MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

lundi 5 mars 2012

P. 123. De mémoires d'ouvriers, le film.

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Pour le site du film, cliquer : ICI.

Synopsis :

- "Ce film commence par une histoire locale et finit par raconter la grande histoire sociale française. De la naissance de l'électrométallurgie, en passant par les grands travaux des Alpes et la mutation de l'industrie, jusqu'au déploiement de l'industrie touristique, c'est l'histoire ouvrière en général que racontent les hommes rencontrés par Gilles Perret.
Dignes et lucides, ils se souviennent de ce qu'ils furent et témoignent de ce qu'ils sont devenus dans la mondialisation."

Xavier Depraz :

- "Après le salutaire Walter, Retour en Résistance, Gilles Perret est de retour sur les écrans savoyards avec un nouvel opus : De mémoires d’ouvriers.
A l’origine, le film est une commande de la Cinémathèque des Pays de Savoie qui, souhaitant valoriser son fonds important de films d’entreprise ou institutionnels, avait lancé un appel à projet.
Heureuse initiative ! A mille lieues des images d’Épinal des Pays de Savoie, qui n’ont jamais été si présentes dans la perspective d’Annecy 2018, Perret, tel un guide, nous emmène dans la face sombre des deux départements, ces usines devant lesquelles tant de touristes (mais aussi d’autochtones) passent sans se demander qui travaille là et ce qu’on y fabrique.
Cluses, Ugine, la Maurienne : des images étonnantes surgies du passé, entrecoupées de témoignages d’ouvriers (retraités ou en passe de l’être), lucides et nostalgiques d’une époque où, si les conditions de travail étaient plus difficiles, il y avait une réelle conscience politique chez eux. « On a pas su éduquer les jeunes » déplore un ancien du Barrage de Roselend....
Perret n’en finit pas de tracer son chemin de documentariste, local et universel, avec une grande pugnacité."
(Rictus.info).

Jacques Mandelbaum :

- "De mémoires d'ouvriers, le nouveau film de Perret, entre dans l'épure des précédents : s'emparer d'une histoire locale et dévider la pelote qui la relie au vaste monde. C'est aussi le plus réussi et le plus émouvant. Ouvert sur un fait divers politique qui en dit long - le massacre de grévistes à Cluses (Haute-Savoie) en 1904 par les quatre fils du maire de la ville - le documentaire esquisse en un peu plus d'une heure une histoire de la présence ouvrière dans la région. A travers elle, il ressuscite aussi une mémoire sociale et industrielle en passe d'être balayée par les mutations contemporaines. Essor du début du XXe siècle lié au développement de l'hydroélectricité, développement de la production de l'aluminium et de l'acier, construction de cités ouvrières, mouvement des ouvriers paysans, rôle de l'immigration sur les chantiers, travaux d'Hercule des grands barrages dans les années 1960..."
(Le Monde, 28 février 2012).



Luc Peillon :

- "Une véritable épopée : celle de ces milliers d’hommes et de femmes qui ont transformé de leurs mains, au cours des dernières décennies, une région entière, montagneuse et hostile. Celle d’une Savoie agricole devenue industrielle par la grâce de l’électricité hydraulique, et qui a vu affluer, «comme un coup de tonnerre», entreprises et travailleurs au cours du siècle dernier. De mémoires d’ouvriers, film documentaire de Gilles Perret, enfant du pays, retourne ainsi la carte postale des verts pâturages et des stations de ski pour nous faire découvrir l’histoire enfouie de cette partie des Alpes, de «ces gens qui ont façonné la pente, ouvert des routes, construit des barrages, bâti des usines, pour faire ce que la Savoie est aujourd’hui», explique l’historien Michel Etiévent.
(…)
Entre images d’archives et témoignages d’anciens ouvriers, Gilles Perret redonne la parole à des hommes qui représentent, dit-il, «23% des actifs mais seulement 2% de l’espace médiatique». Un film en forme d’hommage à une classe sociale placée, malgré elle, au cœur de la campagne électorale, et que le réalisateur refuse de voir mourir dans la mondialisation."
(Libération , 29 février 2012).

