MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 9 août 2012

P. 171. Le fond de l'air est moins rouge depuis la mort de C. Marker

.



Gilles Jacob

- "Esprit curieux, cinéaste infatigable, poète amoureux des chats, vidéaste, personnage secret, immense talent, sommes orphelins de Chris Marker."

Thomas Sotinel


- "Refusant de se laisser photographier ou interviewer, Chris Marker n'était pas pour autant un misanthrope, comme en témoignent ses nombreux proches. "C'était un homme profondément honnête, politiquement et cinématographiquement", a dit au Monde l'un de ses proches, le cinéaste Costa-Gavras."
(Le Monde, 30 juillet 2012).

Dominique Poiret

- "Il était l’un des grands cinéastes de notre temps mais le plus secret aussi. On lui doit des chefs-d’œuvre témoins du temps, notamment, La Jetée en 1962, dont s’était inspiré Terry Gilliam pour L’Armée des douze singes, et qui aurait donné son nom à un bar, à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. Marker entretenait des relations très privilégiées avec ce pays, qui lui vouait un culte particulier.
Il a toujours préféré laisser parler ses images plutôt que son image : moins d’une dizaine de photos de lui existent, ses interviews sont encore plus rares."
(Libération, 30 juillet 2012).

Jean-Michel Frodon

- "Chris Marker était cinéaste, mais aussi… mais aussi voyageur, bidouilleur de machines, chercheur en poésie, internaute insomniaque, étudiant en sciences politiques, observateur des pratiques des autres artistes, mélomane. Chercheur, anthropologue, savant, pataphysicien. Et, donc, écrivain, éditeur, photographe, vidéaste. Et cinéaste."
(Projection publique).




Gérard Lefort, Olivier Séguret, Julien Gester


- "Soyons respectueux, mais soyons prudents : Chris Marker est peut-être mort, dimanche 29 juillet, chez lui, à Paris, le jour même de son 91e anniversaire. Peut-être mort, car on aimerait en douter, mais aussi pour rendre un hommage approprié à sa très versatile personne, à sa très ondoyante identité, cette capacité qu’a toujours démontrée Chris Marker à organiser son propre effacement, sa propre disparition, bien avant que la mort n’en décide.
Avant d’être une suite factuelle d’événements tangibles, la biographie de Chris Marker est donc à considérer d’abord comme le champ d’intervention, libre et mouvant, d’un artiste multipolaire, où les dédoublements, les inventions et les avatars se confondent avec les faits. Ceux-ci nous enseignent que Chris Marker est né sous l’état civil de Christian-François Bouche-Villeneuve, le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), et non à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, comme il s’est amusé à le faire croire.
(…)
Marker, sans l’avoir décidé ou choisi, a eu une très puissante fonction d’éminence auprès de ses contemporains, influençant une cohorte considérable d’artistes et modifiant la route d’aventuriers de tous poils. Ses compagnonnages et collaborations remplissent un livre d’or et d’amitié où s’entremêlent les noms d’Alain Resnais, Agnès Varda, Jorge Semprún, Constantin Costa-Gavras, Simone Signoret et Yves Montand, Yannick Bellon, Alexandre Medvedkine, William Klein, Joris Ivens, Haroun Tazieff, Akira Kurosawa, Patricio Guzmán ou Isild Le Besco."
(Libération, 30 juillet 2012).

Jean-Baptiste Morain

- "Qu’est-ce que mourir pour un homme comme Chris Marker ? A la fin de notre entretien de 2008, il nous avait dit qu’il avait été un chat dans une vie antérieure (il en avait d’ailleurs créé un, Guillaume, qu’il dessinait un peu partout, comme une signature ou un autre avatar). Que sera-t-il dans la suivante ? Qui sait ? A moins qu’il ne se soit retiré sur Second Life, où il regrettait de ne pas pouvoir vivre à longueur de temps. Chris Marker vient d’entrer dans l’éternelle virtualité pour un voyage qu’on lui souhaite sans fin."
(les inRocKs, 30 juillet 2012).

Agnès Varda

- "Il s’en va, sachant qu’il a été admiré et très aimé. Je le rencontrais avec plaisir, mais quand je l’ai filmé dans son atelier, son antre de création, on l’entend, mais on ne le voit pas. Il a choisi depuis longtemps de se faire connaître par son travail et non par son visage ou par sa vie personnelle (…).
Le voilà dans sa troisième vie. Longue vie là-bas !"
(30 juillet 2012).

Rue 89

- "De son vrai nom Christian François Bouche-Villeneuve, celui qui se qualifiait lui-même d’« artisan bricoleur » laisse une cinquantaine de films documentaires qui ont profondément marqué et influencé le cinéma mondial, parmi lesquels « Dimanche à Pékin » (1956), « Lettre de Sibérie » (1957), « Description d’un combat » (1961) ou les films ouvriers extrêmement frappants réalisés dans le cadre des « groupes Medvedkine », du nom de ce cinéaste soviétique auquel il consacra aussi un film « en solo », « Le Tombeau d’Alexandre ».
Proche d’Alain Resnais et d’Agnès Varda dans les années 50, ami intime de Simone Signoret (à qui il dédie « Mémoires pour Simone » en 1986), son grand chef-d’œuvre reste « La Jetée », moyen-métrage ultra poétique de 28 minutes, réalisé à partir d’une succession de plans fixes (1962)."
(30 juillet 2012).


