MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 8 juillet 2013

P. 246. La "Jeunesse" de Justine Malle


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Justine a repris la caméra tombée des mains de son père
mais pour tourner son cinéma personnel...

Synopsis par Justine Malle

- "J’avais vingt ans en 1995, l’année de la mort de mon père, le cinéaste Louis Malle. J’étais en khâgne. Au moment même où je commençais à tomber amoureuse d’un garçon de ma classe et à rejeter l’influence de mon père, sont apparus chez lui les premiers symptômes d’une maladie. J’étais terrassée, autant par le choc de la nouvelle que par la certitude d’en être à l’origine avec mes velléités d’indépendance. Le sentiment de culpabilité que j’éprouvais m’a fait agir de façon inappropriée. Ma violente honnêteté d’alors incarne pour moi une certaine idée de la jeunesse..."

Sophie Grassin

- "A l’âge où l’on se défait de l’influence du père, une jeune fille de 20 ans, en hypokhâgne à Paris (Esther Garrel, autre fille de…), apprend la maladie dégénérative du sien, cinéaste : bientôt, il ne parlera plus, ne marchera plus… Cette fin lente et annoncée se heurte à son désir de vivre et à ses amours naissantes. Justine Malle (fille de Louis, mort en 1995, et de l’actrice Alexandra Stewart) sonde avec une honnêteté cruelle mais libératoire les sentiments contradictoires qui la traversèrent pendant le chemin de croix de son père réfugié dans le manoir où fut filmé «Black Moon», près de Cahors. Elle pioche un peu de réconfort dans le Louis Malle des Indes («Calcutta»), fouille ses propres dérobades (sa douleur l’empêche de lui dire au revoir), convoque le fantôme encore vaillant de Louis Malle…"
(CinéObs, 2 juillet 2013).

Mathilde Blottière

- "Il est des héritages qui vous compliquent la vie. Surtout s'ils sont prestigieux. Dans le premier film de Justine Malle, fille de Louis et de l'actrice Alexandra Stewart, la peur de se lancer est aussi palpable que la nécessité de raconter son histoire. Dans la bouche de ses personnages, elle sème quelques phrases qu'elle pourrait faire siennes : "Je ne sais pas si c'est une bonne idée de faire ce film", dit, par exemple, le père réalisateur à sa fille... Et ce n'est évidemment pas un hasard si elle confie à Esther Garrel, fille d'un autre grand cinéaste (Philippe Garrel), le rôle de la jeune femme qu'elle était en 1995, l'année où son père est mort... Justine avait alors 20 ans, l'envie de se forger une identité bien à elle et de tomber amoureuse comme on se fait "renverser par une voiture". A la soudaine maladie qui condamne son père (Didier Bezace), Juliette, son personnage, oppose ce côté brusque et braque de la jeunesse, cette horreur de la feinte et du compromis. Dans ce beau récit d'apprentissage, la mise en scène est sage, mais la simplicité et la délicatesse du trait touchent juste. D'un naturel bluffant, Esther Garrel est particulièrement convaincante, tour à tour têtue et fragile. Insolemment jeune."
(Télérama, 3 juillet 2013).

Esther Garrel et Didier Bezace - Justine et Louis Malle (DR).

Vincent Ostria

- "Au-delà du sujet et de cette histoire de filiation, on est frappé de voir à quel point Justine Malle entre dans le cinéma à pas feutrés et semble constamment craindre un faux pas (voire comment elle se “couvre” avec un découpage très conformiste).
Un travail poli et policé, quasiment neutre, à l’instar de ses personnages de khâgneux au langage châtié qui font des manières pour baiser (l’un d’entre eux répugne même à dire “coucher”).
Ce n’est ni lourd ni mal fait, mais il faut parfois sortir un tout petit peu de ses gonds pour exister."
(les inRoKs, 2 juillet 2013).

Sophie Benamon

- "Pour ses débuts derrière la caméra, Justine Malle, la fille de Louis, ne se cache pas et aborde d'emblée le noeud gordien de sa vie : la mort de son père. Dans cette autofiction, son double, qu'incarne Esther Garrel, fait face à l'ambivalence des sentiments qui la traversent à l'annonce de la maladie de son père. Elle dessine le portrait, sans concession, d'une jeune fille qui s'emballe pour un garçon de sa classe de khâgne, assez présomptueux. La réalisatrice montre, par petites touches, comment se partagent dans le coeur de la jeune adulte son état amoureux, ses velléités d'indépendance et la culpabilité qu'elle éprouve vis-à-vis de son père, de sa maladie soudaine. La jeune femme va même le rejeter un temps, comme pour nier la réalité, rester dans l'enfance.
Le propos est subtil, l'émotion est à fleur de peau. Esther Garrel (17 filles, L'Apollonide - souvenirs de la maison close) réussit à jouer sur la corde raide de l'adolescence, entre fragilité et assurance. Face à elle, Didier Bezace est on ne peut plus émouvant en père impuissant face à la maladie. C'est sûr, Justine Malle prend la relève en assumant son héritage (elle inclut même un extrait du documentaire de son père sur l'Inde) mais en traçant sa propre route. De beaux débuts !"
(Studio Ciné Live, 2 juillet 2013).

