MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 31 octobre 2011

P. 85. Est-ce ainsi que chantaient Barbara, Charlebois, Ferré, Leclerc, Léotard, Vigneau ???

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Quand les hommes vivront d’amour,
paroles et musique de Raymond Lévesque

- "Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d'amour
Ce sera la paix sur la Terre
Les
soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Dans la grande chaîne de la vie
il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie

Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Peut-être song'ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Mais quand les hommes vivront d'amour
Qu'il n'y aura plus de misère
Peut-être song'ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Nous qui aurons aux mauvais jours
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché
la paix, cherché l'amour
Qu'ils connaîtront alors mon frère

Dans la grand' chaîne de la vie
Pour
qu'il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici-bas c'est le prix

Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d'amour
Ce sera la paix sur la terre
Les
soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère."




Robert Charlebois, Félix Leclerc et Gilles Vigneau, un 13 août 1974.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Poème d’Aragon, musique de Léo Ferré

- "Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit

C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu

Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent..."



Philippe Léotard, 1994.

Le mal de vivre,
Barbara

- "Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à
la main
Comme
une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C'est pas forcément
la misère
C'est
pas Valmy, c'est pas Verdun
Mais c'est des larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre
Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
Qu'on soit de Londres ou de Pékin
Qu'on soit d'Egypte ou bien d'Afrique
Ou de
la porte Saint-Martin
On
fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu'il est long lorsqu'il faut le faire
Avec son mal au creux des reins

Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre

Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous émerveille
Au creux des reins

La joie de vivre
La joie de vivre
Oh, viens
la vivre
Ta
joie de vivre."


Barbara, Discorama : 20 février 1966.

Ne chantez pas la mort
Léo Ferré, paroles de Jean-Roger Caussimon

Ne chantez pas la Mort, c'est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu'il est dit
Les gens du "show-business" vous prédiront le "bide"
C'est un sujet tabou... Pour poète maudit
La Mort !
La Mort !
Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la soeur de l'amour
La Mort qui nous attend, l'amour que l'on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort...

La mienne n'aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul, dans la main une faux
Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu'il faut
La Mort
La Mort...
De grands yeux d'océan, une voix d'ingénue
Un sourire d'enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort...

"Requiem" de Mozart et non "Danse Macabre"
(Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!)
La Mort c'est la beauté, c'est l'éclair vif du sabre
C'est le doux penthotal de l'esprit et des sens
La Mort
La Mort...
Et n'allez pas confondre et l'effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l'ivoire des dents
La Mort
La Mort...

Elle est Euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort
La Mort...
Le Temps, c'est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c'est l'infini dans son éternité
Mais qu'advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort...
La Mort ?




Mais encore, sur le phonographe de ce blog : ICI.
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jeudi 27 octobre 2011

P. 84. Toponymie hautement provençale...

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Les Jasses (Ph. JEA/DR).


Du Bagne Lèbre au Vallon Mort 
en passant par les Trois Eves


Aven de la Resclave, de Maulicat, Joly,

Bagne Lèbre,

Bas Pied Royer,

Baumatrône, Beauviset, Belle Etoile,

Boulinette,

Champ de l’Hière,

Chante-Coucou,

Château de l’Isolette, de Mille, de Royas, des Granges, de Valigramme,

Clapasson, Clinclette,

Clouas de l’Estang,

Collet de Flaqueirol, de Griffon, de Rigor, de Rougier, de Tirail
Collet des Dix Ecus, des Mouttes, des Turcs,
Collet du Paradis,

Combe du Pommier,

Courre-Frac, Croumpadis,

Fourcadure, Fumeirasse,

Jas de Carretier, de Chauvin, de Désiré, de la Font, de la Zinzine, de Mazan, de Mourer, de Peyran, d’Estelle,

Derrière la Colle (Ph. JEA/DR).

