jeudi 31 janvier 2013
P. 220. Le 2 février 1927, Camille Claudel écrit à sa mère : "je suis horriblement malheureuse"...
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(Mont. JEA/DR).
- Camille Claudel, Eric Liberge et Vincent Gravé, Glénat, 2012.
- 9ème Journée Internationale des Femmes : l’Association Pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros en partenariat avec l’association Paroles de femmes a proposé :
Camille Claudel, l’Interdite !
un spectacle théâtral de la compagnie Cornet à dés, le 4 mars 2011.
Edmonde Charles-Roux
- "Camille Claudel est née en 1864, morte en 1943. Pour mémoire : son frère est de quelques années plus jeune qu’elle (1868-1955). La date clé de la vie de Camille est mars 1913, le jour où la mère de Camille, qui n’aime pas sa fille, demande son internement. Une mesure à laquelle aucun membre de sa famille ne s’oppose. Paul Claudel est de passage en France. Il connaît le jour et la date où sa sœur sera emmenée entre deux infirmiers mais ni lui ni aucun membre de sa famille ne veulent assister à son départ. D’abord internée à Ville-Evrard, Camille en sera évacuée pour cause de Grande Guerre en 1914 et transférée à Montdevergues. Elle n’en sortira plus."
(La Provence, 30 janvier 2005).
Claudine Galéa
- "L’ex-égérie de Rodin, l’immense sculptrice des Causeuses ou de La Valse, œuvres qu’on peut admirer au musée Rodin, – il l’aura « possédée », même dans la reconnaissance du génie –, a cessé de modeler la glaise et de travailler le marbre, enfermée par sa mère, dès lors que son père – son unique protecteur – fût mort. Enfermée par sa mère, avec l’assentiment muet de son frère, Paul."
(La Marseillaise, 8 février 2004).
Gabrielle Napoli
- "L’amour de Camille pour Rodin relève de la tragédie, est synonyme de folie et de mort et ce dès la première rencontre entre les deux amants : « la grande houle dans le corps qui jouissait sans se livrer, ailleurs pour toujours, aimant et plein de haine. » Avant l’enfermement à l’asile, Camille est véritablement déshumanisée. Pensons simplement à ce passage où, tapie dans les fourrés, elle observe, en haut de la colline, la demeure de « Monsieur Rodin ». Qu’en est-il de cet amour fou qui va jusqu’à l’abdication devant l’homme « qui décidait de ces choses » ? Paul, le complice de l’enfance, l’ami, au tout début de cet amour dans lequel Camille « s’enivre de céleste » écrivait que « c’était se perdre que d’aimer de la sorte ». Amour tragique donc parce que l’on ne peut ni lutter contre ni l’assouvir, « Ils ne pouvaient ni être ensemble ni se séparer ». Une véritable fatalité pèse sur l’existence de Camille qui tel un héros tragique, boite. Cela ne peut manquer de nous rappeler l’héroïne du Soulier de Satin qui dépose aux pieds de la Vierge son soulier afin de ne s’élancer vers le mal qu’avec « un pied boiteux ». L’amour est inséparable de la mort, l’amour est la mort, pour Camille comme pour Paul : « cette femme qu’il avait aimée, il avait connu la mort qu’il lui fallait, l’amour, il n’en parlerait jamais autrement. »
(La Quinzaine littéraire, n° 872).
Mireille Tissier
- "Les relations mère-fille sont très conflictuelles : Louise ne vient jamais voir Camille mais correspond régulièrement avec elle. Elle lui envoie aussi des colis de nourriture, Camille refusant obstinément le confort de la première classe. A la mort de Louise, en 1929, Paul, frère cadet de Camille, continue de payer la pension de sa sœur. Mais il ne lui rend visite que de loin en loin, une fois par an en 1933, 1934, 1935 et 1936. Lorsque éclate la guerre, il se réfugie dans sa propriété de Brangues près de Grenoble (Paul à 71 ans).