Chris Marker tel qu'il se montrait (DR).


"La Jetée"

Synopsis


- "L'histoire débute à Paris, après la " Troisième Guerre mondiale " et la destruction nucléaire de toute la surface de la Terre. Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de transporter des vivres, des médicaments et des sources d'énergies : "D'appeler le passé et l'avenir au secours du présent". Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle : il garde une image très forte et présente d'un événement vécu pendant son enfance, lors d'une promenade avec sa mère sur la jetée de l'aéroport d'Orly."

Hervé Ratel


- "Ce film de 28 minutes datant de 1962 et composé pour l’essentiel d’un diaporama de photographies en noir et blanc est considéré comme un chef d’oeuvre absolu par beaucoup de cinéastes. C’est au moins une oeuvre saisissante et d’un modernisme insensé dont il n’existe aucun équivalent."
(Sciences et Avenir, 2 août 2012).

Extrait

- "Une fois sur la grande jetée d'Orly, dans ce chaud dimanche d'avant-guerre où il allait pouvoir demeurer, il pensa avec un peu de vertige que l'enfant qu'il avait été devait se trouver là aussi, à regarder les avions. Mais il chercha d'abord le visage d'une femme, au bout de la jetée. Il courut vers elle. Et lorsqu'il reconnut l'homme qui l'avait suivi depuis le camp souterrain, il comprit qu'on ne s'évadait pas du Temps, et que cet instant qu'il lui avait été donné de voir enfant, et qui n'avait pas cessé de l'obséder, c'était celui de sa propre mort."

Nicolas Schmidt

- "Photo-roman comme l'appelle lui-même Chris Marker, le film est composé d'une suite de photographies en noir et blanc à l'exception d'un plan d'images animées lorsque la jeune femme se réveille et qu'elle bat des paupières. Aucun dialogue, une voix off rappelle le parcours des personnages, de la musique, des sons (décollage des avions, battement de cœurs) ; des bruits des voix ; une atmosphère crépusculaire ; les restes de Paris dévasté et d'autres images lumineuses, empreintes de sérénité du temps de paix et des visages : les savants qui expérimentent."
(Chris Marker, voyages en [immémoire], Eclipses n°40, 2007.)

Florence Coronel

- "La Jetée n'est pas un film-prétexte à la pratique citationnelle creuse mais est une véritable réécriture, comme si toute fiction se tissait à partir d'un fonds d'images déjà là. Qu'est-ce que le cinéma, si ce n'est un travail du temps, une lutte contre la mort, ontologiquement voué à la reprise, à la mémoire et au palimpseste ?"
(Cadrage.net, mars 2007).





J'avais inscrit, début des années 80, son "Fond de l'air est rouge" au programme d'un festival ciné en Pays noir. Las, quelques jours avant l'ouverture, la copie réservée est soudain refusée par le distributeur. Stupeur et catastrophe !
Un cinéaste ami me propose de ne pas rester le dos au mur. Soit de téléphoner directement à Chris Marker. Inconscience et désespoir se conjuguent pour concrétiser cette démarche. Il décroche. Grogne. N'est pas du tout content : "Ça ne va pas se passer comme ça." Demande de rappeler dans le quart d'heure. Résultat au bout d'une dizaine de minutes : une copie neuve est réservée pour le festival...

Autres films à l'affiche du ciné rural de ce blog ? Cliquer : ICI.




12 commentaires:

  1. si l'unanimité avait pu être assez grande pour le faire mieux connaître de son vivant

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. de son vivant, il "dérangeait" trop...

      Supprimer
  2. Un beau talent et une vie bien remplie !

    RépondreSupprimer
  3. Réponses
    1. peut-être est-il mort parce que "les statues meurent aussi " ?

      C. Marker :
      - "Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l’histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l’art. Cette botanique de la mort, c’est ce que nous appelons la culture..."

      Supprimer
  4. Nous ne t'oublierons pas.
    Nous ne te laisserons pas oublier.

    M. Chat

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Roland Dorgelès :

      - "- L' Oubli... Cela tombe comme une pelletée de terre, ce mot-là..."

      Supprimer
  5. J'avoue mon immense manque de culture!!! Je ne connaissais pas son travail!!! Merci JEA pour le lien que je m'en vais visionner.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. les vrais incultes ne sont-ils pas les adeptes fanatiques, les affidés du fascisme et d'autres régimes ayant par exemple persécuté les peintures cubistes, les assimilant à de la propagande pour le Cuba de Fidel ???

      Supprimer
  6. Il y a un coffret des videos? Je dois sérieusement vieillir je ne recherche plus que les cinéastes disparus!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. plusieurs coffrets attendent sur le marché
      dont certains avec 4 films au moins...
      nous dérivons dans les eaux du même âge, et effectivement, nos rétroviseurs deviennent trop étroits...

      Supprimer

Les commentaires sont modérés dans la mesure où les spams ne sont pas vraiment les bienvenus (ils ne prennent pas de vacances)