La Barbeirasse, la Bastidonne, la Bidousse, la Blancharde, la Bonne Chère, la Bonnette, la Bounotte, la Bouquière, la Brûlade, la Buissonne,
La Cavalerie, la Croix Juive, la Cuculière,
la Déguine, la Dounde,
la Fayette Brûlée, la Figuière, la Font du Bès, la Frouste, la Fumeirasse,
la Gandi, la Garcine, la Gavotte, la Grande Gardette, la Grange des Davids, la Grosse Blaque, la Grassane, la Groupatassière,
la Haute Aramelle,
la Marine, la Mataroune,
la Lave, la Légremuse, la Lègue,
la Palantare, la Petite Pourraque, la Pinchinette, la Pintaronne, la Pourrachière,
la Ramade, la Riane, la Rochonne, la Roustagne,
la Saulce, la Saurette, la Serpatière,
la Tarlantane, la Tattie, la Tombe du Pin,

Le Boum, le Bout des Vignes, le Boy, le Brec,
le Cadet, le Chapeau Rouge, le Clapier, le Clos de Bourdin, le Coulet des Longs,
le Gourd de Brunière, le Goureyre, le Grand Jonc, le Grangeon, le Gros André,
le Haut Beauregard,
le Jardinier,
le Moulin Bec, de Lavon,
le Mourou,
le Pain Perdu, le Paraire, le Patière, le Petit Chavon, le Pétoue, le Plus Bas Villard, le Pointu, le Puits de Geay,
le Reclapous, le Réveillat,
le Siffleur, le Suif,
le Tombaréou, le Toti,
le Vicaire,

le Grand Garbeyon, Grand Tavernoure,

Caseneuve (Ph. JEA/DR).

les Agnels, les Astiers, les Athénoux, les Auberasses,
les Barbiers, les Bassaquets, les Baussiers, les Beauchères, les Blacouires, les Bois Roulans, les Bombouyes, les Boussicaux, les Bricolets,
les Cachots, les Cavaliers, les Chaffrets, les Chancelles, les Claparèdes, les Cordiers, les Coupiers, les Courbons, les Courdonnances, les Cours des Ormes, les Courtasses, les Cries, les Cypriens,
les Dauphins, les Dégoutaux, les Déribades,
les Elzéasses, les Encontres, les Escarpes, les Escoffiers, les Espatules, les Estourniaux, les Estropis, les Eves, les Eygaux,
les Farlins, les Fayolles, les Feautriers, les Finets, les Fondons, les Fouix, les Fournigons, les Frances, les Françonnets, les Fringants,
les Gavottes, les Gnouquettes, les Grandes Vaines, les Gravats,
les Héritiers, les Hermitans,
les Iscles,
les Jean-Jean, les Jonquiers,
les Larmets, les Lombards,
les Margarons, les Margouillons, les Mariaudis, les Marteaux, les Maures, les Médecins, les Méritants, les Moroux, les Mouères,
les Nouratons,
les Oules, les Ouvières de la Mère de Dieu,
les Patatonis, les Picards, les Portes de Castor, les Prayés,
les Rapugons, les Riperts, les Rouges,
les Peignets, les Petites Vaines, les Picatiers, les Piroublets, les Planasses, les Plantades, les Poupadouires,
les Santons, les Sauvans, les Savels, les Suaus,
les Tamisiers, les Tapets, les Trécassats, les Trois Eves,
les Valansanes, les Viaux,

St-Martin de Castillon (Ph. JEA/DR).

Montagnette, Montcolinne, Montfuron,

Notre Donne,

Pareloup, Passenguinel, Picon,

Pié Bousquet, de Marc, Cabrier, Conil, Douren, le Bréou,

Pierre Fiche,

Pissayre et Cameure,

Plaine de Canin, de l’Aureille,

Plan d’Aiguiou, des Agasses,

Poirière, Pompoulasse, Porchière,

Pré de Sire, Pré Redon,

Ravin de Bramadou, de la Fèdo Morto, de l’Agasson, de la Masque, de l’Ausselet, de la Birouette, de la Coquillade, de la Fresque, de Pégaresse, de Peire Grosse, de Pingenaud, de Roumagois, de Vaureillanne,
Ravin des Basses Courennes, des Ferriers, des Trois Collets,
Ravin du Devens, du Nid de l’Aigle, du Puits d’Engrenière, du Rossignol,

Reclapous,

Rocher du Coq, Rocsalière,

Saint-Castor,

Souchon de la Romane, Soulouri,

Taranchole, Tirecoui,

Tour d’Embarbe, de Nègre, de Malakof, de Thelme,

Trévieille, Triclavel,

Vallon de Battarel, de Paillère, de Torelli, de Vaunière,
Vallon des Avelaniers, des Piroublets, des Roumis,
Vallon Mort...

