, Agustí Villaronga.
Celui-ci est surtout connu pour son inquiétant Tras el Cristal (1987), où il croisait Gilles de Rais et nazisme, torture et pédophilie. Etrangement, cette réputation, qui s’étend jusqu’aux Etats-Unis (ses films sont en DVD chez Cult Epics, et le Lincoln Center était fier, l’an passé, de le recevoir), n’a guère franchi les Pyrénées, sauf pour les trois folles de service spécialistes ès clips Mylène Farmer (laquelle lui a commandé celui de Fuck Them All)."
(Libération, 24 août 2011).

Romain Le Vern :

- "En apparence, Pain noir ressemble à une déclinaison de tout ce qui a déjà été fait dans le cinéma de genre espagnol, de L'esprit de la ruche (Victor Erice, 1973) à L'échine du diable (Guillermo Del Toro, 2001). La différence vient de son auteur, Agusti Villaronga qui, à l'intérieur d'un univers universel, invente une forme et traite d'une réalité spécifique au pays. En mélangeant trois romans de l'écrivain Emili Teixidor, il creuse une thématique qui le travaille depuis Tras el Cristal (1986), mais cette fois-ci sur un mode plus accessible. C'est sans doute ce qui lui a valu neuf récompenses à la dernière cérémonie des Goyas (équivalents espagnols des Césars)."
(excessif).

Andreu - Frances Colomer, "l'enfant narrateur" (DR).

Le Journal du Dimanche :

- "Tendu sur une peinture très riche des ambiguïtés et des contradictions du monde catalan juste après la guerre civile, il propose un spectacle mémorable. "C’est un film émotionnel, note le cinéaste Agustí Villaronga. Il ne doit pas être une peinture de mœurs, ni la chronique d’une époque. C’est pourquoi il adopte la posture du mélodrame assez classique".
Au plus proche du regard de son héros, l’enfant narrateur, le film tire le meilleur parti de ce postulat grâce à une histoire enchevêtrée, où rien ne saurait être réduit à des oppositions simplistes. De plus, le film entrelace adroitement son atmosphère réaliste et bavarde à des débordements poétiques à la limite du fantastique, servis par de beaux effets visuels."
(22 août 2011).

Coralie Huché :

- "Scène d'ouverture : une forêt, un double meurtre, un cheval poussé d'une falaise, dont le crâne se fracasse sur la paroi. D'entrée, Pain noir, d'Agusti Villaronga, ne dissimule pas sa violence, qui contrebalance l'omniprésence des secrets à venir. Il se montre ainsi fidèle au roman d'Emili Teixidor, qui usait parfois de crudité.
Nous sommes au lendemain de la guerre civile espagnole. Après avoir trouvé les corps, le jeune Andreu est envoyé chez sa grand-mère : son père est accusé du crime, sa mère s'échine à l'usine. Mais le dernier mot prononcé par l'un des mourants, "Pitorliua", stimule la curiosité de l'enfant. Andreu passe alors son temps à écouter aux portes, à se trouver aux bons moments aux mauvais endroits (…).
Du seul point de vue du jeune garçon et à travers sa quête de vérité, on saisit les retombées de la guerre civile sur ce petit village catalan où tout le monde ment pour se protéger. Avec l'aide remarquable de ses acteurs, Agusti Villaronga tient l'ambiguïté des personnages. Ni noirs ni blancs, la plupart se présentent aussi complexes qu'humains. Gris donc, ou marron, à en croire la poussière de leurs habitations mal éclairées et la proximité des bois."
(Le Monde, 23 août 2011).

Louis Lepron :

- "Ici, point de vils riches et de courageux pauvres ; point d'idéalistes combatifs et de fascistes impitoyables. Chacun essaye de pourvoir à ses envies, à sa vie et à ses enfants. Les meurtriers et les hommes cruels ne sont pas ceux auxquels on pense.
Andreu perd ses illusions d'enfants. La caméra suit ses jambes et son dos, trouve son regard plongé dans la misère humaine, et s'accroche à sa seule arme : l'oubli.
Bien que le scénario soit parfois alambiqué tant il s'aventure vers divers sujets, la mise en scène classique permet de faire passer la trame de « Pain noir ».
En évoquant la persécution des homosexuels, en s'aventurant vers les idéaux des perdants de la guerre civile sans en rajouter et en s'attardant sur le destin tragique d'une petite fille mutilée, Agustí Villaronga réalise un film fort."
(Rue89, 24 août 2011).

Au 58e Festival de San Sebatian, Agusti Villaronga et les acteurs du Pain Noir (DR).

Sébastien Schreurs :

- "Ce Pain noir a le goût amer d’un passé tortueux dont l’Espagne n’arrive toujours pas à se défaire. Derrière l’intrigue complexe et captivante se dessine en filigrane la perte de l’innocence enfantine. Régalant jusqu’à la dernière miette...
(…)
Entremêlant trois romans de l’écrivain Emili Teixidor, Villaronga brouille vite les pistes en reléguant au second plan une histoire de règlements de comptes minant les habitants d’un village catalan qui prend sa source dans les convictions politiques des uns et des autres en pleine tourmente de la guerre civile. La force de ce récit initiatique d’une puissance psychologique rare est de se placer à hauteur du héros âgé d’à peine onze ans, premier témoin oculaire sur le lieu du crime, qui voit peu à peu d’un tout autre œil le monde des grandes personnes parsemé de secrets et de zones d’ombre. Autant le dire tout de suite, l’épilogue fait froid dans le dos. Et on comprend dès lors mieux pourquoi l’Espagne n’a pas fini de panser ses blessures..."
(aVoir-aLire, 23 août 2011).

Nicolas Gilly :

- "Sur un fil conducteur rectiligne, Agustí Villaronga tisse un drame d’une efficacité totale. Sauf que le bonhomme ne s’est pas transformé du jour au lendemain en gentil garçon qui fait des films pour toute la famille et en oublie son trop petit cercle d’amateurs. Ainsi, jouant comme un expert la carte de l’entrisme, il glisse dans son  film un propos subversif en apparence anodin ou purement provocateur, mais en profondeur d’un pessimisme terrible. Qu’il touche au thème délicat et tabou de l’éveil de la sexualité chez l’enfant, de l’attirance envers l’adulte, qu’il enrobe dans une forme de fantastique, ou qu’il impose un jugement d’une froideur extrême dans son dernier plan, le réalisateur parcourt finalement le même chemin qu’avant, sauf qu’il ne le fait plus ouvertement mais impose une lecture qui passe par le détail et la réflexion, par la symbolique également. Et c’est finalement dans les scènes en apparence les plus anecdotiques qu’il balance ses plus grosses salves, comme quand cet officier s’adresse en espagnol à Andreu qui lui répond du tac au tac, et en catalan, qu’il n’a rien compris à sa question. En deux lignes de dialogues d’une simplicité enfantine, il soulève une problématique majeure de la société espagnole et invite à y penser sérieusement."
(filmosphère, 22 août 2011).

Chris :

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