A la date du 14 août 1942, il écrit dans son Journal : "Mauvaises nouvelles de ma sœur Camille tombée dans le gâtisme et q[ui] souffre des restrictions." Puis, à la date du 8 décembre 1942 : "Une lettre de Montdevergues m'avertit q[ue] ma pauvre sœur Camille va de plus en plus mal et me fait prévoir sa mort, q[ui] sera une délivrance, 30 ans de prison chez les fous, de 48 à 78 ans. Je me rappelle cadette jeune fille splendide, pleine de génie, mais ce caractère violent, indomptable !" Pour autant, il ne fait pas le voyage de Montdevergues où, d'après son Journal , il ne s'est pas pas rendu depuis août 1936."
(Camille Claudel – de la grâce à l’exil – la femme, la folie, la création, 20 mars 2010).
Edmonde Charles-Roux
- "Lorsqu’elle mourut (1), personne n’assista à sa mise en terre. Du reste, sa mère n’était jamais venue la voir. En 1962, lorsque le fils de Paul chercha à faire transporter les restes mortels de Camille dans le tombeau des Claudel, l’administration de l’hôpital psychiatrique fit savoir à la famille qu’il lui était impossible de retrouver la sépulture de Camille dans le cimetière."
(La Provence, 30 janvier 2005).
Mireille Tissier
- "Camille Claudel meurt le 19 octobre à 14h15. A 11 heures, Paul reçoit un premier télégramme l'informant que sa sœur est très fatiguée et que ses jours sont en danger. Puis à 5 heures un second qui l'informe qu'elle est décédée et que l'inhumation aura lieu le lendemain. "Ma sœur ! Quelle existence tragique ! A 30 ans, quand elle s'est aperçue q[ue] R[odin] ne voulait pas l'épouser, tout s'est écroulé autour d'elle et sa raison n'y a pas résisté. C'est le drame de l'Age mûr", écrit-il à cette nouvelle. Camille est enterrée dans une fosse commune du cimetière du village de Montfavet, dont dépend l'asile. Aucun membre de la famille n'assiste à la cérémonie comme en témoigne cette lettre rédigée par l'aumônier de l'asile à l'intention de Paul le 20 octobre 1943 : "Mr l'Ambassadeur - c'est l'aumônier de M[ont]devergues q[ui] vient vous présenter ses condoléances tout d'abord et ensuite v[ou] dire q[ue] Melle Claudel a été bien soignée. - Bonne nature, bien élevée, elle était très aimée dans son quartier et les infirmières avaient pour elle b[eau]c[ou]p d'attentions. L'aumônier q[ui] v[ous] écrit allait la visiter souvent et il était toujours reçu d'une façon charmante. Son agonie n'a pas été bien longue : elle s'est éteinte tout doucement après avoir reçu les sacrements."
(Camille Claudel – de la grâce à l’exil – la femme, la folie, la création, 20 mars 2010).
(Mont. JEA/DR).
Camille Claudel, jeune artiste ou vieille aliénée : toujours génie martyrisée.
A peine son père décédé, Camille Claudel est enfermée comme "folle". Abandonnée. Totalement. Punie à une lente peine de mort pour avoir porté trop d'ombre talentueuse à maître Rodin et pas assez bourgeoise grenouille de bénitier à l'estime de son frère ambassadeur (y compris des lettres).
Alors, pour traverser les murs de sa solitude plombée, Camille écrit. A son bourreau : sa propre mère, experte en tortures morales.
Camille Claudel :
.............................................................................................."Montdevergues, 2 février 1927,
Ma chère maman, (2)
J'ai beaucoup tardé à t'écrire car il fait tellement froid que je ne pouvais plus me tenir debout.
Pour écrire, je ne puis me mettre dans la salle où se trouve tout le monde, où brûlotte un méchant petit feu, c'est un vacarme de tous les diables. Je suis forcée de me mettre dans ma chambre au second où il fait tellement glacial que j'ai l'onglée, mes doigts tremblent et ne peuvent tenir la plume. Je ne me suis pas réchauffée de tout l'hiver, je suis glacée jusqu'aux os, coupée en deux par le froid. J'ai été très enrhumée. Une de mes amies, une pauvre professeur du Lycée Fénelon qui est venue s'échouer ici, a été trouvée morte de froid dans son lit. C'est épouvantable. Rien ne peut donner l'idée des froids de Montdevergues. Et çà dure 7 mois au grand complet. Jamais tu ne peux te figurer ce que je souffre dans ces maisons. Aussi ce n'est pas sans une surprise d'épouvante que j'ai appris que Paul me faisait mettre en 1re classe. C'est curieux que vous disposez de moi comme il vous plaît sans me demander mon avis, sans savoir ce qui se passe; vous n'êtes jamais venus ici et vous savez mieux que moi ce qu'il me faut (...).