Les critiques de l’Express, de La Croix et du Monde sont plus tièdes…




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22 commentaires:

  1. lui souhaite de se faire un prénom, comme on le dit

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    1. elles sont même deux dans ce film : Justine et Esther...

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  2. une bande annonce pleine de sensibilité

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    1. les bandes annonces sont épineuses : pas simple d'éviter celles qui ressemblent à des cargos bourrés de publicités clandestines
      d'autres bandes disparaissent suite à des plaintes dont le blog n'est pas informé, d'où un trou aussi noir que soudain (une quarantaine ont été comblés sur ce seul blog et un peu plus de 200 pages, c'est lourd quand même)

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  3. Un beau sujet. Perdre son père quand on est jeune et rebelle, ne pas savoir ou ne pas pouvoir se parler dans l'apaisement, c'est un sentiment de culpabilité qui laisse de longues traces.

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    1. et parfois, les traces fécondent...

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  4. Venant de chez Saravati, je tombe par hasard sur votre chronique sur le dernier film de Justine Malle que je n'ai pas (encore) vu.
    Les textes aussi, je les découvre et cela me rappelle des souvenirs.
    De Louis Malle d'abord, rencontré dans le contexte de la fameuse maison du Quercy à plusieurs reprise et aussi de Justine Malle, avant d'être connue par ce film.
    Une image, Louis Malle sur le quai de la gare de C. en espadrille et Alexandra Stewart descendant du train, élégante, toute de blanc vêtue avec un grand chapeau de la même couleur et ses deux bambins à ses côtés.
    Là où fut tourné Black-Moon, c'est un coin à chevreuils, même qu'un jour, il m' est arrivé de voir surgir devant ma voiture une mère et son petit. Elle a traversé devant moi, le petit non..Je me suis arrêté..et la mère a retraversé pour venir le chercher.
    Comme lui, Justine est sûrement protégée!

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    1. soyez remercié pour avoir voyagé du pont de Saravati au bateau et à la baleine d'ici...
      remercié aussi et surtout pour vos souvenirs
      cette arrivée du train en gare de C....s : du cinéma pur !
      en préparant cette page, impossible de ne pas rechercher des illustrations de ces vieux murs du Quercy et d'une superbe allée de chênes : Le Coual où, sauf erreur involontaire de ma part, Louis MLalle a non seulement réalisé "Black-Moon" mais abritait son équipe pendant le tournage de Lacombe Lucien
      enfin, à propos de la chevrette et de son petit, ici, dans les Ardennes, nous ne cessons de mettre gentiment les gosses en garde : tomber nez-à-nez avec un faon qui semble abandonné, voilà qui est terriblement trompeur : il n'est pas du tout abandonné et surtout ne jamais trop s'approcher et encore moins toucher ce petit, la mère est certainement cachée tout à proximité mais l'abandonnera après votre départ si le retrouvant, elle respire sur lui des odeurs humaines...

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    2. C'est exact JEA, pour Black Moon, film d'ailleurs mal perçu auprès du grand public, un grand nombre de figurants venaient de la région du Quercy, j'en reconnais quelques uns...
      La maison du Coual est resté dans la famille, tous enfants confondus!
      ( Confirmation de Justine qui veille aussi sur la société de production des films de Louis Malle.)

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    3. A l'intention des lectrices et des lecteurs à qui cette lune noire de Malle ne parlerait pas, voici sa présentation par ARTE :
      - "Fenêtre ouverte sur l’anticipation et sur l’onirisme, éclairé par le grand chef opérateur d’Ingmar Bergman Sven Nykvist, Black moon est un véritable ovni cinématographique. Quasiment muet, le film ne raconte pratiquement pas d’histoire. Tout le pari du scénario repose sur un savant mélange d’images et de scènes obscures, d’une beauté toujours tendue et d’un charme ensorceleur. En convoquant l’absurde et le merveilleux, en multipliant les symboles et les références croisées (Tristan et Iseult ou La guerre de Troie), Louis Malle aurait pu réaliser un film pompeux ou ennuyeux. Il n’en est rien. Le résultat est une vibrante composition picturale, une constellation visuelle sans quivalent au cinéma sinon peut-être "Alice ou la dernière fugue" (1977) de Claude Chabrol. Toute la réussite de Black moon repose sur l’audace de ses partis pris et l’impressionnante harmonie qui s’en dégage. Dédié à la mémoire de l’actrice Thérèse Giehse, tourné dans la maison de campagne de Louis Malle, le film est porté d’un bout à l’autre par Cathryn Harrison. Elle incarne à merveille le personnage de la femme enfant caressée par les mains du maître jardinier et chanteur d’opéra Joe Dallesandro, tout droit sorti de la trilogie érotique de Paul Morrissey."
      (7 juin 2007).
      Apprendre, grâce à vous, que Le Coual n'est pas tombé aux mains de promoteurs massacreurs est LA bonne nouvelle du jour !!!