Vachères (Ph. JEA/DR).

Pour d'autres toponymies, cliquer : ICI.

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lundi 24 octobre 2011

P. 83. "Journal" de S. Pepys : octobre 1660

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Journal de Samuel Pepys,
Traduction de Renée Villoteau, Préface de Jean-Louis Curtis,
le temps retrouvé, Mercvre de France, 2007, 572 p.

Les extraits figurant sur cette page du blog portent en références la pagination de cette édition.

4e de couverture :

- "Il semble que Pepys n'ait eu d'autre désir que de se montrer respectable et qu'il ait tenu un journal pour montrer qu'il ne l'était pas, disait Stevenson. Samuel Pepys, haut fonctionnaire de l'Amirauté, écrivit son Journal de 1660 à 1669.
C'est un document inestimable sur les premières années de la Restauration en Angleterre.
Cromwell meurt en 1658 et, deux ans plus tard, le fils du roi décapité est couronné sous le nom de Charles II. Commence alors une période marquée par une grande réaction contre le puritanisme.
Pepys est un grand bourgeois respectable et comblé, mais son journal - insoupçonné de ses contemporains - révèle un autre personnage, viveur, jouisseur, ingénu et cynique, curieux de tout, de la Cour comme de la ville.
Source incomparable de renseignements sur la vie à Londres au XVIIe siècle, le Journal de Samuel Pepys présente avec vigueur, pittoresque et drôlerie, le portrait d'un ineffable excentrique."

L’Express :

- "Dix ans de la vie d'un haut fonctionnaire londonien sous le règne de Charles II. La restauration monarchique après Cromwell, la cour et la ville, l'essor d'une carrière, l'épouse et les maîtresses, des ennuis digestifs, l'amour de la musique, la peste de 1665, l'incendie de Londres en 1666. Un document saisissant de vérité. L'une des pierres angulaires de la civilisation britannique." 
(19 avril 2001).

Détail d'un portrait de Samuel Pepys par John Hayl - 1666 (DR).

Bolcho :

- "Très peu connu chez nous, mais il paraît que tout bon Anglais en possède un exemplaire dans sa table de nuit, entre la Bible et le pot de chambre (enfin, pour le pot de chambre, je ne suis pas sûr).
Pepys a écrit son Journal entre 1660 et 1669 et la grande originalité de cette oeuvre est qu'elle n'était pas du tout destinée à être publiée, au point qu'elle a été écrite en langage codé. Cela vous donne un ton d'une sincérité assez surprenante; l'homme ne se montre pas que sous son meilleur jour. Et pourtant, il est extrêmement attachant. Pepys est haut fonctionnaire à la Marine à Londres. On va vivre avec lui la Grande Peste de 1665, l'incendie de 1666 et la guerre contre la Hollande et la France par exemple. A côté de ces "reportages" de première main, on aura droit à tout ce qui fait la vie quotidienne de Samuel Pepys: sa femme qu'il adore (et toutes les autres qu'il bouscule goulûment), sa première consommation de thé en 1667 (eh oui, les Anglais ne l'ont pas toujours connu ce breuvage...), de chocolat chaud, de jus d'orange ("agréable, mais je me demandais si ça n'allait pas me faire du mal").
(...) Pepys est un grand curieux en matière scientifique. Il suit de près tous les progrès de l'époque (les lunettes d'approche, les premières transfusions de sang, les premières montres portables, les expériences sur la lumière, la discussion sur la génération spontanée, etc). Quelle époque !"
(Amazon.fr, critiques libres, 25 octobre 2001).

Première page "sténographiée" ou "encodée" du Journal. Samuel Pepys se protégeait ainsi des lectures indiscrètes (DR).

Pour voir pendre, écarteler et dépecer...