Cécile Mury :

- "Des machines, des pistons, des chantiers... La Savoie telle que la filme Gilles Perret (Ma mondialisation), avec ses vallées plantées d'usines et ses barrages hydroélectriques, tranche avec les clichés à base de pistes enneigées. Le but de ce collage d'entretiens et d'archives : retracer l'histoire ouvrière et sociale d'une région qui fut l'un des fleurons industriels français, avant d'être rongée par la mondialisation. Plusieurs témoignages sont forts - en particulier ceux des travailleurs âgés, qui ont connu des conditions de travail dures, mais aussi la vigueur d'une solidarité aujourd'hui disparue."
(Télérama).

Aude Carasco :

- "Les ouvriers avaient aussi la fierté de travailler à « des choses utiles pour la société », notamment lors de la grande aventure des barrages hydrauliques. La Haute-Savoie s’est depuis reconvertie dans l’économie touristique. « Tout le génie humain, toute la force de travail sont mis au service d’une petite catégorie de gens, les plus riches. Nous faisons fausse route », déplore un prêtre-ouvrier."
(La Croix, 28 février 2012).


La Cinémathèque des Pays de Savoie protège des documents essentiels au sauvetage des mémoires d'ouvriers, ici : en métallurgie (DR).

Christophe Carrière :


- "A l'heure où le conflit ArcelorMittal bat son plein, De mémoires d'ouvriers est d'une brûlante actualité et apporte un éclairage passionnant sur un milieu dont on ne sait finalement pas grand-chose. Reste la forme du documentaire, totalement dénuée d'originalité esthétique. C'est de l'info, pas du cinéma."
(L’Express, 28 février 2012).

Antoine Oury :

- "Six millions de représentants, de quoi faire rêver n’importe quel candidat : curieusement, l’électorat ouvrier a été relégué au second plan, derrière les fonctionnaires et les salariés. Pour réaliser la fusion entre mémoires ouvrière et collective, Perret remonte les années en interrogeant ceux qui ont fait la généalogie d’une catégorie socioprofessionnelle. Laquelle n’était d’abord qu’un métier d’appoint pour les agriculteurs les moins fortunés : afin d’acheter leurs machines, ils faisaient fonctionner celles de la métallurgie. Une solution forcée qui pouvait coûter un bras, au sens propre : malgré une société des loisirs de plus en plus critiquée, difficile de regretter des conditions ahurissantes qui faisaient travailler douze heures d’affilée les ouvriers sur le chantier d’un barrage. « Pas plus d’un litre de vin par jour pour un ouvrier manuel » impose une affiche : moins d’interdits, mais il le fallait bien pour supporter le statut de bête de somme. Un plan sur des pieds qui se balancent dans le vide : Marcel Eynard survit mais doit se harnacher au plafond pour redresser ses vertèbres. Étrange situation que celle de l’époque : l’usine et l’aciérie étaient des pivots sur lesquels on construisait sa vie. Michèle Eynard, barmaid à l’époque, se souvient d’une « camaraderie formidable ». Tout le monde se connaît, on se suit jusqu’à la mort (les cercueils sont fabriqués par les menuisiers de l’usine). La construction est curieusement linéaire, la plupart des intervenants sont aujourd’hui à la retraite, et regardent avec nostalgie un temps où l’avenir chantait encore. Ou pas : quand des élections scellent frauduleusement l’alliance entre patronat et politique à Cluses (Haute-Savoie) et mènent à l’assassinat de trois ouvriers en 1904, on regrette l’absence de mise en parallèle avec le présent, car la situation n’a pas vraiment changé.
Pour saisir le point de bascule qui condamne les travailleurs, Perret passe des affiches du début du siècle aux vidéos mi-cyniques, mi-idéalistes des années 1980 : « L’acier est mort, vive l’acier » proclame sans y croire un film d’entreprise. Quand le temps de travail est (enfin) réduit, les cadences sont revues à la hausse : libéralisme sauvage et insidieux. La convivialité disparaît, la conscience politique aussi : impossible de réfléchir quand on mène une vie de galères. « Les gens avaient une conscience politique, aujourd’hui la culture, elle est plus tournée vers le foot, le téléphone portable » constate amèrement un ouvrier, trente-huit ans d’ancienneté. Oui, Gilles Perret descend dans la rue, mène son enquête avec un pragmatisme à tout épreuve : il interroge directement ses interlocuteurs, souvent des individus lambda, à dix milles lieues des « spécialistes » habituellement convoqués."
(Critikat).