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  5. Merci pour le conseil, j'irai voir ce film car le scénario a aussi une résonance dans ma propre vie!

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    1. au cinéma, chaque fauteuil attend une spectatrice, un spectateur qui, par la grâce d'un film, deviennent réalisateurs, acteurs eux aussi...

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  6. Tiens, on parle de moi, merci Versus de venir ici dans ce lieu plein de culture :-)
    J'ai lu les critiques de ce film et franchement, je me demande s'il n'a de valeur que parce que c'est lui, que c'est elle ! Si elle avait été la fille d'un quidam, aurait-on autant parlé de son film ? Sans dévaluer le contenu du scénario, j'aurais préféré qu'elle se fasse non seulement un prénom mais également un nom qui lui aurait donné toute sa personnalité d'auteure.
    Le sujet est touchant et mérite réflexion : le poids de l'hérédité et les blessures qui déteignent sur les enfants est souvent source de culpabilité ...

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    1. Esquisse de réponse par Justine Malle ?
      - "Jeunesse" décrit des événements survenus en 1995. J'avais 20 ans quand mon père est tombé malade. De ses trois enfants, j'étais la plus proche de lui, nous avions une relation très intime. Au moment où sa santé s'est brutalement détériorée, je me suis éloignée de lui. C'est comme si quelqu'un agissait à ma place. Il y avait, au fond de moi, de la colère. Mon père m'abandonnait en quelque sorte. À ce moment de ma vie, je voulais prendre mon envol, m'émanciper de la figure paternelle, très imposante intellectuellement. Tout s'est un peu confondu. Il m'a fallu quinze ans pour essayer de comprendre. Jeunesse est un film que je n'aurais pas pu faire avant. Le besoin inconscient du film est de réparer quelque chose. J'ajoute qu'être la fille de Louis Malle n'est pas évident lorsque l'on veut soi-même se lancer dans le cinéma. Outre ses vertus thérapeutiques, traiter de ce sujet était aussi une façon de vaincre mon inhibition. En toute transparence."
      Interview par Thomas Baurez, Studio Ciné Live, 5 juillet 2013.

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  7. Il va falloir que j'aille voir ce film... Didier Bezace a l'air particulièrement convaincant dans le rôle de Louis Malle.

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    1. Didier Bezace porte ce rôle en répondant à l'attente de Justine Malle : "Je n’ai pas cherché à faire le portrait de lui malade, à rentrer dans l’intériorité de cet homme qui, arrivé au sommet de ses moyens artistiques, s’est trouvé tout d’un coup enfermé dans son corps et privé de toute maîtrise sur sa vie..."

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  8. Un film à voir... d'autant plus que l'auteure est la fille de Louis Malle !! Je trouve toujours intéressant de voir la bataille que mène la fille ou le fils d'un grand artiste pour se distinguer et trouver sa voie personnelle ; d'ailleurs le premier film qu'elle réalise en est (en quelque sorte) le sujet. C'est dire la difficulté et le défi.

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    1. à l'inverse, en Belgique, n'aurions-nous pas des politiques dont le nom du père servit de tremplin au fils tels les Mathot (PS), Louis (PRL) ou Wathelet (anciens PSC) ?

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    2. Vous pouvez rallonger la liste par le père et la fille (!)Spaak, le père et le fils De Croo ou les illustres paires Van Cau et Daerden !!il doit y en avoir encore d'autres, oui, quand on y pense ils sont nombreux... étonnant tout de même...est-ce lié à l'idée du royaume, du roi et de son prince ??

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    3. A propos des Spaak : Paul Henri a toujours milité au Parti socialiste. Néanmoins, en fin de vie politique et d'ailleurs pour son dernier meeting politique place Flagey dans la caqpitale, il choisit le Front des Francophones (FDF-Bruxelles). Il décide de vacances-évasion vers les îles avec sa fille Antoinette, question de marquer le terme de responsabilités telles que ministre à Londres sous l'occupation, secrétaire général des Nations Unies ou encore de l'OTAN. Frappé par le sort, il est rapatrié sanitaire en urgence. Et meurt de retour au pays. Sa fille, Antoinette, prend sa suite mais au FDF...

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  9. Fragilité et assurance ne sont pas propres à la seule adolescence, quoique plus exacerbés à ce moment, sans doute. "Fausse assurance" serait plus juste à cet âge....cette fausseté se dissipant peu à peu avec l'âge et arrive à s'exprimer dans un film qui semble fort émouvant.
    Belle lumière ici et là-bas, sans doute.

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    1. lumière et sons aussi : cette cigale qui enchante votre blog...

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