13 octobre 1660 :

- "Je suis allé à Charing Cross, pour voir pendre, écarteler et dépecer le major Harrisson (1); ce qui fut fait, le major paraissant d'aussi bonne humeur que peut l'être un homme en pareille circonstance. On le coupa en morceaux et l'on présenta sa tête et son coeur au peuple qui poussa de grands cris de joie. Ainsi, le sort a donc voulu que je visse décapiter le Roi (2) à Whitehall, et que je visse encore aujourd'hui, à Charing Cross, le premier sang versé pour le venger. De là chez Mylord, où j'ai retrouvé le capitaine Cuttance et M. Sephy pour aller des huîtres à la taverne du Soleil. Ensuite, par la rivière, chez moi où je me suis emporté contre ma femme qui laisse traîner ses affaires partout. Dans ma colère, j'ai brisé à coups de pieds le joli petit panier que je lui avais acheté en Hollande. J'en fus bien fâché ensuite. Passé l'après-midi à placer des rayons dans ma bibliothèque. Le soir au lit."
(P. 60).

15 octobre :

- "Ce matin, M. Carew (3) a été pendu et écartelé à Charing Cross. Par faveur extraordinaire, ses membres ne seront pas exposés.
(...)
J'ai très mal dormi cette nuit parce que ma femme avait le nez bouché, ce qui la faisait ronfler. C'est la première fois que cela lui arrive."
(PP. 60-61).

19 octobre :

- "Au bureau. Ce matin, on a terminé l'installation de ma salle à manger : tentures de serge verte et cuir doré. Ce matin, Hacker et Axtell (4) ont été pendus et écartelés, comme tous les autres. Ce soir j'ai veillé tard pour préparer les comptes de Mylord. Je m'aperçois qu'il me doit plus de quatre-vingt livres. Cela fait plaisir à voir et j'en remercie Dieu."
(P. 61).

20 octobre :

- "Cet après-midi, en allant chez mon tapissier, à Saint-Bartholomé, je vis les membres des traîtres, récemment mis à mort, exposés à Aldersgate. Triste spectacle. Nous venons de passer deux semaines sanglantes. il n'y a pas eu moins de dix personnes pendues et écartelées. A la maison, et, après avoir écrit à mon oncle, au lit."
(P. 61).

Samuel Pepys (5) : Ex libris (DR).

21 octobre (jour du Seigneur) :

- "Nous sommes allés à la taverne de la Couronne. En passant devant chez lui, Georges Vines m'a fait monter en haut de sa tourelle, d'où j'ai vu la tête de Cook et celle d'Harrisson, exposées chacune d'un côté du palais de Westminster, en châtiment de leur trahison. De là-haut, j'étais très bien mis pour les voir et pour admirer en même temps un fort beau point de vue sur les environs de Londres. Après souper, j'allai au lit. Ces deux derniers jours, ma femme a beaucoup souffert de ses clous, toujours au même endroit, ce qui la gêne énormément. A midi, j'ai accordé mon luth (Dieu me pardonne !) auquel je n'avais pas touché depuis bien longtemps."
(P. 62).

Notes

(1) La signature de ce major figurait parmi celles marquant la condamnation à mort du roi.
Né en 1600, Charles 1er fut porté sur le trône d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande en 1625.

(2) Le 30 janvier 1649.

(3) John Carew, autre régicide.

(4) Axtel commandait la garde au cours du procès en Haute-Cour du roi. Hacker exerça la même charge lors de l'exécution de Charles 1er.

(5) Pour parcourir Londres frappée par la peste en 1665 et décrite par Samuel Pepys, retrouvez le blog de Dominique, "à sauts et à gambades", page du 20 avril dernier. Cliquer : ICI.


(5) Signature de S. Pepys (DR).
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jeudi 20 octobre 2011

P. 82. Dans cet hôpital...

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(Ph. JEA/DR).


Dans cet hôpital

chaque horloge est amputée

d’une aiguille au moins

c’est grave, docteur ?



Sur les murs qui amochent la ville

la prose des affiches proclame

la proscription des mendiants

c’est glorieux, M. le Maire ?



Un oiseau incorrigible

incrédule se laisse porter

par un vent pourtant incurable

c’est déroutant, l’épouvantail ?



Un soleil sans-culotte

mais son chiffon rouge autour du cou

chante comme on s'aime

c’est sans lendemain, l’artiste ?



Sur l'écran du cinéma empyrée

un film fil-de-fériste

plus en noir qu’en blanc

c’est fini, le public ?



Dans la poche de la rivière

poignardée

un peu de pluie

c’est un point d'interrogation, la mémoire ?


Entrée de ville bannissant la mendicité (Ph. JEA/DR).

Un peu de poésie dans ce monde brut de décoffrage ? Cliquer : ICI.


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