Frédéric Pagès :

- "Voilà des sujets lourds traités en finesse et sans nostalgie, grâce à de vivants témoignages, drus, savoureux, et de saisissantes images d’archives. Comme dans une nouvelle guerre du feu, une flamme fragile passe de main en main et résiste au déluge de la mondialisation.
A l’heure où le « peuple » est un thème quasi obligatoire de la campagne électorale, ce documentaire est à mettre au programme des réjouissances !"
(Le Canard enchaîné, 29 février 2012).



Autres films sur les affiches de ce cinéma rural ? Cliquer : ICI.


14 commentaires:

  1. va être donné en une séance spéciale la semaine prochaine, et je ne suis pas libre justement ce jour là.. zut

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    1. le cinéma et vous, deux planètes différentes...

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  2. Cher JEA, j'avais du retard dans ma lecture de Motsaïques (et de tous les autres dont je suis une fidèle). Je viens de lire l'histoire très émouvante de Mireille Colet,cette femme courageuse aura donc vu le basculement du siècle sans que la barbarie n'ait cessé d'y faire rage. J'ai admiré vos photos lumineuses accompagnées de la toponymie si variée et poétique du territoire (je me demande, au delà des 36000 communes, combien de lieu-dits).
    Enfin ce film. Décidément le documentaire social est vraiment entré dans le paysage ciné.
    Merci pour tout.

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    1. forcément non commercial
      le documentaire social s'attire toujours les mêmes flèches de qui ne supporte pas un cinéma sortant des rails du divertissement
      aussi ai-je une pensée pour des amis comme Jean-Pierre Thorn qui ne cessent de tourner, "le dos au mur"...

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  3. Un vrai plaisir de voir/entendre ces travailleurs qui ne sont pas uniquement sollicités en période électorale!
    "À la télévision ils sont tous beaux, tous riches" dit l'un d'eux....
    Merci cher JEA.

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    1. pour l'avoir filmé tout au long de dix années de ma vie professionnelle, soit plus d'une centaine de courts métrages (30'), je puis vous confirmer que ce monde du travail (et notamment ses mémoires) crève les écrans quand on ne l'ignore pas

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  4. Pour une fois un film où les ouvriers ont la vedette...
    Qui donc annonce régulièrement qu'il n'y a plus d'ouvriers ?

    La Savoie, une région cruellement marquée par les temps présents.

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    1. il y a un libéralisme sans gêne qui ronge comme un acide égocentrique jusqu'aux consciences de travailleurs...

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  5. Voilà un film qui devrait se projeter sur tous les écrans des stations de sports d'hiver !

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    1. Dans des ciné-clubs quasi clandestins ?

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  6. Un film que Sarkozy aura le temps d'aller voir après le 6 mai, et où il pourra découvrir que "la lutte des classes" (comme les grèves et les ouvriers), il y en a... et on les voit toujours.

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    1. quand le Président himself est filmé dans une usine, il semble que ce soit avec des figurants venus d'ailleurs (espérons que ce soit dans le respect des accords de Shengen)...

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  7. Ces ouvriers ont tant donné aux grosses industries qui ont fait la richesse de l'Europe et qui s'en vont de plus en plus souvent sous d'autres cieux, bonne idée de leur rendre hommage.

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    1. et motivation pour aller filmer aussi là où s'épanouissent les délocalisations, question de comparer voire de mettre en rapport les ouvriers klennexés et les nouveaux bâtisseurs de richesses dont ils vont de toute manière être les instruments mais pas les bénéficiaires...

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