Je vous ai déjà dit que les premières classes étaient les plus malheureuses. D'abord leur salle à manger est dans le courant d'air, elles sont à une toute petite table serrées les unes contre les autres. Elles ont toujours la dissenterie d'un bout de l'année à l'autre, ce qui n'est pas le signe que la nourriture est bonne. Le fond de la nourriture est celui-ci - de la soupe (c'est-à-dire de l'eau de légumes mal cuits sans jamais de viande) un vieux ragout de boeuf en sauce noire, huileux, amère, d'un bout de l'année à l'autre, un vieux plat de macaronis qui nagent dans le cambuis, ou un vieux plat de riz du même genre en un mot le graillon jusqu'au bout, comme hors-d'oeuvre quelques minuscules tranches de jambon cru, comme dessert de vieilles dattes chauvreuses ou trois vieilles figues racornies ou trois biscottins ou un vieux morceau de fromage de bique : voilà pour vos 20F par jour; le vin c'est du vinaigre, le café c'est de l'eau de pois chiches.
C'est réellement faire preuve de folie que de dépenser un argent pareil. Quant à la chambre c'est la même chose; il n'y a rien du tout, ni un édredon, ni un seau hygiénique, rien, un méchant pot de chambre les trois quarts du temps ébréché, un méchant lit de fer où on grelotte toute la nuit (moi qui déteste les lits de fer) (...).
Je ne veux à aucun prix rester de la 1re classe et je te prie à la réception de cette lettre de me faire remettre de troisième comme j'étais avant.
Puisque tu t'obstines malgré mes objurgations à me laisser dans les maison de santé où je suis horriblement malheureuse, au mépris de toute espèces de justice, au moins économise ton argent et si c'est Paul communique-lui mes appréciations.
En as-tu des nouvelles ? Sais-tu de quel côté il est actuellement. Quelles sont ses intentions à mon égard ? A-t-il l'intention de me laisser mourir dans les asiles d'aliénés ?
(...)
Camille."
(3).
(Mont. JEA/DR)
Camille Claudel : La Valse (Dét.) et la stèle au cimetière de Montfavet où les restes de l'artiste furent mis dans la fosse commune.
NOTES :
(1) Edmonde Charles-Roux estime que Camille Claudel mourut de faim.
Ce qui rappelle "Le drame des asiles de Vichy", un article de Régis Guyotat :
- "Cinquante mille malades mentaux sont morts de faim sous l'Occupation. De nouveaux travaux d'historiens relancent un débat qui agite depuis 1987 le milieu de la psychiatrie.
Près de cinquante mille malades mentaux sont morts de faim, entre 1940 et 1944, dans les établissements psychiatriques français. L'hôpital du Vinatier, à Bron, dans la région lyonnaise, compta, à lui seul, près de deux mille victimes."
(Le Monde, 17 octobre 2003).
(2) L'orthographe de l'original a été respectée.
(3) Ce courrier a été publié par Jacques Cassar, dossier Camille Claudel, librairie séguier/archimbauld, 1988, 519 p., PP. 287 à 289.
Site de l'Association Camille Claudel ? Cliquer : ICI.
Bande annonce du film "Camille Claudel" de Bruno Nuytten (1988) avec Isabelle Adjani (coproductrice) et Gérard Depardieu (Rodin) ? Cliquer : ICI.
Plus dans l'esprit de cette page, un film de Bruno Dumont : "Camille Claudel 1915" est annoncé pour mars 2013. Avec Juliette Binoche dans le rôle de Camille. Bande annonce ? Cliquer : ICI.
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