MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 7 juin 2012

P. 152. 7 mai 1667 : le tombeau de Johann Jakob Froberger

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Le regard baroque de Froberger (Ill. JEA/DR).

Brel :

- "Pour le doigt de la pluie au clavecin de l´étang…"

Pour cette pluie si harmonieuse et lumineuse qui tombe avec élégance sur cette page du blog,
pour un compositeur Européen avant la lettre mais surtout avant que les banques, des technocrates, des joueurs de foot, des politiques relisant le précis du parfait petit nationaliste, ne viennent nous empoisonner la vie, de la Grèce à l'Irlande, en passant par la Lorraine...
pour ce Froberger qui ne jeta jamais de la poudre aux yeux des clavecinistes mais leur offrit des suites tellement plus brillantes, plus raffinées, plus inventives, plus ouvertes que celles des hôtels et des palais les plus réputés soient-ils !
pour des figures aussi différentes mais aussi attachantes que Gustav Leonhardt et Blandine Verlet...

J. J. Froberger est mort ce jour, enfin sur le calendrier 1667


Biographie selon Musique Opus 31 :

- "Né à Stuttgart en 1616.
De 1636 à 1657, Froberger fut organiste de la cour à Vienne, d'où il fut envoyé à Rome de 1637 à 1641 pour y étudier avec Girolamo Frescobaldi. Entre 1650 et 1652, il fit un séjour triomphal à Bruxelles et à Paris, et se rendit à Londres en 1662. Mais, ayant été dépouillé par des voleurs trois fois pendant sa route, il parvint à destination dans un tel état de pauvreté qu'il dut accepter une très humble tâche : actionner les soufflets de l'orgue de Westminster Abbey où officiait Christopher Gibbons (1615-1676), second fils du célèbre Orlando. Il mourut dans la demeure de la duchesse douairière de Wurtemberg, à Héricourt.
Réalisant la fusion des styles français, italien et allemand, Froberger fut un des principaux maillons de la chaîne reliant Frescobaldi à J.S. Bach (…).
Musicien à l'imagination fertile et au goût raffiné - comme on peut l'entendre dans la suite Lamento sopra la dolorosa perdita di Ferdinando III - Froberger diffusa largement le style frescobaldien dans les pays allemands, posant les jalons de la future école d'orgue d'Allemagne du Sud. Il est également considéré comme le codificateur de la suite instrumentale avec la succession allemande-courante-sarabande-gigue."

Gilles Cantagrel:

- "Le compositeur allemand Johann Jakob Froberger, natif de Stuttgart montre à quel point l’on pouvait circuler à l’époque. Il va travailler à Vienne, à Venise, fait 3 fois l’aller-retour entre Vienne et Venise. Il va jusque dans les Flandres, à Bruxelles, séjourne à Paris, à Londres, revient à Paris, va mourir en Lorraine à 50 ans seulement. Il a été le propagateur du style italien dans toute l’Europe car toute l’Europe se met à l’école de l’Italie en matière d’architecture et de peinture."
(Voyage au pays du Baroque, Revue de l’Académie des Beaux-Arts, Canal Académie 20 juin 2010).


Vermeer : détail de la leçon de musique sur clavecin - 1662 (Ill. JEA/DR).

« Rameau » :

- "Cette merveille absolue : Froberger. Johann Jakob Froberger, compositeur inconnu du grand public, méconnu des mélomanes, et encensé par ceux qui le connaissent. Né en 1616, mort en 1667. Connu pour quelques dizaines de pièces pour clavecin et pour orgue, pour beaucoup conservées seulement sous forme manuscrite."
(Blog Musica Sola, 15 octobre 2011).

Guy Sacre :

- "Cette musique… presque jamais l'élégance ne lui fait défaut. Elle trahit une âme sensible, inclinant à la gravité, à l'introspection, un être qui souvent médite et s'interroge, qui plaint autrui autant qu'il se complaint, qui dédaigne la pompe, et qui même dans ses moments de joie évite l'éclat et la bravoure."

(La musique de piano, Robert Laffont, 1998, p. 1168.)

Michel Rusquet :

- "Froberger se montre merveilleux poète en même temps que musicien hautement raffiné, d'où, à l'écoute, un envoûtement étrange qui fait qu'on en perd presque la notion du temps."
(Le XVIIe siècle baroque, Allemagne et Pays-Bas).

Renaud Machart:

- "Froberger a une tenue racinienne ; ses Tombeaux et Lamentations, voulus non mesurés (« lentement et avec discrétion»), sanglotent d'un flot cependant organisé et souverain."
(Le Monde de la musique (155), mai 1992).

Jean-Marc Warszawski :

- "En 1650, il est à Bruxelles, certainement dans le suite du frère de l'empereur, l'archiduc Leopold Wilhelm. Sur le trajet de Bruxelles à Louvain, il est dévalisé par des soldats (Lamentation sur ce que j'ay été volé et se joüe à la discretion et encore mieux que les soldats m'ont traité, notice au premier mouvement de la Suite XIV)."


J. J. Froberger
Suites et Toccatas
par Christophe Rousset sur un clavecin Johannes Couchet (Anvers-1652)
Harmonia Mundi

Suite XXX : "Plainte faite a Londres pour passer la Melancolie".
Toccata IX.
Suite XIX "ex autographo".
Tombeau fait à Paris sur la mort de Monsieur Blancheroche.
Toccata XIV.
Suite XVIII.
Toccata II.
Suite XX.
Toccata XVIII.
Lamentation "faite sur la mort très douloureuse de Sa Majesté Impériale, Ferdinand le troisième, An. 1657."




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18 commentaires:

  1. sommes en bonne compagnie pour aimer sa musique

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    1. malheureusement sur YouTube, les choix sont limités
      d'autant que je tente d'éviter les vidéos polluées par des pubs débiles...

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  2. Merci pour ce beau morceau. Un vrai plaisir !

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    1. Christian Bobin :

      - "La mort n'efface ni la musique, ni les roses, ni les livres..."

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  3. Le plaisir de faire connaissance avec un musicien inconnu pour moi, en lisant tous les points de vue élogieux on n'a qu'une envie c'est de se laisser séduire

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    1. je suppose qu'en France, Couperin par exemple et bien involontairement, suscite de tels enthousiasmes qu'un Froberger resta quelque peu dans l'ombre hors hexagone...

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  4. L'Europe des musiciens avant l'Europe des politiciens. Et ça marchait...chantait, dansait, écrivait, créait. Y aurait-il plusieurs Europes ?

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  5. L'Œuvre intégral pour clavier a été enregistré par Richard Egarr chez Globe en 1994

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    1. et n'a pas été plagiée depuis...

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  6. La moustache baroque de Froberger... et cette pluie lumineuse qui tombe avec élégance au milieu de ma journée, merci, danku, thanks, vielen dank, grazie mille, muchas gracias senor JEA !!

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  7. Le clavecin doit rester bien tempéré, quelle que soit la météo.

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    1. pour ce billet, j'avais en réserve quelques photos de décors de clavecin
      vous auriez apprécié
      mais par manque d'espace avec deux pages publiées le même matin, ce sera pour un futur billet...

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  8. Merci pour cette découverte et pour l'écoute.
    J'y reviens car j'aime le clavecin.

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    1. Et le clavecin le long de l'eau à Bordeaux...

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  9. Un moment de grâce que cette délicieuse musique accompagnée du tableau de Vermeer!

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    1. après la page sur un plagiat
      la preuve que la musique adoucit les nuits les plus obscures
      navigue sans chavirer à travers les siècles
      console l'humanité quand l'histoire risque de tourner au cauchemar...

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